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L E
REVEILL E-M A TIN
DES FRANC OIS, ET
DE LEVRS VOISINS.
Cûmpôfé par Eufebe vhiladelphe Cofm#-
polite 3 en forme de
Dialogues.
<*%?'&
C^
A EDIMBOURG,
s
De l ,/nprimerie de laques Ia?nes*
Auec permiffion.
M 7 4-
i g i <h , te m
>*-.<
.L'IMPRIMEUR AVX FRAtf.
çôts & autres Mations voifines.
* *
$Sppf/f epieurs ayant receuuré la copie de voftre Re-
wÊvA i UCi^e mat,n ded e' a la Royne d'Angleterre
|g|^|yi par Eu/ebe PhtUdelphe\ft) cognotffant le fruit
que la letture d'iceluy vous peut apporter , te r'aypas
voulu vous enfruflrerplus longuement. Et majfeurant
que ïayans veu7pffe& bien confiderévom metffau*
rez, a«flt bon gré que îaffeBion qu% me meut a le vom
pre] enter mente» le ne dejpendray pas vn mot a voué
recommander mon zèle , encore moins celuy de t Au-
theur: feulement ie prier ay Dieu qu il vous face bien
toïl iouyr du plaifir & vtilnê qWvn tel labeur peut
apporter auxfages. Vom trouuerez, au commence-
ment vne petite epi/lre de faut heur dédiant f on Hure
F r an fois à la Roy ne d'Angleterre %) le double dvne
lettre Latine rnffe en François qui! a e fente aux Po-
lonois leur dédiant le mefrne hure Latin. Vous y ver-
re^juifl* vn dialcgifme d'entre le Polonois>& la Paix
V aloife & le doul le àHvne lettre qùvn gentilhomme
partisan de la maifon de Lorraine ^duquel te riay peu
ffduotrle nom a eferit fur le mejmefu et au Luc de
Guyfefon maiftre. Si te puis recouurer quelque autre
ebofe de nouueau que ie cognotjfe vom pottuoir feruir,
te vom enferay bonne part , pourueu tout es fois que
i entende que vous rapportiez* ce prefent que te vom
faykïvfge qui luy esl propre* Autrement rien At-
tendes plus , Adieu.
* y
A T RESEXCE LLE^T E ET
Très ittuftrc Princtjfe Elisabeth Royne
£ Angleterre >de Frœnce>d*Ir-
lande &c.
Adame ie fuis fi rnauuais flatteur , que iene
M fuis iamais plm a$l(e , qu'alors que te puis li-
brement dire mon auis des chofes qui nom
paffent détient les yeux > principalement s elles font
de quelque poids & confequence. Que fidauenture
il ne me/1 permis {comme fouuent , cela e si défendu
aux gens de bien , de peur quvn libre iugcment riof
fenfe t oreille des gr ans , ou que leurs mignons qui en
abufent ne foyent par la cognus & châtiiez ) Stie
puis alors pour le moins ayant mon recours au pa-
pier faire parler quelque honne/le homme , qui def-
couure ce que tenfens > tout aufti tofl mes esprits rc-
peus de ce/le liberté , vont reprenant nouuel/e force»
Ceft ce qui fait que tout gaillard , tout refolu fans
nulle crainte ( ne niejlant loifible de dire) ie vous
offre pour maintenant vn Reueillcmatin , AI adame,
tel que ma plume a peu tracer pour la gloire de no-
(ire DteUy le bien defon Eghfe > vofl*e grandeu* &
voHre eflai , ft) pour celuy de vos voifins. le ne vous
dtfcourspas icy les matières que $y traite: la leHu-
re les montrera & le fubiet mérite bien quon pre-
ne la peine de le lire* Mais ie vous puis bien affleu-
rer y Madame, quilny a rien defuperflu (fi ce tieïl
aux trop délicats ) rien de faux , rien qutfoit indique
de/ire dit $ recommandé par efcrit au temps a ve-
nir: Voire rien du tout qui ne férue au bien public du
temps
temps qui court. De quoy eïlant trefaffeuré 9 se
fupplieraytreshumblement voft^e Mateflé derece-
uotr d'aufli bonne main ce mien labeur 3 comme dvn
cœur treshumble %) trefaffeftionnè ie le luy pre fen-
te. Priant Dieu*
Madame , quil doint a voftre Maieïle autant
âhcurç) de félicité 9 que voftre bon frère > alite' &
Compère vom fouhaiti de mal & d'encombre. Dt
EleuiberouiSe le io.de Nouembre. 1573.
De vo(lre Maiefle
Treshumble q) trefafftBionm
fermteur Enfeh Phtladtlphe*
EPISTRE TR A D VITE
EN FRANÇOIS DV LIVRE LA-
tindedié aux eftats, Princes , Sei-
gneurs, Barons, Gentilshommes,
& Peuple Polonois,par Eufe-
be Philadelphe, Cof-
mopolite.
es François , tres-illuilres Prin-
L ces,magnanimes Seigneurs,ver-
tueux Gentilshommes, & Peu-
ple genereux,vous font en tant de for-
tes redeuables , & obligez , & ie leur
fuis tant loyal &c affectionne amy:que
ie penièroy' faire grand tort à mon
deuoir , 11 ie ne fiifoye , paroiftre par
quelque bon & honnefte office l'ami-
tié que ie leur porte & la fincere affe-
ction que i ay au bien & tranquillité
devoftre Republique & cftat. Voila
pourquoy ayant tracé en deux Dialo-
gues vn fommaire véritable des mife-
res
E P I S T R E.
res panées 8c prefentes des François:
iay bien voulu pour tefmoigner celte
mienne affection enuers vos deux
nations , n'ayant pour maintenant
rien en main de plus conuenable au
temps qui court, le vous offrir Se con-
£crer, comme aux plus gros &c plus
notables créanciers de tous les Fran-
çais.
Que fî quelcun de prime face trou-
ue ce prefent-cy fafcheux , & Tac-
cjfe de ce qu'il reueille les eiprits
de trop de gens : Le pouuoir & for-
ce indomptable de la trefpure veri-
tt , à laquelle plus ie m'arreile qu'à
l'opinion d'vn tel Cenfeur , me Terni-
ra en ceft endroit de plege &de bon
garent , m'ayant contraind de l'op-
poferaux flatteurs, menteurs efîron-
tez , en vn Latin auiïi facile com-
me eft le langage François , auquel
i'efens le mefme liure à la grande
a iiij
. :
E P I S T R E.
Royne d'Angleterre fîmpîe &c fans
afféterie. Et ceux qui fans pafîlon le
liront pourront bien iuger &: co-
gnoiftre , que le fard duquel Puy-
brac en vendant fà plume , comme
Balaam fe langue pour maudire h
peuple de Dieu , a vfé en fa belle epi-
ftre a Staniflaus Heluidius , & tout
ce que Monîuc Euefque de Valen-
ce , Lanfac & autres tels menteurs i
gages vous ont fceu dire & propofe;
f>our deiguifer la vérité , elt bien foit
oindecefl ouurage , qui ne marche
que rondement , en ion Me ôc ai
fuiet.
Mais vous me pourriez deman-
der. Pourquoy dis-tu , ô Phila-
delphe , que les François nous font
deteurs ? A nous qui leur auonso-
fté le fécond fils qui deuroit eftre
gardien de toute la France , & em-
mené auec luy des Princes , Sei-
gneurs
s •
£ P I S T R E.
gneurs , Gentilshommes Se gens de
Confeil trefnotables , chargez d'or,
d'argent &: de meubles dont ils ont
yuydé leur pays pour s'en venir
peupler le noftre. A nous qui leur a^-
uons courte en faifànt nos propres
affaires vn monde d'argent de dcC-
penfepourle deffray de nos Ambaf-
jfadeurs, lefquels neantmoins n'ont
daigné accepter l'ordre de Mon-
sieur S. Michel qui rend tous ceux-
là qui le portent, coufins de Char-
les de Valois. Il fèmble pluftoft que
nous fommes leurs deteurs en tou-
te façon. Et quand bien tu pourroys
monflrerque nous fommes en quel-
que fotte les créanciers de tes Fran-
çois, quel bien fay-tu Cofmopoli-
te ny a euxny ajrous auiïi, nousfii-
fant part de leurs miferes Se defeou-
urant leurs pourctez ? n'eft-ce pas
autant comme fi tunousdifois f II
EPISTRE.
eft vray que vous aucz pour débiteurs
tous les François. Mais ne déniez pas
qu'ils vous payent de long temps vn
toutfeul denier. Ils fontfipoures ôc
beliftres qu'ils dorronttoft du cul à
terre,& feront (fiDieuny pouruoit)
cefïion de leurs biens miferable. C'eft
bien loin de nous refiouyr , que de
nous donner ces nouuelles,& toutes-
fois c eft le prefènt que tu nous offres,
ce dis-tu.
Il eft certain ( tres-illuftres Prin-
ces & Nation trefrenommee ) que
vous pourriez tenir ( ce fèmble) vn
tel langage que cela. Mais quoy
qu'il foit, tous les François ne lait
fent pourtant de vous eftre cent mil-
le fois plus obligez que vous a eux
fi l'on regarde le dedans d'vn fi grand
myftere , qu eft l'Election de vo-
ftre Roy, plus que l'extérieur & le
dehors, où les fols feulement s'arre-
ftent,
v.
E P I S T R E.
ftent-ne pouuans pénétrer plus loin.
Car pofé le cas que vous eftans de-
ftituez «de Roy, ne pouuans viure
iimplement fous la loy & fous Ton
ame la raifon , ne voulans aum
vous commettre à la conduite de
quelcun d'entre vous , les François
vousayent fournydvn Roy de leur
nation ( li toutesfois il eft fils de
François : cardeiamerevousiçauez
qu'elle eft & fera Florentine) & que
pour vous auoir nourry èc fourny
vn Roy ils vous puiiTent auoir obli-
gé à eux en quelque manière & fa-
çon : comme il eft trefraifçnnable
qu'on le (oit à la nation & àlamai-
fon qui les donne : Vous ne le ferez
iamais tant aux François , comme
les Vieux Iiraelites à la maifon de
Ifai pour Dauid, Salomon, louas êc
lemblables autres bons Roys qu'ils
ont receu de ce bon tige, ou comme
E P I S T R E.
gentilshommes d'entre vous enuiron
Je temps des maflàcres de Paris pour
auoirl'auisdu derTund: Seigneur A-
miral , lvn des parens de la Fran-
ce, & vous y conduire félon Ton con-
feil.
En ce qu'ayant iceu les nouuel-
les de ces horribles mailacres , ef-
quels l'Amiral deuant l'arriuee de
vos gentils hommes fut tuë,vous def-
pouillaftes tout aulTi toit l'opinion
bonne que vous auiez delamaifon
de Valoys, pour en venir vne tres-
veritable , la recognoiilans pour la
plus traiftreire,& defloyale maifon de
la terre.
En ce que vous euiTiez lors vo-
lontiers en deteftation d'vn tel cri-
me , eileu pluftoft vn muletier, ou
quelque autre bon toucheur d'ai-
nes , que pas vn de tous ces Bou-
chiers , n'euft elle qu'il vous eftoit
force
E P I S T R E.
force de vous feruir de ceftuy-cy, a-
yans irrité tous les autres, qui luy e-
ftoyent compétiteurs abbayans à vo-
ftre Royaume.
Les François vous font aufïibien
fort obligez, de ce que après ces maf-
fàcres vous ne voulufles iamais pafler
outre à la confirmation de l'élection,
fans vne promefle folennelle , que
Monluc &: Lanfac vous firent de plu-
fleurs articles,qu ils iurerent au nom
de leur Maiftre. Entre lefquels cefl
article eftoit l'vn des principaux :
Qu'il feroitfai&c diligente enquefte
desmafïacres & punition condigne
des mafïacreurs : moyen fouuerain
& vnique pour eflablir la Paix en
France.
En ce que vos ambafTadeurs, leC-
quels après cela vous enuoyaftes
(àluervoftre Roy en France, traitè-
rent auec grande inftance tout pre-
♦ .
E P I S T R E.
mier de la paix de France, que nul au-
tre de vos négoces : tant vouseftiez
remplis d'enuie de voir tous les Fran-
çois paifibles.
En ce que n ayans peu obtenir au-
tre chofe des articles,qui vous furent
iurez en Poloigne par l'Euefque,
quelque pouriuite que vos am-
bafladeurs en fiflent enuers le Ty-
ran , pour le moins le bruit de leur
Venue auancea la fabrique ôc publi-
cation de ce mefchant,trupelu ôc trai-
ftre Edicl: de paix : & par con-
séquent ieua le fiege deuantlaRo
ehelle.
En ce que l'inftante prière que
vos ambafladeurs firent , eftansar-
riuez à la Cour du Tyran,a erti,com-
me Dieu a voulu , caufe & moyen
de la deliurance des poures gens
deSancerre , que le Tyran cftoitre-
folu de faire manger l'vn par l'autre.
Mais
E P I S T R E.
Mais fur tout ils vous font tenus,
de ce que vous ayans eu compaf-
fion du rude & barbare traitement,
que les François fouffrent fous la
Tyrannie de ceux de Valoys : vous
auez ofté du milieu deux ce Roy
frère du Tyran auec vnbon nom-
bre des fuppofts & appuis de la Ty-
rannie, que vous auez fai£ts condui-
re en triomphe captifs fous les loix
de voftre Patrie,au trefgrand bien
& contentement des vrays & natu-
rels François. Letquels enceft en-
droit s'affeurent que vous ferez de
façon & manière, que iamais plus
ces belles faroufches ne retourne-
ront pour les mordre. Voila les
poincïis, qui me font dire,que les
François vous (ont deteurs.
Quant à ce dont vous vous pour-
riez plaindre , que ie vay delco u-
uiant par trop leurs pouretez èc
E P I S T R E.
niiferes. Il ma femblé trefraifon-
nable,que vous tous aufquels le fait
touche en foyez au vray aduertis.
A fin que vous puiïliez cognoiftre
ce qu'il vous faut attendre deux en
voulant recouurervos dettes.Etco-
bien que vos Ambaïïàdeurs vous
en puiifent donner debons tefmoi-
onages: fi eft ce que iofe afleurer
que ce Reueille-matin,que ie vous
offre, vous en informera plus à plein
èc plus à menu,quaucun autre ne
fçauroit faire. Et vous monftrera
quand & quand vne partie des re-
medes,dont les François entendét
s'ayder pour eflàyer à fe remettre.
Ceftàvous fi mieux vousfçauezde
leur en fournir de meilleurs:!! vous
penfez que leurfecours vous puiffe
quelque iou r feruir.
Que s'il y auoit quelque autre
Royaume vacquant plus outre que
vos
E P I S T R E.
vos contrées , auquel vous puifïîez
Elire eflire le Tyran pour chef, (quand
bien ce feroit au Royaume des Fu-
ries) vous fçauez combien il eft di-
gne auec {a mère èc fon confeil d'y
prefider : ou que vous peuliiez trou-
uer quelque habile moyen pour en
depeftrerbientoftla France. Ce fe-
roit ( ie le vous iure ) combler les
François de tous biens. En ce cas la
vous pourriez tenir pour tous aflèu-
rez qu'ils vous erigeroyent des Co-
lomnes comme a leurs libérateurs,
& vous prefteroyent à toute heure
laide que pourriez defirer contre
ceux qui vous voudroyent nuire :
autrement il n'eft pas pofïlble pen-
dant que ces Schelmes viuront , que
vous puilTiez recouurer d'eux vn
tout feul brin de payement. Car
tout cela qu'ils peuuent faire, c'eft
de viure au iour de la iournee , les ar-
b.ij.
E P I S T R E.
mes au poing , les yeux au ciel, at-
tendans fecours du Treshautpour la
lafcheté de leurs frères. Il ne relte plus
tres-illuitres Princes & nation très fa-
meufe ) hnon que vous preniez en
bonne part la hardieffe de laquelle i'ay
vsé en voftre endroit , vous offrant
celle tragique peinture tracée au
moins mal que 1 ay peu.
Ma plume nefçauroitrefpondre
Au forfai6t tant eft inhumain:
Mais elle vous peut bien femondre
A le venger de voft re main.
A tout le moins (tres-illuftres
Princes , magnanimes Seigneurs,
vertueux Gentils hommes, faites en
forte que ces tigres tant inhumains
que Dieu a par faprouidence traîné
& mis entre vos mains ne vous efchap
pent nullement: Et les tenez (errez, de
forte qu'ils ne nuifentà vosvoiiins:
vous gardans en toutes façons de
leurs
E P I S T R E.
leurs aguets & leurs embufches. Au-
trement , 11 quelcun de vos bons voi-
fins venoit quelque iouràperir pour
au oir lafchéces leopards,fô ame vous
feroit lans doute redemandée duSou-
uerain. Que s'il vous en auenoit quel-
que mal en particulier, vous feriez en
rifee aux peuples qui habitent autour
de vous eftans allez quérir fi loin des
fàngliers pour vous difliper. Dieu par
fa grâce vous y vueille mieux pour-
uoir , vous donnant confeil & fagefle
pour vous y fçauoirbien conduire
au nom de fon fils noftre Sei-
gneur Iefus Chrift.
Amen.
b iij
DOUBLE iSVN E LETTRE MIS-
fiue efcriteau Bue de Guyfepar vn gen-
til homme , duquel on ri a peu
fçauoir le nom.
Onfeignèur 3 méfiant de bon heur tom-
CM bee entre les maint vne copie eferile a
main y intitulée le Reueille-matin des
François^ en forme de Dialogue ,& oyantbien
çonfiderèa partmoy > les deuà & propos > que
Eufebe philadelphe^ qui s en dit ïautheur , fait
tenir aux interlocuteurs: il ma femblê que ie
ne pouuoâ faire de moins, pour mon deuoir^ que
de vom ï enuoyer par ce gentilhomme présent
porteur :& vous dire la deffm^ce que ie penfe e-
ftre expédient pour la grandeur de voïtre mai-
fon, ér le bien de voïire feruice. le ne doute
point MonÇeigneur^ que quelque Huguenot def-
pité pour les majfacres , exercez fur les frères,
( qrion appelle , ) riait esbauchè ce fie copie:
& ne doute non plus qu'il de fore le renuerfe-
mentde la maifon de Valois^ que te le voy fans
rienflater^ ni di (Simuler , dire tout ce quilfcait
de leur vie$ de la forme de leur gotiucrnement*
il y a filon g temps que ce $ie maifon vom occupe
va fi beau Royaume 3 quelle le gourmande >m
lieu de le gouuernerde deiiruici , ^r ruyne> au
de £ édifier i & hasUr. Les cœurs de la No-
bleffe^
bleffe,& du Peupleront d autre part tellement a-
lienez, de ce Fie maifon y &fifortenaigrls contre
Ces deJportemens7 ils font par le contraire fi de-
uots enuers vous , & tant ajfeffîionnez a v offre
maifon qu'il femble bien quil riy fit onquesfi
beau^quilyfatcl maintenant.
Du parti des Catholiques ^v offre excellence
a autant d occafion de s en affeurer 3 comme
s illes ternit tous, par manière dédire^ dans fa
manche: Sur tout maintenant^ que torn eux re-
gardent, pour labfence du Roy de Poloigne , fur
vous , quefeul ils croyent>& par le nom du-
quel ils lurent \comme de leur Libérateur: Quant
au part y des Huguenots > ce traiElêmonffre af-
fez en d'met spaJfagesJe plaifir qui/s prendro-
yent a vous voir reprendre ce que de droit vous
appartient. Et combien que pour quelques re-
mets de l "histoire \ ils auife de marquer des cbo-
je s que les v offre s ont exploité par lepaffê au de*
fauantage de leurs ajfairesje temps, [vray cyrur-
gien des playes les plm defefperees, ) a tellement
pen fèces coups , quil ne parle que par acquit^
comme en paffant de ces chofes:traiciant au re-
(tefi rondement de vos âroicîs , & de vos prê-
te nfions, quon ne peut mieux defirer : Que s il
fe met a parler de vous en particulier, il fait
tellement fonner ï exécution que vous fîfies fur
b iiif
ï Amiral^ que cependant il mvnUrebien , que
voïire querelle particulière von* y amené :3plu-
fioH que la hayne contre leur Religion >de laquel-
le% & dans Paris & ailleurs il ajfeure ( comme
aufîiil eflvray ,}que vous en aueZfauuéplu-
fieurs.-entre autres le Seigneur £ Acier , Ivn de
leurs pricipaux chefs de ce temps la- Cela me
faidl croire ^auet le difcour s que le Politique en
faitt en quelques endroicls tfue les Huguenots
ne âefireroyent rien mieux 3 que de vous voir
remis au tbrofne que Hugues Capet vfu'pa Jur
les Roy s vos predeceffeurs.S'affurans bien{com-
me ce liureporte^)que non feulement vans lair-
riez leurs confciences libres : ains aufii tout
exercice de leur religion fain,fauf <& libre par
toute la France: S ans iamais leur fan (fer parole
considérant le mal qu apporte auec joy la perfi-
die,a ceux mefmes qui la pratiquent. OH on fei-
gne ur Je fer ois $auis , que s il ne tenait qda ce-
la y ( comme il femble bien qii autre chofe , ne
vous peut defrober ce bien)qpie vous fïjîieZ.tout
paix* cr-ayfe , ce qu'ils voudroyent en cefi en-
droit ^ (y prenant deux foy , & hommage des
corps & biens ycomme bon Prince , vous latffaf-
fie^j&leur confcience>& leur Religion toute li-
bre ^e/t la dijpofitwn de Dieu. Ce qui vom inci-
ter oit a les faire ïouir dvne telle libertés [outre
que
que cest vne Tyrannie quon exerce fur leurs
confciences de le vouloir faire autrement: & que
ce fie violence efl caufe de la perte de tant de gens y
quife vont con fumant tvn ï autre comme le fu-
zil & la pierre) ce fer oit vn exemple récent qua
donne le Roy de Polo igné 3 au ferment par luy
preftè comme vous ^ monfeigneur 3 fcauez^ entre
les mains des Polonois d entretenir dans Poloigne
toutes les religions qui y font : ores qtiil fceuïi
quily a grand nombre d Anabaptifies 3 & Ar-
riens , trefdangereux & mefchans hérétiques:
l! exemple au fi de monfeigneur de Sauoye , fa-
uoriTeroit grandement vos aBions en cela%
quand bien , a fon imitation , vous entretien**
driez les miniîires , & pafieurs de cefie religion
aux dejpens des trop gras bénéfices 3 des difmes%
fafembUblesreuenus , comme il le faitt en fes
trop bai/liages de Tonon , de G es > & Terny>
ou il ne fouffre nuilement eflre dicte vne feule
me [chante petite mejfe baffe : e fiant 3 aurefiey
fi bien obey deux qtiil na nuls de fes Çubiects
desquels ilfe puiffe mieux afieurer que de ceux
*>i & de ceux la du val cC Angrogne^ aufquels il
donne prefque femblable liberté. Que fi vous vou
lez vn exemple du Pape , me fines en plus grand
cas vous fcaue^comme cefiquilfoujfre les luifi,
aitec leurs fynagogues en toutes terres , (jrpays
qui [ont àefon obeiffance : les luifs (dy-ie) que
chafcunficait efire vrays ennemis de Chrifi: Mon
feigneur , mettons le cas que ces gens cy fu fient
tombe^ en quelque erreur : (comme vn chacun
deux confère quils en ont commis vn bien lourde
quand ils Je font par tant de fois fiez, a ceux la de
Valois : CMais mettons le cas que terreur fusi en
articles de lafoy:ilsfe font toufiours foufmis den
vouloir eïier a tefcriture: ils faneront condem-
nation , son leur monflre quils font de ce us : &
font p refis a fie rétracter son leurpouuoit enfei*
gner mieux, ils ontfaict voir tout ce qu'ils cro-
yent. ils font toufiours prefls de le faire auec dou-
ceur & comme a Chrefiiens appartient, le fuis icy
contraint de dire , qu'il me femble que ce fie voye
eft la meilleure y & lapins feure , pour ïefiatfa
pour la confidence^ que nefi celle de feu , é'fiang.
Quant a eux* ilsfcauent refiondre de leurfoy^de
leur efierance^parleni de Dieu pertinemment^
prefque mieux que nos docteurs : Quant il nous*
nous ne feauons pas bonnement pourquoy nom
viuons,nous ne parlons iamais de Dieu, fi ce nefi
le blafphemanty & ne croyons qua nos cure^ ou a
ce que leurs chambrières croyent. de leur vie^auec
lanoftre$ton enfaitt comparaifon^on fiait quils
font loin de desbauche , autant que nous enfiom-
mespres : cependant nous nom difpenfons de les
tuer
tuer tout a crédit: Monfeigneurje Confeilvaut
mieux \que Gamaliel donna udisJLors qù on pour-*
fuiuoit les Apoftres : cefide laiffer ces gens en
paix : car fi leur confeil ou doctrine eft des hom-
mes , foye? certain qu il fera desfaiff tout a plat:
que ficefie œuure efide Dieu , tamais on ne la
pourra deffaire. Les eftats affemblez a Orléans*
quelques partiaux qu ils fuffent$ peu libres ju-
rent comme vomfcauez , de cefl ams : les gr ans
perfonnages de la France^apres auoir ouy les mi-
nières des Huguenots a Poifiy , confeillerentla
mefme chofe. Ainfi^fivom tenez, ce train , Une
faut la que vous doutiez , que les Huguenots ne
défirent voflre auancement>& grandeur :&quils
n oublient ayfeement tout ce quils ont receu de
perte par vos deuanciers, & parens : e fiant chofe
toute a(fe urée, que les iniures nouuellesquon leur
va iournellement multipliant \ leur font perdre la
mémoire des vieilles : Et que pie ça, on ne parle
plus que des tours de la Roy ne mère , de Birague,
du Feront telseftafpers qui manient tout ce po-
ur ç Royaume en rond Je pie coy$ a Vaffades^
tout ainfi comme il leur plaijl. Au fit ne faut- il pas
douter que ce fie v ye débonnaire ne plaife bien
aux Catholiques >de} (quels les vnsjpar trop lafez^
ne demandent que le reP os: cries autres \ont touf*
tours eu ex horreur toute cruauté.
Cela eft doncques refolu que ces deux partis la
vous rient : fa par confequent , que le gros de
la France vous y defire : Une rejle que le me-
nu. Ceux de Montmorency vous en veulent: fa
vous leur en deuez aufsi. llefla craindre quils
ne montent bien tojl en crédit > ce dici-on , par
la faueur quvn Duc leur porte : mais âeuancez
les dextrement: ils font iufqu a prefent bien foi-
blés, gardez* quils ne rentrent en cour. Que s ils
yfont^fa bien auavt, déclarez vous ouuertement
four libérateur de la France: vous verrez ceux
de Valois bas , abandonne*? de leurs fupp os : le
feuple crier liberté , fa les Gentilshommes vous
fuyure: mette^au deffus les Ejlats:faicîes quils
recouurent leurs forces : Remettez l anciene po-
lice : faites que Justice ait lieu : rengezmoyla
gendarmerie , fa caffeTtoutle fuperflu : chaffez
loin de nous lest ranger , fa les Italiens quon
hait tant , de f chargez le peuple dimpos fa vous
contentez du domayne , fa de l ordinaire cou-
rant. Bref montrez vous en ceB aage le père
de voftre Patrie \quifemble vous tendre les bras:
MonHre^jvous tely (dis- te) par effet \ fa non par
efcrit feulement , comme ont fait ceux la de Va-
lois > fa vous les verrez bien camus, le vous di-
fcourroys volontiers les moyens que îeHime les
plus propres > a mettre afin vneft heureufe en-
trepris
treprife , nesloitque te maffeure , que monsei-
gneur le Reuerendifîime vojlre Oncle , vous les
fcaura trop mieux tracer au vif , & aufîi , qui
iefpere auoirbien toïi l honneur de vous pouuoir
aller baifer les mains , & de vous dire a, bou-
che j ce que le papier ne peut que mal feurement
porter. Cependant, ie vousfupplie treshumblc-
ment de vous refoudre , avnacle fi gêner eux y
& magnanime, & de vous y dijpofer au plus tosi
quilferapofîible. Si vous ne lefaicîes bien toB>
croye^monjeigneur , te me doute , que vous
natte ndre^que trop tard : les Nobles , auec-
que s le Peuple 3 pourront bien vouloir recouurer
par euxmefmes, leur liberté perdue y fafecouant
le ioug de Tyrannie , ejlire vn Roy fubiet aux
loix, comme iadis firent les nofires, toutainfi que
font les Polaques Ce fer oit alors a briguer, ce que
Coccafionpre fente (fivous la fcaueZ empoigner)
vous met comme de (fus la teïte. Souuiene vous,
que fie ejl chauue derrière : A tantiefupptlieray
Dieu y
Monfeigneur , quilluy plaife vous touchet
le cœur de forte, quenfuyuant mon auis> & con-
feil , vous aye^a bon efcient pitié, & compafiion
de vojlre Patrie > que les Tyrans , le s femme s y les
Italiens, les gabe/liers •> lesRuffiens, & maque-
reaux , vont rongeant iufques aux os : & quil
vous âointAuec vn heureux fuccez , & en tref-
bonne fantê ->è>fro(j>eritê > très longue,
& tresheureufe vie, de Reims
le x. de Décembre
15 7 1
. *
D / A-
DIALOGISME SFR L'EFFl
gie de la Paix.
Le Polonois. La Paix Valoife.
Pol. Quelle femme efl ce ou Nymphe que te voy$
Ayant le port de la file dvn Roy,
Plu* haute a voir que quelque chofenec*
D'habits nouueaux étrangement ornée,
Haute enfourcy^fuperbe en f on marcher*
MaUappru eftqui nofe s'approcher.
Dttes- moy Dameyou Nymphe fi 'vous eftet
Du reng de nom^ou des Grâces cele(les,
jQui quelquefois fréquentent les humains:
Puis s en reuont en ces lieux fouuerains9
Quand les mortels fe plongent en tout vice*
Seriez, vous point ce fie belle luftice,
Qui sefmouuant nous viene voir ça bas,
Pourappaifer les guerres fè) combats?
Pa. Je ne fuis pas ce que/Ire tu me penfe,
le fuis la Paix que Charte a mife en France
Dont iefuis fœurjtafiardc comme luy>
Le plus loyal des hommes dauiourd'huy.
Pol. Vraiment tu as vn bon traiflrc de frère.
Maisdy moy donc>qui fut aufîi ton père*
Pa. Mon père fut vn Diable def Guifé
De fous l habit d'vn Prcflre fuppofê
MonftrcfataU cornpofê de tout vice.
Trouble repos,e(lablc £auaricc>
Dont sefchaufa celle noble Putain*
Ltfang %nfeU des bougres d'Italie*
î) 1 A LO G I S M E.
Nourry du UiB. d'vne horrible Furie,
Quyn Pape au col des V alou attacha
Et dans lefein de nos Roy s U cacha*
Tout y nourrir la flammèche allumée*
Dont France vniour fufl toute consumée*
Caufe de maux3femence de malheurs I
Pol. Ce voile ainfi bigarré de couleurs*
Et ceft habit de pourpre figure e>
De bleu ^ de verd^dr. rouge couloareé*
Monjtre-H pas^aqui le verra tel,
.Que tu nés pas Àvnfimple naturel?
Pa. Au fit nefms-ie: atmfnit ie tome telle
Que tesjfntfaux £r cauteleux de celle*
Qui la ttjju iïvn ouurage dîners*
De traiilres ieux ft) defembUnts couuerts4
Pol. Et ces cheueux que tu vas non ch allante
Portant efbars^atnfiquvne Bacchante?
Pa. Ce font les Rets .ou fous ombre de Foy>
Et de repos 3ceux qui vienent a moy
A moy font prit Jars qtitls mepen/ent pendre*
Et dans mes las ne f aillent a fe rendre
Ceux-là dont Mars ri a dompté la Vertu*
Pol. Quel efcuffon>Valotfe> portes-tu?
Ou trou Crapaux dedans le champ fe traînent
Pa. Les trois Crapaux* air/ fi que nos gens tienent*
Furent tadu ht firmes des vieux Roy s:
Mais lors que France heureufe prit les loix
DeltfîtiChriftJes armes fe changèrent*
Et les beaux Lis les Crapaux effacèrent:
lufi/uà ce temps ^que nos Roy s ont quitté
(Ah mal henreuxlj la vraye Chreftientéi
Intro*
DIJLOGISME,
IntYoàuifans au lieu du Paganifme
Y ne Sodome^vn horrible Âiheifme
Dedans la Courait les Lis font fenez^
Et les Crapaux en France retourne^
Pol, Mais dequoy fer t ce mors tç) ce chcueftre
Et ce ferment quipendatafe efïr/ù
Paé Cïft mon amy^dont te bride les veaux>
Qui samufans a mes Ed%ts nouueaux
Croyent a tout ce que Charle leurjuret
Le Serment >ce/l ma verge de Mercure*
Dequvyi endors & charme î Huguenot*,
Et dufommedi? fevucye à ta Mort.
Pol. Et fous tesptel^ Pz.les deux pthers de France
(La Pieté & £ égale balance
De la luftice h ont eu fe de nos Roy s:
Qui font pœjfer lenrs platfirs pour les loix)
ladts débouta & maintenant parterre
Sous vne Paix plus barbare que Guerre.
Pol. Matspourquoy donc mauujtfe tefais-tu
N ommer la P ^jkï, compagne de Vertu?
Pa. SutJ-icps.s Paix qui en paix éternelle,
En couche tel» qpêi iamais ne sefuei\le\
Plus ne font guerre^ plus n ont (XennemiSy
Ceux i]uifous moy repofent endurmisy
Et fur U Fryqit-e Charles a tu*eem
Pol. Pourcjuoy ncns tu cefie Umeferrcc?
Quiferroit mifttxa vn Mars inhumain?
Pa. Pour faire encore vn beau coup de ma maim
Sous l amitié de Noces co-fermee^ A
Survendre OH UU la force affirmée ,
lefang des Nobles m.f/acrez*
DI A L06 1 S ME.
Parmy le vin des Conuiues facre^
O faux at traits !o traislre mariage!
Femmesyenfans cherront en ce carnage^
Et de leurs corps les ondes Rempliront?
Dufanç ver/è 'les fleuues rougiront:
joints a U fin^fi dïvn coup de tempe fie
Ce Dteu Vengeur ne me frvtffe la tcFlc*
Du mefme acier moy mefmemocctray.
Et fur les tmens cefang $e vtngeray*
Poh Comment! veux- tu Montrer aufit toy-mefmet
Tournant vers toypar defefpotr extrême
Le fer tout nud dedans ton propre fein?
Pa. Latjfe moy fur e , atnfique de leur main
Mwe<>& tnfans^r du Tyran t engeance
Faire on verra deux mefmes la vengeance:
Pol Q^y qud en faififant rite tenir:
Car tu pourrai meilleure deueniri
Et vraye paix vn tour a (aduenture*
P*. Ne le croj pat que iamais iefoyefeure:
Tant quonvtrra la matfon de Valois
F au/fer lafiy , fç) ferire des Loix :
Lesftux Edits £vn Parlement efclaue
D'vn CardiaaUparement deConclapé:
Tant quvnConfeil de monfîrercompofé,
Vne Chtmare^vn Garde féaux ru fè%
jQui ti ont pour Dieu que FEji*t& la Panfe»
T tendront en main les gouuemdux de France:
Tant (ju Italie en France régner a%
Tant que la France hors de France fuyra:
Tant qu on verra de Florence la tee
, D*vn C 1ère ferme i & d'vne £ m cotjfee»
Et
Dl A L O G IS M E.
EtqueCatinaurafes EHa/ôns,
Vn Diable au ventre^ vn Preftre a/es talons*
VERS AV f CHASS%VR
Déloyal*
Je ne feauroy penfer lieu ou tupourrois efire
Charles en feureté auecques quelque honneur:
Le peuple François ta fi fort k contre-coeur *
Xhïilte veut aufiipeu pur valet que pour maifîrei
L'accort Italien t es rttfes feait cognotîîre,
L! H espagnol polittefe rit de ton malheur*.
Le More ne pourroit fouffrtr ta Barbarie:
L'Anglois ft) ÏEfcoffois ne veulent point de îôy%
L Allemaigne maudit vn fi barbare Roy:
Le Turc {& le Sophi deteïlent ta furie*
Ils font MahkmetainS)& turiatpoint de Foj:
Sans Foy Ion ne va point en la celefie gloire:
Les Diables en Enfer craindront te receuoirj
Et après le Conct/,quc nous deuons anoir
Les ProteFlans feront rafer le Purgatoire:
Tu eujfes donques bien à tesfuiets pourueU
Si mort-né le Soleil tamais tu n eujfes veux
JMais quon ieuïl droit porté dedans lafoffe noire*
£t quaux Limbes Papaux tu tefuffes tenu.
c y
rAVT VRAIS GENTILS*
hommes Fran çoù.
Vourcjuoy Frarçiife N oble/fe
ï)Vfl Tyran i eftonnes-tu?
Qhi n a force ne vertu
Stnox celle ejtionluy iaiffe.
N* attenrien de fa large ffe
N'en effiererie y de doux,
Et ne crain point fort courroux^
Et tu verras fa foiblcjfe.
Celuy tfut craint ou défit c
N'e/l refoln ne confiant ,
Et le licol va tramant,
Tar oh- le Tir an le tire*
ji R Ç V M E N T D V
premier dialogue.
*
Uthie , ce si a dire la vérité , eftant
yi en vne defes maifons ,. quelle a li-
brement drejjee e^ quartiers de la
Hongrie qui e si fous lapuiffance du Turcy
voit venir [on amy Philalnhie efchappe de
la France : ïinterrogue deïoccafion dcfon
àesfart: ïhiftonographe a la prière de Phi-
lalithte la luy récite] discourant en gros les
choies auenues touchant la Religion entra-
ce , dés François premier mjques au mois
aAouft 1571. fous Charles neuuieme ou il
commence a raconter plus par le menu ce
qui s'ettpafié. Le politique aide ïhislono-
graphe au récit de ïhiHoire &* marque in-
cidemment les fautes fai fies de tous les deux
cosle^wonftrant al' œille miferable efiar de
la France. Leglfe qui la eftoit prie & parle
par fois félon lamatierefubietie.Daniel^cej}
à dire
*:
DïALOGV È. i
Interlocuteurs.
jilithie. Philalitloie. L'hiftoriogrsphe. Le PoHti*
que. VBglïfe. Daniel.
Alithie.
Oicy venir àmoy le petit pas,tout las
& fort haraifé , félon qu'il me femble,
mon ancien amy Philalithie. C'eft-il
voirement: He Dieu, qu'il eft maigre,
defchiré, desbiffé, & mal en poind! Si faut-il que
ie l'embrafle, quelque mal veftu qu'il fbit. Que tu
fois le tresbien venu l'amy :Qui font ces deux gens
de bien qui vienent quand & toy?
Phi. Vous foyezla tresbien trouUee,madame ma
grande amie, Quant à ceux-cy defquels vous de-
mandez, l'vn eft THiftoriographe: l'autre, le Poli-
tique François.
Alt. le fuis plus aifc de te voir accompagné dé
l'vn que de l'autre , fâchant combien l'vn eft ne-
ceifaire & profitable pour aider à la mémoire, ôc
feruir à la pofterité:& l'autre,le plusfbuuent per-
nicieux &c dommageable , principalement s'il eft
nourry à la cour d'aucuns Rois &C Princes que tu
cognoisbien: toutesfois, fi tu as toujours bonne
fouuenance de ce que ie t'ay enleigné, ife m'aiïei*-
*eray que telles gens que les Politiques d auiour-
d'huy, ne te deftourneront facilenient de l'amitié
que tu me portes.
Plot, l'aimeroy mieux eftre mort, que de m efloi-
gner tanjt foit peu de mon deuoir enuers vous, ou
de fléchir aucunemét de ce que m'auez enfeigné.
Quant au Politique que vous voyez, côbien qu'il
ait cfté nourry quelque temps en la cour du Roy
z . D.I A L O G V E.
Charles ix. fi eft-ilfi modefte &c bien auifé , que
tant s'en faut qu il fe foit elïayé à me diuertir de
mon fainéfc propos , qu'au contraire toufioursil
m'y a aidé & fauorifé au poiïible : iufques là, que
me voyant partir de France, ils'eft ioind à moy,
auec ce bon Hiftoriographe:Me prians tous deux
(quoy qu'ils ne cognoiilent pour toutes veritez,
que celle de l'eftat) de leur permettre de courre
pareille fortune que moy (Ce furent les mots dont
ils mVfer enta mon départ) quelque chofe qui me
deuil auenir : depuis en ça, nous auons touiiours
efté compagnons de voyage, de table , & de li6t,
auec toute la meilleure paix & créance que Ton
fcauroit defirer.
jih, le fuis bien aife d'entendre ce que tu en dis,
& de ce que Dieu t'a pourueu en eux d'vne fi ho-
nefte compagnie , & penfe que ce n'eft: pas fans
myftere qu'ils font venus auec toy.Mais qui t'euft
iamais penfé icy?
Phi. Mais vous vrayemenf.il y a bien plus dequoy
s'efrnerueiller à vous y voir habiter3& y tenir mai-
fon (comme ie m'apper çoy que vous l'y auez dret
fee) qu'il n'y a de m'y voir venir.
jilu Quant à moy , eftant pluftoft Cofmouâgue
qu'arrefteeen certain lieu,ce n'eft pas de merueil-
les fi paffantuar ce pays , &m'y voyant bien re-
çeuë, i'y ay planté mon bourdon & enieigne , &
drelfé ma famille , tout ainfi comme ie fay en tout
autre lieu où Ion me reçoit : Mais toy , duquel la
patrie eft fi fertile , fi heureufe , &c pleine d'vn fi
grand nombre de nos amis, ie m'esbahy comme
tu as iamais eu le cœur d'en fortir, pour venir pe^-
reçrinet
BIALOGVE, $
fecriner en reçnm tanc efloianee de la tienne;
Pb$. Quand tu fçauras ce qui m'y a conduit, tu
t'efmerueilleras beaucoup plus de ceux qui m'ont
donné occafion d'en fortir , que de moy qui l'a/
lceu prédre. Quât à ma retraidte en ce pays,lepeU
de leureté que îe voy aux autres plus voifins, pour
la tetardife de ceux qui y commandent , m'a con-
traint(par l'aduis mefme du Politique) de venir ici
de bonne heure cercher fiege,&: repos afleuré.
Alu Que tu y fois derechef le bien venu. Qiiand
tout eft dit,la demeure en ces terres-cy par la grâ-
ce de Dieu eft beaucoup plus affeuree & plus li-
bre pour nos amis,qu'elîe n'eft en beaucoup d'en-
droits où ceux qui le dilent Chreftiés ont la pui£
fànce &le gouuernement.Mais ie te prie,dy moy
la raifon, pourquoy tu es forti de ta patrie, &c qui
t'a ainfi defualizé & defapointé de la forte?
Phi. le fuis content de te le dire,&: te prie de croi-
re, Qjjo y qae ce mefchefme foit àduenu pour l'a-
mour de toy:de ce que fauorifant ton parti^ie t'ay
toufiours confelfee & maintenue , enuers tous&
contre tous: le ne t'en demanderày aucun grand-
mercy : encores moins t'en fcaurây-iè mauuais
gré^ny ne quitteray pourtant l'obligation que i'ay
à te défendre &c maintenir , à la vie 3c à la mort:
Mais s'il te femble mieux que rHiftoriographe
que voila, recite le faift pluftoft que moy, qui
pourroy'fembler fuiped àces meiïieurs quinous
cfcoutent : luy, qui a la mémoire bonne, & l'inté-
grité requife à fon eftat , te pourra informer fom-
nirârement , & ces auditeurs cnfemble , du faicl
ainfi qu'il eft patfé.
A u
4 DIALOGVÉ.
Alu le me refiouy grandement de te voir aînfï
conftamment perfeuerer ( quoy qu'il t'aduiene)
en mon amitié de ma part , ne doute point que ie
ne te rende la pareille, & à la fin des douceurs (fî
tu pourfuy) nompareilles. Quant à ces aigreurs
palïageres que mes amis fouffrent le plusfouuent,
tu fcais que la faute ( que le monde qui me hai&
fait contre moy Se les miens)ne me peut eftreim-
putee,aufli peu qu'au bon vin,le blalme que l'hô-
me par fon intempérance s'acquiert.Mais pource
que cefte matière requiert plus long difcours , Se
que ie fcay que tu es bien refolu de ce qu'il en faut
croire,attendant que nous en puifïion s parler plus
amplement au bénéfice commun des ignorans: il
vaut mieux que l'Hiftoriographe nous die main-
tenant tout haut, afin que ceux cy l'entendent, ce
qu'il a recueilly Se appris de tes miferes 8c difgra-
ces. Nous veux-tu pas faire ce plaifir , mon com-
pagnon?
JHift. le fuis fi grand amy de la vérité, Madame,
que combien que ie ne vous cognoiffe point , Se
qu'au récit de telle tragœdie, voire au ieul iouue-
nir ie fente tous mes fens frémir, Se iufqu'au poil
s'henifonnenfi fuis-ie content de dire finceremét
ce que i'en fcay,à la charge que mon compagnon
le Politique m^aidera,adiouftant ce que ie pour-
roy' oublier par mefgarde,& retrenchant ce qu'il
cuidera de trop di£t.
jilt. C'eft bien auifé. Que t'en femble feigneur
Politique?
Pol. l'en fuis content :& d'autrepart marry,d'ouyr
t&frefchir h mémoire de ce que, pour l'honneur
de ma
DIALOGVE. 5
de ma patrie, de mon Roy , Se des fiens,ie defire-
roy' eftre enfeaely au plus profond du puys de
l'oubliance.
Ali. Commence donc ie te prie, Hiftoriographe
mon amy, fans y adioufter du tien, ny temonftrer
pafïïonné pour l'vn ou l'autre party : dy-nous fim-
plement le fai£t„
HiSl. le ne le puis pour maintenant dire qu'en
gros,n'ayantpres de moymesmemoires:maisi'e^
fperebienen Dieu,qu'vniour ie lairray le tout
par le menu , & comme il s'eft palfé, fans en rien
diiîimuler, eferit à la pofterité.
Pour cefte heure, Oyez.
La lumière de l'Euangile (car ainfi l'appelloit-oh)
commençant par la voix & les eferits de Luther,
Bucer, Zuingle, Ecolampade, Melan&hon, Se au-
très doftesperibnnages, comme de nouueau à fe
manifefter : Le Pape (toutainfi qu'en Alemagn^
par Ces menées , Se par les armées Se moyens de
Charles le quint, aulli en France par le moyen de
François premier) s'y oppofa fort& ferme pour
en empefeher le cours , auec bourrées Se fegots,
iufques à feire brufler par fentences Se arrefts, les
liures du vieil & nouueau Teftament,d'où l'on tr-
roit cefte do£trine,s'ils eftoyent tournez en Fran-
çois ou autre langage vulgaire, Se auec les liures,
ceux qui les maintenoyent , qu'on nomma pour
lors Luthériens. Ceux de Merindol en Prouence,
peuple infkuitde longue main par fes predecef.
leurs en la dodtrine de l'Euangile, furent par ar-
reft du parlement de Prouence en l'an 1540» con-
damnez comme Luthériens à eftre brûliez» Ec
A iij
6 D I A L O G V E.
pource que la ville de Merindol comme Ion di*
soit eftoitla retraite & fpelonque des gens tenans
{ç£kes damneesp fut ordonné par le melîne arrefl:
que lesmaifons y leroyent raiees &c démolies y &c
le lieu rendu inhabitable.
Quatre ou cinq années après ceux de Merin-
dol , ceux de Cabrieres & le peuple de vingt &
deux villages d'alentour, pour la rhelme doctrine
furent pourfuyuis à feu & à iang par le feigneur
d'Opede premier prefïdent , & lieutenant pour
le Roy en Prouehce aflifté du Capitaine Poulain
qu'on appelle le Baron de la garde , & d'autres
Capitaines & foldats en grand nombre iufques
là qu'il fut tué &c meurtry des poures gens de
Cabrieres hommes, femmes & enfans enuiron le
nombre de huit cens , contre la foy que le fei-
gneur d'Opede leur auoit promis '&iuree. Plu-
sieurs autres grans meurtres & pilleries furent e-
xercees fur ces bonnes gens defquelles ie me tay,
pour ce que l'hiftoire qui en a efté efcrite en fait
aflez ample mention. François premier decedé la
me/me pourfuyte fut faite ious Henry fecond,qui
luy fucceda à la couronne : durant le règne du-
quel, non feulement les Hures Se les corp^des
Luthériens furent brûliez, ains aufli leurs légiti-
mes héritiers priuez de leurs biens , qui pour ce
regard eftoyent confisquez & donnez à la duchef-
ie de Valentinois , au Marefchal fainâ: André,
ou à d'autres Semblables courtizans ,*en recom-
penfe de leurs bons, honeftes & loyaux feruices.
îl fut defcouuért de ion Reene vne alfemblee de
trois cens perionnes en la rue Sain£t Iacques
dans
DIALOGVE. 7
dans Paris, qui afliftoyent à vn preiche qu'on fei-
/bit la nuid en vne maifbn priuee , ou auiîi la
Cène fut lors célébrée entre eux : les preftres &c
le peuple Parifien les furprirent , les outragèrent
de parole & de fait , plufieurs de l'affemblee fu-
rent feids prifonniers & pourfuyuis par les offi-
ciers de la iuftice. Nonobftant cela le nombre
de ces gens alloit toufiours en augmentant , ils
firent courre par Paris &c ailleurs certaine Apo-
logie pour eux purger des crimes qu'on leur met-
toit à fus, affermans qu'ils ne maintenoyent que
la vraye religion pour laquelle pluftoft que de
l'abandonner ils eftoyent contens d endurer feux
& tout autre genre de fupplice. Le Seigneur
Dandelot neueu du Conneftable & Colonel de
l'infanterie Françoife fut accufé au Roy Hen-
ry d'eftre du nombre des Luthériens, Et en fin
fut fait pnfonnier pour auoir dit librement ce
qu'il ientoit de la Meife en la prefence du Roy,
&futpriué de fa charge Jde Colonel, à laquel-
le toutesfois il fut puis après remis par l'entremi-
fe du conneftable qui le reconcilia au Roy le-
quel à la fin après la paix faite auecle Roy Phi-
lippe, refolu de ruiner Geneue , en haine de la
doctrine Luthérienne , & pour icelle mefine , de
voir brufler A. du Bourg Vvn de {es confeilliers
au parlement de Paris : au milieu des mariages,
feftins , délices, ieux & tournois , eftant bief-
fé en l'œil dVn coup de lance , que le feigneur
de Mongomery luy donna , en iouftant contre
luypar ion commandement , par grand defaftre
mourut,
À iiîj
8 DIALOGVE;
Apres Henry, lemefme feu côtinuafbus Fran-
çois fecond,qui luy fucceda au Royaume,duquei
tout le gouuernement tomba aufsi toft entre les
mains de mefsieurs de Lorraine, tant à caufe de
leur nièce royne d'Efcofle, qui eftoit mariée à
François,que pour leur habileté & foupplelfe.
Les Princes du fang,voyans l'eftat du royaume
es mains du Cardinal de Lorraine , du Duc de
Guyfe,de fes autres frères Lorrains, de leurs par-
tions & amis, n'apperceuans en François autre
chofe de refte que le nom de Roy feulement, fe
résolurent de luy faire entendre l'eftat de fes af-
faires, de le fupplier treshumblement de conuo-
quer au pluftoft les eftats de fon Royaume, de le
matiier & conduire auec Faduis des princes de
ion fang,ou bien de les charger du maniement, &
s'en repofer fur eux , fuyuant les ancienes loix de
France,infqu'à ce que l'aage luy euft apportéplus .
grande cognoilfance d'affaires. Quant à eux,ils ne
pouuoyent plus longuement foufmr,de voirie
Royaume conduit à l'appétit d'vn Cardinal, (du-
quel la vocation eftoit de prefeher) & de fes frè-
res lefquels deuoyent en toutes fortes céder aux
Princes dufang,& pluftoft rendre conte de leur
adminiftration, que palfer outre à la conduite de
l'eftat* n'eftans exempts de foupçon de le vouloir
emparer du Royaume : Ce que les Princes crai-
gnoyent d'autant plus , que ceux de Lorraine fe
difoyent defeendus de Charlemagne,fils d.e Pépin
roy de France,fur la lignée duquel, après la mort
de Loys le Quint $4. Roy de France, en l'an 988*
felôn que leurs luftoriens le recitent,Hugues Ca-
pe t vfur-
DIALOGVE. 9
pet vfurpa le Royaume , lequel depuis eft tombé
es mains de fes fucceifeurs de Valois, aufquels
les Lorrains l'arracheroyent facilement , lî la ver-
tu des naturels vaffaux & loyaux fuiets , n'y met-
toit empefchement. Quant à lareligion,ils defî-
royent que le Roy fe lailfaft fléchir, à faire ceffer
les feux qui eftoyent allumez par tout le Royau-
me encontre les Luthérien s,à caufe de leur foy &
douane , laquelle les Luthériens difoyent eftre
contens , que le Roy fift examiner aux gens do-
ues par la îain&e Efcriture , feul & vray iuge de
ce faid.
Ces poin&s rédigez par efcrit en forme de
fupplication & remonftrance , Loys de Bourbon
prince de Condé, s'eftoit chargé de les prefenter
au Roy, qui pour lors eftoit à Amboife : Quand
ceux de Lorraine, doutans qu'vne telle requefte
ne fuft caufe de quelque (iniftre changement à
leur defauantage , par le moyen des gentilshom-
mes de leur fuite , & des archers de la carde , fi-
rent empoigner aucuns des gentilshommes qui
eftoyent venus pour accompagner le prince de
Condé: les firent exécuter à mort, & elcarterent
les autres: de forte, que ce deflein des Princes &C
feigneursFrançois fut de tout poinft interuerty,&
vn bruit femé(pour rendre le raid: odieux) que C&
n'eftoit pas contre ceux de Lorraine, ains contre
le Roy.non pour le fupplier pour la religion , o\\
pour le bien de l'eftat , ains pour l'occuper &r cn-
uahir,que celle entreprife eiloit faite. Le nom de
Huguenot fut auiïi dés lors mis à fus , pourvu
fobnquet d'ignominie à ceux qu auparauant tfu
io DIALOGVE
nommoit Luthériens, & au lieu de faire ccfler les
feux contr'eux , ils en firent plus afpre pourfuite
que detiant,reduifant meilleurs de Lorraine en
tout le furplus , l'eftat des affaires du Royaume à
leur plaifir & volonté, iufques là,qu'ayans fait re-
muer la Cour d'Amboyfe à Orléans, &c là affigné
îesEftats, ils y firent au(îi venir le prince de Con-
àéy Prince du lang , qu'ils firent emprifonner dés
l'heure q^'ily fut arriué, pour luy faire rendre
compte de ce quis'eftoit parte à Amboyfe:en dan-
ger d'y laifter la vie , il le roy François toft après
par vn mal d'oreille qui luy furuint, ne fe fuft ha-
fté de quitter le premier la fienne.
JLepol. le me fouuien fprt bien de ce temps-là &
de ce que tu viens de dire. Mais quant à la conuo-
cation des Eftats faite de la part de mefïieurs de
Lorraine^fbuslenom du Roy François,ce n'eftoit
£{u'vn mafque & couuerture Cgi As prenoyét: pour
xnonftrer qu'ils eftoyent contens que les ancien-
nes loix du Royaume fullent remifes fus,& entre-
tenues en leur force & vigueur par l'aduis commû
des Eftats (iadis cerueau, yeux , &c oreilles de nos
Rois les mieux aduifez & la bride & chaftifol des
fnelchans 6c des mal fages) afin d'arracher par ce
moyen du poing à la Nobleiïe Se au peuple, tout
prétexte de murmurer contre le gouuernement
Lorrain: Car quant aurefte, ie fcay bien qu'ils ne
vouloyent rien quitter de leurs defteins , faiians
{>our cefte caufe élire aux conuoeations particu-
xeres qui fe faifoyent ésprouinces du Royaume,
de$ députez aux eftats généraux, les plus affe-
&iomez de leurs partizans & amis ; mais la mort
du Roy
DIALOGVE. u
du Roy inopinee,ne pouuant empefcher leur de-
iîr de voler 3 retrancha en beaucoup de fortes les
aifles de leur efperance.Peu de temps apres(com-
me vn defaftre ne va gueres feul)il fut ioué vn ter-
rible tour à monfîeur le Caidinal,fi d'auenture ne
Tauez fceu: ie le vous diray en deux mots.
Le pape aduerti de Tiffue du faiét d'Amboyfe,
& du bon deuoir que le Cardinal de Lorraine a-
uoit fait à maintenir le parti de fainûe mère E-
glile Romaine , contre les Luthériens deuenus
Huguenots (qui fembloyentne fe contenter que
les feux allumez ceffaflent, fi quant & quant ils ne
parloyent & difputoyent publiquement de leut
religion & do&rine) luy refcriuit par vn courrier
exprès des lettres gratulatôires , lemerciant de
la bonne volonté qu'il auoit monftré à maintenir
le parti du fainct fiege Romain , & le priant de
continuer de bien en mieux en celle bonne affe-
ction : en recognoiifance de laquelle , il luy en-
uoyoit en don par le porteur, vn tableau confacré
par fa fain&eté,d'vne noftre dame de grâce tenant
fonfils entre fes bras, que Michel Angel de fa
plus docte main auoit pourtraid comme vn chef
dJœuure.Aduint(côme Dieu voulut)que le cour-
rier quiportoit les lettres du Pape auec lepre-
fent du tableau,eftât tôbé malade par les chemins,
rencontra vn ieune marchât Luquoys catholique
qui s'en alloit en cour, & fe difoit eiire au Cardi-
nal de Lorraine (combié qu'à vray dire il fuft fon
ennemi mortel & defefperé , par ce qu'il ne pou-
uoit auoir feure affignation du Cardinal,qui m'a-
nioit les finances de France, d'vne grande fommc
|l DIALOGVE.
de deniers qu'il auoitfournyau roy Henry lors
des guerres de monfieurde Guyfe en Tofcane le-
quel il creut facilement , bien aife de cefte occa-
sion , puis que fa maladie l'empefchoit de paiïer
outre: ayant donc apprins le nom du Luquoys, &
doutant que le retardement des lettres de fa fain-
deté ne luy fuft dômageable, il le pria de fe char-
ger des lettres & du tableau, qu'il luy remit entre
mains,pour lesliurer,commeil promit, auCardi-
dmal. Ce Luquoys ne fut pas fi toft à Paris, que a-
yant rencontré vn peintre à fa pofte, &: l'occafion
de faire vn fcorne à monfieur le Cardinal,fit faire
vn tableau dé mefme grandeur, où le Cardinal de
Lorraine, la Roynefà nièce , la Roynemere,& la
ducheile de Guyfe eftoyent peints au vif nuds, a-»
yans les bras au col, &les iambes entrelacées l'vn
auec l'autre : puis le fit foigneufement empaque-
ter dans le tafetas Se toile cirée de l'autre tableau,
& trouua moyen de le faire configner,auec les let-
tres de fa fain&eté , en la chambre du Cardinal,
lors qu'il eftoit en confeil,en.tre les mains d'vn de
fes lecretaires:Quand monfieur le Cardinal reue-
nu du confeil, eut leu les lettres de la fain&eté, il
jrefèrua de yoir le tableau au lendemain difnenau-
quel tout exprès il conuia meilleurs lesCardinaux
de Bourbon,de Tournon, & de Guyfe,les ducs de
Montpenfier , & de Guyfe , &c quelques autres
grands feigneurs:ils ne furent pas au fécond ferui-
ce, que monfieur le Cardinal ayant fait lire tout
haut les lettres de fa faindeté, efmeut tellemét le
defir de la côpagnie à voir noftre dame de grâce,
que quittât le repas du corps pour repaiftre leurs
efprits
DIALOGVL ij
eiprits, ils firent apporter le tableau, lequel bien
dextrement defueloppé,eftant regardé par eux>&
trouué tel que ie vous vien de dire , ie vous laifïe
àpen&rfi ces feigneurs en furent eftonnez5&:
monfieur le Cardinal fafché.
Ubifl. le n'auoy' point encore ouy faire ce con-
teimais vrayemét if eft admirable^ digne que ie
le couche entre mes efcrits>pour môftrer d'vn co~
fté la force dé la vérité , laquelle dVne façon ou
d'autre toft ou tard faut que fe deicouure , &c la
puiflance du defpit fur vne perfonne outrée.
LepoL Quant au defpit dont tu parles,fi celuy du
Luquoys le pouiïa à faire ce traitfc que i\iy recité,
alfeure toy que le defpit que monfieur le Cardi-
nal en print > cuidant que ce follent Hugnenots
qui luy eulfent ioué ce tour , leur a caufë beau-
coup de maux qui leur font depuis furuenus.
Phi/. Ainfibienfouuentjmriocentfouffrelapei-
ne deue au coulpable : mais pour n'entrer plus a-
uant en ce difcours5ie te prie Hiftoriographe, re~
pren le fil de ton hiftoire.
IJhïSl. Charles ix. François fon frère decedé,fîic-
céda à la couronne en l'aage de dix ans : Et Ca-
therine de Medicis famere58c Anthoine de Bour-
bon roy de Nauarre , premier Prince du fang e-
ftansen différent touchant le gouuernement de
la perfonne de Charles &: de fon eftat > & peu a-
près tombez d'accord à l'auantage de la mère : le
prince de Condé fut déclaré innocent 5 & abfous
du faidfc d'Amboife , tenu pour bon parent du
Roy , & deliaré: Les feux aufli & pourluites con-
tre les Huguenots furent faits celienles eftats de
14 D1A LO G'VE*
France alïemblez: leur aduis entendu, & fuyuaiit
îceluy eu aufïï l'aduis des Prefîdens ScConfeil-
liers des Parlemens de la France , auec les fei-
gneurs du conieil priué du Roy , fut fait vn Col-
loque à Poifly , deuant le Roy & Ces Princes, en-
tre les plus doifces des Catholiques & des Hugue-
nots : lefquels ayans tait confeflîon de leur foy,
difputé d'icelle en public , &: maintenu leur do-
ctrine par les Efcritures, obtindrent pour conclu-
fîon vn edi£fc du Roy, par l'aduis du fufdid Con-
feil,au mois de Ianuier en l'an 1561. par lequel fut
permife aux Huguenots liberté de confeience, &
exercice de leur religion hors des villes du Roy-
aume. De là fourdit vn grand nombre d'Eglifes
(ainfilesnommoit-on) & d'affembleesde Hugue-
nots par la France : on prefcha à la Cour, hors de
Paris, &c es autres villes , auec telle efficace , qu'à
vray dire on voyoit ces gens-là s'amender en la
vie,& s'accroiftre en nombre à veuë d'œil. Mon-
lîeurle Cardinal de Lorraine & meilleurs fes fre-
res3ne pouuans fupporter vne telle liberté en ceux
qu'ils reputoyent leurs ennemis,& craignans que
fi quelquefois telie dodtrine venoit en auant, ils
ne fuflentcôtraints parla reformation de ces Hu-
guenots , de quitter 300. mille efcuz de reuenu,
qu'ils auoyent des bénéfices en leur maifon, &
rendre compte de leurs charges &c maniemens
palfezipour fortifier leur parti de Lorraine,attire-
rent à eux Antoine de Bourbon , luy promettans
de luy faire rendre par le Roy d'Efpagne le royau-
me de Nauarre qu'il occupoit3ou la Sardaigne en
change , érigée en Royaume ; Ils s'adjoignirent
auffi le
DIALOGVL îf
iuïïl le Conneftable,& le marefchal faincfc André,
tant à caufe de larecerche qu'ils craignoyent qu 6
fift vn iour fur eux, des dons immenles, receusdu.
Roy 5 contre les loix du Royaume , que pour la
crainte qu'ils auoyent d'eftre contrains de rendre
les confiscations des Luthériens & Huguenots^
vne ibis ils auoyent le crédit & la faueur-Plufieuss
autres grands feigneurs aufïi fe rengerent duco-
fté de meilleurs de Lorraine,en haine de celle do»
ftrine de l'Euangile. L'expugnation de laquelle e-
ftant iuree par eux5 le duc de Guy le commença à
faire preuue de leur delfein fur les Huguenots de
Valfy y defquels luy ou fçs gens tuèrent vn bon.
nombre 5 ainfi qu'ils les trouuerent aifembiez au,
preiche. Quand & quand le prince de Condépar
le commandement de la Royne mère (qui par leu
très & courriers luy recommandoit la defenfc
d'elle & du Roy fon fils,ayant defcouuert l'entre-
prile de mejTieurs de Lorraine , & de leurs confe-
derez)prit lesarmes,& les lit prendre auec luy aux
Huguenots de la France, pour laconferuation du
Roy, de ies Edidfcs, vaiïaux & luiets.
Meilleurs de Lorraine,ayans aupaiauantaflem-
bJé forces de pied & de cheual en grand nombre,
& auec eux le Conneftable, & le marefchal iain£fc
André, vindrent à la Cour amez:& là s'eftans em-
parez du Roy, eurent auiïi à la fin fa mère fauora-
ble à leur party.
Lepol. Il eiiainii. Et voila d'où nous vindret beau-
coup de maux : car fi la Royne mère n'euft iamau
donné courage & mandemct au prince de Condé
de s'armer,ou l'ayat feit, s'eile n Vuft ptità i
t6 DIALOGVE,
adhéré à ceux de Lorraine, la guerre ne fuft point
née , ny fortie fi auant, ne fi afprement qu'elle fît
depuis : mais ie fuis certain que la Royne mère
(qui auoit fai& tomber le gouuernement du Roy
& du Royaume entre Ces mains) fe doutant, fi les
Princes &c les grans du Royaume eftoyent vne fois
bien d'accord , qu'elle en feroit defarçonnee , vfi
de ce moyen de defunion , preftant fa confcience
& authorité aux deux partis,pour les tenir en dis-
corde, les affoiblir par leurs mains propres , & fe
conferuer par ceft artifice après les coups ruez au
gouuernement du Royaume. *
UhiH. le le croy :mais tant y a,que la guerre prinfc
vn tel trai£l , les vns & les autres ayans tantoft du
bon,tantoft dumauuais:que finalement apresplu-
fieurs prinfes , &c pertes de villes de tous les deui
coftez , le prince de Condé fut fait prifonnier, en
vne bataille qui luy fut liuree près de Dreux : le
Conneftable de l'autre cofté y fut auffiprinspar
les Huguenots, le marefchal fain£t André tué, &
peu après le roy de Nauarre deuant Rouen, &le
duc de G uyfe deuant Orléans , dont s'enfuyuit la
paix tant defiree parles Huguenots , que la ne-
cefïité de fe défendre , comme fay dit , auoit ar-
meziaufquels de nouueau par Edi6t folennel, fait
par lé Roy, fa mère, & fon conleil, fur la pacifica-
tion de ces troubles, aiimois de Mars, itfi. fut
accordée liberté de confcience , & exercice de
leur religion dans les villes où potu: lors ils fai-
foyent prefcher,& en beaucoup d'autres lieux du
Royaume.Toutce qu'ils auoyent fait en ces guer-
re fut déclaré auoir efté iàit pour le feruice dul
RoyJ
DIALOGVË L 17
Roy, lequel neantmoinspar fon Edicfc leur com-
mandoit de mettre les armes bas,& viure au fur-
plus(leur confcience fauue)en paix comme aup**
rauant3fbus les loix & police de fon Royaume.
Le pol. Tu as oublié de dire,que la Royne d'An-
gleterre(pour la conformité de la do6trine qu'el-
le &c fes fubiets ont auec les Huguenots) leur en-
uoya durant la guerre vn grand & puilTant fè*
cours:qui fut caufe en partie,de faire hafter lare-
fblution de la paix.
Uhifi. Tu asraifon:Mais pour reprendre le fil de
mon difcours, l'Edid de pacification ne fut pas fi
toft pub lié,que les Huguenots mirent les armes
bas5& fe conformant en tout à la volonté du Roy
déclarée par fon Edid , menoyent vne vie tran-
quille Se paifible* Quand la Royne mere,fe fou-»
uenant du tour qu'elle leur auoitioué (lesfaifànt
armer à fon befoin Se mandement,Se neantmoins
accommodant d'autre part ion authorité auxLor-
rains,pour les faire mieux entrebattre,8e en auoir
fon palfe-temps)8e doutant qu'ils ne peuflent ou-
blier la mémoire d'vne telle offenfè , Se que tout
le royaume eftant d'accord, on ne fift quelque
delïein de conduire les affaires fans elle,craiçnât
de perdre par ce moyen fon authorité :oupomble
(comme Caton,qui appelloit confpiration en-
uers le père de famille, la bonne intelligence de
fesdomeftiques) ne pouuant voir plus long temps
leftat de Tvn Sel'autre parti en balance,elle mon-
ftra de vouloir entièrement fauorifer .le parti des
Lorrains : mais cependant elle s'acqueroit parti-
culicïement ldplus qu'elle pouuoit d'autres par-
iS DlALOGVE t
tizans , ayans pour ce , Fait faire vn voyage ait
Roy tout à Pentour de fon Royaume,apres auoir
pratiqué ( fous couleur de vouloir voir la Royne
d'Efpagne fa fille) vn parlement auec le duc d'Al-
be à Bayonne,o ù elle fut auec le Roy : o u aufli la
toyne d'Efpagne& le duc d'Albe le trouuerent,
non fans eltroite conférence, & ferme refolution
de quelque chofe d'importance > que ie ne vous
Jmis déclarer,
jûli. Si fay bien moy :ie fuis contente de le vous
dire. La Royne mère comme perfonne curieufe,
ayant interrogué Noftradamus(quifemefloit de
prédire les chofes futures) de ce qui aduiendroit
èfes enfans :& ayant ouy qu'elle lesverroit tous
trois Rois,croyant par trop à fes paroles, Se dou-
tant s'ainfi aduenoit qu'elle ne fiift rëuoyée àFlo
rence,pourvoir fesparens & amis,& ne fçachant
quel parti prendre (tout ainfi qu'elle voyoitla
force des eftats pieçà fupprimee & la loySalique,
touchant le gouuernement , qui eftoit tombé en
quenouille, violee)penfant que pourlafuccefïion
du Royaume elle en pourvoit bien faire autant:
promit &iura au duc d'Albe, de faire tomber la
couronne de France, fur la teftede fa fille aifnee,
ik par confequent du Roy d'Efpagne , pour fe le
rendre bon patron & garent, aïi cas que fes en-
fans mouruflent. Mais le duc d'Albe ne la pou-
uantlegererpent croire, voulut pour confirma-
tion de ce faict , que la Royne mère luy promiffc
cependant , de rompre & caller TEdift de pacifi-
cation,& dofter aux Huguenots tout ce qu'ils a-
Uoyent de liberté de confçience* & d'exercice dé
religion,
DIALOGVE I. i>
éeligion , pour meilleure preuuedefabonne vo**
lonté enuers l'Efpagne ^au détriment de la Fran-
Ce,ce que.laRoyne fit volontiers]
Le po. C'eftoit bien loin de reftablir le royaume
en ion entier, que d'abolir les plus ancienes loix:
elle eftoit bien loin de chauffer fà botine de The-
ramenesjcomme nousconfeillions,quad elle vou-
loic ruiner la moitié du royaume qu'elle difoit
mal fàine,au lieu de côferuèr les deux , comme en
vn corps demi paralitique on a accouftumé d'v-
fer: He Dieu que la maiion êft malheureufe,quâd
la poule y chante plus haut que le coq / Mais s'il
vous plaift,que l'Hiftorio graphe pourfuyue , afin
que ie me taife des maux fans remède.
L'ifi. le le veux'bien. Apres ce pourparler fait h
Bayonne,les Huguenpts fe plaignoyent en beau-
coup d'endroits du royaume , des maux,des torts
& iniuftices qu'on leur fiiiloit.de quelques reftri*
âions de l'Edift de pacification , & de plufieurs
contrauentions à la volonté du Roy faites iour-
nellement à leur defauantage ', depuis la pacifica-
tion iufques alôrs,durât le temps de cinq années.
Et cependant la Royne mère fous le nom du Roy*
ayantfoudoyé, fait entrer eh F race, & venir droit
à la cour fix mille Suyifes, auec l'aide de ks parti-
sans & autres peu paiiibles François , rompit ou-
uertemet l'Edid de paix, fur Fheure que fe prin-
ce de Condé s'eftoit accompagné pour aller
trouuer le Roy àMeaux, & luy faire fes plain-
tes 6c doléances , tant pour luy que les autres-'
Huguenots , & nommeement fur cefte entrée
d'éticangers iufques au miliei du Royaume, §*
%t> DlALOGVEL
près k perfonne de famaiefté , fans occafîon ap^
paréte.Gefte rupture d'edid fut telle & fi àpoin&
nommé , que fi le prince de Condé &c ceux de fa
troupe n'euffent pris garde à eux, les Suyifes (in-
formez tout autrement deschofes) n'eu-lfent faiU
li à les mettre en pièces , tant leur deffein eftoit
bien drelîé.
Le /?p/.Nous eftions extrêmement marris, moy &c
vne troupe de bons François, qui eftions pour
lors à la cour, zélateurs du bien de Teftat &c de là
réputation du Roy , de voir prendre cefte routte
aux affaires : de voir la foy publique violée , par
ceux qui la deuiïent garder plus chère que leur
propre vie: voire que ce fuft par les forces des
Suylïès , qui auoyent la réputation entre les nati-
ons,d*eftre loyaux obferuateurs de leurs promet
lès iurees,d'autant plus que de ce mal dependoic
comme d'vn ruilfeau vne nier de miferes fur nous
& à le vouloir continuera fubuerfion entière du
Royaume : auquel les Suyflès eftans alliez plus
fort qu'au Roy ( pour dire vray) ôc leurs penfions
payées des deniers desfubiets du Roy, nous-nous
efmerueillions grandement,comme ils n'auoyent
regret de prendre de leur argent , pour les vejiir
tuer en leurs maifons,en violant toute foy,allian-
cé , & feureté publique. Et fçachans combien es;
Cantons de SuyfTe , il y a de grandes $c puiilantes
Republiques , qui tiennét kmefme dodrine que
les Huguenots François, nous doutions bien fore
que le feu ne s'allurnaft parmi les Suyifes, en leur
propre pays5pour les empefcher de venir en Frâ-
çe%ï k tuerie desHuguenots:nous trouuions au£
û
DIALOGVEI. 21
fi fort eftrange,de voir ces pour es Suyfles fe laik
fer mener à la boucherie (car sas doute il en mou-
roit & en eftoyent tuez beaucoup en France pour
trois ou quatre efcus le mois ) à la merci de trois
ou quatre Colonels qui rempliilbyent leurs bou-
getes, aux defpés du fang de leurs combourgeois.
Et euflions bié voulu5qu'au lieu de fix mille SuyC
fes armezjes Seigneurs des Ligues en euflfent en-
uoyé fix des plus fages &c paifibles au Roy & àfpn
confèiljpour faire entendre qu'à tout ieuenement
en telles guerres ciuiles , il vaut mieux armer le
Î>arti obeiflant^que le feditieux & rebelle. Que ce
uy eft obeifTant, quife contente des bons Edi&s
de fonRoy:que lesHuguenots(horsla confcien-
ce)luy rendoyét tous deuoirs de fuiets5mais qu'au
refte le corps eft foible &moins appareillé a con-
battre les autres3quand il a perdu la moitié de les
membres: qu'il n'y achofe plus miferable que la
vi£fcoireés guerres ciuiles5laquelle affaiblit levain
queur bien fouuent autât que le vaincuje liurant
àlafin ducompte entre les mains de fes*voi ns:
que partant l'opinion de Machiauelli(que le con-
feil du Roy fembloit fuiure,tenant G^s fuiets de£
unis) eftoit vne pernicieufe, herefie en matière
d'eftaf.qu'il valoit donc mieux conferuer le tout,
qu'en ruiner vne grandepartie.Que les Republi-
ques des Suylïes&celles d'Allemagne(quoy qu'il
yaitmefmediuerfité de religions qu'en France)
ne lailïoyent pas de profperer , & eftre bien fort
paifibles: En fomme, nous eufïïons defiré que les
Seigneurs des Ligues euflent fait remonftrer les
choles^qu ils euiïent auifé eftre mieux pour le bié
B 5
2$ D1AL0GVE t
£cconferuation du Royaume, fans enuoyer leurf
gens à vn commun & réciproque rauage. Mais
quoy?nous n'ofiôs mot Tonner , ny en dire ce que
nous penfions : & d'autre part Fambairadeur du
Roy vers les Suyffes,monfieur Beiieure,leur don-
noità entendre, que le prince de Condé vouloit
faire tuer le Roy, & fe faire Roy luyr-meime: tel-
îemét que les Colonels des Suyfles , faifant féblât
de le croire, pour les penfions , gages , ôc profits
qui leur en reuenoyét: au lieu d'y mettre la paix,
y voyoyent volontiers la guerre-
fJkift.Tant y a,les chqfés eftâs es termes que i'ay
dicfcje prince de Condé voyât que c'eftoit à bon
cfcient & à defcouuert, &c non plus par ieu &: en
cachettes, qu'on en vouloit à luy de aux Hugue-
nots delà France : en ayant ailemblé vne bonne
troupe, s'ent vint près de Paris,oi\ le Roy s'en e-
ftoit allé, pour entendre encore plus auvray le
deifein de leurs ennemis: mais luy eftant reiponT
du à coups de canon,& couru fus luy à grand for-
ce,apres s'eftre vaillamment defendu,le retira tte
les Huguenots qui l'accompagnoyent , pour leur
/èureté 3c conferuation , dans quelques villes du
Royaume. Quand les Princes proteftans d'Alle-
magne ouyrent ces nouuelles , fentans touchera
cux,ce quitouchoit aux François de leur religiô,
& marris de ce quJô les traittoit ainfi à la rigueur,
enuoyerent au prince de Condé &: aux Hugue-
nots François pour leur aide Se defenie, vn bràue
& puifcant fecours de Reyilres & Larifquenets,
iouslaconduitedu ducIeanCafimir,fils du com-
te Palatin. Apres l'arriuee duquel, la Royne
mère
DIALOGVE t ïy
mere,leRoy,fes freres,&:fon confeil,voyans com-
bien il leureftoit mal-aifé de ruiner pour lors les
Huguenots, entièrement , leur accordèrent de
nouueau par vnEdictiolennel, fait au mois de
Mars, en Vannée 1568. lamefme liberté de con-
science, & exercice de religion qu'ils auoyent au-
parauantj: reputant fait pour leferuice du Roy,
tout ce qu'ils auoyenr fait en cefte guerre-là,à la
charge qu'ils mettroyent bas les armes, remet-
troyent les villes où ils s'eftoyent retirez es mains
du Roy, ou de Ces miniftres,& renuoyeroyét leur
fecours Alleman , hors de France. Cela ne fut
pas (î toft commandé qu'il fut exécuté par les
Huguenots, le parti çôtraire demeurât toufiours
armé , dont aduint(aufii toft que le duc de Cafi-
mir & fès troupes furent retirées ( que de nou-
ueau furent exercées par la France , plufieurs in-
iuftices & cruautez fur les Huguenots , tant que
le prince de Condéfut enuironné de garnifons,
qui venoyent pour le furprédre dans famaifbn de
Noyers, où il s'eftoit retiré: de forte que s'il ne
fuft bien vifte &c dextremétefehappé , auec fa fem-
me &fesenfans, & s'il n'eufttrouuélegué desri-
uieres qu'il luy conuint paffe r à commandement,
il eftoit trouifé en malle: & bié luy feruir de trou-
uer la ville de la Rochelle, où il le retira, fauo râ-
ble : fans cela , c'eftoit fait de luy. Eftant retiré
dans la Rochelle , les Huguenots fifehez , de voir
que fi fouuéton leur fàuflbit la foy, furet merueil-
leufement eftonnez: mais peu après ayans reprins
courage > ils accoururent de tout#s parts trou-
B* iiii:
*4 DIALOGVÊ L
uer le prince de Condé , pour fe confêruer aue€
luy. Entre autres Ieanne d'Albret roynedeNa-
uarre , vint auiïi trouuer le prince de Condé fou
beaufrere,auec Ton fils le prince de Nauarre,qu el
le voiia toutieune qu'il eftoit à cefte'guerre, auec
fès bagues &c ioyaux,lefquels depuis furent enga-
gez pour aider aux frais de l'armée. Le duc de
Deux-ponts prince de l'Empire, entendant que
la foy auoitefté de nouueau violée en France aux
Huguenots^efmeu de la grauité du faicfc,s*achemi
m en France, &auec luy le prince d'Orenge, le
comte Ludouic fbn frère , le comte de Mansfeld
& plufieurs autres Seigneurs &rComtes Allemans,
auec fept ou huid mille Reyftres , & autant de
JLanfquenets.Cependant le prince de Condé me-
noit lès mains , afllegeoit villes &c chafteaux , fair
fant tout ce qui pouuoit ieruir à fe defendre,& en
domrnager l'ennemy:quand le duc d'Aniou frère
du RoyCharles,& fon lieutenant general,condui-
lant vne puiifante armée conçre le prince deCon-
dé (quin'auoit alors que bien peu de fès forces)
iuy donna vne bataille près de Iarnac, où le Prin-
ce perdit,& y fut faitprifonnier , &c peu après par
commandemét du duc d'Aniou , tué à iang froid,
par vn nommé Montefquiou,de la maifbn du duc
cTAniou.
jilt. Le prince de Condé fè hazardant ainfi, mon-
ftra euidemmét combien peu il aipiroit à la cou-
ronne , defmentant ouuertement ceux qui le ca-
lomnioyent de cela.
Phi. Il eft bien vray : Mais aufîi fit-il vne grande
faute5hazardant'aueç peu de forces tous ceux qui
s'eftoyent
DIALOGVE L ^
s'eftoyerit à luy retirez pour fe conferuer9&gene-
ralement tous les Huguenots de France.
Le Pol.Cc font des fautes qa ô ne peut faire qiv v-
ne fois,& qu'il fe faut bien garder de commettre.
Uhift. Il eft ainfi. Or le refte des forces des Hu-
guenots , après la mort du Prince de Condé , de-
meura (fous le nom du prince de Nauarre , &c du
ieune prince de Condé ) entre les mains de Ga£
(>ard comte de Coligny , admirai de France, par
'aduis commû de tous les prinçipaux?lefquels e~
ftans allez enfemble au deuant du duc de Deux-
ponts & de fon armee^qui leur venoit au fecours:
& ayas trouué le duc de Deux-ponts mort de ma-
ladie,ne lailierentpourtât comme frères de met
me religion & volonté,de ioindre leurs forces en
femble:auec lefquelles(apres quelquesprinies de
villes & autres faits d'armes)ils furent contraints
de fbuftenir vne autre bataille près de'Montcon-
tour,au mois d'O&obre 1^69. que le duc d'Aniou
leur liura,laquelle aufîi ils perdirent: maisnelaif-
ferent pourtant âyans ramalle leurs forces^de te-
nir lacâpagne,& fe çonferuer le mieux qu'il leur
fut polîible auec leurs villes, durant neuf ou dix
mois:pendât lefquels aufli ils prindrentplufieurs
villes3& eurent des rencontres en diuers endroits
ouilfembloit que la châcefetournaft àrlafaueur
desHuguenots.Ce que l'on cognut encores plus
outiertement. En finie 22, du mois d'Aouft de
Tan ij7o;leur fut derechef ottroyee lapaix3quJih
auoyent tâtdefiree5par vn edidfc que le Roy. Char
les fit,par Taduis de la Royne famere , de fes fre-
res;des autres Princes &Seigneurs Ces confeillers
B v
%6 DIALOGVE l
par lequel entre autres chofes, le Roy vouloic
que la mémoire de toutes les chofes paflfees es
guerres ciuiles de la France,voire lesfentences
& iug^mens donnez contre les Luthériens ou
Huguenots, du temps du roy Henry fon père iu/1
ques alors, fulîent annullees & abolies perpétuel-
lement, Declaroit tout ce qui s'eftoitfaiten ce-
fte guerre, auoir efté fait pour fon feruice:pour
lequel aufftil recognoilfoit que le fecours d'Alle-
magne leur eftoit venu, reputantpour bonspa-
rens fiens y les princes de Nauarre & de Con-
de, le prince d'Orenge , le comte Ludouic de
Naflau , & de Mansfeld , Tes bons coufins &c a-
ims,& les Huguenots François, Tes loyaux vafl
faux &c fuiets : leur promettant liberté de con-
fcience & exercice de leur Religion , en certai-
nes villes, & es mai/bns des feigneurs gentils-
hommes & autres ayans fieFde-haubert. Et par
ce que la mémoire des dommages réciproque-
ment donnez en ces guerres , ne 'ie pomioit fi toiè
perdre comme il leroit bien requis ( voulant e-
uiter tout inconuenient , & donner feureté à
ceux des Huguenots qui pourroyent eftre en
quelque crainte retournans en leurs maifons,
d'eftre priuez de repos ) attendant que les rancu-
nes & inimitiez fulïènt adoucies , le Roy accorda
de leur bailler en garde, les villes de la Rochelle,
Mont-auban, Coignac , & la Charité : efquelles
rceux d'entr'eux quinevoudroyent fitofts'enal-
1er en leurs maifons, le pourroyent retirer & ha-
bituera la charge que le Roy de Nauarre,le prin-
ce de Condé , & vingt eentils-hommes de maifon
DIALOGVE L %j
iqui feroyent nommez par le Roy, iureroyënt &
promettroyent yn feul & pour le tout , pour eux
&c ceux de leur religion , de garder au Roy lefdi-
ékes villes,&: 311 bout de deux ans, les remettre en-
jtre les mains de çeluy qu'il plairoit au Roy d'or-
donner, Tans rien y jnnouer: Voulant pour plus
grande affeurance de 1-obferuation de ionEdiâ*
que le Roy donnoit pour irreuocable,que tous les
Parlemens , gpuuerneurs^ &miniltres de laiuftice
& police de la France ,iuraffent iolennellement,
de le faire exactement obferuer félon fa forme &C
teneur,
Alt. On voit clairement es ilfues de ces guerres,
vne chofe admirable, que le monde ne recognoift
point : c'eft que ces Huguenots perdoyenttouk
iîours les batailles , & toutefois obtenoyent la vi-
ctoire de leur caufe, d'autant que la liberté de co-
icience ôc l'exercice de leurreligion,leureftoit
toufîours accordé, depuis le temps qu'elle leur fut
premier octroyée au mois de ïanuier , en l'an 15(31.
tellement que on les pourroit dire vainqueurs,
alors qu'ils ont jefté-^aincus. Chofè qui fait re-
cognoiftre à qui regarde de près & fans paflioit
en leur do&xi^ie, vn naturel effe£t de la Palme,
fymbolizant à la vérité , laquelle tant plus qu'elle
cft prelfee,plus elle s'esleue & relfourd.
Phi. Gela efl: certain: Mais ce dequoy ie m'efmer-
ueille le plûs,& dequoy ie ne me puis encore bien
refoudre,c'eft, laquelle de ces chofes eftoit plus
grande,ou aux Huguenots la patience, l'obenfan-
ç e & fidélité : ou en leurs ennemis , la furie,haine
& desloyauté?
*S DIALOGVE I.
Jiïu C'eft vne queftion bien mal-aifèe à foudre
toutesfois quât aux H\iguenots,ils ne pouuoyent
faire de moins pour iuftifier leur caufe,& recom-
mander deuant Dieu Se les hommes leur parti
(qu'on aceufok de fedition) que de monftrer vne
manfuetude & fucceflîue obeiilance à leur Roy,
ôtafes miniftres, ielon Dieu.
Fhila. Voire:mais on pratiquoit par trop fouuent
fur euxja fable du loup d'AEfope,lequel beuuant
au haut de la riuiere,chargeoit l'agneau (qui beu-
Voit tout au bas ) de luy troubler l'eau, comme il
difoit que fon père auoit fait,prenâtfur cefte que-
relle d'Alleman,occafion de le deuorer.
Lepol. Laiiïons ce difeours ie vous prie, n'inter-
rompons pas celuy de l'Hiftoriographe.
L'bift. Ceft Edift de paix fait & publié > il fut iuré
& promis par tous les officiers de la France, de
Tobferuer : les Huguenots de leur partrenuoye-
rentleur fecours d'Allemagne3& fe conformerét
en tout le furplus , à la volonté du Roy, déclarée
en fon Ediët.
La Roy ne de Nauarre , le prince de Nauarre,
le prince de Condé,rAdmiral,le comte de la Ro
che-foucaut,& quelques autres feigneurs &gen-
tils-hommes s'eftans retirez à la Rochelle, après
les fermens & promelfes de la co'nferuer au Roy
faites comme il appartenoit,viuoyent le plus pai-^
iîblement qu'on pourroitpenfer: & quelques gé-
tils-hômes,gens de lettre s,&marchâds,fous mei-
mespromeffes s'eftoyent pareillement retirez ç$
autres trois villes baillées pour refuge :& tous les
autres Huguenots retournez en ieursmaifbns, Ce
tenoyent
DI A-LO G V E L 19
tenoyét coy,chacun en fa vocation, comme fi k*
mais auparauant on ne leur euft fait tort ou deC
{>laifir.Le Roy Charles monftroit de fa part, voul-
oir que fon Edid fuft de poirid en poinâ: obfer^
ué:iurant bien fouuent par lamort, & parle fang,
qu'il le feroit entretenir: qu'il ne croiroit plus co
qu'on luy auoit voulu faire entendre, que les Hu-
guenots le vouluîfent tuer,*qu'ils luy eftoyët trop
bonsfuiets,pour attenter telle mefchâceté. Mo-
fieur,frere du Roy,ne fe pouuoit de tant commâ-
der,que de mon fixer tant foit peu d'enuie,que les
Huguenots iouilfent de quelque repos alfeurétau
contraire,il faifoit ouuertement paroiftre, le peu
deplaifir qu'ilyprenoit:iufquesîà,que le Roy&
luy,s'en faifoyént mauuaife chere,pour la difere-
pâce qu'ils monftroyent auoir en leurs volontez.
Ceux que le Roy aimoit,fembloyent hays deMô-
fïeur.ceux que Monfieur aimoit , n'eftoyet en ap-
parence guère bié veus du Roy.duquel plufieurs
(voyans les Huguenots entrer en crédit) difoyenc
tout hautjqu'ils luy auoyét defrobé le cœur.Mais
Î)ource qu'enplufieurs endroits du Royaume on
eur faifoit des torts & iniures5la royne deNauar-
re,les princes deNauarre&deCôdé,& auec eux l'a
mirâl,enuoyerét vers le Roy, quatre gétilshômes
fignalez:fçauoir eft,Briqiîemaut lepere(anciéfer-
uiteur du Roy,& des vieux Capitaines de laFrâ-
ce)Teligny gendre de l'Admirai, la Noue, benu-
frere de Teligny,& Cauagnes Confeiller au Par-
lement de Thouloufe : pour faire entendre à la
maiefté,les torts qu'on faifoit à ceux de leur reli-
gion, contre l'intention exprelfe de fes Edieh'Jç
je DIALÔ6VÊ t;
ïupplicr treshumblement d'y pouruoir , & leur
adminiftrer iiifticè , comme vh bon prince doit à
fes fuiets. Le Roy les ayant humainement receus*
& recueilli leurs plaintes,monftroit d'en eftrebié
fort marri,& leur refpondit,que par la mort Dieu
il en feroit la vengeance , Ôc chailieroit fi bien les
feditieux, qu'il en feroit mémoire à iamais.
Monfieur , frère du Roy ,nepoUuànt laifler fî
toft la haine qu'ilportoit auxHûguénots,n'y mef-
mes la diffimuler , pour l'obligation qu'ilauoità
l'Eglife Romaine (de laquelle & du clergé Fran-
çois , il auoit deux cens mille francs depenfion)
doiînoit neantmoins par fois êfperance aufdiéb
gentils-hommes députez ,• d'appaifèr & rabatré
vniourà venir, Le mal-talent qu'il leur portoit;
Le Roy de fa part,continuoit toufioiirs fescaref-
fes,aufdi£ts quatre gentils-hommes députez, leur
faifant plufieursdons&preferis : entre autres, il
donna vn eftat de Maiilre des requeftes defon
hoftel, au feigneur de Cauagnes : & quelque pre-
fènt en deniers à Teligity 5 lequel fit aufîi prefenc
au Roy d'vn beau & bien adroit courfier Rabicâ,
& d'vn petit cheual , qui manioit en toutes fortes
de luy-mefme,fagement & bien àpoiricSfc,&fans
que perionne foft delîus , que le Roy iïîônftroit
d'aimer bien fort Se s'en efmerueillër. Prefque1
tous les courtifans fembloyent fe refiouir,voy^'
ans ces députez en cour, & monftrans d'auoir ou^
blié les aigreurs des guerres ,n5oublioyét rien des
carelfes de cour enuers eux , réprenans en appa-
rence lesarres de leurs vieilles cognoîiïances«S£
fâmiliaritez paffees. Sur coûtée Roy $ Se la Royn*
fa mere^
DI A LO G VE f. jt
fi merè,monftroyent defirer que laroyne de Na-
uarre,les princes de Nauarre, & de Codé, & l'A d-
niiral vinrent à la cour: afin quemetcansàparc
toute desfiànce , ils receulfent de luy le bon vifw
ae & accueil qu'il eftoit preft de leur faire. Quant
au Roy , il defiroit fur toutes choies , s'allier 1^
prince de Nauarre, qu'il aimoit autant que ton
propre frere:difant qu'il lui vouloitdônerfafœur
en mariage : S'aifeurant, qu'outre ce que ce ferait
vnrafrefchiflement des ancienes alliances de la
maifon deNauarre,à celle de Valois,& vn tefmoï-
gnaçe de l'affe&ion cordiale, que le Roy, la Roy-
ne la mère, &: meilleurs fesfreresportoyentàla
royne de Nauarre , & au prince de Nauarre fon
fils : ce feroit aufïivn certain moyen d'alfeurer 8c
appaifer à iamais l'eftat dé la France , & ofter aux
Huguenots tout foupçô qu'on leur vueille dorefc
enauant nuire. Partante Roy, & la Royne me-
re,prioyent affe&ueufement les deputez,d'alfeu-
rer en toutes fortes la royne de Nauarre, les Prin-
ces,^ l'Admirai , de leur bonne volonté ,&: pro-
curer que bien toft le Roy les peuft voir en fa
cour. Les députez,tre£-aifes devoir ce qu'ils n'a^
uoyent iamais cuidé,& d'ouyr ce qu'ils n'auoyenc
iamais efperé,refcriuoyent bien fouuent,& queL
quefois aucun d'eux allcit à la Rochelle , par de-
uers la royne de Nauarre,les Princes, &c l'Admi-
rai, leurracontans merueilles des laneaees. fa-
/V • Oc?
çons&affeftionsduRoy enuerseûx. LeMarek
chai de Môt-morécy,& tes frères coufins de l'Ad-
mirai , faifoyent auiïi tout le deuoiràeuxpofïi-
j?le> pour aifeurer §c tefmoignerla votante d*
;1 DIALOGVE L
Roy, 8c de fa mère, qu'ils cognoifïbyent ( ce di-
fbyent-ils)eftre bonne enuers les Huguenots, di^
làns que le Roy vouloit reconcilier l'Admirai a-
uec le duc de Guyfe, pour fe pouuoir mieux fer-
uirde luy &c de fon confeil au maniement des af-
faires d'eftat de la France , donnant mefme cefte
efperance^qu'auec le temps ceux de Guyfe feroy-»
ent aufïî efloignez de la cour , qu'ils en eftoyent
près. Le feigneur de Biron fut enuoyé plufieurs
fois verslaRoyne deNauarre,les Princes,& l'Ad-
mirai^ certains autres gentilshommes particu-
liers Huguenots, firent plufieurs allées & venues
à la cour , le tout pour la négociation de ce que
dellus. Le Roy cependant enuoya des commifl
làires en certains endroits du Royaume>pour in-
former des torts que Ion faifoitaux Huguenots*
cotre fes Edi£fcs,&: fit chaftier à Rouen & en quel-
ques autres endroits, des meurtriers & feditieux,
qui auoyent tué quelque nombre de poures hom
mes & femmes Huguenots, depuis la paix,au re-
tour d'vri de leurs prefches.
Ceux de Montmorency3&lés defputez,perfîia-
dez,perfuaderentaufïi (après toutefois plufieurs
irefiftances,repliques,dimcurtez,inconueniens,&:
fblutions de tous coftez alléguées ) la Royne de
Nauarree les princes de Nauarre , & de Condé,
l'Admirai, le comte de là Rochefoucaut, &: tous
les autres feigneurs,gétilshommes, & autres Hu-
guenots de laFrance,delabonne volonté, zele,&
affection qu'ils penfoyent cognoiltre au Roy, &
en la Royne fa mere,enuers eux.
Le Roy fit venir en fa cour le comte Ludouic
DIALÔGVE L )]
de Naflau,frere du prince d'Orenge,qui depuis la
paix dernière s'eftoit tenu à la Rochelle, auec le-
quel il trai&a de diuers moyens Se déffeins, qu'il
defiroit exploiter contre le roy d'Efpagne pour le
venger des torts qu'il luy auoit faits: & l'entrete-
nant auec douces carelfes , refolut auec luy vne
entreprife detrefgrandeconiequence,qui s'eft du
depuis exécutée en partie fur le pays bas , par le-
dift comte Ludouic , le feigneur de la Noue , &
plufieurs autres François : aufecours defquels e-
ftans afïïegez dans Mons , le Roy enuoya le fei-
gneur de Genlis,auec quatre mille foldats de pied
ou de cheual : Si fut aulîi ladide menée du Roy
auec le comte Ludouic, occafion Se caufe que le
prince d'Orenge auec vne paillante armée entra
dans le pays bas 7 qui fe reuolta prefque tout du
royd'Efpagne,& print la Hollande (qu'il tient en-
cores maintenant) auec la plus grande partie de
Zelande,en danger de ne la quitter iamais.
L'Admirai , perfuadé & conduit par le maref-
chal de Coffé , Se pour fatisfiire à la volonté du
Roy, vint trouuer à Bloys fa maiefté: qui pour o~
fter la crainte que l'Admirai auoit de la maiion de
Guyfe,luy enuoya des lettres de congé , à mener
cinquante gentils-hommes auec luy armez, pour
fa feureté, iufques à la cour ; où e'ftant arnué , le
Roy,& la Royne la mere,le receurent de toute la
f>lus courtoife façon qu'il leur futpoffihle-.leRcy
e voulut ouyr fouuent en conieiliecrec & à part,
es choies de plus grande importance , mon fixant
de fe fier en luy de fa vie & de fonRoyaume,com-
me i fon père propre,
C
34 DIALOGVE L
En mefme temps le Roy fit demander poiir
Monfieur fonfrere,la Royne d'Angleterre enma-
riage,ayant enuoyé à ceft effect vn ambailkde ho-
norable à ladi&e royne d'Angleterre:auec laquel-
le auiïi le Roy fit traiter d'vne ligue, confédéra-
tion & alliance,làquelle depuis fut conclue & re-
folue,au grand çontétement des Huguenots, au£
quels telle ligue fembloitferuirde gage,de l'ami-
tié du Roy entiers eux*
jih* le me fbuuienbien,quc le Roy après les pre-
miers troubles de France , enuoya le Marefchal
de Vieille-ville en Suyffe, pour traitter Ligue a-
uec les feigneurs de Berne : mais ils n'en voulurét
point faire auecluy, qu'il ne leur promift quant
& quant d'obferuer eftroitement fon Edid de
paix enuers lesHuguenots:mais de ceftecy d'An-
gleterre,ie n'en ay rien ouy dire.
Vhiïi. le ne fçay pas auffi comme elle eft faite,ie
ne t'en puis dire autre chofe: mais en mefme tëps
le Roy faifoitpareillemét traiter vne ligue, d'en-
tre luy, la royne d'Angleterre, &c les princes Pro-
teftans d'Allemagne :& vne autre ligue en parti-
culier,du Roy auec le duc de Floréce,vers lequel
ilauoit enuoyé Iean Galeas Fregoze Geneuois,
qui en rapporta bonnes paroles &c promefle que
le duc de Florence prefteroit deux cens mille du
cats pour la guerre de Flandre, contre le roy Phi-
lippe : pour le moins le faifoit-il entendre ainfi à
l'Amiral & aux defputez.
La Royne de Nauarre vint trouuer à la fin le
Roy, duquel (ce diioît-il) elle eftoit la meilleure
tante,laplus defiree,la mieux aimée & mieux ve-
nue,
î)lALOGVE L $5
nue , qui iamais fut en France : la Royne-mere la
recueillie comme fa trefcheire foeur: toute la cour
en fomme s'en reiiouiilbit en double façon.
Le mariage du prince de Nauarre, auec Mada-
me foeur du Roy , tut ( après plufieurs menées , &c
difficultez faites fur la forme des cérémonies ) en
fin conclu & arrefté: & auilé quelespromeifes
des elpoux à venir, feroyent receues par le cardi-
nal de Bourbon , hors des cérémonies de FEglife
Romaine , pour ne point forcer la confcîence du
prince de Nauarre Huguenot. Quelque temps a-
pressa royne de Nauarre fort contente , partit de
la cour, qui pour lors eftoit à Bloys, pour s'en al-
ler à Paris. L'Amiral aufîi s'eftoit retiré aupara-
uantenfa maifon de Chaftiliô,ou il receuoitiou-
uént lettres & meflages du Roy, qui lui demâdoit
fon confeil es affaires occurrens , el quels il mon-
ftroit ne vouloir rienrefoudre d*impartance,fans
fonaduis.
La royne de Nauarre au partir de la cour, e-
ftant venue à Paris , tomba malade, & cinq iours
après mourut,en Taage de 43*à 44. ans, d'vn bou-
con quiluy fut donné à vn feiim,od le duc d'An-
iou eitoit, félon que i'ay ouy dire à vn de Ces do-
meftiques dont on ne voulut parler , de peur que
ce fuit oecafion de rompre ledift mariage, defiré
detouslesamateursdepaix &fans foupçon.
AU. Le Seigneur a accouftumé de retirer en vne
façon ou en l'autre, lesbien-aimezen pàix,quand
il veut faire venir quelque mal fur fon peuple:
Ainfi le promit-il& iVoierua à Iofias Roy dlira-
chpourvn finçuiiet bénéfice/
G tt
3<S DIALÔGVE t
Phi. le me doutay bien quand & quand, que
quelque grand defaftre nous auiendroit,quand ie
vey cefte bonne Princeiïe partie*
Lhiff., Enuiron ce temps la,dediuers endroits de
la France, eftoyent enuoyez plufieurs aduertillè-
mésàl'Amiral,afîn qu'il prinft garde à fdy,&qu il
fe retirai!: des dangers où Ion difoit qu'il eftoit e-
ftant dedans Paris,ou à la cour; entre autres, vn ie
ne fcay qui, luy enuoya vn bordereau de mémoi-
res, ou il eftoit efcrit,
SOVVENEZ VOVS QVE CEST
vn article de foy refolu &c arreftc au Concile de
Conftance , auquel Iean Huz fut bruflé contre
le fauf-conduit de l'Empereur , qu'il ne faut
point garder la foy aux.heretiques.
Ayez mémoire, que les Romainr,les Lorrains, &
les Courtizans,tienent les Lutheriens,les Hugue-
nots, & tous ceux qui font vne mefme profelhon
de TEuan^ile(de quelque nom qu'on les appelle)
pour hérétiques, bruflables : Croyez que partant
ils leur ont rompu, & leur rompront encores la
foy iuree & promife, toutesfois & quantes que la
commodité de les ruiner &c deftruire leur fera
offerte.
Sachez, qu'au iecret confeil tenu parmi les Pè-
res, au dernier concile de Trente, il a efté refolu,
qu'on peut & doit tuer^ non feulement ceux de la
France qui feront de cefte religion,ains aulîi tous
ceux qui en ont eu quelque fentiment , foit de la
France , ou d'autre nation: n'eftant iamais poiïï-
ble , que ceux qui ont vne fois efté abbreuuez de
cefte do£tnne; ie fient derechef en ce qu'on leur
avoi>
DIALOGVEI. 37
a voulu par cy deuant feire entendre,de la part de
fa fain&eté , la vie & les abus dicelle leur eftans
par trop defcouuerts & cognus.
Ne doutez pas auffi , que la Royne mère n'ac-
compliife ce quelle promit au duc d'Aibe , pour
le roy d'Eipagne à Bayonne : de rompre les edi&s
de paix,& ruiner les Huguenots de la Frâce , auec
la peau du lion,ou auec la peau du regnar d,
Confiderez, que le Roy depuis douze ans en ça
a eu desmaiftres & inftituteurs qui l'ont apprins
àiurei^blafphemer/eperiurer^paillarderjdi/limu-
1er ia foy,fa religion,fes penfees , eftre maiftre de
ion viiage , & qui Font fur tout nourri à aimer de
voir du fang,commençant par des beftes,&: ache-
uant par fes fuie ts.
Prenez garde, que le Roy a efté perfuadé par la
do&rine de Machiauelli , qu'il ne faut pas qu'il
fouffre enfon Royaume, autre religion que celle
iur laquelle fon eftat a efté fondé:de laquelle, voi-
re de fes faux miracles , il faut qu'il monftre faire
compte : Alfeurez-vous qu'onluy a enfeigné &
fouuent répété cefte leçon , que fon Royaume ne
peut eftre paifible & alfeuré, cependant qu'il y au-
ra deux religions.
Notez qu'on a plufieurs fois fait entendre au
Roy,que les Huguenots le vouloyét tuer,&pour
le luy mieux perfuader, luy ont fait voir des let-
tres de menées & delfein , fuppofees & faufïes:&
au reftei'ayfceu de bonne part, que leiourque
la royne de Nauarre arriuaà Bloys , il dit à fa me-
re:Neioue-ie pas bien mon rollet, Madame? Ce
n'eft rien fait,reipondit-elle , il faut acheuer. Par
G iii.
58 DIALOGVE I.
la mort-Dieu, Madame,ce repliqaa-il , ie les vous
mettray tous au filé , fi vous me voulez laitier
faire.
Vous-vous trompee,fi vous croyez qu'vn Roy
ou Prince permettre iamais, que fon vaffal ou lu-
iet,qui s'eltvne fois efieué en ligue contre fa vo-
lonté(pour quelque occafîon que ce foit, iufte ou
iniufte) vfè & iouifle de la faueur des loix. Pcnfez
plufloft,quececyeftengrauéclâslecœur desRois
&des Princes , de venger par les armes, ce qu'ils
eftiment auoir efté fait contr Jeux par les armes.
Faites voftre compte , que ce que les Rois Se
Princes(qui ne regardent à la confcience)penfent
auoir fait par craiateo4±neceffité ,ilsfe diipen-
fent de le rompre, foudain que l'vne ou Fautre de
ces deuxoccailons ceflent'.&tiennent p°ur maxi-
mes d'eftat . qii il ne faut point garder les conuen-
tions,faites par le prince,àr fes fuicts armez -.Que
ÎK)ur régner, ileft loifible de violer la loy , & que
on»peut piper les enfans auec paroles &c promef-
fes,ô< tromper les hommes auec des iuremens fb-
lennels. C'eiilear caballe : ce font leurs loix in-
uiolables , qu ils n'ofent outrepafler , fe fouciant
biépeu ourien,de la force faite à toute autre loy,
foit diuine, naturelle, ciuile, des ^ens,ou munici-
pale5poureftre(ce di!ent-ils)ennemie de leur re-
pos,eftat,& grandeur*
Voici quelque traid & exemple, de leurs plus
rares vertus.
Antonin Commode, faifant par fois treues a-
uec/ex voluptez, efquelies il eftoit du tout plon-
gé, pour employer le temps & fuir Toifiueté, va-
quok-
D.IALOGVEL yj
quoit à contemplation , s'appliquant à proietter
& exécuter desmeurtres &cruautez contre lano-
bleffe de fon Empire: entre les autres,Iulian gou-
uerneur d'vne prouince , qui eitoit fon plusfauo-
rit,qu'il iouloitbaifer & embraffer,rappellantsô
père & fon mignon., fut par luy traitreufemét tué.
Antonin Caracalle , eftant arriué en Alexan-
drie,irrité contre les Alexandrins, qui auoyent re-
cité de luy quelques vers mal plaifans, fit femblât
de vouloir voir la monftre des ieunes gens de la
villejes phisalpres à la guerre :& les ayant fait ap-
prefterpour la reueue, les fit tous mettre en pie-
ces, commandât aux fol dats Romains qu'il auoit
menez auec luy, d'en faire cefte nuift-là chacun
autant à fonhofte:ll fit faire telle boucherie dans
Alexandrie , qu'il n'ofa faite compter les corps
morts , ains efcriuant de celle exécution au Sé-
nat de Rome , luy manda , Qji'il ir eftoit ia be-
foin fe mettre en peine , pour fçauoir quels &
combien de gens y auoyent efté tuez:que c'eftoit
aifez de fçauoir , que tous auoyent bien mérité
la mort.
Lyiandre colonel des Lacedemoniens, ayant
fous couleur d'amitié , fait venir à foy huidt cens
Milefiens,les fit tous tailler en pièces.
Seruie Galbe , ayant conuoqué &c affemblé le
peuple de trois citez de Portugal , pour traitter a-
uec eux lus chofes qu'il difoit leur appartenir , en
choifit neuf mille d'entr'eux des plus gaillards Se
robuftes,qu'il defarma,en fit tuer vne partie^ l'au-
tre partie vendit.
Antoine Spinole , gouuerneur pour les Ge->
C iiii
4o DIALOGVE. L
neuois de Fisle de Corfe, ayant iuré& donné fà
foy aux Princes, feigneurs , & gransperfonnages
de Corfe,qu'il appelia au confeil , & de là au ban-
quet,leur fît à tous trerrcher la tefte.
Charles ieptieme , roy -de France , après plu-
fieurs guerres &c tumultes arriuez en fon Royau-
me., ayant fait alliance, & contracté affinité auec
le duc de Bourbon ene,& promis d'oublier toutes
iniures & minutiez paliees : & pour le mieux ai-
feurer, ayant tout cela iuré fur Ion hoftic confa-
crée ''9 le fit venir pour le feftoyer à Montereau
faut-yonne, & en le careiiant , il le tua fur le pont
d'Yonne.
Et plufieurs autres,defquels le récit feroit long
& ennuyeux, les exemples delquelson ramentoit
ordinairement au Roy ,auec le chapitre dixhuit-
ieme du liure du prince de Machiauelli,oùil trait
te comme c'eft que les princes doyuent garder
la foy.lurquoy les maiftres d'efcole(aufïi peufou-
cieuxdefaconfcience que de fa réputation) font
des additions & glofès plus dangereufes, que le
mefme texte : Partant foyez diligent à prendre
garde à vous3n'y ayant autre remède d'efchapper
qu'en fuyant hors de la cour , que ie puis appeller
Sodome.
L'Amiral ayant veu ceft efcrit, fit fortmau-
uais vilage à celuy qui le luy bailla : Et renuoya
pour toute refponfe,dire à celuy qui luy auoit en-
uoyé , Que fi par le paffé il auoic 'ea,& les autres
Huguenots auffijoccafion de nefe fier pas legere-
méc en des promeifes que, Dieu merci, telle peur
ou- défiance eftoit alors fans fondement.
03
DIALOGVEI. 41
Quelaprouidence de Dieu , laquelle guide Se
conduit iufques aux plus petites chofesdecefte
vie,auoit changé le cœur du Roy : de forte,qu'il y
auoit dequoy bien & mieux efperer.
Qu^ilnecroiroitiamaisj que dans le cœur de
fon roy,peuft loger vne péfee {1 mefchâte 3 , n'y ap-
prochante à ce qu'on luy efcriuoit.
Que tout au contraire il croyoit,que dés que
la France a efté érigée en règne , il n'y auoit eu vn
meilleur roy , que Charles neufieme l'eftoitpour
lors^
Qu'il eftoitbien vray , que Monfieur frère du
Roy n'aimoitpasles Huguenots, & qu'on leur
faiioit tout plein d'outrages en diuers lieux du
Royaume : mais qu'il efperoit devoir Monfieur
vniour adoucy,pour les bonsferuices que les Hu-
guenots lui pourroient faire, & s'attendoit bien
(le mariage de Madame fait & confommé)que le
Roy feroit faire iuftice des feditieux5& perturba-
teurs de paix.
Que iali^ue qui eftoit fraiiehement faite snec
la Royne d'Angleterre , feruoit d'aflez bon tei-
moignage aux Huguenots , de l'affection du Roy
enuers eux. ,
Et la ligue qu'il fait recerchei'auecîesProte-
ftahs d'Allemagne^confermera du tout cefte bon-
ne opinion.
Que le Roy portant meilleure affection à mon-
fieur TEle&eur Palatin , qu'à nul des autre" prin-
ces Proteftans, auoit choifi le duc Iean Cafinm*
- fon fils , pour le faire penfionaire , & le duc Chri-
ftefle fbn aiihé .pour ie retirer en la cour , auec
C v
$z DIALOGVÉ L
entre tellement digne de fa qualité.
Qjjil defiroit aufïiauoir de l'Angleterre, le
myllordde Lyceftre.&lemyllord Burgley,ou l'vn
d'eiiX,pour les feftoyer & traiter, comme il defire
decareifer tous le.? loyaux feruiteurs de fafœur
la royne d'Angleterre, en figne de vraye alliance.
Que le Roy auoit enuoyt fa foy au prince d'O-
renge,&l'auoit donnée au comte Ludouic fon fre
re,de leur aider &c les fecounr en tout & par tout,
contre le roy d'Eipagne : & que fans cela , iamais
ils n'euilent rien entreprins de remuer en l'eftat
de Flandres.
Q^e combien quemonfienr de Genlis,& fes
gens qu'il leur menoit euifent efté desfaitsJeRoy
ne lairroit à leur enuoyer de nouueau, & bié toit,
vn braue tk puillant fecours.
Quelean Galeas Fregoze affeuroit , que pour
celle guerre de Flandres, le duc de Florence pre-
fteroit au Roy,ou au prince d'Qrenge, deux cens
mille ducats.
Que les affaires vont fi bien en Flandres , que
l'Agent du Roy près le duc d'Albe , donne conti-
nuellement auis au prince d'Orenge,& commu-
nique auec lui par lettres &mefTages,tous les dei-
feins qu'il peut entendre du duc d'Albe,& le prin
ce d'Crenge à l'Agent tous les fiens : tellement
que quand il n'y auroit autre chofe que cefte bô-.
ne iriteiligence.elle eft fuftifante à faire bien elpe-
rer aux plus timides.
Mais qu'il y a bien plus , c'eft que l'armée de
Stroify, & du Baron de la garde, ne font près de la
Rochelle^quepour attédre la flotte venant d'*Ef~
pagne,
DIALOGVEI. 45
pagne,la combattre, & de là fmgler à FleiTinghe,
pour le ioindre au Prince d'Orenge , &l faire la
guerre à'isu defcoimert:
Qj^à celle occafion , le prince d'Orenge a en-
uoycpar l'auisdu Roy,de l'argent pour payer les
nàuires & galères à Strofïy,qui eft de la meilleure
volonté du monde.
Quant à (en faict5& querelle particulière auec
le duc de Guyieje Roy les auoit mis d'accord, &
fait iurer l'vn & l'autre entre fes mains,de ne fere
cercher que d*amitiéfMais que ce miraculeux ma-
riage de Madame, que le Roy donne(ce dit-il)nô
pas au prince de Nauarre , ains à tous les Hugue-
nots à femme, pour fe marier comme auec eux, e-
ftantle comble de toute feureté &repos;le faifoit
prier ce gentil-homme &: tout autre , que s'ils luy
vouloyétfaire plaifir, qu'ils ne luy parlaient plus
de ces fafcheuies choies du palfé, qu'ils fe concen-
tailent de prier Dieu . & le remercier de la grâce
qu'il leur auoit daigné faire , d'amener les choies
à vn fi paifible eftat.
Or le prince de Nauarre ( fait Roy par la mort
de fi mère) & le prince de Condé en ces entrefai-
tes,iollicitez &a±ieurez de toutes parts de venir à
lacour,vindreni à la fin trouuerle Roy à Paris,
il s'eftoit remuéjDour y faire célébrer les nop-
ces de fa fœur : Plufietus Seigneurs, Barons, &
gentils-hommes Huguenots y accompagnèrent
le roy de Nauarre , & le prince de Condé , au de-
uant defquels prefque toute la cour y alla : Ils y
furent recueillis du Roy,de fa mère, & de Tes fre-
rcs,& des autres Princes,de Madame, oc des pria*
44 D I A L O G V E I.
celles , comme ils le pouuoient defirer en appa-
rence.
Quelques iours fe palferent enfeftes &ban-
quets5attendant le iour des nopces,que Ion dilay-.
oitpour diuers refpeéts d'vn iour à l'autre: entre
autres5pource que le cardinal de Bourbon,qui de
uoitreceuoit les promeiles du mariage ? n'y ofoit
toucher fans difpenle du Pape, qu'il luy auoit en-
uoyé demander", laquelle après eftre venue , & à
fongré n'eftant alfez ample pour fa confcience,il
fallut renuoyer à Rome , pour en auoir vne à fa
fantafie : Et fur ce , le Roy feiÉuit femblant de le
faicher de tant de remifes, blafphemant,& deipi-
tant,mra,qu'il vouloit que le mariage fe conforn-
maft ians plus tarder : que fi le cardinal de Bour-
bon ne les vouloit efpoufer 3 il les meneroit luy-
me/me à vnpïefche desHuguenots,pour les y fai-
re eipoufer à vn miniftre : Et que par la mort-
Dieu ilne vouloit pas que fa margot (car ainfi ap-
pelloit-il fa fœur ) fuft plus long temps en celte
langueur
AU. La bonne dame n' auoit garde d'auoir fi long
temps attendu : Monfieur fon frère fçauoit bien
qu'il auoit eu (on pucellage.
JL'hff.le ne fçauois pas cela:Mais i'auois bien ouy
dire qu'elle eftoit prefte d'accoucher dés lors que
la Royne fui" à Xain&es.
ytf//.H"eftainfi ie t'aifeure.Et tu vois que cesbeaux
Princes ne font maintenant que le cerf de deipu-
celler leurs parentes. Regarde moy vn Roy d'Ef-
pagne:& vn Archeduc Charles^chacun d eux n'a-
il pas fa niepce?
I/hift.
DIALOGVE L 45
Uhift.Voiie. Mais aufïi le Pape leur en a baillé la
difpenfe.
Alt. Comme fi l'homme pécheur pouuoit rom-
pre la loy de Dieu &: en difpenfer les autre s. Quel
feruiteur des feruiteurs de Dieu ! Tu verras tu
verras amy quelque iour que ce mariage du Roy
d'Efpagne auec la fille de la fœur & de ion cou-
fin germain l'Empereur 5 quiluy fait naiftre des
enfans,fils,neueux & coufins enfemble, feracauie
s'ilplaift à Dieu de l'entière ruine de Rome > du
Pape & de fa papauté.
Z'/?;/?.Comment cela,Bon dieu?
Ali. Le Roy d'Efpagne mourant, les enfansmaf-
les de l'Empereur font appeliez à la courône d'E-
fpagne (car de la fille née dlzabel de France, l'E-
fpagnol n'en veut point &ne croit pas qu'elle foit
légitime) Les enfans de ce mariage de la nièce di-
ront que la Couronne leur appartient. Les légiti-
mes neueux leur répliqueront qu'ils font inceftu-
eux & baftards-.partantne peuuent lucceder: voi-
re mais,ce diront les autres, le Pape en a diipensé,
Le feruiteur , diront les legicinies(à fin que nous
ne flattions plus ) n'efl pas par delfus le maigre,
- Dieu la defédu, le Pape ne le doit permettre^c'eit
T Antechrift tât attendu.En fornme,par ce moyen
. là la puilfance de ce faux pafteur fera mife en dii-
pute, les abus ferôt cognus, on ne les pourra plus
iôiiftrir,& Dieu fçait le beau mefnage qu'il y au-
ra pour ce fedudteur.
Llbt. Dieu nousvueille eftre enaide,ceîa n'a que
trop d'apparence , on a bien fait autrefois la guer-
re pour moindre chofe que n'elt la couronne d'E-
4jï DIALOGVEI.
fpagne : mais, pour reuenir à mon difcours , les
nopces (pour le fai e court) du roy de Nauarre>
& de Marguerite fœur du Roy , fe célébrèrent en
trefgrande pompe, le lundi dixhui&ieme iour du
mois d'Aouil dernier palfé : les Princes, Comtes,
Barons,& autres feigneurs,& gentils-hommes de
marque Huguenots, y affiftoyent prefque tous,
dont aucuns y auoyent amené leurs femmes&en-
fans:Etpouuoyent eftreen tout, enuiron mille
gentils-hommes*
Lemardi^mercredi, & ieudi fuyuans,fufét em-
ployez en toutes fortes deieux ^paife-tempsà
rechange,efquels L'Amiral louuentafli.Loit,alhmt
le boa vifage du Roy à l'acco uitumé.
Le mercredy,rAiniial voulût entretenir leRoy
de quelques affaires de grande importâce,leRoy
en riant, le pria de luy donner quatre iours pour
s'efgayer & esbatre,promettâtàfoy de Roy, qu'il
ne bougeroit de Paris , qu'il ne lYuft rendu con-
tent^ tous ceux qui auoyent affaire à luy.
Peu de iours auparavant , out,e les aduertiife-
mensfufdi&s, TA mirai auoit efté aduerti de cer-
tain homicide, fait par des Catholiques feditieux
deTroye, fur certains Huguenots reuenans de
leurprefche.
Qj>e ceux de Rouen,& d'Orléans menaçoyent
les prefches de prendre lin , les deux ans après la
pacification derniere,paifez.
Et parmi les gentils-hommes courtizans , on
fentoit fouuentmuriiTiirer entre Içurs dents , <mé
dâs la fin du mois d'Àouft, on in terà^roit les pre£
ches aux Huguenots, mefmes que plufieur s gen~
DIALÔGVEL 47
tils-hommes.Catholiques vouloient faire gageu-
re auec des Huguenots , que deuant quatre mois
ils iroyent à la meiïe.
Qu'on fentoit courre vn bruit d'entre les prin-
cipaux du peuple de Paris, qu'en ces nopces,fere-
ipandroitplus de fan g, que d'eau.
Que les Commiffaires , Centeniers, &Dixe-
niers de Parisjhrafloyent quelque en treprife,faci-
le à eftre deicouuerte à qui y regarderoit de près.
Qu'vn fameux Aduocat Huguenot du palais
de Paris,auoit efté aduerti par vn Prefîdent , de fe
retirer pour quel ques iours auec fa famille hors de
Paris,s'il vouloit conferuer fa vie, de celle des fiés.
Qa'vn Italien engageoit fa tefte, au cas que ces
nopees s'accompliiîenr.Et vn autre Italien à la ta-
ble de IeanMichael& Sabalin ambaiîadeurdela
feigneurie de Venife,fe vâtoit de fçauoir le moy-
en pour ruiner les Huguenots en vingt-quatre
heures.
Autres femblables chofesfèrefpandoyent par-
mi le vulgaire , de/quelles auffi l'Admirai eicok
aduerti.
On adiouftoit à cela, que la faction des feditiU
eux,defiroit la ruine des Huguenots far toutes
chofes, Que le lieu & le temps la facilitaient : La
voulant donc , & la pouuât mettre à efted, qu'on
ne deuoit attendre autre chofe d'eux.
A tout cela , l'Amiral fans peur, toufiours fem-
blableàfoy,toufiourscôftant &aifeuré fur la bo-
te du Roy, ne pouuoitprédreoccafion d'alarme.
Le ieudi il fut dift auconfeilpriué du Roy,
qu'on auoit, veu certains hommes à cheual.
4S DI A I/O G VE t
au pré aux clercs,' &: par les places de Paris, auec
des piftoles& harquebouzes à Tarçô delafeelle,
cotre les deffenfes du port des armes:à quoy quel-
quVn du confeil refpondit, que ce pouuoient e~
ftre quelques vns qui fe preparoient &s'exerçoy-
ent pour lareueue , qui le deuoit faire,pour la ré-
création de la cour.
Le vendredi 12. iour d'Aouft au matin , fut te-
nu confeil au Louure, pour remédier aux plain-
éfcerctes Huguenots ( Moniteur frère du Roy qui
y prefidoit , s'eftant leué & forti pluftoft que de
couftume ) l'Amiral qui y eftoit pareillemét,for-
tit auec les autres feigneurs du confeil: & comme
il alloit en fon logis, ayant ttouué le Roy qui for-
toit d'vne chappelle qui eft au deuant du Louure,
le ramena iuiques dans leieu de naulme(où le
Roy , *& le duc Guyle ayant drelié partie , con-
tre Teligny & vn autre gentilhôme,&ioué quel-
que peu) T Amiral en fortit pour s'en aller difner
à fon logis,accompagné de douze ou quinze gen-
tilshommes entre lef quels i'eftoy : il ne fut point
cent pas loin du Louure , que d'vne feneftre fer-
ree,du logis(où logeoit ordinairement Villernus
précepteur du duc de Guyfe)luy fut tirée vne liar
quebouzade auec trois balles , fur lepoin£t qu'il
lifoit vne requefte ( allant à pied par la rue)
Fvné des balles luy emporta le doigt indice de la
main droite ; de l'autre balle , il fut bielle au bras
gauche près du carpe ,& fortit la balle pari oie-
crâne.
Lors qu ilfutbleflfé,le feigneur de Guerchy e-
iloità fon cofté droit, doù luy fut tkee l'arque^
bo-uz
DIALOG V E I. 4i>
bouzacte5& à Ion gauchej'aifné des Pruneaux.Ils
furent fort esbahys & efperdus, & tous ceux qui
eftoyentenla compagnie,
L'Admirai ne dict iamais autre choie >{înon
qu'il môfcra le lieu d'où on luy auoit tiré le coup
& où les balies auoyent donné: priant le capitai-
ne Pilles^qui iîiruint là,auec le capitaine Monins,
d'aller dire au Roy ce qui luy eftoit aduenu : qu'il
iugeaft quelle belle fidélité c'eitoit ( l'entendant
de l'accord fait entre luy & le duc de Guyfe.)
Vn autre gentil-homme voyant l'Admirai blejC-
féjs'approcha de luy , pour luy fouftenir fon bras
gauche, luy ferrant l'endroit de la blefleure auec
ion mouchoir:le feigneur de Guerchy luy foufte-
noit le droi£fc:&en cefte façon fut mené à ion lo~
gis,diftànt de là enuiron de fix vingts pas:En y al-
lantjvn gentil-homme luy dit5qu'il eftoit à crain-
dre que les balles ne fuifenteinpoifonneesiciquoy
l'Admirai reipondit , qu'il n'aduiendroit que ce
qu'ilplairoit à Dieu.
Soudain après le coup 5 la porte du logis d'oit
l'arquebouzade auoit elté tirée, fut enfoncée par
certains gentils-hommes de laiuite de l'Admirai,
L'arquebouze fut trouuee5mais non l'arquebou-
zier: ouy bien vn lien laquai s3&vnefernâte dulo-
gisd'arquebouzier s'é eitoit ioudain enfuy par la
porte de derriere.qui fort fur le cloiilre de iaindt
Germain l'Auxerrois: ou Ion luy gardoit vn che-
ualpreft, garni de piftoles àlarçon de lafelle : fur
lequel e-bnt efchappé 5 il fortic hors delà porte
iaindt Antoine,oùayât trouué vn chenal d'Efpa-
e qu'on luy tenoit en main > descendit dupLe-
D
so DIALOGVE L
mier,&: monta fur le fécond, puis fe mit au grand
galop.
Le Roy entendant la bleffeure de l'Amiral,
quitta le ieu, où il eftoit encores iouant auec le
duc de Guyfe: ietta la raquette par terre, &: auec
vn vifage trifte &c abbatu,fe retira en fa chambre:
le duc de Guyfe fortitaufli peu après le Roy , du
ieu de paume.
La chambrière du logis interroguee, refpondit,
que le feigneur de Chailly ( qui eft maiftre d'ho-
ftel du Roy,& fuperintendant des affaires du duc
de Guyfe) le iour auparauant auoit mené l'arque-
bouzier dans le logis, & l'auoit affe&ueufement
recommandé à l'hofteife.
Le laquais interrogué, refpond que ce iour-là
bien matin, ftfft maiftre l'auoit enuoyé à Chailly,
pour le prier de faire en forte, que l'efcuyer du
duc deGuyfe,tinft les cheuaux qu'il lui auoit pro-
mis tousprefts : Quant au nom defon maiftre,il
n'y auoit pas long temps qu'il eftoit à lui.& ne l'a-
uoit o^y appeller queBolland, l'vn des foldats de
la garde du Roy : mais à la vérité dire , c'eftoit
Mont-reuel de Brie,celui qui aux guerres pailees
tua en trahifon le feigneur c{e Mouy.
Le roy de Nauarre, le prince de Codé, le com-
te de la Roche-foucaut , & plufieurs autres Sei-
gneurs , Barons , & gentils-hommes Huguenots,
aduertis de la blelïeure, vindrent incontinent vi-
fiterP Admirai : il y vint aufîi plufieurs autres fei-
gr.euvs, & gentils-hommes Catholiques, amis de
l'Amiral , tous bié fort marris de ce qui lui eftoit
aduenu.
Les
PIALOGVE l u
Lesplayespenfees par les plus experts chirur-
giens,leroy de Nauarre,&le prince de Condé al-
lerét trouuer le Roy, auquel ils firent leurs plain-
tes félon le mérite du faiét : remonftrans qu'il ne
faifoit pas feur dans Paris pour eux, Se le fuppliât
treshumblement de leur donner congé d'en for»
tir,& de Te retirer ailleurs,
LeRoyfe complaignant auflî à eux du delà-
ftre auenu, & les conlolant, iura Se promit défai-
re du coulpable,des confentans & fauteurs fi mé-
morable iuftice, que l'Amiral & fesamis auroient
dequoy fe contenter : cependant il les prie de ne
bouger de la cour,& qu'ils lui en laiifent la puni-
tion Se vengeance* Se s'affeurent qu'il y pouruoi-
ra bien toft.
La Royne mère qui là auflî eftoit , monftroit
d'eftre bien fort marrie du cas aduenu : Que c'e-
ftoit vn grand outrage fait au Roy, qu'à le appor-
ter auioutd'huy,demain on prendroit la hardief-
fe dans faire autant dans le Louure,vne autrefois
dansfon licfc,& l'autre dedans fon fein,& entre fès»
bras. Par ceft artifice, le Roy de Nauarre,le prin-
ce de Condé,les autres feigneurs Se gentils-hom-
mes F,tançoisHuguenots,furentarreftez dans Pa-
ris.Mais pource qu'il fembla bon à aucuns d'en-
tr'eux,de faire conduire l'Amiral en fa mailon de
Chaftillon fur Loin , diilant deux iournees de Pa-
ris : le Roy pour empefeher ce deifein ,luy offrit
chambre dans le Louure pour s'y retirer: Qae s'il
ne pouuoit pour la douleur des playes remuer de
logis5il lui enuoieroit vne compagnie des foldats
de fi garde , pour la ieureté de ia perfbnne Se de
r 1 logis.
5z DIALOGVEI.
L'Admirai entendant les honeftes offres que le
Roy luy faifoit , l'en remercia beaucoup de fois
treshumblemët,& fe recognoiifant eftre allez a£*
feuré en la protection du Roy , après Dieu, il di-
ibit n'auoir befoin d'aucune autre garde : toute-
fois il y eut ce iour-là enuiron cent foldats pofez
en garde deuât ion logis,par le commandement
du Roy.
Cependant on pourfuiuit le criminel , lequel
s*enfuyât &c partant par ViUe-neufue fam&Geor-
ge(où il printvn autre chenal ) alloit difant tout
haut. Vous n'auez plus dJ Admirai en France.
Le Roy en ces entrefaites commanda à Nan-
cé, l'vn des capitaines de fes gardes, d'aller faifîr
Chailly:& le mener en prifon: mais il auoit défia
gagné le haut, ou pour le moins il s'eltoit caché
ii bien, qu'on ne le vouloit trouuer.
Ce iour là,le Roy efcriuit des lettres à tous les
gouuerneurs des prouinces,& des principales vil-
les de fon Royaume , & auflî à (es ambafïàdeurs
eftanspres des princes eflrangers : par lefquelles
il les aduertifloit de ce qui eftoitaduenu, & pro-
mettoitde faire en forte, que les autheurs&coul-
pables d'vn fi mefchât a£ie,feroyent defcouuerts
ôc chaftiez félon leurs demerites.Cependât qu'ils
fiifent entendre à tout le monde,combien ceit ou
tra^eluy deiplaiioit. La Royne merecemefme
iour efcriuit des lettrés de mefmefuftâce aufdi&s
gouuerneurs &c amhalïadeurs.
Le Royce iour-là après fon diiner) qu'il fit
court) enuiron deux heures après midy,& auec
luy la Royne ù. mère , fes frères 3 tous les Marei-
chaux
DIAL.OGVE L 55
chaux de France (excepté celuy de Montmoren-
cy,qui le iour auparauanc eftoit allé à la chaiïe)le
cheualier d'AngoIefmeJe duc de Neuers,Chaui-
gny,&plulieurs autres capitaines^alla vifiter l'A- '
mirai, qui mouroic d'enuie de luy parler: le Roy
l'ayant ouy,& fàiiant du pleureux, confelfa libre-
ment,que l'Amiral s'aifearant fur fa foy & bien»
vueillance, eftoit venu à la cour: & partant quoy
que la douleur des bleiïur-es fuft à l'Amiral, que
l'miure & l'outrage eftoit fait à luy, & qu'il eftoit
re olu de tout fon cœur,d'en auoir laraifbn,&en
faire iuftice (i exemplaire,cp'il en feroit mémoi-
re àiamais.
L'Amiral répliqua , qu'il en remettoit la ven-
geance à Dieu,& au Roy le iuçemét-.quant à l'au-
cheur du fiid , qu'il eftoit allez bien cognu. Et
pource qu'il ne fçauoit s'il auoit encores longue-
ment à viure,il fupplioit treshumblement leRoy
de l'ouyriur certaines drôles qu'il luy vouloitcô
muniquer^quieftoyent trefnecellaires à l'eftat de
fon Royaume.
Le Roy à cefte demande, ayant fait fembîant
de vouloir ouyr l'Amiral en fecret , commanda
que chacun fortift de la chambre, quand laRoy-
ne-çiere5qui n'abandonnoit le Roy d'vn pas em-
pe(cha(ie ne fçay pour quoy) que ce colloque le-
cretnefefift/
Le famedi fuyuant 23. iour d'A ouft, les playes
fe portoyent allez bien, tellement que les méde-
cins & chirurgiens difoyent, que la viedel'A-
lïiiral n'é eftoit en ahcû dâç;er:qiie le bras,enper-
dant bien peu de fà force,ieroit aifément guéri
D iii
54 DIALOGVEI.
Ce iour-là defamedi, le Roy enuoiavifiter
l'Amiral par diuers gentils-hommes. La nouueL
le efpoufeel'alla aufli vifiter.
Ce rnefme famedi 5 dâs le confeil priaé du Roy,
furent examinez certains tefmoins touchant l'ar-
quebouzadeje tireur,& les coulpables-.tellement
que l'Amiral & Tes amis3croyans que la voyeà iu-
ftice leur fuit ouuerte , fe refiouitîbyent grande-
ment,s*afleurans de pouuoir facilement conuain-
cre les autheurs du fai£fc : dequoy ils aduertirent
leurs amis en plulieurs endroits du Royaume,par
des lettres qu'ils leur efcriuirent,les prians de ne
bouger,& nefe fafchrr de ce qui eftoit aduenu à
l'Amiral: Que Dieu &c le Roy eftoient puiifans
d'en faire la vengeance : que défia on commeru-
çoit à procéder contre le coulpable & fes fau-
teurs par iuftice,& les bleflures n'eftoyent pas.
Dieu mercijàmort: que combien que le bras fuft
blefle, le cerueau ne l'eftoit pas. En cefte façon
les confblan.t par lettres,les aduertiifoient de fe te-
nir coys, en attendant l'illue telle qu'il plairoit à
Dieu d'en uoyer.
Ce iour-là Monfieur frère du Roy3& le cheuâ-
lier d'Angouleime,fepourmenoyentdans vn co-
che par la ville de Paris , enuiron les quatre heu-
res après midy. Dés cefte heure-là il courut vn
bruit par Paris5que le Roy auoit mandé le maref-
chai de Mont-morency , pour le faire venir à Pa-
ris, auec grand nombre de caualerie & d'infan-
terie»: que partant les Parifiens auoyent occa-
fîon de fe prendre garde : mais ce bruit-là eftoit
faux.
On vit
D I A L O G V E I. * 5S
On vit entrer ceiour-là fîx crocheteurs char-
gez d'armes dans leLouure : dequoy Teligny a-
uerti par le trompette de l'Amiral,refpondit,Que
c'eftoyent des peurs qu'on le donnoit fans occa-
sion: qu'il eftoit trefafleuré de la bonne intention
du Roy , qu'il cognoiffoit fort bien fon cœur &
fes affe&ions:qu'on ne deuoit pas le faire accroi-
re des cho fes tant hors depropos.Ie croy queTe-
ligny n'y penfoit aucun mal, d'autant que le iour
deuant la blelfeure de l'Amiral , on auoit ordon-
né certain combat & alfaut, qu'on deuoit donner
à vn chafteau , qui pour ceft effeét deuoit eftre
drefTé , à quoy les courtifans eftoyent conuiez de
fe préparer.
Le Roy,pour affembler les feigneurs & gétils-
hommes Huguenots en vn quartier,leur fit à tous
marquer logis près celuy de l'Admirai , pour luy
eftre plus près &r àpoin£hquelques vns y allèrent
loger , les autres ne peurçnt fi toft changer de
logis.
Le comte de Montgomery, Briquemaut le pe^
re , & quelques autres gentils-hommes , auoient
mandé à Teligny, que s'il vouloit,ils iroyent vo-
lontiers veiller au logis de l'Amiral : mais Teli-
gny les remerciant,leur manda qu'il n'eftoit ia de
befoin.
Cependant les autres, veilloient : le Cheualier
d'Angoulefme ( qui ne fe voulut point aller cou-
cher) entretenant les plus intimes amis, leur don-
noit bon courage, les alïeurât qu'il feroil ce iour-
la Amiral de France : mais il fut trompé, d'autant
que l'eftat vaquât fut dôné au marquis de Villars.
D iiii
56 DIALOGVE I.
LaRoyne-mere, peu après la minui£fc du fa-
medipaflee, fut veue entrer dans la chambre du
Roy,n'ayât auecelle qiryne femme de chambre
quelques feigneurs qui y firent mandez,/ entre-
rét peu de temps après, mais ie ne fçay pourquoi
ce fat. Bien eit vray que deux heures après on
donna le figne du temple de fainct Germain TAu
xerrois , à ion de cloche : lequel ouy,(oudain les
fbldats qui eiioient en garde deuant le logis de
rAmiralpforçant la porte du logis,y entrèrent fa-
cilement,leur ayant efté aufïi toft ouuerte3que le
nom du Roy ( duquel ils fe vantoient) y fut oujr,
Le ducde Guyfey entraaufîitoft après a cheual,
accompagné d'vne grande troupe de fespartizâs:
il n'y eut que peu ou point de reliftance, n'eftans
ceux de la famille , & fuite, de 1* Amiral, aucune-
ment armez.
L'Amiral oyant le bruit,& daignât qu'il y euft
quelque fedition , commanda à vn iien valet de
chambre ( qu'on nommoit Nicolas le Truche-
pian) de monter fur le toift du logis , Se appeller
les foldats de la garde , que le Roy lui auoit bail-
lez , ne penlant à rien îrioins que ce fuifent ceux
qui faifoient l'effort & violence : quant à lui.il fe
leua,& s'eitant affublé de ia robe de nui6t,fe mit
à prier Dieu, & àl'inftât vn nommé le Beime Al-
leman , feruiteur domeftique du duc de Guyfe,
quiauec les capitaines Cauifens , Sarlaboux, &
plufieurs autres , eftoit entré dans fachambreje
tua, toutefois Sarlaboux s'eit vanté , que ce fut
lui.
Les dernières paroles de l'Amiral , parlant au
.Deime,
DIALOGVEI. 57
Befme, furent : Mon enfant > tu ne feras ia pour-
tant ma vie plus briefue.
On ne pardonna à pas vn de ceux de la maifon
de l*Amiral,qui ie laifferent trouuer,que tous ne
fulfent tuez.
Le corps mort de l'Amiral fut ietté par Sar-
laboux par les feneftres de fa chambre,en la cour
de fon logis , par le commandement du duc de
Guyfe, & du duc d'Aumale ( qui y eftoit aufïi ao
couru)& le voulurent voir mort deuant que par-
tir de là.
Le iour de lablefïure de TAmiralJe Roy auoit
baillé aduis à fon beau frère le roy de Nauarre,
de faire coucher dâs fa chambre dix ou douze de
{es plus fauoris ,pour fe garder des de {Feins du
duc de Guyfe , qu'il difok eftre vn mauuais çxar-
çon.Or ces gentils-hommes là.&quelques autres
qui couchoyent en l'antichambre du Roy deNa-
uarre, furent menez hors defdi&es chambres, a-
presla mort de l'Amiral , & defarmez de l'efpee
& dague qu'ils portaient, par les mains de Nan-
cé,&des foldatsdelagarde du Roy,& menez iut
ques à la porte du Lotiure , là ( le Roy les regar-
dant par vne feneilre) furet tuez en fa prefence:
Entre ceux-là eftoient le baron de Pardilîaii , le
capitaine Pilles , lain&Martin-Bourfes,& autres
dont ie ne fçay le nom.
Alors on amena le roydeNauarre , & le prin-
ce de Concîé au Roy, lequel les voiant leur dita
qu'il n'entendoit fupporter d'oreienauàt en fon
Royaume,plus d'vne religion: partant il vouîoii:
qu'ils vefquiiient à la façon de ies predecefleurs,
D v
58 D I A L O G V E I.
à fçauoir qu'ils allafsét à la meife,fi leur vie&leurs?
biens leur eftoient en quelque recommanda-
tion.
Le Roy de Nauarre ( sas toutefois condefcen-
dre à la propofition du Roy) lui refpondit fort
humblement : & le prince de Condé, qui eft d'v-
ne nature vn peu plus brufque , ayant refpondu
aulîi vnpeu plus afp«ment,ne fut menacé par le
Roy de moins , que de laperte de fa tefte, s'il ne
fe rauifoit dans trois iours,que le Roy luy bailloit
pour tous délais , l'appellant opiniaftre , obftiné,
feditieux,& fils de feditieux.
Les autres Huguenots qui eftoient dedans le
Louure,aufquels à prix ou prière on auoit îufqu'à
lors iauué la vie, promettoyent de faire tout ce
que le Roy commanderoit : Entre autres , Gram-
mont,Gamache, Duras, & certains autres,eurent
d'autant plus facilement leur pardon, que le Roy
fçauoit fort bien, qu'ils n'auoyent iamais eu que
peuoupoint de religion. A l'inftant on fonna le
toxin du Palais , à fin qu'on fe ruaft fur les autres
Huguenots(de toutes qualitez & fexes)quieftoy-
ent dâs la ville:leur prétexte eftoit, vn bruit qu'ils
firent courre, qu'on auoit delcouuert vne conlpi-
ration faite contre le Roy , fa mere,& fes frères,
parles Huguenots:lefquels auoient deiia tué plus
de quinze foldatsde la garde ( ce difoient ceux
qui eftoient morts ) partant le Roy commandoit
qu'on ne pardonnait à pas vn Huguenot.
Les Courtifans , & les foldats de la garde du
Roy,furent ceux qui firent l'exécution fur la No-
blelfe , finiifans auec eux (ce difoient-ils) par fer
&dc£
DIALOGVE L 59
6c de/ordre les procès, que la plume, le papier,&;
l'ordre de iuftice , n'auoicnt iufqn 'alors fceu vui-
denDe forte,que les chetifs, accufez de confpira-
tion & c£entreprife,tous nuds, mal-aduilez, demi
dormans , defarmez , & entre les mains de leurs
ennemis,par (implicite, fans loifir de refpirer, fu-
rent tuez qui dans leurs li&s,quifur les toichdes
maifons,& qui en autres lieux, félon qu'ils fe lait
foient trouner.
Le comte de la' Roche-foucaut 5 qui iufques a-
près onze heures de la nui£t du lamedi,auoit de-
uife,ris &:plaiianté auecle Roy, aiant à peine cô-
mencé fon premier fomne , fut reiueiilé par fix*
mafques, & armez, qui entrèrent dansfacham-
bre ".entre lefquels cuidantle Roy eftre , qui vinft
pour le fouetter à ieir.ii prioit qu'ô le traitait dou-
cement , quand après lui auoir ouuert & faccagé
fes coffres , vn de ces manques (valet de chambre
duduc d'Aniou)le tua, par le commandement
de ion maiftre.
Bien eft vray que le capitaine la Barge , qui
eftoit l'vii des mafquez , auoic eu commande-
ment du Roy de l'aller tuer auec promeife d'à-
uoir la compagnie de gendarmes dit comte de la t
Roche-foucaut „n 'y eftant autrement voulu aller
qu'à celle condition. Etqtioyque levalet,com-
me on m'a dit , l'ait anticipé à tuer, fi n'a-il pas
pourtant moins eu la compagnie du comte me;
try.
Tcligny fat vou de plufieurs courtisans , &
<juoy qu'ils euflent charge de le tuer, ils n'euren;
éa DIALOGVEI.
oncquesla hardiefle de ce faire en le voyantjtant
il eftoit de douce nature , & aimé de qui le co-
gnoilïbit : à la fin vn qui ne le cognoiffoit gas,le
tua.
Le marquis de Renelfut chaifé tout en chemi.
fe.iuiques à la nuiere de Seine, par des foldats &
le peuple 5 & là hic monter fur vn petit bateau,
fut tué par Bu fi y a 'Amboyfe fon coufin.
Moniieur itère du Roy 3 pour gratifier à FAr-
ehan capitaine de fa garde, amoureux de k< Cha-
ftegneraye^ohupia tuer par les ioldats de ia gar-
de, le feigneur de la Force fon beau-pere; & cui-
dant auoir tué deux des frères de la Chafteçne-
raye 5 il ne s'en trouua qu'vn moit3 l'autre eitoit
feulement bleiîé: & caché fous le corps mort de
ion père qui lui eftoit trebufché deffus, d'où fur
le foir il fe deipeftra fe glifsât iniques dedâs le lo-
gis du feigneur de Biron Ion parent: Ce que fça-
chant la Cliafte^neraye fafœuiynarrie de ce que
tout Piieritage ne bipouuoit demeureront trou
lier le feigneur de Bircn à l'Arcenal 3 où il eftoit
loçré, feignant d'eftre bienaife que ion frère fuit
cfchappé,&diiant quelle defiroit le voir &le fai-
re penfer: Mais le fei-neur de Biron qui s'apper-
ceut de la fraude^ne le luy vouait deicouurirjuy
ïauuant par ce moyen la vie.
Le prefident de la Place, homme fort dode.cc
rare5fut a co^ps de hallebarde mené iufques à la
Seine3 tué & ietté dans Peau: autant en hit fait à
Pierre Ramus.lecteur publique du Roy. A l'Auo
Çli de C :j au(ÏÏ5& à FOmenie fecretaire du
Roy.apres îay auoir fait faire ( fous promeife de
lui
D I A L O G V E I. 6i
lui fauuer la vie ) donaiion du plus beau de Ion
bien,&: refignadonde fôn eilatde fecretairezplu-
fieurs autres furent maifacrez de mefmes 5 des-
quels ie ne fçauroy' dire les noms.
. Les comniiffaires5quarteniers, Se dixeniers de '
paris^ailoient aaec leurs gens de maifon.en mai-
fonjàoilils cuidoient trouuer des Huguenots,
fe failant ouurir les portes par le Roy5& vengeât
fur poures artifans, ieunes, vieux> femmes & en-
fans Huguenotsjeur confpiration pretëdue3fans
auok efgard à fexe , aage ou condition quelcon-
ques: Eftans a ce faire animez & induits par les
ducs d'Aumale, de Guyfe 5 & de Neuers > qui al-
loiet par les rues difans, Tuez tout.le Roy le cô-
mande. Les charrettes chargées des corps morts;
de damoifelles3femmes.fiiles? hommes &eniàns3
eftoienc conduits a la riuiere.
De bon-héurje ieigneur de Fontenay5frere de
monfieur de Rohan -3 le Vidame de Chartres , le I
comte de Mont~gomery,le ieigneur deCaumôt,
l'vn des Pardillans > Beauuois la Nocle > & plu-
fieurs autres leigneurs &genùls>-hommesHugue
nots , èftoient logez aux fauxbourgs faincfc Ger-
main , vis à vis du Louure, ia riuiere entre deux;
Et Dieu voulut que Marcel, preuoft des marchas
de Paris^aiant dès le lamedi au loir eu comman-
dement du R.oy , de lui tenir mille hommes ar-
mez pteib fur la minuiit du Dimanche, pour les
bailler à Maugiron ( auquel ilauoit donné char-
ge de depefeher ceux des faux-bourgs, aianc âu£
fi commande au commiliairc du quartier 8ci
Contrerolleur du Mas,de le guider auec ù croit*
6% DIALOGVEL
pe parles logis desHuguenots)n*eutpas les gens
prefts,&que du Mas Commiflâire s'endormit
plus de l'heure aflignee : & cependant vn certain
homme (qu'on n'apasveu ni cogna depuis ).qui
eftoitpaifé dans vne nacelle de la ville aux faux-
bourgs fain6fc Germain Daiant veu tout ce qui a-,
uoit efté fait toute la nuiôt fur les Huguenots en
la ville , aduertit enuiroft les cinq heures du Di-
manche matin , le conte de Montgommery de ce
qu'il en fçauoit. Le comte de Montgommery en
bailla aduertiilementau Vidame de Chartres, &
aux autres fèigneurs &c gentils-hommes Hugue-
nots logez auxfauxbourgs-.plufieurs defquelsne
fe pouuaiis perfuader que le Roy fuft (ie ne dy
pas autheur, mais feulement confentant de la tue-
rie) fe refolurent de palier auec barques la riuie-
re , & aller trouuerleRoy : aimant beaucoup
mieux fe fier en lui,qu*en fuiant^monftrer d'en a-
uoir quelque deffiance : d'autres y en auoit , le£
quels cuidans que la partie fuft dreflee contre la
perionne du Roy meime , le vouloient aller ren-
dre près de fa perfonne , pour lui faire treshum-
bleieruice,& mourir fi befoin eftoitàfespieds,
8c ne tarda gueres qu'ils virent fur la riuiere > &
venirdroi&à eux ( qui eiroient encores es faux-
bourgs) iufqu'à deux cens foldats armez de lagar-^
de du Roy, crians , Tue, tue : & leurs tnans har-
uueboufades à la veue du Roy,quieftoitaux fene^
fixes de fa chambre , & pouuoit eftre alors en 111-
ron fept heures du Dimanche matin. Encores
nVa-on dic?t que le Roy prenant vne harquebou-
fe de chûlfe entre [qs mains , en reniantDieu,dit :
Tirons,
DIALOGVEÎ. 6|
Tirons , mort-Dieu , ils s'enfuyent. A ce ipecta-
cle ne fçachâs les Huguenots des fauxbourgs que
croire , furent contrains qui à pied , quià cheual,
qui botté , & qui fans bottes & elperons , laiifans
tout ce qu'ils auoyentdeplus précieux, s'enfuir
pour fauuer leur vie,là où ils cuidoient auoir lieu
de refuge plus aifeuré. Ils ne furent pas partis que
lesfoldats, les Suylfes de la garde du Roy, & au-
cuns des courtifans,faccagerent leurs logis, tuans
tous ceux qu'ils trouuerent de refte.
Encores vint-il bien à propos, que le duc de
Guyfe voulant fortir par la porte de Buffy,fe trou-
ua auoir efté pris vne clef pour l'autre3ce qui don-
na tant plus de loifir de monter acheuaîauxpa-
relfeux. Et ne lailferent pourtant d'eftrepour-
fuyuisparleduc de Guyfe, le duc d'Aumale, le
cheualier d'Angoulefme, &par plufieurs gentils-
hommes tueurs , enuiron huid lieues loin de Pa-
ris,le duc de Guyfe fut iuiques à Montfort,où il
s'arrefta,&: manda àfain&Legier & autres gen-
tils-hommes d'alentour , de fon humeur & parti-
fans fiens, de feireenforte,quelefdicts feigneurs
& gentils-hommes qui fe iauuoient de viftelFe,
n'efehappaifent point: autant en enuoya-il dire à
ceux de Houdâ&: de Dreux. En cefte chaffe d'hô-
mes,il y en eut quelques vns de bleifez,&: bié peu
ou point de tuez.
Les ducs de Guyfe &c d'Aumale quelque fem*
blant qu'ils filfent.s'y deporterctaffez doucemét,
& comme fi leur cholere fuft appaifee après la
mort de l'Amirahils fauuerent à beaucoup la vie,
mefmes en leur maifon de Guyfe , où lefeigneur
64 DIALOGVÉ L
d*Acier,& quelques autres Huguenots fe retirè-
rent à iauueté : tellement qu'à leur retour de la
pourfuite,& quelques iour s après, le Roy leur en
ht mauuais viiage, croyant que ceux qui eftoient
refchappez, n'eftoient lauuez^que par leur faute.
Tout ce iour de Dimâche 24. d'Aouft,fut em-
ploiéà tuer , violer, &faccager: de forte , qu'on
croit que le nombre des tuez ce iour-lâ dans Pa-
ris &fes faux-bourgs, furpalïè dix mille perfon-
nes,tant feigneurs , gentils-hommes, prefîdens,
confeillers, aduocats, eicoliers,medecms,procu-
reurs, marchands , artiians, femmes,filles,qu'en-
fans, &c prefcheurs. Les rue^ eftoient couuertes
de corps morts,la riuiere teindre en fangjes por-
tes & entrées du palais du Roy peindes de mef-
me couleunmais les tueurs n'eftoient pas encore
faoulez.
Le Roy ,1a Royne fa mere,& meiïieurs fes fre-
res,& les dames fortirent furie foir,pour voir les
morts Tvn après l'autre : Entre autres, la Royne-
mere voulutvoir le feigneur de Soubize,pour fça-
uoir à quoi il tenoit, qu'il fuft impuiflant d'habi-
ter auec fa femme.
Vers les cinq heures après inidy de ce Diman-
che, il fut fait v'n ban auec les trompettes de par
le Roy , Que chacun e-uit à fe retirer dans les mai-
!ons,& que ceux qui y eftoiét, n'euifent à en ior-
tir hors : ains fait feulement loiiible aux fbidats
delà aarde,&: auxcômiiiaires de Paris auec leurs
trouppes , d'aller par la ville armez , Sur peine de
grief chaftiement à qui feroit au contraire.
c Pluileurs ayansouyce ban,penfoient que l'af-
faire
D I A L O G V E I. é5
faire fc mitigueroit : mais le lendemain & iours
fuyuans,cefutàrecommcncer.
Ce iour mefme de Dimanche , le Roy efcriuic
des lettres à fes ambafTadeurs près les princes c-
ftrangers , & aux gouuerneurs des prouinces , &
villes capitales du Royaume , les auertilfant que
Thomicide de l'Amiral fon trefcher & bien aime
cou fin, & des autres Huguenots, n'auoit pas eftê
fait de fon confentement , ainsdu tout contre fa
volonté : Que la maifon de Guy fe , ayant defcou-
uert que les amis & parcnsdel'A'miraUvouloyent
de fa bleflfeure faire quelque ha. te vengeance:
pour les anticiper , auoyent aflemblê des gentils-
hommes & des Parifiens leurs partifans , en tel
nombre, qu'ay ans premièrement Lrcë la garde
que le Roy au oit donnée à l'Amiral, & eftans en-
trez en fon logis le famedi de nuidfc , ils l'auoy ent
tué3luy & fes amis qu'ils auoyent peu rencontrer,
au trefgrand regret du Roy5 delà Royne fa mère,
& de fes frères , eftant contraint de l'endurer , &
pour la crainte qu'il auoit de fa propre perfonne,
fe contenir dedans le Louure , où il auoit auec luy
fon trefcher frère le Roy deNauarre,& fon bien-
aimccoufinle prince de Condê.qui iouiroyent de
pareille fortune que luy: Ce qu'il vouloit bien que
tout le monde fceuft,& entendift le defplaifir qu'il
auoit eu, de voir qu'ayant tant de fois tenté la fin-
cere reconciliation du duc de Guy fe , & de l'Ami-
ral,c'eftoit neantmoins pour ncant.
Auec ces lettres , le Roy enuoya enfemble des
patentes, par lesquelles ileftoit defFcndu de por-
ter armes illicites , de faire aflemblees illicites , ou
E
&6 DIALOGVEI.
chofe aucune en fraude , & alencontre des Edi&s
de paix 3 fous le bénéfice defquels il commandoit
à tous Ces fuiets de fe comporter & viure paifible-
menti'vn aueci autre. Ces lettres eftoyent lignées
par Pinart fecretaire d'eftatje ZA-d'Aoud.
La Royne-mere efcriuit aufli des lettres auf-
dits gouuerneurs & ambaffadeurs, demefmefu-
ftance que les lettres du Roy. N'en l'vne n'en Tau-
tte de ces lettres, il n'eftoit faite aucune mention
de la côfpiration de l'Amiral, ne de Cqs conforts.
Maiscôbien que ces lettres fuflent enuoyees par
lesprouincesde la France, dan s Pans on n'oyoic
parler de chofe qui en approchaft, ne qui tendift à
appaifer la furie des feditieux.
Le lundi zj.d'Aouftjles Parificnsayans aflîs des
gardes aux portes de leur ville ,par commande-
ment du Roy, qui en voulutauoir les clefs , afin
(ce difoit il)que nul Huguenot efchappaft p ar cô-
pereoupar commère, après auoir moiflbnnéle
champ à grand tas& à pleine main, ilsalloyent
cueillant çà &C laies efpics reftansdu iourprece-
denttmenaçantde mort quiconque receleroir au-
cun Huguenot, quelque parent ou ami qu'il luy
fuft/deforte,quetât qu'ils en trouuerét de refte,
furent tuez, & leurs meubles baillez en proye,cô-
me aufli les meubles -es abfens.
Le Roy donna aux SuyfTes de fa garde, pour le
bo ndenoir qu'ils auoyent monftré en ceft affaire
le fac & pillage de h maifon d'vn tref-riche lapi-
dairenommê Thierry Baduere: i'ayouy dire que
ce qu'on luy a pille, valoit plus de deux cens mille
efeus.
Le
DIALOGVE I. 67
Le pillage des feigneurs , gentilshommes, mar-
chands , & autres Huguenots tuez , eftoit fait par
authorité priuee, ou donne & départi par le Roy
zCcs courtifans, & autres liens bons feruiteurs:
defquels les aucuns trouuâs quelque chofe de lîn-
g ilier parmi la defpouille des morts , le venoyent
offrir & prefenter au Roy , à fa merc , ou à quel-
que autre des Princes à qui ils eftoyenc plus affe-
ctionnez.
En ces entrefaires le Roy aflembla fon con-
feil , auquel furent monftrees par Monfieur frère
du Roy,certaines iettres du Marefchal de Mont-
morency , à Teligny > du Vendredi zi.d'Aouft a*
près la bleflure de l'Amiral, en refponfe de celles
que Teligny luy en auoit efcrit:& furent lefdi&es
lettres trouuees dâs les coffres &entre les papiers
de Teligny mort: Par icelles , le marefchal de
Montmorency monftroit ouuertement le def-
plaifir qu'il auoit receu ^entendant la blefTure de
l'Amiral fon coufm: Qu.'il ne vouloir pas en pour-
fuyare moins la vengeance, que fi l'outrage euft e~
fte fait à fa propre perfonne , neftant pas pour laif-
fer en arrière, chofe qui peufl feruir à cefi: effed,
feachant combien vn tcla&e eftoit defplaifant au
Or auoit-il efté conclu au fecret confeil d'en-
tre le Roy,laRoyne-mere,Monfieur frère du Roy,
le duc d'Aumale,le duc de Neuers, le comte de
Rets, Lanfac, Tauanes , Mcruilliers , Limoges. &
Villeroy ( tenu quelques iours auant la tuerie)
qu'auflî toftque l'Amiral & les Huguenots feroyet
defpefchcz dans Paris, le duc de Guyfe ,& ceux
E ij.
6% DIALOGVEI.
de fa maifon vuideroy ent & fe renreroyem hors
deParis en quelqu'vne de leurs maifons: afin qu'il
femblatt mieux à toute la France, & aux régions
voifines^uec'eftoyétccux deCuyfe quiauoycnt
fait le -out,(ans le feeu du Roy: pour venge r fur
l'Amiral & autres Huguenots la mort du vieux
duc de Guyfe,quïi Huguenot auoit tué aux pre-
miers troubles de la France» Voila pourquoy en
Ces lettres du Dimanche, il auoit le tout iettê fur
ceux de Guyfe. mais ceux de Guyfe voyâs latro-
citédu fai<5t auenu,& confiderans qu'ils attiroyét
fur eux & leur pofterité l'ire de tous hommes , à
qui l'humaine focietê eft chere:& par confequenc
fe mettoyent en butte3à laquelle chacun viferoit,
comme fur les feuls autheurs & coulpables : pre-
uoyans, di-ie,le mal qui leur en pouiro.tauenir,
eftans retournez dans Paris , n'en voulurent fo r-
tir>n'abandonner la cour, demandansau contrai-
re inftamment,que le Roy aduouaft le tout.
Le Roy .uecle mefme confeil quedeflfus, tant
à Foccaiion des lettres du marefehai de Montmo-
rency (qui prenoit prétexte fur la volonté du Roy
de fe vouloir venger) que par ce que ceux de Guy-
fe ne vouloy ent fortir hors de Paris, ny fe charger
de la faue, fut contraint letQutaduo^ër : Car di-
fovent ceux de fon côfcil,fi le marefehai de Môt-
morency , feulement pour la HJdleure de l'Ami-
ral fon cou(in,cft 6 fortpiquër& menace tant: que
fera-il quand il entendra lamort& de tant de
gés qu'il aimoit ? & G. la maifon de Guyfe ne s'en
charge,comment couurira-on ie fri<5t?
Par tant, le Roy par iauis defondid confeil,
re(criuic
DIALOGVEI. 69
refcriuit des lettres à fes ambafladeurs , & aux
gouutrneurs des prouinces>& villes principales
de laFrâce:par lefquelles il les auertiflbit^q ce qui
eftoitauetiu à Paris , neconcernoit aucunement
la religion, ains auoit efté feulement fait pour em
pefcher l'executiô dvne maudite côfpiration,que
l'Amiral & fes alliez auoyent faite, contre Iuy> la
mère & fes frères: partanr vouloir que fes Edids
de pacification fuflentobferuez:Que s'ilauenoit
que quelques Huguenots , efmeus des nouueîles
de Parisjs'afTemblafTe î t en armes en quelque lieu
que ce fuft,il commandoit à fefdidts gouuerneurs
de tenir la main qu'ils fufsét diffipez, & rompus,
Et afin que par lesftudieux de nouueaute, quel-
que fîniftre cas n'auint^il en tendoit que les por-
tes des villes de fon Royaume fulfent bien & di-
ligemment gardées, remettant fur la créance des
porteurs,lcfurplus de fa volonté.
Ces lettres ne furent pas fi toft receues à Mét-
aux, Orl as,Tours, A rgirrsjBourges/Thoulouze,
& en plufieurs autres c itez,que les Huguenots par
le commandement des gouucrneurs,y furet tuez.
Quelques gouucrneurs mohs cruels,come Man-
dclot à Lion,& Ca rouges à Rouen, fe contentè-
rent pour le commencement de faire empnfonner
les Huguenots de leurs villes-.mais peu de iours a-
prcs,auffi bien furent-ils tuez.
Le mefme iour du lundi au matin 5 le Roy en-
uoya quelques capitaines & folda's de fa garde à
Chaftillon fur Loin , p urluy amener les enfuis
de r Amiral, & de fon fc u frère d' Andelot, de gré,
ou par force: mais on trouua les aifnez partis, &
E iij.
7o DIALOGVEI.
defîa fauuez à la fuire.
Le duc d'Anjou enuoya pareillement des fol-
dats de fa garde à la campagne, es enuirons de Pa-
ris, vifiterles Huguenotsdans leurs maifonsaux
champs,&les y tuenEt afin que nul n'y fuft efpar-
gné, ilenuoioità poincl nommé endiuers quar-
tiers,ceux de fes foldats qui n'y cognoiffoient per-
fonne, tellement qu'auiïi ils n'en efpargncientjpas
vn, exceptés quelquesvns qui furent pnns àrançon
par ceux qui eftoienc plus frians de L'argent. Et fi ne
laiflbientpas pourtant de tuer les prifonniers après
leur rançon payée.
Ces iours de dimanche & de lun ai , le temps fn t
beau &ferein à Paris,& es enuirons.tellement que
le Roy s'eftant misauxfeneftresdu Louure, con-
templant le temps,dit , Qu'il fembloit que letéps
fe refiouift delà tuerie des Huguenots.
Enuiron le midi du lundi ( hors de toute fai-
fon) on vit vn aubefpin fleuri au cemetiere faincfc
Innocent: Sitoft quelebniit en fut efpandupar
la vilie,le peuple y accourut de toutes parts,criant,
Aliracle,miracle , & les cloches en carrillonnerent
deioye. On fut contraint pour empefeher la fou-
le du peuple, & afin que le miracle(qui eftoit com-
me il a eftë feeu , fait par l'artifice dVn bon vieux
homme de cordelier ) nefuftdefcouuert, &auilé:
on fut , di-ie , contraint d'afleoir des gardes àlen-
tour de l'aubefpin , pour empefeher le peuplede
s'y approcher de trop près. Il n'y eut pas faute de
rens qui interpretoient cemiracle,ne vouloir de
toter autre chofe , finon que la France recounre-
oitfa belle fleur & fplendeur perdue. Lepeupîe
s'en
DIALOGVEL 71
s'erç retournant de la veuë de faubefpin content &
fatisfait5penfant que Dieu parvn tclfigneapprou-
uaft toutes leurs aâions, s en alla droid au logis
du defu net Amiral : où ayant trouué Ton corps
mort,le prindren t,& Ta y ans traîne par les rues iuf-
quesau bord delà riuiere, luy coupèrent le mem-
bre, & puis la tefte,qu'vn fol :at delà ga^de (par
commandement v.omme il difeit) porta au Roy:
le tronc aucc dagues & couteaux lacère, &defchi-
quêté en toutes fortes par la populace, futàlafm
trainéau gibet de Montfaucon,& là pendu par ks
pieds.
Le mardi 16. d'Aouft ,1e Roy accompagne de
fesfreres,& des plus grands de fa cour, s en alla au
Palais de Paris ( qu'on appelioit iadis la cour des
Pairs de France, & le lidt de iuftice du Roi ) Là fe-
ant en plein fenat, toutes les chambres aflemblecs,
il déclara tout haut, que ce qui eftoit auenu dans
Paris, -auoit eftefait non feulement par foncon-
fentement,ains par foncommandemenr,& defo
propre mouucmét.Partant entendoit il, que tou-
te la louange & la honte en fuflent reietteesfur
lui.
Alors le premier Prefident , au nom de tout le
Senat,en louant l'aâe, comme digne d'vn fi grand
Roy, luy refpondit,quec'eftoitbienfait>& qu'il
l'auoit iuftement peu faire.
Que qui ne feait bien difiimulcr , ne feait ré-
gner.
LepoL C'eftoit bien loin de faire comme la Vac-
querie, iadis Prefident en mefme lieu & charge,
lequel, comme Pafquierle recite en fon Hure des
E iiij
7i DIALOGVEI.
recerches , Eftant prefsé par le roy Loys n.d'c-
mologucr vn Edi&quineftoit point de iuftice,
èc pour ce qu'il ne le vouloit faire eftant menace
par ce Roy là de la mort,& tout le parlement auf
fbs'habilla&auecluy tous les Sénateurs de Paris
de robbes rouges , &enceft equippage s'en alla
trouuer lç Roy qui eftoit courroucé outre mefu-
re.LeRoyefmetueillëdeles voir en vn tel h.ibit
hors de faifon, les enquit de ce qu'ils cerchoyent:
Surquoy la Vaquerierefpôdantpour tous, Nous
cerclions la mort (dit-il) Sire, de laquelle vous
nous auez menacez fi nous ne confirmions voftrc
Edid. Eftans tous appareillez delafouftrirplu-
ftoft que défaire chofe contre noitre deuoir&
confeience.
L'hift* Ceftuy^cy nauoit garde de faire le fem-
blable,il prend trop de plaifîrà toute forte dm-
iuftice pour s'y vouloir oppofer. Mais pour re-
tourner à mon hiftoire,Ainfi que le Roy alloit au
palais,vn gentil-homme fut recognu en la troup-
pe pour Huguenot, &aulfitoft tué,aflez près du
Roy (qui en fe reuirant pour le bruit, ayant enté-
du que c*eftoit)PafTons outre,dit-il* pleuft à Dieu
que ce fuft le dernier!
Ceiourdemardi, & autres ioursfuyuans,ily
eut peu de Huguenots tuez dans Paris, car auflï
yen auofc il peu de demeurez de refte.
Quelques Catholiques prindrent la hardiefle
de fauuer la vie à aucuns de leurs anciens amis&
parens. Entre autres,Feruaques la voulut fanuer
au capitaine Monins, pour lequel il alla prier le
Roy, & pour tous fes feruices paffez , de luy don-
ner
DIALOGVEI. " 75
ncrla vie qu'illuy auoit fauueeiufques à l'heure:
mais ce fut en vain , car le R oy luy commanda de
tuer Monins,fi luy-mefme ne vouloit mourir de
la main deCharles.Feruaques eut horreur du fa â:
(quoy qu'il fuft fort afpre en nemy des Huguenots
& qu'il en euft tue' & faccagê plufieurs de fa main
les iours précèdes) pour l'amitié particulière qu'il
portoit à Monins:toutefois il fut contraint de deC-
d uuriroù ileftoitcaché,auquelaufFtoftfuten-
uoyê vn tueur qui le depefeha.
Lefemblable eftauenu à quelques autres Hu-
guenotsjors qu'ils cuidoyent efire efchappez.
LeIeudi2§.iourd'Aouft: 5 fut célébré dans Pa-
ris vn Iubilé extraordinaire,auec la procdïon gé-
nérale, à laquelle le Roy aflîfta. ayant première-
mentfolicité (mais en vain) le roy de Nauarre par
douces paroles , & le prince de Conde' par mena-
ces de s'y trouuer.
Le mefme iour furent publiées des lettres parè-
res du Roy 5 par lefquelles ouvertement il decla-
roit, qu'il ne vouloit plus vfer de paroles cou«er-
tes,ny dedifîimulations : Que la tuerie çles Hu-
guenots auoit efté faiteparfon commandement:
acaufedvne maudite confpiration faite par l'A-
miral contreluy,fa mere,fes freres,& autres prin-
ces &gransfeigneurs delà cour3 n'entendât pour-
tant que les Edifts de pacification furent moins
que bien obferuez : auec tel fi toutesfois , que les
Huguenots ne feroyentfaire aucuns prefches,ny
afTemblceSjiufques a ce qu'autrement y fuft pour-
iicu.
Au premier exemplaire defdi&es lettrcs^le roy
74 DIALOGVEI.
de Nauarre n'y eitoit pas compris: mais feachant
bien qu'on tirerait de luy tout le tefmoignage
quonvoudroit,ilfembla b© au confeildeTy nom-
mer.
Ces lettres patentes furent enuoyees par cour-
riers exprès à tous les gouuerneurs de la France,
auec d'autres lettres particulières du Roy de mef-
me fubftance: Excepte quily eftoit adioufté vn
commandement, Qu'incontinent les lettres re-
ceuës,les gouuerneurs hflfent tailler en pièces tous
les Huguenots que l'on trouueroit hors de leurs
maifons. Aucuns Huguenots ( que la peur a-
uoit fait fortir hors de leurs maifons)entendans ce
mandement, fe retournoyent mettre dedans: les
autres qui ne s'y ofoyent fier, & fetrouuoyent
dehors, foudaineftoyent tuez, autres prins à ran-
çon . Mais à la fin, ceux qui obeiiïans au mande-
ment s'eftoyent retirez en leurs maifons ne furent
pas de meilleure condition que les autres. Et tou-
tefois les gouuerneurs ay ans receulefdicles lettres,
donnoyentàentendre,qu'ils ne recerchoyent d'en-
tre les Huguenots,queles coulpables de cefte der-
nière confpiration de l'Admiral.'que quant au paf-
fé , ils n'y vouloyent pas feulement toucher,n'y
s'en fouuenir.
Mais pource que peu de iours après futadiou-
ftê aufdi&es lettres , que les prifonniersfuffent de-
liurez,& quenulnefuft fait d'orefenauantprifon-
nier,excepte ceux qui es guerres ciuiles de la Fran-
ce 5 auoyenteu quelque charge pour les Hugue-
nots , rraniéaffaires,ou autrement eh auoyenteu
intelligcnce-.defquels (î aucun eftoit pris, onl'eull
are-
DIALOGVE I. 75
à remettre entre les mains du gonuerneur de la
ville, ou du pais , quientendroitdu Roi ce qu'il
luiplairoit cTenordonner. Et toutefois on voioit
que les prifonniers n'eftoient point deliurez , ains
tous les ioursen emprifonnoit-on de nouueaux.
Plufieurs d'entre lefdicfcs Huguenots moins cré-
dules que les autres, ont penfé faire plus fagement
defortir viftementhors deFrance que d y demeu-
rer plus longuement: mais ils n'ont pas fi tofte-
fté hors du Royaume(combien qu'ils fc foient re-
tirez es terres confédérées au Roi) que fes officiers
en beaucoup d'endroits, leur ont faifi & anno-
té leurs biens, lesontconfifquez, vendu les meu-
bles d'aucuns, & d'aucuns autres faccagez & pil-
lez.
Or pour retourner aux chofes de Paris, le Roy
le5.iourdu moisde Décembre, aiant fait venir à
foi Pezou Bouchier (l'vn des conducteurs des Pa-
rifiens) îuidenianda,s'ily auoicencoresdans !a ville
quelques Huguenots de relie: A quoi Pezou refpon-
dic, qu'il en auoit ietté le iour auparauât fix vintgs
das l'eau, & qu'il en auoit encores entre Ces mains
autant pour la nui<ft venant: Dequoy le Roy grau-
d~mentrefiouy , s'en printà rire fi fore, que ne le
feauriez croire.
Le Q.iour de Septembre, le Roy efmeu de peur,
& de cholere tout enfemble , iurant & blafphe-
mant qu'il vouloittuer de fa main propre tout le
refidu des Huguenots , commanda qu'on luy ap-
portais fes armes , fe fit armera fit venir à foy les
capitaines de (es gardes, difant que par la mort-
Dieu , il vouloit commencer a la telle du prince
76 DTALOGVE I.
de Condê. Adonc la Royne régnante s'agenouiL
lanr deuant luy>le fupplia qu il ne fift point vne
chofe de fi grande confequence,fans l'auis de fon.
confeil. le Roy aucunement vaincu des prières
defafemmelouppi &:dotmitauecelle: Le ma-
tin venu (ce feu luy eftant vn peu parte ) il fit ve-
nir le ; rince de Conde, auquel il ptopofatrois
chofes,la mt fle,la morr,ou prifon perpétuelle; Se
qu U aduifaft laquelle des trois luy agreeroit le
plu^.Le prince de Condérefpondât luy dit,Qu.e
rnoyënât la grâce de Dieu il ne choifi. oit iam is
laprcmiere:les deux dernières, il les hifloit ( t-
pres Dieu)à l'arbitrage & difpofition du Roy.
Vray eftquayantentendu qu'on luy préparait
vne chambre à la Baftille (où Ion a accouftumé
d'emprifonner les Princes) i'ay ouy dire, que ce
ieune prince de Conde a changé du depuis d'a-
uis.
Peu deiours apres,onaimpriméauecpriui!e-
gedu Roy,€ertainsliures mordâs & pleins d'in-
iures, contre l'Amiral refquels nommément eft
difputé & maintenu, qu'il a efte' loifible au Roy
de traiter ainfi Tes fuiets , pour la religion violée,
ne plus ne moins que furent chaftiez les frerifica-
teursde Ba 1. Mais de la coniu ration de l'Admi-
raLpoint de nouuelles ,re$ liures n'en difent rien
de particulier^ les ccmfeillers & courtifans à qui
ien ay parle auant mon départ ( entre autres mef-
fieurs de Foix,& de Mal-afsife)s'en moquent : di-
fans par leur foy, que c'a efté vne galante cou uer-
ture>recognoifiantle faidfi barbare & diaboli-
quement cruel , qu'on ne luy peut dôner autre ti-
tre
DIALOGVE I. 77
trc (toutefois ri eft mal caché 5 à qui le cul paroift.)
Mas quoy qu'il en fcit, ils difent,quc le Roy veut
quoncrcye^qu'ily a eu de laconiuration. Et tout
ce q il y a de bon ceft > qu'ils ont nommé le roy de
Nauarre.encre ceux que les Huguenots vouloyent
tuer
L t pol C a efté vne fotte inuention que celle Ia>
pour faire croire la confpiration : & encore me
le mble plus eftrange, puis qu'il fe vouloyent feruir
de ce pretexte,pourquoy le Roy a mandé à tous fes
offiders,que quoy qu'il en puifiè aduenir,ilne veut
q 'lyait autre religion que la fiene cnfonRoy-
aume:& cependant il veut faire croire aux Princes
cftrangers,qu il veut entretenir l'Edid: de pacifica*
tion.
Alu le netrouue cefaeftranre: car le diable, ny
fes enfans, ne fe feauroyent aider que de leurs ou-*
tils : àfcauoir,du menfonge,ceq;jieft vnegrande
confolation pour les efleus , feachant que la vérité
furmonte.
Pht.Tu vois cepedant Alithie,quel blafme on nous
met à fus,& la façon dont on nous trai<fte,& le tout
pour l'amour de toy.
Mt. Ce n eft pas chofe nouuelle, de voir mes amis
hays,blafmez,calomniez , batus, &leplustouuent
tuez.Vneinfinitédhiftoires rant prophanes quec-
defiaftiques & fain&cs , nous font trefentiere foy*
que ce n'eft que leur ordinaire.La verité(ce dit lau-
tre)engendrc haine:La croix eft comme collée s l'E-
uangile.Vous pleurerez, ditlefus Chriftenvn mpf>
& le monde rira.
Lhift. Pour conclufion , par toute la France où le
yS DIALOGVEL
Royapouuoir, qui ne veut aller à la méfie, faut
qu'il meure, ou qu'il fuye fecretement hors du
Royaume: Et croit on que depuis le 24. d'Aouft
iufques à maintenant , il y a eu plus décent mil-
le perfonnes Huguenotes tuées par toute la Fran-
ce, fous prétexte de leur confpiration:Encores ne
font ils pasfaoulez, leur choleren'eft point affou-
uie.
L'egl.O Dieu tout puiflant, ô pafteur dlfrael,iuf-
ques à quand fumeras- tu contre l'oraifon de ton
peuple ? Tu l'as repeu de pain de larmes, &las
abbreuue de pleurs. Tu nous as mis en querelles
contre nos plus proches, &en moqueries parmi
les nations. Tu as tranfporté ta vigne d'Egypte,
tu Tas plantee,& luy as prépare lelieu, afin qu'el-
le y prinft racines & s'eftendift , en remplifiantf la
terre: Pourquoy donc as-tu rompu fa haye,la bail-
lant en proye aux paffans } pourquoy a elle efté
confumee parle fanglier , & deuoiee par les be-
lles fauuages? Les gens font entrez en ton hérita-
ge , ils ont baillé les corps de tes feruiteurs en vi-
ande aux corbeaux>& la chair des biens viuans aux
beftes de la terre. Ils ont efparsiefang des tiens,
& n'y auoit aucun qui les enfeuelift. Iufques à
quand Seigneur,te courrouceras- tu? ton ire fera-
elle pour iamais embrafee ? Refpan Seigneur tes
indignations , fur les gens qui nctecognoiflent
poinr, & (ut les royaumes qui n'inuoquent point
ton Nom : car ils ont prefque efteinte toute la po-
fteritë de Iacob,& ruiné fa demeure. Que la ven-
geance du fangde ceux qui te reclamoyent efpan-
du contre tout droict , foit cognue par toute la
terre
DIALOGVE I. 7?
terre. Vucilles3grand Dieu,auoir ef^ard aux cris &
gemillèmens de . ant de poures vefues,&de poures
enfans orphelins. Souuienne-tQy des plaintes des
prifonniers.Re(erue en vie félon la grandeur de ta
force tes enfans deftinez à la mort. Et rends à nos
voifins fept fois au double , l'outrage duquel ils
t'ont diffamëjSeigneur.
P^i/.Amcn.
jChïfï. Encore n'eft-ce pas tout: Car comme iedi-
fois tantoft(lors que tu m'as in terrompu) quelque
grande tuerie qu'il y ait eu en France,la cholere du
Roy nepafferaiamais, pendât qu'il y aura vn Hu-
guenot en vie. Encore iure il par le ventre Dieu*
qu'ils ont beau faire , que la MefTe ne les fauuera-
ia.
Alu Iamais en fa vie il n'a dit parole plus verita-
ble:Mais comment l'entend il,ie te prie?
L'ht/ï. Il n'a garde de l'entendre comme les Hu-
guenots l'entendent,qui mainrienent que lePape,
noflre bonne intention , nos bonnes œuures,les
mérites des Sain<5ts,le bois de la fainéte croix, les
grans pelerinages,i*eau benifteja fainéte & digne
melTcS: tout cela enfemble, & chacun d'eux feul
& pour le tour,ne nous peut fauuerrains feulement
Dieu par fa pure g; ace > & parlamifericorde qu'il
fait àceux qui efperent en luy,defpouillez de tou-
te arrogance & fierté,humiliez & abbatusparle
fentiment de leurs fautes , & appuyez fur le feul
mérite ^cla mort & paflïondcnr flre Seigneur Ie-
fus Chrift. Il n'a di-ie^garde de parler de ce falut-
li.il n'y penle pfos.
Ad. le le croy. Il appert euidemment par Ces
go DIALOGVEI.
oeuures, qu'il n'en a ny foin ny cure : Et toutefois
fi y faut il penfer , Hiftoriographemon amy, & y
entendre continuellement : ce doit eftre noftre
pi incipai but. Mais s'il plaift à Dieu, nous en par-
lerons à loifir>deuant que nous nouslaiffions t'vn
l'autre. Tu entendras poflible , ce que tu n'as ia-
maisappris,quoy qu'il femble que tu'en ayesouy
parler quelque fois: Pour maintenant il eft que
ftionde pourfuyure ton hiftoire, & de nous dire
(fi tu le fcais)commeceft que le Roy entend ce que
tu as dit.
JJhifi. le te le diray tout à cefte heure, & tefcou-
teray quand tu voudras: aulîïbiennefcay ie dire
(quandileftqueftionde falut) où ceft que i'en
fuis.L'ignorance de nos curez, & la noftre, nous a
logez touchant cela,chez Guillot le fongeur(com-
me on dit.)
LepoL le feray s'il te plaift de la partie, Alithie,
auflî bien ne voy->e point de religion , ne de
voye de falut,ains pluftoft tout atheifme , & che-
min de perdition parmi nous . On a beau fe dire
t^ef-chrefh'en, il eft tout clair qu'on mentfaufle-
xnent.
Al^ le fuis bien aifede vous voir en chemin de
Touloir apprendre, nous en parlerons plus à plein
Dieu aidant : Pour cefte heure oyons l'Hiftorio-
graphe fur fon interpretacion,& le refte de fon dit-
cours.
Vhi. Corn me ie vous ay dit,il y a des Huguenots
en grand nombre, qui fontefehappez de latuc^
rie, tous lefquels peuuent eftre repartis en deux
efpeces : IVne fera de ceux qui s'en font fuy s hors
la
DIALOGVEI. Si
la France, l'autre de ceux qui y font demeurez.
Ceux qui font fortis,fe font retirez en Suytfe, en
Allemagne, en Angleterre,& es Ifles qui lu y font
fuiettes. A ceux-cy le Roy ne touche que par let-
tres, meflagers, & autres menees:tafchant (com-
me bon pefe de famille qui a foin de fes ^nfans)
de les faire reuenir en lieu où il les pnifle trouuer
quand il voudra: pour la pitié qu'il a des difettes
éc neceflîtez qu'ils endurent eftans hors de leurs
maifons,efquôlles il deiïre (ce difenc ces lettres)
qu'ils reuienent, pourpouuoir iouyr de leurs biés
en fe conformant à fa volonté , & faifant ce qu'il
commandera. Ceux qui font demeurez en Fran-
ce, outre les morts ,font de diuerfes conditions.
Les vns fe font retirez dans des viîlesfortes;com->
me vous diriez dans Montauban> Sancerre,NyC*
mes, la Rochelle, & dans certaines autres villes.
Contre ceux-ci le Roy aenuoyéfes frères pour
les exterminer s'il, le peut faire: pource qu'ils n'oc
pas voulu laifler entrer dans les villes où ils font,
ceux qui y alloyent pour les tuei* deparleRoy,3c
qu'ils leur onc ferme lesportes.
AluO poures gens I leur condition fera-elle don-
ques pire que des beftes, à qui nature apprent de
feconferuer, les armant en diuerfes fortes pour
leur deffence?feront'ils pirement traidez que le-
fclaue,à quoi outre le droi& dénature, celuy des
gens, voire laloy ciuile,permet de fermer l'huis
au nez de fon mancre,s'il cognoift qu'il le vueilie
ruer.?
L'hifi. Te ne fcay qu'en dire : mais fur toutes tes
tilles,il en ycu: à celle de la Rochelle.
i
$2 DIALOGVEI.
LepoLEile l'a efchappè belle ceftcpoure Rochel-
le:Carfitu ne lefçaisjet'ofe dire pour certain*
que l'armée de merde Stroffy *& du Baron delà
garde,quieftoit enBrouage près de la Rochelle
il y auoït plus de quatre mois,pour attendre ( ce
difoyét-ils en fecrec)la flotte d'Efpagne,& lacô-
batre (comme aufsi l'Amiral le penfoit)& de là,
fingler à Flefsinghe>ne tachoit qu'à furprendre
la Rochelle à poinft nômë & plus de deux mois
auant la tuerie de Paris;la Royne met e auoit en-
uoyê à StroiTy vne lettre eferite de fa main pro-
pre >biécachetee,Iui deffédâc par vne autre lettre
qu'il receut la premicre,de ne point ouuxir ce-
lte-la > iufques au 14 iouv d'Aouft: Or les mots
de la lettre que Stroffy ouurit le 14. d'Aouft, e-
ftoyent.
STROSSY,ie vous auertis* que ceiourdhuy
24.d'Aouft,rAmiral,& tous les Huguenots qui
«ftoyent icy auec luy,ont efté tjuez Partit auifez
diligemment à vous rendre maiftre de la Rochel
le & faites aux Huguenots qui vous tomberont
entre les mains,Ie mefme que nous auons fait à
ceuxey. Gardez vous bien d'y faire faiite , d'au-
tant que craignez de defplaireau Roy,Monfîeur
mon fils5& à moy. Et au delfous ,C A T H E-
RINE.
le te laifle à penfer9fi Dieu les a bien gardez.
i^i/?.rauoy,bientofiourscreu,que l'armée de
StroflTy neftoit pas près delà Rochelle pour ne-
ant;5cquelesfoîdatsquieftoyent à Tentour par
mer&parterre.mangeans.forçans» &pillans le
bon homme*nç tafehoyent qu'à fe rendre plus
forts
DIÀLOGVEI, *5
fortsdanslaRochelle,pourla furprédre,&y me-
ner les mains baffes & fcauoy' bien qu'ils y auo-
y et failli deux ou trois fois, voire mefmesi'ay bié
fceu,queleiourdumaffacre fait à Paris,il eftoic
entré dans la Rochelle,plus de deux cens foldats
de Stroffy,auec armes,faifans femblant de faire
racouftrer leurs arqueboufes,ou d'acheter quel-
ques viures>& munitions:lefquels pour quelque
frayeur qui les furprit, craignans que ceux de la
Rochelle(ialoux des priuileges & libertez de leur
ville qui les exemptent de garnisô)nefe doutaf-
fent desdeflcins de Stroffy,s'enfuyrent en tapi-
nois tout bellement hors delà ville. Maisien'a-
uoy'encores rie feeu de cefte lettre, ie n'ay garde
d'oublier à la mettre en mes mémoires, Voila d$
merueilleux traidts. On a ra:fon de dire qu'il y a
eu coniuration:Mais ç'aefté contre les Hugue-
not*. Poures miferableslilfaut bien dire que la,
deliurance de ceux qui font demeurez de refte,cft
miraculeufe,ayans efté fi fubtiiement trahis!
Mais pour retourner à eux:outre ceux qui fe font
retirez es villes & lieux defeureté,il y en a d'au-
tres qui ne s'y font pas retirez, ou pource qu'ils
n'ont peu, ou pource qu'ils n'ont voulu,ou osé s'y
retirer.
Deceux-cy, les vns (mais en petit nombre) fe
tiennétcovs & couuerts en leurs maisôs,& fans
aller n y à meffe ny à matines, priét Dieu vn cha-
cunchez foy.bienfecretement toutefois>de peur
d'eftre fur pris, atten^ians qu'on les accommode
{c'eftle mot dont vfent les tueurs.)
J-es autres,s*en vont à la Meffe de gayetc de
F ii
84 DIALOGVEJ.
cceur,& comme ài'enui l'vnde l'autre, blafphe-
ment,defpitent,& renient mille fois le iour,pour
monftrer qu ils n'en font plus , faifans en tout le
furplus, des vilenies, & des maux,plus que ie ne
t'enf auroy' reciter: vue grande partiede ceux-
cy porte les armes contre les autres Huguenots,
mais le Roy ne s'y fie pas beaucoup. Et les autres
vont aufli à la Mefle, mais contre leur gré, &c par
force, comme il eft aifé à iuger à leur mine & cô-
temnee, tant ils 'ont abbatus &contriftez, & Ci
n'ofent bonnement parler l'vn àfautre,ny felaif-
fer rencontrer par les rues, ou en leurs maifons
deux à la fois* Y eftime que c'eft de ceux-cy def-
queisle Roy parle;quancHldit,Quepar la mort-
Dieu, la meffe ne les fauuera pas, & poflîble en-
tend-il au lîi parler des autres quimonftrent d'y
aller de plain gre,& par defpit:
jilith. Te ne doute pas qu'il ne parle de tous les
deux. Quel piteux & miferableeftat,ne fc conten-
ter point de t er le corps>fi on ne perd l'ame quâd
&quand:& ne fe contenter point de tuer l'ame,fi
le corps neftauffi meurtry i
O Seigneurâufquesàqnand?
JL'egl&enit fois tu, Seigneur Dieu de nos Pères,
ton nom eft louable,& digne d'eftre glorifie à ia-
m&h. Tues iufte en toutes les chofes que tuas
faites: tes voyes font droites: tous tes iugemens
par lefquels nous font aduenues toutes ces cho-
fes, font, droituriers; Nous auons contreuenu à
tes loix,nous n'auons point efcoutê ny gardé tes
commandemens. >îous nous fommes par trop
dcsbprdez en délices, & auons cerché en la cour
" v das
DIALOGVE I. 85
desgrans (d'où par Edi<5t folennel ta vérité auoit
cftc bannie)ies honneurs & les alliances.
Tu as vfé d'vn vray iugemét,en coûtes les cho
fes que tu as fait venir fur nous, nous liurant aux
mains de nos ennemis, quifontfans loy, & tref-
mefchastraiftres,&àvnRoy iniuftc&tref-mau-i
uais,par deflus ceux de toare la terre. Nous (ouï-
mes liurez à mort pour l'amour de toy tous les
iours,.& fommes eftimez côme brebis de la bou-
cherie: Nous te prions quetunenousliurespas
ainfi à toujours. A c ufe de ton Nom, ne difsipe
point tôt alliacé, ne nous côfonds point du tout,
mais fay- nous félon ta douceur,& félon la gran-
deur de ta mifericorde , afin que lafemence des
tiens que tu as referuez, ctoifte,vegete,& multi-
plie,ennombre,zele & vertu.Seigneur,tu t'es fer-
ui autrefois de l'inftrument deperfecution, pour
l'accroiflfement &augmétationde ton rroupeau*
qui venoit feulement de naiftre & s'affembler en
Ierufalèm,lorsquetu l'efpardisparla Iudee&Sa
marie:fay, Seigneur, que le refte des tiens que tu ,
as efpars maintenant en régions lointaines & pe-
regrines par cefte horrible difiîpation > continue
toufioursenconferuic?, feruant d'exemple ôcedi
fication aux nations qui les ont recueillis, & por-
tans doucement l'exil : recognojffent que toute la
terre t'appartient, qu'elle toute n'eftqu'vne feule
cité,de laquelle l'home eft bourgeois paflfager,en
quelque climat qu'il habitc:ou pluftoft Seigneur,
donne leur de cognoiftre,que nous nauons point
ici de cité permanente, afin quecerchans lackè
àrenir^isperfeuerent en Tefperâce delà vie bien
F iij
%6 DIALOGVEL
heureufe,quetunous as acquife par le precicu*
fangde Icfus Chrift ton Filsnoftre Seigneur. Et
en rendans leur vocation certaine, parbônes œu-
tires& la fainâeconuerfation (que tu as ordon-
né aux tiens,ahn d'eftre glorifié en eux)qu'ils co-
fiderent les fifcheufes & fréquentes pérégrina-
tions d'Abrahâ, d'Ifaac& deIacob:qu'ils iettent
l'œil fur ton Fils vnique>tbnBien-aimê,fuyant de
nui£fc,toft après fa naiflance, en Egypte, auec fa
Mere-vierge,fous la conduite de Iofeph, pou ref-
chapper les mains d'Herode3qui cerchoit la vie
de l'enfant. Fay entçndre à tous les tier$,que tu
chafties ceux que tu aimes,afin qu'il ne leur fem-
ble eftrange, comme fi quelque chôfe nouuclle
leur arriuoit,quand ils feront par.feu,parglaiue,
ou exil,examinez pour faire preuue de leur foy:
queplufloft eftansfaits participans des paiîîoris
deton Filslefus Chrift,& iniuriez pour fon Nô
ils s'en refiouifient,en attendant que ceux qili cer
chentramedelenfant3foyent mortsi Cependant
donne-leur iugemét &c prudéce,afin qu'ils ne Ce
laiflent plus endormir ne piper à la voix de ce
Pfeudor père defami'leaux larmes de ce Croco-
dile,quifousvne feinte pieté, ne cerebe qu'à ies
deuorer& deftuire.Garni-les aullî Seigneur, de
bon courage,& dçforce, par lefquels fu rm on tan s
en vrayefoy & chanté toutes ks difficultez qui
leur feront prefentees>eux qui font efchappez du
naufrage, s'efforcétde toutleur pouuoir éc mo-
yens d'en retirer leurs frères : d'aider & fecotirif
ceux que les dangers de mort cnuironRent, que
l'armée de Pharao,quc ce nouueau Sennacherib,
&ÏUb*
DIALOGVE I. 87
&Rabfaces leprophanepourfuyuent.
Seigneur, nous auons ouy de nos oreilles,nos
percs nous ont raconté les œuures que tu as fai*
tes en leurs iours en Egypte, aux deferts,en la ter
re où tu les auois introduits: comment tu as de ta
main dech .(le les nations, & abbatu les plus gras
qui empefehoyent lestjés de iouyr du repos pro-
mis.
Ils ne conqueft^ient point la terre par leur
glaiuejeurbrasnelés apointfauuez:ir<aistadex-r<
tre,tcn bras , & la 1 umiere de ta face les deliura,
pourtant que tu ies auois prins en amour. Il eft
bien vray Seigneur,que p r leur deffiance t'ayans
irrité grandement,piufieurs d'entr'eux moururêt
audefert, voire ton feruiteur Moyfe, que tu leur
auois donné pour libérateur : mais tu ne laiflas
pourtant d'accomplir en leurs enfans par Iofué*
tout ce que tu auois promis à leurs pères par
Moyfe.
O Seigneur, nous auons péché, nous t'auons
oftenfe:tu nousasauili déboutez, tu nous as dif*
fi pez , & t'es courroucé amerement,nous mettant
comme en vn train de ruine irréparable. Tu as
traite toa peuple rudement, & Tas abbreué de
vin deftourdifïementimaisdepuisjtu as donné v-
ne baniere à ceux qui te craignent, afin de Tede-
uer en haut, pour l'amour de ta vérité. Fay Sei-
gneur,que teslfraelites n cfpc rent plus au bras de
la chair,cn leurs armes,ou autre puiflfance humai-
nc, ains en toy feul,Dieu des armecs,lc fort des
forts : fâchant que c eft en vain qu'on édifie la
maifon fi tu n'y mets la main, & que c eft en vain
F iiij
$3 DIALO'GVE I."
qu'on veille, fi ru ne gardes la cité,* Toy qui par
lesraines,par les poux,par les faurerelles, & autre
telle gendarmcrie,as fait trembler ceft ancié Pha*
rao dans Ton li<5t, & Iuy faifant fentirfa main for-
ténors qu'il pourfuyuoit tes enfans, TasenfeueJy
dans les eaux auec toute fon armes, faifant pa/Ter
les tiens à fec.
Toy Seigneur Dieu d'Ifrael, qui esaffisfur les
Cherubins,tu eslefeul Dieude tous les Royau-
mes de la terre p tu Tas faite,& le ciel aufsi. Sei-
gneur5ene!inetonoreiile3&oy:ouureles yeux,&
regarde. Efcoute les paroles de Sennacherib, &
de ce ieune Rabfaces confit en blafphemes, qui
gen t'appeîlant au combat demade,0 ù eft le Dieu,
IeFort,Gardien de ce petit troupeau. Il eft vray,
Seigneur,que les Rois des Aflfy riens ont deftruit
les Gétils& leurterrc&rontroisau feules dieux
d'iceux: Car ils n'eftoyent point dieux, mais
ouurages des mains des hommes,bois &c pierres,
pourtant ils les ont deftruits :mais ceux-cy, Sei-
gneur uniurjentjils te blafphement & defpitenr,
efleuant leurs voix contre toy , fainér d'Ifrael > fe
vantas qu'ils raferont toutes les villes fur lefquel-
les ton Nom eft inuoqué ,&qu ils en effaceront
la mémoire de defïiis la terre. Seigneur, fi les as-
tu faites & formées, & as plante au milieu d'iccl-
îeslciceptre de ta parole, pour lequel arracher,
en les pourfuit. Ne les meine pas donc à defola-
ticn,deffen-les plufteft, Père faindhà caufe de to
honneur & gloire, qui eft conibinte à leur deli*
urance,
Enuoyeton Ange Seigneur, i'Angeque tu en-
voyas
DIÀLOGVEI. $9
noyas contre ce Sennacherib , oufufcite vfte lu-
dich contre ceft Holoferne, pour la deliurance de
ta Bcthulie. Ne te tiens plus arrière de nous , &
ne te cache point au temps de tribulation : Car le
mefehant auec orgueil pourfuit le poure, & sef-
gaye quand toutes chofesluy fuccedent à fouhait.
Il eft tant fier , qu'il ne fe foucie point de ta maie-
fté > Seigneur , ains toutes fes pen fées font , qu'il
n'eft point de Dieu. Sa bouche eft pleine de mau-
difïbn , de fraude , & de tromperie, fous fa langue
gift molefte & nuifance : Il fe tient aux embufehes»
il occit l'innocent aux lieux cachez:fes yeux aguet-
tent le defolé , & dit en fon coeur , Dieu l'a oublié,
& a caché fa face afin que iaraais ne le voy e. Leuc
toy doneques Seigneur, haufle ta main 5 caflfele
bras des mefehans , pren le bouclier & la targe,
pour fecourir ceux qu'on perfecut£ pour tô Nom.
Tire hors la lance , & ferre le paflage à œux qui les
pourfuyuent: qu'ils foyent comme la paille expo-
fee au vent , leur voye foit tenebreufe & gliffante,
& que ton Ange les pourfuyue à iamais. Et pour
autant Seigneur, qu'il y a encores quelques vns dç
tes enfajis, qui comme Daniel en Babylone t'ado-
rent Se t'inuoquent^mais non point auec telle har-
diefle de foy,craignans comme vn Helic d'eftre
demeurez feuls en toute la terre : ToySeigneur>
qui es près de ceux qui font rompus de cœur , &
fauues ceux qui fontbrifez d'efprit , Qui as ton
oeil fiché fur ceux qui te craignent , & quis'atten-
dent à ta bonté , afin de retirer leur amc c!c mort
& les preferuer en vie au temps de l'aduerfité.
Tien- les toufiours en ta referue, auec les fept mil
9o DIALOGVEI.
hommes qui n'ont pas flcchi le genouil dcuant
BaaL Fortifie-les j Seigneur , comme tu renforças
iadis par ton Efprit ton feruiteur Daniel. Prefer-
ne- les comme les trois enfans en lafournaife, afin
qu'ils n'adorent l'image de ce grand Nabuchodo-
nofor. Ctaffe-le pluftoft Seigneur , arrière dc$
hommes, fon habitation foit auec les belles des
champs.QjVon le paille dherbe comme les bœufs,
iufqu'àce qu'il te recognoiffe pour fouuerain do-
minateur>Roy desRbis,&Seigneur des Seigneurs,
cftabliflant les dominations, & les donnant & o-
fiant à qui & quand bon tefemble. Quant à ceux,
Perede mifericorde, qui comme brebis fans pa-
fteur entre les loups affamez , pour l'infirmité de
la chair & foiblefîe de leur foy, font de leur corps
vn hommage contraint à ce morceau de parte
tranflubftantie en chair , à ceft accident fans fuiet,
forcez (paV l'erreur commun qui a obtenu lieu de
loy) d'aller à la Méfie, pour fauuer leur vie & leurs
biens : Monftre-leur, Seigneur , & leur fay fentir
viuement & à bon efeient en leur cœur , combien
ta gloire Se ton honneur nous doyuent eftre plus
recommandez que noftre propre vie. Fay-leur
cognoiftre l'outrage qu'ils font à ta maiefté , ad-
hérant tant foit peu au feruice des faux dieux,
que Dauid ne vouloit pas feulement nommer par
fa bouche.
Que l'impudicité eft trop grande de la femme,
qui après s'eftre oubliée, lors que fon mari la cha-
ftie, recourt foudain à fon paillard.
Que tu vomis les tiedes, & ne prens point plai-
fir à ceux qui clochent des deux collez.
Que
DIALOGVE I. 91
Que qui aime fa vie , fon père , fa mère, ou (es
biens, plus quêta gloire & ton honneur, n'eftpas
digne d'eftre des tiens. Toy Père, qui nourris Jes
corbeaux , ôc donnes robbes fomptueufes aux lys
des champs deuant nos yeux.
Qui as nourri ton peuple au defert de la man-
ne trefprecieufe,les entretenant veftus comrhetes
mignons & tendrets. Arrache de tes enfans la def-
fiance de difette , que le diable , le monde , & la
chair , impriment dans le cœur des hommes. Ra-
mentoy- leur Seigneur, les merueilles que ton Fils
noftre Seigneur Iefus Chrift fit,en reparlant abon-
damment ceux qui oublians eux-mefmes , le fuy-
uoyent, pour ouyr fa voix, comme les brebis leur
pafteur.
Monftre-Ieur que ton bras puiflant eft touf-
iaurs femblable à foy~ mefme,fans diminuer ou ac-
ccfurcinfinon autant que noftre ingratitude & def-
fiance, diuertit ouempefchele coursâtes bene-
didions Se grâces. Et pour autant que la faute
que les tiens commettent en cefl endroit,eft gran-
de & deteftable, Toy Père, qui ne veux point la
mort du pécheur , ains demandes qu'il fe conuer-
tifTe & viue.
Conuerti les à toy Seigneur , nejeur imputant
point leurs fautes. Touche leur le cœur Comme tu
fis à Pierre te reniant, afin que recognoiflànsl' hor-
rible faute qu'ils commettent , ils s'humilient dé-
liant toy, gemiflent & pleurent pour leurs péchez:
&ainiïreleuezpartamainJqu>ils fe monflrët forts
&puifians,àfoufleuer leurs freres infirmes. Ou-
ure leur aufli la voye Scigneur,nfin qu'ils puiflent
9* DIALOGVE L
bien toft fortir de Sodome > deuant que ceux qui
leur font quitter l'héritage du ciel pour vne efcuel-
le de lentilles , exécutent leur coniuration & def-
fcins. Qu'ils n'ayent point regret de laitfer les
auix ôc les oignons d'Egypte, fachans combien
plus vaut vn peu de pain auec ioye & contente-
ment de confeience , qa'vne maifon pleine de ri-
cheffes auec vne inquiétude & continuel tourment
d'efprit.
Que trop mieux vaut en toutes fortes
Vn iour chez toy, que mille aillettts:
Et font les eftats trop meilleurs
Des Amples gardes de tes portes,
Qu'auoir vn logis de beauté',
Entre les mefehans arrefté.
Qu'ils ayent mémoire (en confidérant leur mife-
rable condition) de ce poure enfant prodigue, &
qu'à fon exemple, ils laiflent la viande aux pour-
ceaux : s'aflfeurans que toy grand Père defaiûille,
es preft à les recueillir , & aies traiéter & entrete-
nir, tout ainiî que ceux-là qui n'ont bougé de ta
ma fbn. Les autres quid'vne gayeté de coenront
delaiflé ton fainetferuice, communiquans à tou-
tes infametez: voire Seigneur,en te faïfant la guer-
re > fefont adicûnts à ces tueurs , s'il y a encores
quelque refte de mifericorde pour eux , fi parmi
ceux-cy fe trouuent quelques vns de tes eleus, aye
pit éSeigneur5ayecompalïîond'iceux,les faifant
retourner en ta fainéle famille , de laquelle ils font
forufeis. Abba les Seigneur , & les atterre , com-
me iadis tu fis Saul , qui perfecutant ton fils en fes
membres , feruit après fa conuerfion de bon tef-
moin
■
pi A L OG VE L 9j
moin à ta vérité éternelle: afin qu'après l'eftonne-
ment , cftans par toy releuez &c fouftenus , ils fer-
ucnt plus ardemment à ta gloire , qu'ils n ont fait
par cy deuanr. Que ficeft malicieufement contre
ta vérité cognûe qu'ils fe bandent>s'obftinans à leur
efcient a te faire outrage , mon Dieu, fay ks fem-
blables à la roue, & au tourbillon: pourfuy-les par
terreur & efpouuantement : rempli leurs faces do
mefpris, & darde fur eux ta colère : fay pleuuoir
charbons fur leur tefte, feu, foulphre & vent de
tempefte foit la portion de leur hanap ,afin que
toute la terre cognoiflfe , que tu es noftre Dieu&
Sauueur*
Et nous alors ton vray peuple & tes hommes*
Et qui troupeau de tajpafture femmes,
Te chanterons par fiecles innombrables,
De fils en fils prefehans tes faits louables.
Ali. le m'çfmerueille grandement, feigneur poli-
tic François, confiiierant le piteux eftat delà Fran-
ce (fi tji as ta patrie en quelque recommandation)
maintenant qu elle a plus de befoin Ae fes vrais a-
mis & bons confeillers quelle n'eut oncques,com-
me ceft que tu as eu le courage de l'abandonner:
au lieu de Remployer à guairïr fa playe,à lapenfer*
de lafrenefie & delà rage qui la mené.
LepoL le n'en fuis parti qu'en pleurant , auec va
regret incredible, preuoyant a prochaine & ine~
uitable ruine , où va tomber ce pourf Royaume*
pour l'extrême confufion où il efl : laquelle fofe
afleurer eftre irrémédiable , au iugement detouf
bonsefprits : car (ie me tay de la religion des Hu-
guenots en laquelle ie n'ay iamais peu mordre*
5>4 DIALOGVE ^
quelque bonne vie &: changement de mœurs que
i aye apperceu en mes proches voifînsquien fai-
foyentprofeiïion, 3e ie Uiflc à part celte barba-
re tuerie que l'Hiftoriegraphe a recité) tout y eft
tellement con iuit, quMn'eft pas pofliblede voir
yne plus grande marte de mefchançctez , ny vu
chaos plus hornble^foit que ru regardes la luftice,
ou que tu contemples la Police, depuis vn bout
iufques à l'autre. Q^ie dy-ie, fi tu les regardes : tu
aurois beau y regarder , tu ne les y fçaurois voir:
e|les ny font.pas , pieça quelles s'en font ailées:
on ne les y trouuc plus qu'en eferit , on n'y voit
que leurs noms &c leurs mafques. Quant au fer-
uicc de Dieu que nos pères nous auoyent ap-
prins à bonne intention #, nos Princes dauiour-
ahuy, leurs courtifans > & à leur imitation vne in-
finité d'autres gentils-hommes & de bourgeois
& marchands , ne s en font que rire & moquer.
Le foldat le defpire & detefte : la cour pour le di-
re en vn mot à l'exemple du Roy, & la plu% gran-
de partie de France à l'exemple de la courell plei-
ne de blafphemes , datheifme, & parmi eux l'epi*-
cureifme, fincefteda fodomîe , & toute autre for-
te de lubricité, eft vulgaire & familière. Tu as
ouy combien de fois la foy publique (qui deuft e-
ftre vn lien indiflbluble pour entretenir la focieté
humaine) y a efté violée , tellement qu'on ne fçait
plus à qui Ion fedoit fier. Nous penfions qu'a-
près tant d'Edi&s rompus, celuy de la Pacifica-
tion dernière , fait au mois d'Aouft en Tan i>70*
feroir à la fin obferué. Noftre poure France com-
mençoit d'auoij: quelque rekfche à fes miferes:
cous
DIALOGVE L 95
$?ousvoyions,ce nous fembloitjl'entree de mieux
efperer#Les Huguenots fe comportoyent fort mo-
deftement , quelques outrages qu'on leur fçeufl:
faire : ils aimoyent mieux les endurer, que d'vfer
d'aucune reuenge. Il eft vray qu'ils recouroyent
au Roy & à fon confeil , pour la punition de ceux
qui les oftenfoyent : mais combien que le Roy ne
fift que le femblant de leur en vouloir faire raifoû
cela les contentoit. Ils remirent les villes que le
Roy leur auoit baillé pour leur feureté & retrai-
te durant les deux ans, beaucoup pluftoft que le
terme afliené , entre le&mains de ceux qu'il pleut
au Roy d ordonner* qui fut caufe que le Roy là
defTus , enuoya par tout (on Royaume , des letres
patentes de confirmation de fon Ediâ- de paix»
n'oubliant rien de ce que luy & fon bon confeîl
fepouuoyent aduifer pour les appriuoifer : & fai-
fant comme le bon faulconnier qui yeilleles oy~
feaux , & vfe de toute la diligence qu'il peut pour
leur faire oublier leur liberté , & les aceouftumer
au chappéron. Les principaux d'entre le.s Hugue-
nots vïndrent à la cour au mandement du Roy,
fe refigner entre fes mains , moriftrant d auoir a-
greables les tresbôs & trefnotables feruices qu'ils
luy faifoyent:& eft bien certain que fi le Roy euft
pourfuyui à fe feruir d'eux comme il auoit com-
mencé, il feroitauiourd'huy patron de Flandres:
& s'il euft fçcu entretenir ce parti de religion , ii
fftoit pour eftre çfleu Roy des Romains ,& foa
beau père mourant appelle à l'Empire. Nous
penftôs que ce tragique mariage du roy de Nauar-
re&deiafceurdu Roy > qui auoit o (té toute def-
?6 D1ALOGVEL
fiance aux Huguenots, feroit vne confirmation
de paix entre nous : quand ce mal-heureux coup
d'arqueboufe ( qui fut tiré à l'Amiral, le mefme
iour, comme ie croy, que l'Edict de pacification
derniere:à (batioir le 11. lourd' AouPe>& par ainfi
le dernier iour des deux ans de retraicte afleurce)
me fit penfer 8c à beaucoup de mes amis auflî,
qu'il y auoit des long temps de la menée feerctte
cotre luy &les autres Huguenots,&quece coup
traineroic après foy quelque dangereufe queiie.
Ainfi comixie ie le penfoy' il aduint non pas ain-
fï,Ia Dieu ne plaife que i'euffeiamais penfe,qu'vn
fi mefehant œuf deuft eftre ponnu, couué,& ef-
clos, en la France! Mais tant y a que ie me doutay
bien quand & quand, que les chofes edoyentpre
pareesàquelquegrand&infigne malheur: ta Tas
ouy reciter,finondutout, au moins en partie. le
telaifleà penfer maintenant qui eft l'homme de
bien, qui vouluft habiter tant foit peu en France»
Quant àmoy, & beaucoup dénies amis (bons
Catholiques François ie t'en afleure) voyansla
defloyauté & bizarrerie^ du Roy (puis qu'il faut
que ie le die ) énfemble de fou confeil , compofé
dVnc femme Iuliene Florentine, de la maifon de
Medicis,depenfionaires duroy d'Efpagne,de pë-
fionaires & créatures du Pape,d'Italiens,de Lor-
rains^ nond'autres,&le mal fans remède :crai-
gnâsquedemainou l'autre il ne nous en euftfait
autant qu'aux Huguenots , fi ckuenture il en ve-
noit enuie au Roy,ouàfes premiers confeillers
qui nous en veulent, comme à ceux qui cognoif-
fent leurs deffeinsôc menees,& portent quelque
aflc&îoflt
D I A L O G V E L 97
âffe&ion au bien de la France* Craignant,dy-ie,
que tout à vn coup ils ne nous iettafTent le chat
auxiambcs & la rage fur le dos^comme font ordi-
nairement ceux à (jai i! prend emiie de tuer leur
chien,&quc fur cela ils nous hflentnoltre procès
après la mort> comme on a fait à l'Amiral : ne us
auons mieux aime nous en fortir de bonne hcuie*
que d'y demeurer trop longuement. Sur tout
quand nous auons confidcré,quedetous les Prin
cesvoifihs,Iesvns ne s'en foucient pas beaucoup,
les autres font bien aifes dé la ruine de tant de
François, de fi grands perfonnages& de fi bons
feruiteurs du Roy y & prennent plaifir de voir la
Roy , fecoupper du bras droiât le gauche,& au-
tres membres de fon corps. Iedy y ctanïment
qu'ils y prennent plaifir.car s'ils en eftoyent mar-
ris^s'ils auoyent regret devoir vn fi piteux fpecfca-
cle, ils s'y oppoieroyént de faicè, & rempéfché-
royent par force de palier outre à fedefehirer foy
mëfmé, tout ainfi qu'ô fait à l'amy frénétique qui
fe veut précipiter^ lequel on veille & on retient à
force, le- liant pieds & mains, quand il blcfle, bat,
ou tue. Mais quand ie voy que les Potentats voi-
fms n'en tiennent compte, non pas feulement de
luy faire entédre par lettrés &: ambafiàdcs, le tort
, quilftifaif,&a; x (îens,delciïnaflacrcr de la for-
, te :iedy qu'ils en font bicn*aifes, & que c'cftlc-
t doigt de Dieu quiert courrouce contre France:
, que Je quelque coftè que le baft vire, il faut que
s cefte grande & florilTante maifon de Valoys près
; né " fin. & que ce braiïe & puiffant Royaume loir
3 tr.anfporceiquelqu'autrè Prince^oû reparu cntié
93 DIALOGVEI.
pufieurs. Làdeflus, iefcay que leroy d'Efpagne
entre autres Princes voifins , a de fi bonnes intel-
ligences en la France: il y a de longue m -in* défi
bons feruiteurs:fesducusde Caftilleluy ont tant
acquis de partizans & feruiteurs en France, voire
mefmeau confeil du Roy (ic neveux pas dire que
Je comte de Rets, Lanfac, Moruilliers , Limoges,
& Villei oy,en ayent penfion urdinaii e,car on ies
cognoift bien : ne que la maîlon de Gunzague ne
fut jamais qu Efpagnolc) f^ue s'il veut feulement
employer le prince d'Orenge Se le comte LuJo-
uic fon frère , auec leur crédit & leur force (com-
me il luy fera bienaiféde les auoir à commande»
ment,autant fidèles feruiteuLS qu'ils luy furent on
ques, en leur laiflant & à (es autres fuiets la iiber-
tédeleurconfcience , & les remettant en leurs
biens , priuileges &c eftats) ie m'affeure que non
feulement ils luy rendroyent tous les pays bas raf-
fermis & paifibles, mais aulli en moins d' vn an la
France (diftraide & aliénée pour le iourd'huy de
l'amitié de fon Roy) toute paifible & à fa deuo-
tion.
Et ne faut ia douter que le prince d'Orenge,
& fon frère, ne s'y employaient volontiers, tant
pour le tour que le Roy leur a loué les mçttant en
feefongne fur fa parole,& les laifiant après au dan -
ger, que pour l'enuie qu'ils doiuent auoir de ren-
trer en grâce par quelque bonne occafîon auec
leur prince naturel,& pour le bien & honneur qui
leurreuiendroir d'vne iï belle entreprife. Quant
au roy d'Efpagne , il a oeccafion de fe les réconci-
lier* non feulement pour attraper celle belle ter-
re
.
DIALOGVE I. p9
re qui branfie ; mais aufli pour raffermir & affeu-
rer fon eftat de Flandres > qui autrement eiten
voye d'eftre perdu , pour la bonne conduire de ce
vieil refueur le duc d' Albe. Que fi le roy d'Efpa-
gne ne fe veut feruir en ceft affaire du prince aO-
renge>aimant mieux perdre tout aplat fon eftat de
Flandres5que de le cont'eruer par fen moyen, & en
acquérir vn autre : cela s'appelle fe courroucer
contre fes morceaux. Mais quoy qu'il en foi", s'il
aime mieux y employer moniteur deSauoye, en
luv laiflanr pour fon partage,le Lyonois«Dauphi-
né & Pi 'ouence.1 contigus à fon eitat : \t ne doute
pas que ce Pnnce,qui aoccafion defe reffenrirdes
toits que la France à fait à fon feu père & à luy-
aaçfmeSjluy qui eft guerrier & fage.ôc qui a la ré-
putation dç garder inuiolablement la foy àfesfu-
iets Huguenots^n'acquiere facilement & en peu de
temps , lïnon tout , au moins la plus grande partie
de France: Surquoy (pour les difficultez & mef-
feances procédantes ; 'alliances & afïinitez que
quelques vns pourroyent alléguer , pour defgui-
fer le mal qui eft à la porte) ie diray que les grands
n'ont point accouftumé de pardonner à loix d'à-
mitië, d'affinité, ou d'autre confédération quel-
ques anciencs qu'elles foyent^quand il eft queftion
d'amplifier & deftendre leur Empire : ains plan-
tent toufiours les limites de leur terre , là où la
poincte de leur efpee peut arriuer.
Au demeurant , quant au roy d Efpagne , il n'a
pas faute de piifcs fuffifantes fur le Roy. Pour a-
uoir fuborné les villes de fon obeiffàcc au pays bas
voulu fubuertir fes eflats par pratiquesientretcmi
G ij
iôo DIALOGVE I.
fes rebelles en fa cour,gratifié& honoré en tour-
tes fortes.-Auoir communique auec le comte Lu-
dou cplufieurs fois>&approuué fes entreprifes,
auec grande attention,contentement & promef-
fes.Luy auoir baillé aide de les fuiets, & permis
d'entier grande troupe d'iceux es pays bas, mar-
chas à enfeigne dcfployee par le royaumcde Frï
ce.Fait faire plufïeurs voyages à fainâ; Remy > &
autres,qu'il enuoyoit vers le ducd'Albe,pour Ta
mufer & tromper,cependât que le Roy donnoit
moyen à l'exécution des entreprifes:& mefmes
en pratiquoir vne fur Arras,par le moyen du pe-
tit R'çf;.ige, qui cft mort à Paris,luy eftant venu
dire qu'il enuoyaftgens,& qu'il eftoit temps, &
qu'il ne doutaft nullement du moyen de la pren-
dre« Pou r auoir donne feur accez en Ces haurcs
#ux Pirates, qui ont déprécié fes fuiets.Comman-
dè à ceux de la Rochelle dadminiftrer viures aux
maires du prince d'Orenge,& librement les laif-
fer defeharger leurs prifes, & les vendre- Permis
au veu & feeu de tout le m : nde,qùe les Capitai-
nes de marine dudi6t Prince,fifTent leurs equip-
pages de François, tant de mariniers que foldats.
Pour auoir fait des menées & pratiques fur la Fra
che-comté. Auoir enuoyé le capitaine Mingue-
tiere,recognoiltre les defeentes du Perou,auec na
uiredefguifeen marchandife, plein toutefois de
foldats,quifut prins à ia Spagnole. Auoir voulu
traiter la paix des Vénitiens auecleTurc,pour
fiire tomber toute la guerre fur l'Efpagnol : Et
pour auoir depuis la mort mefmede l'Amiral,
|>ran<|uépar letres & meflages le prince d'Oren-
gc,
DIALOGVEI. 101
gc, chaudement & à bon cfcienr: & plufîeurs au-
cres,qu'il feroit long à déduire. Voila quant au
roy d Efpagne.
Maintenant la royne d'Angleterre>l.tquelle tiét
lamefme religion en fon royaume, qu«ks Hu-
guenots de France:quia tant de prifès nouuclles
fur le Roy (afin que ie taife les prifes anciennes >
qiiela ligue d'entre elle & le Roy auoitafïcpies,
comme cefte tuerie les peut auoir refueillees) la-
quelle peut bien cegnoiftre auiourd'huy, que ce-
lle ligue ne fefit,que pour esblouir les yeux àfAw
miraU&aux autres Huguenots delà Francc,afin
qu'ils fe laiffafséc mieux prêdre à la pipee.Laqu el-
lecognoift maintenant, comme c'eftqiele Roy
feait garder fa foy promife. Laquelle f ait que
deux eftats voifins ayans quelque côti epoids fvrt
auec l'autre,nepeuuent aucir amitié ne ligue en-
femblc autre, que celle que la neceffitéoû la for*
ce y entretient : & que l'vne ou l'autre y defaillat*
ilnefaut pas quelle s'attende aux ptomefles de
fon voifin.Elle quifeait bien5que le Roy detrnn-
doit les Myllords fes plus fpeciaux confeillcrs*
de les feftoyer ) comme vous pouuez penfer) en
fa cour. Laquelle doit auoir cognu,que tout ainfi
que par lesnopees delà fœuren France, aufli par
cellcsdu frère en Angleterre ( s'il y euft peu par-
uenir)on fe fuft efforcé d'y mettre bas le parti de
la Religion ,& parconfequentfcm Royaumcen
ruine. Q£i feait bien que le Roy a tenu 8c tient
journellement la main à la roy ne d'Efcoffe fa bel»
le fœur,non feulement pour la faire euader. mais
polîible pour plus haut delfcin & affaire. Quç |ç
G iij
\o% DIALOGVH I.
Roy a voulu & tafché , comme il tafche encores
faire enleuer en France !e périt royd'Efcofle,pour
mettre vn iour à venir toute la grandcBretagne en
vn acceifjire dangereux: & qu'il entretiét la guer-
re par forces & par menées le plus qu'il peut en
Efcofle. Elle qui eft bien aduertie dVnc entrepnfe
faite n'a gueres par le commandement du Roy, fur
llfle de Gerfây, pour y furprédre & tuer ceux qui
y eftoyent réfugiez fous fa prote&ion.Cefte Prin-
cefîe,à laquelle fans doute tous ies Huguenots re~
gardent attentiuement,luy adrefla ns leurs prières
& vœus.le fcay fort bien que toutes les fois qu'el-
le voudra,il luy fera fort aifc(y employant vn des
MyllordsqueleRoy demandoit, on autre tel des
grands de ton Royaume qu'elle voudra choifir) de
fe faire maiftr fie de la terre, dot elle ne porte que
le nom & ies armes. Quant aux Princes & Eftats
de 1 Empire,ne doutez pas s ils veulent(comme ils
douent) qu'ils ne puiflent recouurer maintenant
les terres de Vfets,Verdun,& Thou,quele Roy a
vfarpé fa rrEmpire:&.>uecce5pafler outre pour fe
rébourfer des defpés que l'Empereur Charles leur
fit faire deuât Mets, 8c de ceux qu'ils feront au re-
couurement de ces terres. A voftre auisJ'Elefteur
Palatin entre autres Princes de la Gcrmanicn'a-il
pasoccaiîô de fe rciTentir de cequeleRov tafehoit
d'attirer en fa cour le duc Ciiriftofle,& d'ëdormir
leducIeanCafimir,pardes pëfios qu'il luy offroit,
pédât qu'il fiifoit fô appreftponr perdre cous ceux
de lareligiô: & particuliereméil Amiral, quel E-
leâeur aimoit Singulièrement ? lediray cela , que
quad ce Prince feuïfe voudra efaertuer & rcfTentir
de
DIALOGVE I. icj
Je l'outrage fait à l'Amiral & aux autres Hugue-
nots 5 & qu'il y voudra employer feulemét le côte
de\fâsfeld(auque!,&àfesReiftremaiftreseftdeuc
grade fôme de deniers par le Roy)le faifât auec v-
ne médiocre armée ( fous couleur d'aller quérir
leur argéOenrrer vn peu auât enFrâce(côme la cho-
fe luy eft aifee)on ne vit iamais telle cofufiô qu'il y
auroif.tout le mode crieroit le haro &au meurtre,
cotre ceux qui fôteaufede ces maux.Voila quant
aux princes eftrâgers, lefquels me féblét auoir vn
beau fuiec d'étrer en Frâce.Mais ce queiapperçoy
au dedâs,tft ce qui me trouble le plus. le ne doute
point que la maifon de Môrmorëcy,leurs paressa*
mis,aliiez3& partizâs,qui fe fêter vilainemét inter
effezen la mort de rAmiral,& de plufïeurs autres
feigneurs &gerilshômes qui leur appartenoyét de
fâg,d'alliâ:e,ou d'amitiéme tafchët de fe véger en
vne façon ou en l'autre, du Roy, de fa mere,de fon
frere,de ceux delà maifon deGuyfe, & des autres
côfeillers, qui ont drefle Se fait exécuter cefte tra-
gédie en la Frâce:ou s'ils ne le fôt,ils fôt les plus la-
dres , les plus couards , & les plus defloyaux à leur
fag(afin que ie ne parle de leur patrie)que gétilshô-
mes furet onques.De moins ne peu-/ ét-ils faire,quc
de fc ioindre eux & leurs partizâs,au premier Prin-
ce eftrâgcr qui bradera pour entrer en France: auflî
bie fcauët-ils que c'eflfaic d'eux, & de leur maifon
à iimais , celle de Guy fe ne la lairra ia debout : le
Roy mefmesàceque i'ay entendu,parlât ces iours
paflez à fa racre, a bien feeudire, que par le corps,
Dieu il n'a rie Édt^il na les quatre fils Ay mô5parlât
des 4. frères de Montmorëcy . Ils ont beau fe tenic
G iiij
xo4 DIALOGVE L
efcar tez, Tvn en Lan guedoc, l'autre à l'ifle- A Jara,
l'autre çà> l'autre là, Ton a beau faire femblant de
n'auoir fouci quedelacha(fe& delà vollerie: les
voyages qu'il a faits en cour,ny tout le vifage qu'il
y reçoit y eftant,nelc garantiront non plus que
l'Amiral: 8c s'il fe fouuient de l'aduis qu'il donna
i
au comte d'Aiguemont allant en Efpagnc, &de
la faute qu'il fit à ne le croire, il ne s'y fiera, L'au-
treabeau s'employer àeequ'on luv commande,
& les autres ont beau contrefaire les fats & les mi-
touards: le Roy ne croira iamais qu'ils puiiïent
oublier Tiniure qui aeftéfaiee à leur maifon.-fon
çonfeileft trop fin & rufé, pour fe biffer perfua-
der vne fi grande afnene.
LanrùfondeGuyfe, maintenant qu'elle fe voit
depeftree de ceux qui s'oppofoyent à (agrandeur,
& lefquels feuls pouuoyent empefeher fes def-
feins , r/avan plus que ceux-cy de Montmoren-
cy à tuer, pour pouuoir dire , Tout le refte m'ai-
me: à vcftre aduis s'elle fe feaura bien venger des
traieh,qu-? la nuifon de Montmorency luy a faits:
de ce beau liure des marchands de Paris , que le
marefchal de Montmorency fit faire à la Planche
contre leur maifon: de la peur & honte qu'il fit re-
Ceuoir au cardinal de Lorraine à fou entreedans
Paris, dont la chanfon de fy fyaprins (on origi-
ne.E- ie m'alfeure s'il ne gaigne le deuan t, qu'il fe-
ra accommode comme les autres.
Au refte, à quoy tient-il que ceux de Lorraine
(qu'on feait bien eftre defeendus de Charlema-
gne, & priiez de la couronne de France) ne la re-
ç omirent roaintenant ? 11 ne tient ia qu'à vne ha-
bilite
D I A L O G V E L to$
bilitëdemain : Que s'ils y veulent aller àforcç
ouuene) mais qu'il n'en defplai e au Royjmef-
fieurs de Lorraine mettront deux fois plus de gés
en campagne,qu'iln'en feauroit mettre. Ils ont
plus d'amis, & plus de villes partizantes qu'il n'a.
Et tenez-vous pour tout afiTeurcz, qu'à tout eue-
nement, fila couronne de Frances en va perdre*
ou changer de maiftre> ils l'aimeront mieux fur
leur tefte,que fur celle d\n Prince eftrâger. Pour
ma part, ayant veu le peu de feureté qu'il y a fous
le règne d'àprefent5ieJ'aimeroy' beaucoup mieu*
(puis qu'il faut que iele die)en la maifonde Lor-
raine,quelà cùelleeft. Et diray vne chofe,que le
Huguenot (defpitépour iamais, & defgoutêett
toutes fortes de la maifon de Valois ) feroit bien
aife, voire s'employeroit à mon aduis)à ce que la,
maifon de Lorraine recouuraft ce qui leur appar-
tientrs'afTeurant bien qu'elle lairroit la confeien-
ce du Huguenot libre & l'exercice de fa religion*
& lny garderoit la foy qui luy auroit eftê promi-
fe:fe fouuenant du malheur que ladefloyautê au-
roit apporté à fonmaiftre. Défia ont-ils donné
quelque occafion aux Huguenots, de croire qu'ils
ne leur font pas fi afpres comme on crioit. Ils en
ont fauuè,commeadit l'Hiftoriographe, beau-
coup,& en fauuent fecretement tous les iours.
Au fefte, ils ont fait porter la marote au Roy
(fivous yauez prins garde) de toute cefte tuerie*
tant pour n'en auoir le blafme, que pour moyen-
ner que la furie des petits ou desgrans s'efleuant,
elle (e defehargefur celuy quife vante de l'aueir
fiiit faire. Us fe font bien gardez, d'en vouloir pr6*
v>6 DIALOGVE L
dre le faix fur eux.
Mais voyons le traict qu'a faifl Monfieur frè-
re du Roy, & la Royne fa merc, en cefte tragédie
de Paris. Le famedi au foir,deuant le Dimanche
du mafTacrc,ils vindret tous deux trQiiuer le Roy:
lis luy remonftrent , ils le prient qu'il hifte l'exé-
cution de leur entreprife: ils fcauoycnc bien q;ie
ficefteoccaiîon fe perdoit,qa' ils ne larecouure-
royent iamais telle, comme ils l'auoyent lors fur
les Huguenots: qu'ils les tenoyent tous dans le fi-
lé qu'il leur auoit promis: que le moyen que ils a-
uoyent tant de fois tenté (mais en vainMeles ex-
terminer,eftoit tout preft & prefent: quil ne fal-
loit donc plus fonger , qu'il eftoit temps de s'en
refoudre: que leroy d'Epagne fCi les affaires du
prince d'Orenge alloyent mal, comme ils fem-
bloyent décliner depuis la route de Genlis) feau-
roit bien tout à temps fe venger fur la France, du
mal qu'il auoit receu par fon moyen & fupport
enfes eftatsdu pays bas. Partant le fupplioycnt
qu'il y fift mettre la main à bon efeient & foudai-
nement,dés cefoir la fans plus tarder : qu'ils a-
uoyent donné ordre auec le duc deGuyfe, fe duc
d'Aumale,Ie duc deNeuers,& le comte de Rers,
que toutes chofes fuflfent preftes & difpofces.
Que (île Roy vouloic retarder plus longuement
f exécution , la Royne fa mère le prioit auec lar-
mes,& fon frère fort aflfe&ueufement de leur dô-
ner congé , en recompenfe des feruices qu'ils luy
auoyent faits: qu'ils eftoyent refolus de fe retirer
hors de France, & de s'en aller en part où ils n'en
ouyflent iamais parler.
Par
DIALOGVE I. 107
Parcefte chaude alarme, ils cfmcurent fi bien
le Roy qu'il fut contraint de s'accorder qu'on e-
xecutaft dés la nuid: mefmes, ce qu'il auoit defi-
gnê de différer encore: pour voir cependant le
train que prédroit fon efperance de Flandres, par-
le fermée que les Huguenots luy feroyent en ce
pays- là. le vouslaiiïc àpenfer, quel trai& la mère
fit en cela pour fon fils bien aimé, contre le bien
de celuy qui pieça l'auoit defpitee,& qu'elle n'ai-
me que bien peu dés quelque temps. En luifai-
fant pratiquer vne des leçons de Machiauelii, qui
eft de ne garder aucune foi,qa'autat qu'on la cui-
dera tourner à fon aduamage, elle lui a fait ron>
pre l'autre (que Denysde Sicile entendoit mi-
eux) entretenant près de foi le pius n efchant hô-
rr e du monde, fur quile peuple voulat recouurer
fa liberté, peutt vomir toute fa cholere. Et par
mefme moyen la mère ayant attiré Tire de Dieu
&des hommes fur l'aifné defesenfans , elle a ar-
mé lem'aifné d'vne grande & puiflante armée,
qui lui cR venue entre mains, comme lieutenant
gênerai, fous couleur de voulcirrafer les Hugue-
nots de deffus la terre. A voftreaduis,eft-i! main-
tenant à chenal? a-il beau moyen d'accomplir (es
deffeins Jui qui de fi long temps abboye à la cou-
ronne?
iv'/^f/.Ien'anoy'pas entendu cetraitf:Il efl vray
que iefcauoy'bien,que Mon ficur auoit belle cn-
uicd'efircRoijde quelque Royaume que ccfnft:
& que le Roi & fa mère, pour le conterter a-
yans perdu 1* efperance du mariage & év Royau-
me d'Anglctcrrcauoycnt depefchc en I oloignç
io« DIÀLOGVBI.
pour tafchcr de le marier auec la Reginelle fceirc
du roy dePoloigne>toute vieille qu'elle eftoit,e-
ftimans que ce feroit vn bon moyen pour le faire
parueniràce Royaume là après la mort de Sigil-
mondlors regnant.ranois bien feeu auffi qu'a-
près ceftedefpefche,le Roy & la Roy ne ayanse-
ftëaduertis que le roy Sigifoiondeftoit mort fur
ces entrefaites, auoyent enuoye en ambaiïade
Monluc euefque de Valence par deuers les Polo-
noisauec des bien belles mémoires & charge bié
art) pie de richement métir de beaucoup promet-
tre,& derien tenir.poureflayerpar ceit artifice,
de faire eflireM nfieur àce beau Royaume vac
«juât. Maintenant tant plusiepenfea ce ftratage
me que tu m'as recitë,tât plus le le trouue remar-
quable & digne d'eftre logëenfon rengau liure
de mes mémoires. Mais iem'affeurcbié file Roy
y aduife depres>qu'ilempefcherabienle deflein
de l'autre.
Lepo'.Tout suffi bien comme l'autre fe peut gar-
der d'eftre attrapê,anticipant fon compagon^par
Vn gaillard contrantidote. ■
Llhtji. A bon charbon rat.
LepoL Or ie veux laifler ces grands iouer leurs
tours,comme mieux ils l'entendent: & acheuant
mondifeoursdireen vn mot,ce que ie penfe de
la portée des petits. le fais trefaffeuré que quand
tous les autres fe tairoy enr,les vrais Catholiques
François & quelque nouueau Bcdiîle,queles Hi-
ftoriensnous recitent auoir iadis tué Chikkric
sroy de Frace>ainfi qu'il reuenoit de la chafle,pôu*
ce qu'il l'auoit fait fouetter publiquement atta-
che
DIALOGVEI. 10$
ché à vn pal : & qui tua aufiiXoutrê de mefme def-
pit ) Vlcide la Royne enceinte, font bien gens
pour dôner efcheK-& mat à la maifon de Valois,
s'ils entrent vn coup en furie.
AU. Tu m as remis à la mémoire ce que Ron-
fart en fort bons termes, & fans en rien diflimu-
1er, a mis en efcrit de Bodille dans fa Franciade*
remife en lumière depuis le mafiacre de Paris,
quand en parlant de trois Rois freres,il dit toutà
propos*
Trois fait-neants,gro{fes mafles de terre,
Ny bons en paix,ny bons en temps de guerre*
Lamaudifïbn du peuple defpité:
L'vn pour fouiller fon corps d'oifiuetè,
Pour n'aller point au çonfeil,ny pour faire
Chofe qui foit au Prince neceffaire:
Pour ne donner audience à chacun,
Pour n'auoir foin de foy ny du commun,
Tourne voir point ny palais ny iuftices.
Mais pour rouiller fa vie entre les vices;
Traiftreà fon peuple,& à foy defloyal,
Sans plus monter en fon throne royal.
& peu après,
De fes fuiets comme peftehay,
A contre-cœur desfeigneursob, y:
Chaud de cholcre,& d'ardeur inutile,
Fera fouetter le Cheualier Bodille
En lieu public,lic contre vn pofteau,
Tout defehiré de veines & de peau.-
Bodille plein d'vn valeureux courage,
Toufiourspenfifen fi vilain outrage,
Ne remafehant que vengeance en (on coeur
îio DIALOGVE I.
Lairra couler quelque temps en longueur:
Puis fi defpit,la fareiirlefpoinçonne>
Que fans refpeftdefceptre 04 de couronne
Tout allumé de honte & de courroux,
Ge Roy pewi face occira de cent coups.
Luy de fon prince ayant la dextre teincte.
Près le Roy mort tuera la Rovne encemdc
Dvn mefmecoup (tant fon fiel feca grand)
Perdant le pere,& la mère & f enfant
Qui fe cachoit dedans le venare encore.
Etfuyuarnment adreflantfon langage au plus
ieune frere,que Ion dit n'auoir rienfeeu de ces
defleinsfanguinairesjpour le contenir en office,
il dit,
Seigneur Troy en Je Prince ne s'honore
De ielonnie,U faut que lafierté
Soit au lions:aux Rois foit la bonté,
Comme mieux nez, & qui ont la nature
Plus près de Dieu que toute créature.
Et reprenant la deferipti oncle ce Roy, il ad-
ioufte,
Ce Roy doit eftre abufe par flateurs^
Pefte des rois,courtizans &c menteurs:
Qui des plus grans atlîegeans les oreilles
Fondes difcrets,& leur content merueiles.
& peu après,
Le plus fouuentles Princes s'abeftiffent
De deux ou trôis,que mignons ils choifiiTent:-
Vrais ignorans,qui font les fuffifans,
Qui ne feroyent entre les artizans
Dignes d:honueur,grofles lames ferrçes,
Du pçuplç (Impie à grand tort hanorees:
. Qui
DIALOGVEI. m
Q^i viuent gras des impofts & des maux,
Qu.elcs Rois font à leurs poures vaffaux:
Tant la faueur qui les fautes efface*
Fait que le fot pour habile homme pafle
Quelle fureurlqu'vn Roy père commua
Doiue chaflcr tous les autres pour vn,
Ou deux ou trois!& blefîer par audace
Vn mafle cœur iflù de noble race,
Sans regarder fi le fiateur dit vray !
Ce Childericdoitcognoiftreà leflay
Le mal qui vient de croire à ftaterie,
Perdant d'yn coup & vie & feigueurie.
LepoLK ce que ie voy,vrayemét, Ronfard trionvV
phe de dire,& touche demerucilieux poin£h. le
n'euffe iamais penfé,qu'il euft ofe mettre ces cho-
fes fi clairement en auant du viuant de ce Roy,
quoy qu'il les couche fous d'autres noms feinds.
Phi/.Or confereje te prie,maintenant ce que nous
auons veu,auec ce difeours.
Mu Certes c efl vn pietux eftat,ie ne fcay qu eft
dire.
Zf^/.Commenteft-ilpoflîbleque Ronfard ai{
publié cela?
j4li.ll en dit bien d'auantage : Il défait bien en-
cores plus particulièrement ce Roy & fon re-
gne>fous le nom de Chilperic : l'impudicité de
la courtes meurtres,l'eftoille nouuelle qui appa-
roift,& autres fignes:Fobftination du Roy,iufqu a
prédire qu'il eftouffera fa femme pour efpoufer
fa putain.
Le po/.He ie te prie>fi tu te fouuiens de ce qu'il eti
4it,recite-le moy.
ii% DIALOGVÉ L
jili.le n'ay pas recenu le tout : mais voicy ce que
l'en fcay.
C'cft Childcric indigne d'eftre Roy,
Mange-fuict,tout rouillé dauarice,
Cruel tyran, feruiteur de tout vice:
Lequel d'impofts fon peuple deftruira,
Ses citoyens en exil bannira.
Affamé d'or,& par armes contraires',
Voudra rauir la terre de Ces frères.
Naim nt perfonne,& deperfonne aimé,
Qui de pucains vn ferrail diffamé,
Fera mener Cfi quelque part qu'il aille:
Soit temps de paix,ou foit temps de bataille,
En voluptez confumeraleiour,
Et n'aura Dieu que le ventre & l'amour,
Du peuple fien n'entendra les complaintes*
Toutes vertus,toutes couftumes fain&es
Des vieux Gaulois, fuyront deuantee Roy:.
Grand ennemi des pafteurs de fa loy.
Les eteoliersnauront lesbenefices,
Les gens de bien les honneurs des offices*
Tout fe fera par flateurs eshontez,
Et les vertus feront les voluptez.
Iamais d'enhaut lapuiflancecelefte,
Ne monftra tant fon ire manifefte,
Et iamais Dieu le grand Père de tous
Ne monftra tant aux hommes Ton courroux;;
Signes defang>de meutrcs,& cfe guerre,
Detouscoftez vn tremblement de terre
(Horrible peur des hommes agitez)
De fonds en comble abbatra les citez,
Iamais ks feus la terre ne creuerehc
S*
DIA-LOGVE t fe|
En plusdelieux,iamaisne s'efleuerent
Plus long cheueux de Comètes aux deux;
Iamais le vent(efprit audacieux)
Enfracailànt & forefts & montagnes,
Ne fit tel bruit.le ballay des campagnes,
Les pains couppez3defangfe rougiront,
En plein hy uer les arbres fleuriront:
Et toutefois par ces menaces hautes,
Cemefchant Koy n'amendera fes fautes^
Mais tout fuperbe,cn vices endurcy,
Contre le ciel efleuant le fourcy
Au cœur bruflç d'infâme paillardifo
EftoufFcra contre fa foy promife,
En honnifl'ant le fzwct lia nuptial?
Sa propre efpoufe,efpoux tresdefloyal,
Ioincle àfon flanelle baifant enfon lict^
Seure en fes bras,i'eilranglera de nuict.
Crue! tyran! aquideffus latefte
L'ire de Dieu pend défia toute prefte,
Puis en parlant de ie ne fcay quel CIotaire,&
de la vengeance qu'il fera de la Royne-mere,
qu'il entend fous le nom de Brunehf>ut, il adio«--
ipves«
Sageguerrier viftoricux & fort g
Qui pour l'honneur mciprifera la mort,
DcBrunehaut princefle miferablc
Fera punir le vice abominable,
Luy attachant à la queue dvn cheuai
Bras& chcueuxrpuisà mont cVi/W
Par les rochers>par les ronces tirce,
Lu cent morceaux la rendra defehiree:
ii qu'en tous lieux fes membres diffamez,
H
ir4 DIALOGVE ï.
Seront aux loups pour carnages femez.
& peu après,
LesLeftrigons>les Cyclopes,qui n ont
Qu'vn œil au front,en leurs rochers ne font
Si cruels qu elle,à toute pefte nce:
Qui en filant menée fur menée,
Guerre fur guerre3& débats fur débats,
Fera mourir la France par combats:
Mais à la fin fous les mains de Clotairc
Doit de fes maux reccuoir le falaire.
Z*p0/.MonDieu,qu'cft-celà? qui vit iamais def-
crire mieux les chofes defTous noms conuerts*
He que ces Poètes font grands ouuriers! il y en a
mille & mille qui liront cela fans rentendre,& ce*
pendant on n'en feauroit dire dauantage en peu
de mots.
A/#.Le bon.eft,que Iamyn qui a fait les argumens
delaFranciadedeRonfar l3& qui cognoift bien
lefenscachêfouslefcorce,& l'intention de l'Au-
teur,l'a efclarcy en l'argument du 4. liure ,'quand
en pariant de l'erreur Py thagorique , touchant la
tranfmigrationdesamesjil dit que Ronfard fe-
fert exprès de ceftefauffe opinion, afin que cela
luy foit comme vn chemin & argument plus fa-
ciïe, pour faire venir les efprits des vieux Rois en
nouueaux eorpsxar fans telle inuention,il euft
fallu fe monftrerpluftoft Hiftoriographe, que
Poëte.
LepoK Voila qui va bien. Mais fi ieroy'-ie bien
marri que la prophétie de Ronfard aduint tou-
chant cette poure Princeffe la Roy ne régnante,
quelle fuft eftoufee par {on mari : quant à Brune-
haut^
DIALOGVE I. tiS
haut,il ne me chaut quoy qu'il lui puifleaduenir.
Que pleuft à Dieu qu'elle ne fuft iamais Yenue en
France 3 nous ne ferions pas es peines où nous
Tommes. Mais ie te prie,confidere vn peu quel ar-
gument Ronfard baille à tous François quand il
mon tire l'en trepnfe exécutée par Bodille, contre
le Roy Childericjfa femme,& fon enfant,pour a-
uoir eftè feulement fouette. A ton aduis,neft-ce
pas autât que s'il difoit,en argumentât du moin-
dre au plus grand: Vous tous qui auez eftè en dix
mille fortes plus inhumainemét traidez queBo-
dilie,en vos perfonnes, honneurs & biens5 de vo&
femmes & enfans: Vous,defquels les plus pro-
ches parens,ailicz5amis & voilins ont .eftè meur-
tris & violez,contre toutdroi£t,contrela foy pu-
blique : s'il y a quelque cœur mafle iffu de noble
race, s'il y a quelque generofité de refte entre
vous,que ne la monftrez vous à cefte fois contre
ce traiftreafonpeuple,&: a foy deiloyah cotre ce
mange- fuied, cruel tyran, affamé d'or, n'aimant
perfonner ce mefehant Roy ^en vices endurcy (car
voila voue partie des titres* qu'il luy baille) Ne vo-
yez-vous pas fes Qeportemcs>ceux de fa mere,de
fon frère, de fe$ autres conftillers que ie vien dç
deferire: attendez- vous à voir d'auantagedefi-
gnesdu ciel? ou plus de tefmoinsenlaterrede
fon infâme defloyauté? comme s'il difoit , Vous
nefçauriez. AiTeure-toy Alithie, que Ronfard
cft mcrueilleufement fubtii, il içait bien pinfet
fans rire. .
jilu Ouy pour le feur: Queie feroy' aile qu'en
entendift bien fon difeours , pour eftreefmeus
H ii
M DIALOGVE I.
chacun en fon deuoir. Mais ie ne voudroy* pas
que le tyran fceuii qu'il euft efcrit quelque chofc
de luy,fous que que efcorce que ce foit:fans dou-
te il le hroir mourir, ou pour lcmoinsillen fe-
roit defdirepar force,côme il a fait efcrire à mon-
fîeur de Puybrac par viue crainre,& auec la pro-
meffe dVne abbaye,vneepill:re en Latin à Stani-
flaus Heluidius Polonois, pour donner couleur à
fa trahifon du 24.d'Aouft.
LepoL Tu dis vray J ay veu cefte lettre dont tu
parles, ie ne penfoy' pas que ce fuftPuybrac qui
feuft faiteûl nes'eft osé nommer dehonte lepo-
ure homme. Mon Dieu, que ie le regrette ! il n'a
gueres profite iufqu'à prefent,auectousfes eferits
enuers les Polonoisrtout le monde cognoift def-
ja par trop la trahifon de celuy, a la louange du-
quel il s'efh efforcé d'eferirc. Il ne faut auiour-
d'huy que les traicts que tu m'as recité de Ron-
fard,pour faire deuiner que c'efi,& de qui il par-
le^ fi l'Hiftoriographe met en lumière ce qu'il
en fçaitjcomme il nous le vient de racompter, ce-
la eft trop plus que fuffifant pour mortier a tous
gens de bien, la preudhommie des meurtris, & la
fëionnie des meurtriers.
.Jjbi/tJNe doute pas que ie ne le publie, auec tou-
tes les circôftances des tours qu'ils ont ioué pour
furprendre ces poures gens:les lettres,les menées
plus fecrettes, les larmes feinéfces, les mots cou-
verts : tout fera déduit par le menu. L'arreft du
parlement aulîi quils ont donné contre l'Ami
rai longtemps après fa mort:& celuy contre Bri
quemaut&Cauagnes, le n'en oublieray rien
Dis*
D I AL O G V E I. n7
Dieu aidant.
VegL Que dis-tu de l'arreft contre l'Amiral, &
de celuy contre Briquemaut&Cauagnes?
Ienet'entens pas: y a- il quelque arreft dônêcoft-
tr'eux?
» L'hift N'en feauez vous autre chofe*
ZVg/.Non.
Vhtd. le vous diray. Apres la mort de PAmi-
raL&lemaflacrc fait furies Huguenots dans Pa-
ris le 24-d'Aouft : le 26.enfuy uant le Roy ( com-
me ie vous a y dit)alla au palais de Paris: & làfe-*
ant , aduoua tout le maflàcre auoir eftê fait par
fon aduisB& propre mouuemènt, commandant
que Ion informait de la confpiration qu'il auoit
fait mettre à fus à l'Amiral, auecles tefmoins qui
feroyenttrouuez les plus propres. Ce comman-
dement & arreft fait,la cour de Parlement (après
auoir dit que le Roy auoitbien & vertueufement
fait , en faifant meurtrir les Huguenots) députa
commiflaires, fit informer parmi les tueurs, for-
ma leprocez aumeurtri5& pareillemétàBrique-
maut& à Cauagnes (qui furent faits prifonniers
en ces iours-la de maflacre, & referuez pour fer-
uir de bonne couuerture à quelque folenelle exé-
cution, qu'il leurfembloit deuoir eftre faite par
les voyes de iuftice ordinaires.)Il s'éfuyuit en fin
arreft,parlequel(veues parla chambre ordonnée
parle Roy en temps de vacations,les informa-
tions faites après lamort,interrogatoires,confef-
fions 8c dénégations de quelques prifonniersj ÔC
les autres papiers qu'ils voulurët dire auoir Veus^
iedi& Amiral futdeclaré auoir eftë crimineux de
H iij
uS * D I A L O G V E I.
lefc maiefté,perturbateur& violateur de paix,en-
nemy de repos, tranquillité, & feureté publique:
chef principal, autheur Se conducteur de ladi&e
confpiration, faiâe contre le Roy & fon eftar: Sa
mémoire damnee,ïbn nom fupprimé à perpétui-
té. Et pour réparation defdiéts crimes, ordonné
que le corps dudift Amiral ( û trouucr fe pou-
uoit,finon en figure) feroit prins par l'exécuteur
de la haute iuftice,mené,condui£t & traîné fur v-
neclaye, depuisles prifons de la conciergerie du
Palais,iufques à la place de Greue: Se illec pendu
à vne potence , qui pour ce faire feroit dreflee Se
érigée deuant l'hoftcl de ville, & y demeureroit
pendu l'cfpacede vingt & quatre heures: Et ce
fai&,feroit porté & pendu au gibet de Montfau-
con,au plus haut Se eminentheu. Les enfeignes,
armes,&: armoiries dudi&feu Amiral, trainez à
queues de cheuaux parles rues deParis,& autres
ville5,bourgs & bourgades où elles feroyéttrou-
uees auoirefté mifes à fon honneur, & après rô-
pues Se brifees par l'exécuteur de la h aure luftice,
en figne d'ignominie perpétuelle, en chacun lieu
&carrefoux, ou Ion a accouftumé faire cris &
proclamations publiques. Toutes les armoi-
ries & pourtrai&ures dudicifeu Amiral , foiten
bofle,ou peindure, tableaux, & autres pourtraits
en quelque lieu qu'ils foyent,cafTez, rafez, rom-
pus & lacerez: Enioignant à tous iuges Royaux,
de faire exécuter chacun en fon reflbrt pareille la
ceration d'armoiries*& à tous fes fuiets du reflbrt
de Paris,de n'en garder ou retenir aucunes: Tous
les biens feudaux dudi& feu Amiral mouuans de
h
D I A L O G V E I. ii£
la couronne de France , reunis & incorporez au
domaine d'icelle , & les autres fiefs & biens tant
meubles qu'immeubles , acquis & confifquezau
Roy déclarant les enfans de l'Amiral, ignobles,
vilains^roturiers^nfames^indignes & incapables
detefter,ne tenir eftats,offices, dignitez & biens
en France : lefquels , fi aucuns en ont, ladi&e
chambre declaroit acquis au Roy : Ordonnant
que la maifon feigneuriale& chafteldeChaftil-
lon fur Loin, qui eftoit l'habitation & principal
domicile dudift Coligny, enfemble la baffe cour,
& tout ce qui dépend du principal manoir, ferôt
demolis,rafez,& abbatus, & deffendu de iamais
y baftir, ny édifier: & que les arbres plantez es
enuirons de ladîde maifon & chaftel, pour l'em-
belliflement & décoration d'icelle , feront coup-
pez parle milieu: &en l'aire dudidehafteau, vn
pillier de pierre de taille érige, auquel feroit mi-
fe & appofee vne lame de cuy ure, en laquelle fe-
roit graué &*efcritledi<5fc arreft: &quedorefen-
auant par chacun an le 24. iour d'Aouft, fero-'
yen t faites prières publiques & procédions géné-
rales dans Paris, pour rendre grâces à Dieu de
la punition de la confpiration faite contre le Roy
& fon eftat. Le femblable & pareil arreft ( ex-
cepté quant à cefte dernière claufe, touchant le
demoliflTement de la maifon)fut dôné contreBri-
qu^maut & Cauagces. Si furent lefdiâ s arrefts
prononcez & exécutez le 17. & 29. d'O&obre,
1572. fvn fu r vn famofmeau lieu du corps de l'A-
n\iral(lequel auoit pieçaefté emporte de Motfau-
con,& dépendu par quelques vns qui l'auoy et rc^
H iii>
ut DIALOGVE I.
uerëen fon viuant.)Et fut l'autre arreftexccutë
fiir lesperfonnes propres defdictsBriqucmaut&r
Cauagnes, en la prefencei du Roy qui les voulut
voir mourir.-eux proteftâs du tort qu'on leur fai-
ibit,& en demandant vengeance à Dieu.
JCtgL le puis bien dire maintenant auecDauid,
parlant de la mefehanceté des miniftres de Saula
& de leur iniquité & iniuftice.
Entre vous confeiilers,qui eftes
Liguez& bandez contre moy,
Dites vn peu en bonne foy ,
Eftce iuftice que vous faites?
En/ans d'Adam,vous meflez-vouSj
De faire la raifon à tous?
Ainçois vo&ames defloyalcs
Ne penfent qu'à mefchancetë,
Et ne pefez qu'iniquité,
En vos balances inégales.
Car les mefehans dés qu'ils font nez
Du Seigneur font aliénez.
jiH. Lesiugemensde Dieu font grands: Mais ic
veux bien dire en pafTant ( fans entreraux parti-
culières occafîôs decourroux que tons hommes
donnent à Dieu parleurs pechez,& far tous,ceux
qui feauent la volonté du maiftre &c ne la font,
car cela eftimmenfe)qu'il nefe pounoitfaircqiie
le Seigneur ne fuft merueilleufemcntemeii àire>
de ce que lesHuguenots(corame s'ils enflent per~
<lu toute fouuenance des bien-faits de Dieu, qui
feul les auoitiufqu'àlorsconferuez-.voiretvnt c?e
fois & par miracles tant extraordinaires retirez
d'extrêmes périls ) n auoy ent les yeux ny l'efpe-
rafc:e
DIALOGVE I. ui
rance d'aucun repos ou félicité , que fur le mariage
du roy de Nauarre (comme s'il euft cfté le fauueur
de l'Eglife) ayans bien quelque peu, voire trop lé-
gèrement infifté fur la forme , mais fur la matière
nullement.
Veg!. Il eft certain: Et cefte faute me poife beau-
coup : Mais cependant i'ay tant d'afleurance de la
Joyauté de mon efpoux , qu'il ne biffera d'accom-
plir le contraâ: de noftre alliance: ce qu'il a efte, il
eft, &fèraàiamais.
Alu Il faut tenir cefte refolution , Se s'y confoler:
que Dieu cft tout fage, tout boa , tout puiflant, &
ialoux de fa gloire, & partant qu'il ne veut rien
perdre du fien : & qu'eftant la mefme vérité , il né
defaudra vn feul iota de fa parole , a fçauoir de (es
promeflfes enuers (es enfans, & defes iugemens
enuers fes ennemis,& le temps eft près.
L'egL Mais furquoy eft-ce ie vous prie que ces
mefehans ont pris leur argument pour tcut raua-
ger Se deftruire, qu'elle occafion en auoyent-ils?
car de cefte confpiratiot* qu'ils ont impofee aux
mieux, c eft vne couuerture fi fotte qu'on y voit le
iourautrauers.
Ali9 le ne fâche point qu ils ayent eu autre occa-
fion de ce faire,que celle que Cain eut en tuant A-
bel, celle d'Herode en faifant meurtrir les enfans,
î-c tout pour enfuyure les loix qui eftoyentbiea
au long couchées dans les mémoires qu'on bailla
a l'Amiral deuant les nopees, que pleuftàDIeiï
qu'il les euft creues , &que quelque iour toutle
refte des gen s de bien y prenc garde pour euker à
leurs furprife*.
m D I A L O G V E I.
Le pot. L'hiftoriographe fçait bien les principaux
poin&s fur lefqucls la Royne-mere, qui tient fes
enfansdans la manche, & la France cleflous Ces
pieds , auoit voulu prendre fubieét de fe for-
ger vne haine irréconciliable contre les Hugue-
nots.
Vhifl. Pource qu'il feroit trop long de reciter a
prefent tous les particuliers incidens de cefte ma^
tiere,ie remettra y à les déduire ailleurs ample-
ment: 8c pour cefte heure vous diray , que rien ne
l'a tant piquée contre les Huguenots > que la pu-
blication de fes lettres en pleine diette de Franc-
fort (en laprefence de l'Empereur Ferdinand > &
defon fils à prefent Empereur) Je dy l'or gin al>
eferit & fignë de fa main, par lefquelles elle auoit
fait prendre les armes au prince de Condé aux
premiers troubles > & dont par confequent il e-
ftoit tout apparent > quelle auoit allumé le feu en
France.
Et pour de tant plus légitimer fa vengean-
ce, elles'eft voulu perfuader , qu'autres que les
Huguenots n'auoyent publié fon impudicitc:
Et que la réputation qu'elle auoit d'eftre for-
cicre venoit d'eux , ce qu'elle ne pouuoit fouf-
friir efcouler de fa mémoire : mefmement que
par leurs^ eferits elle cognoiffbit bien , qu'il ne
tiendroit à eux qu'ils ne luy tiraflent le gouuer-
nement & authorité des poings : Quelle co-
gnoiflbit bien auflî , que l'Amiral n'oublieroit
iamais les tours qu elle luy auoit faits , & par-
tant le vray expédient de leur ofter (aux vns ea
gênerai le moyen de luy mal faire , & à l'autre en
par-
D T A L O G V E I. 123
particulier de fe reflentir) c'efloit de tout exter-
miner, par les voyes que nous auons touchées au
commencement de noftre difeours, fe confirmant
en cedeffein par plufieurs autres impreffions, qui
d elle-mefme & d ailleurs luy furuenoyent tous
les iours : mais fur toutes , celle qui eft fucceffiuo
& à fa maifon, & à fa nation , à fçauoir , de hayr
à mort ceux qu'vne fois ils ont ofFenfez 3 & qu'il
ne fe faut reconcilier à vn ennemy 5 que pour le
deftruire.
Ge qui l'irrita auflî bien fort , fut vn tableau de
quatorze feruiteurs fecrets de la Royne , entre
lefquels le Peron tenoit le premier reng peints au
vif aucc elfe. Lequel le Cheualier de h Batte-
refle fuppofa vn iour (ainfi que Ton m'a diét) au
lieu d'vn deflein de fa maifon d^s Tuylcries,
qu'il trouua fur le lift de l'antichambre de la Roy-
ne, & lenleua fubtilement , logeant en fa place
le tableau , lequel toft après fut veu au grand re-
gret de la Dame & détriment de fa bonne renom-
mée.
Le pol. Mais pourquoy eft-ce que laBàtterefle fit
ce tour-là.
Ubift. On m'a di& que ce fut par defpit,& à eau-
fedclaialoufie qu'il auoit conçeu de fe voir pofl>
pofe à tant de vilains , de voir(di-ie) qu'il n'auoit
peu eftre receu en mefme charge auec ces quator-
ze , luy qui comme bon & beau eftalo'n penfoit
Taucir mieux mérite.
Cefte fuppofition de tableau enuenima fort la
Royne contre les Huguenots, quelle cuydoit luy
auoir ioué ce tour.
: . \)
fi4 DIAlOGVE l
Pareillement elle s'eft fort offenfee de certaine
Rithme, parlant des RoynesFredegonde & Bru-
fcehaut,& delezabel& Catherine,& la monftrant
cftre pirequelezabelne futiamais: pour ce qu'el-
le a toufiours creu que ces bons offices luy eftoy ent
faits de la part des Huguenots : le m'en vay te re-
citer les vers,
Si France pure de loix,
Pleine d'équité & droiture,
A fouffert tout à la fois
Ruine & defconfiture
Parla RoyneFredegonde
Maftinant le François mondt
Auecfon Landry infe£t>
Selle a efte' en effed
Foulée par Brunehaut,
ïezabel qui moins ne vaut
Êtfon eftalon Gondy
Qui de plein faulta bondy
Plus haut que nul de nos Princes*,
Pourquoy parmy nos prouinces,
Maintenant qu'il n'y a loy
Ne couftume qui fe garde,
Maintenant qu'il n'y a foy
Ny eftats qui les engarde,
Ne feront-ils de rauage
D'oppreflion & carnage?
Parle qui parler voudra
Tant que ïezabel voudra.
Mais que dy-ie ïezabel,
Tentens dire Catherine
Qui la grand tour de Babel Confia-
DIALOGVE L ##
Confufion & ruine
De la maifon de Valois
A bafty comme tu vois
Aux quatre coings de la France*
Et qui eft mille fois pire,
Ainfï que tu m'orras dire,
Que ne fut onc Iezabel,
Qiul foie vray, le fait eft teL
Sympathie de la vie de Catherine & dôlew*
bel, auec L'antipathie de leu£
mort.
S on demande la conuenanc*
De Catherine & Iezabel,
L Vne ruine d'Ifrael,
L'au tre ruine de la France:
Iezabel maintenoit l'idole
Contraire à la faiqâe parole
L'autre maintient la Papauté
Par trahifon & cruauté:
L'vne eftoit de malice extrême,
L'autre eft la malice mefme:
Par IVne furent maflacrez
Les prohetes à Dieufacrez:
L'autre en a fait mourir cent m$e
De ceux qui fuyuent l'Euangile:
Iezabel pour auoir fon bien
Fit mourir vn homme de bien:
L'autre n'eft encor' aflfouuie
S'elle n'a les biens & la vie:
En fin le iugement fut tel,
tej chiens mangèrent Iezabel»
• -AClJ:
né D I A L O G V E I.
Par vue vengeance diuinc:
La charongne de Catherine,
Sera différente en ce poinâ::
Les chiens mefmes n'en voudront point.
Voila à mon aduis les chofes qui ont ainfi faïc
enrager cefte bonne dame. Erpenfes-tu fi elle ne
fçauoit u vray queRonfardafaicfc les autres vers
qu Alif hie recitoit tantoft d'elle & de Ces enfans,
qu'elle ne creuft que ceft quelque Huguenot q.i
la gallope de la forte, quoy qu'elle donne auec les
liens par trop d'argument aux Papiftcs de crier
aux armes contire eux.
jilt. lelecroy bien Miis encore ne touchez-vous
point à la vraye matière qui l'a réduite à ces fu-
rieufes idées. Tenez pour certain , que ceux qui
vomiflent comme elle , le don ceiefte (à fçauoir la
cognoifTance de Dieu en fon Fils lefus Chrift qui
eft fa parole) & malicieufementfe bandent con- |
treja vérité qu'ils cognoiflent, ne trouuans aucun
lieu de repentance, font tellement abandonnez de
Dieu, qu'ils entrent alfement en cefte rage canine,
qui les fait mordre & deuorer tout ce qu'ils ren-
contrent.
Pbil. Vous m'auez fait fôuuenir d'vn fonnet qui
fut fait pour elle y a enuiron cinq ans, fur ce fub-
ie£t,lequel i'ay retenu par cœur, & ie le vous reci-
teray prefentément:
Lors qu'vn zèle baftard, enfant de l'ignorance
Ton Henry furieux meitoit à pourfuyure
Par feu , fang & tourmens , ceux qui defiroyent
viure
En la crainte de Dieu fous fon obeiflfonçe,
Lors
U
DIALOGVEL 117
Lors d'vne voix commune on bruyoit en laFrancc
Que (du monde caduc ta penfee deliure)
Des mains, des yeux, du cœur, fans ceffeau facrè
liure
Tu recerchoîsde Dieu la vraye cognoifïancc:
Mais ayant fauouré par ton libre vefuage*
L'impérieux honneur,nay de ton mariage,
Il ne faut s'eftonncr (auflî n'eft-il effrange)
Si Ion t'afoudain veu dcfchoir de telle grâce?
Car la truy e a de propre & tien t cela de race>
De retourner au baing de fa première fange.
LcpoU le vous laiflfe à penfer de quel naturel peu-
uent eftre (es enfans,qui font nourris de fon laiét,
& dreffez de fa maï.Et en ceîaremarquezla lourde
faute que firent ceux qui auoyent puiffance d'y
pouruoir après la mort du roy Henry , qui au lieu
de s'en faifir (pour les faire inftituer en toutes ver-
tus)luy en lamcrent le gouuernement,pour en fai-
re des exemplaires de toute defloyaute & exécra-
tion: & pour le comble de tout malheur, elle les *
faits inftrumens de leur ruine , deTeftat&deki
couronne dont elle a receu tant d'honneur.
Fhi. Ceft vne choie eftrange,quc d ouy r les pro-
pos que le Roy tient , &de Tendurciflement que
Dieu a mis en luy : en forte que fi Dieu ne luy re-
tardoit (çs malheureux deffeins,le fang de fon peu-
ple regorgeroit iufques aux fommets des monta-
gnes, fi tant il en pouuoit refpandre.
Ali. Dieupourcertaineftcourroucë,&pour Tap
. paifer,faut s'humilier deuant luy,autremët qu'on
n'a fait par le pafle: & que les difeours & iugemet
kumaiiw ceden: aux fans, fc re/ignant 8c ayanc
1
>•
i±8 DIALOGVE L
recours à fa bonté & prouidence, par prières con*
tinuellcs & ardentes, auec afleurance qu'il a la vo-
lonté & la puiffance de deliurer les fiens quand il
jTera temps.
jOegL O Seigneur, mets ce tyran en la puiflance
d'vnmefchant, qui ne s'eftudie qu'à le tourmen-
ter: Que Satan foit toufiours à fes coftez. Fay que
luy & fes bourreaux confeillers& fatelîites5foyent
pat toute la terre recognus pour tels qu'ils font.
Accourcy leurs iours, &c pouruoy, ô Dieu,en leur
place , de gens qui foy ent félon ton cœur. Que
leurs enfansfoyent orphelins, leurs iemmçsvef-
ues : Les leurs vagabons & errans foyent dechaf-
fez de leurs maifons, cerchans leur pain, fans que
pcrfonnes'auife d'eftendrefa mifericordefureux.
L'vfurier attrape leurs biens , & leftranger leur
fubftance. Leur pofterité foit oftee du'monde , le
nom,dy ie, de ce tyran foit aboli de la terre. Que
l'iniquité de fes pères foit continuellement deuant
toy , & n'efface point les péchez de fa mère : d'au-
tant que ^nt sçn faut qu'ils ayent eu fouuenance
d'aider lepoureen fonaduerfîté, qu'au contraire
ils n'ont tendu qu'à tourmenter les perfonnesop-
preflees , lafTees, chetiues , & angoilîècs, iufques à
leur pourchafler la mort, voire après la mort les
pourfuyure.
Jls ont aimé la mal-encontre,
Fay donc, Seigneur, qu'ils la rencontrent:
La bonne-encontre ils ont haye,
Que d'eux bonne-encontre s enfuye.
Soyent entortillez de tous maux ainfique d'vn
habiUeoient;Mais aide moy monDieu?mon Roy,
&par
DIALOGVE I. 125^
&par ta bôcé fauue moy : Car Seigneurie remets
en toy &c moy & mon affaire, n ayant efperance
qu'en ta bonté, &c attendant ta iuftice fur les per-
uers 8c iniques. Accompli ôc parfay ton œuure,
Seigneur.Mets en veue la preud'hômie des tiens,
afin que leur innocence & bonne vie reluife&ap-
paroiiTe comme tu l'as promis. Que fi(commeil
peuteftre, & toyfeul le cognois Seigneur) il y a
quelques vns de tes enfans méfiez parmi ces def.
loyaux,commenousauons iadis veu Paultô vaiC
feau efleu perfècuter les tiens auant fa conuerfiô:
Abbregeles iours , Seigneur,hafte le téps de leur
vocation,afin que parauentutfè ils ne foyefrt com-
{>rins fous meimes iugemensi', & periffent parmi
es faux vieillards de Sufanne. Sufcite ton Daniel,
Seigneur , pour la iuftification de ta feruante, &?
nous exauce pour l'amour delefus Chrift ton Fils -
noftre Seigneur.
>i/^Adonc tous pleins d'efiouiifance
Tes enfans qu'on a opprelfez,
Voyans defrompus&caifez
Les peruers par iufte vengeance,
Dedans le fang fe baigneront
De ces mefchans,& puis diront:
L'innocent ne perd point la peine,
C'eft vn poindt du tout arrefté,
Quoy que le iufte ait enduré,
C'eft vnechofe bien certaine
Qu'il eft vn Dieu,qui iuge îcy,
Les bons & les mauuais auffi,
Jban. le fuis innocét de ce fang refpandu : Et pour
d^-e ce qu'il me femble d'vne telle peifidie 3c
i» ) ,
i?o DIALOGVE L
cruauté & d'vn fi peruers iugemenc : Apres auoit
veu pieça ( eôme aufli tout le monde a peu von)
iaconféflion defoy de ces vieux Luthériens Frâ-
cois qui aimoyent mieux endurer tous tourmens
que de rie quitter de la cognoiiïance que le fain6fc
Efprit leur auoit donné,de Dieu le Père en noftre
Seigneur Ieius Chrift, laquelle ils recognoilfent
eftre le fouuerain bien de l'homme, le falut éter-
nel , Tans lequel la condition des hommes fèroit
plus miferable que celle des belles brutes : Et a-
uoir veu que nul ne leur pouuoit arracher celle e-
Iperance^Que nulle tribulation5angoiire,perfecu-
tton,faim,nudité,coufteau, ny feu, ne les pouuoit
feparer de l'amour de Chrift , quoy qu'ils fullent
pour celle feule occadoh tous les iour tuez , re-
putez comme brebis de la boucherie, voire fans
comparaifon plus rudement traitez -.eftans iour-
îiellement bruslez tous vifs à petit feu, & leurs lâ-
gues couppees , pour les garder de donner gloire
à Dieudeuât le peuple , eftans en tout & par tout
pour le dire en vn mot,maftinez en leur honneur,
vie & biens , comme les plus deteftables héréti-
ques qui furent onques , & déclarez criminels de
leze maiefté diuine & humaine, ainfi que plus à
plein appert tant par les procès, procédures & ar~
refts fur ce faits,referuez iufques à maintenât rie-
te les greffes des Parlemens,& àes autres iuges de
la France , que par les acles 8c confelîion de foy
d*vn grand nombre d'eux rédigez par eicritc sil-
ures des martyrs & tefmoins de la vérité.
Atioir veuauffi que pour vn de ces Luthériens
tsja'on brasiak,Ytt grand nombre d'hQmuies,fem«
mes
DIALOGVEI. iji
nies & enfans garnis de meime fby & efperance*
en eftoit fufeice îournellement: tellement que les
cendres de leurs corps brusiez Scieur fang reïpan*
du,fembloit ieruir à veue d'oeil de iemence à TE-
gliie : Et cjue nonobltant cela, on ne laiifoit pas
de touiiours brasier iniques à s'en prendre a la
Sain&e Efcriture^ au vieil 6c nouueau Teuament,
qu'on n'auoit pas honte de brusler s'il eltoit trou-
ué eferit en langage que le peuple peuit entédre,
penfans arracher par ce moyen a aucuns d'eux les
armes du poing^le bouclier de leur foy ôde heau-
me de leur lalut : & aux autres ? en çmpeicher di*
tout la cognoilfance.
Veu pareillement la confeflion de leur foy,
que le prince de Condé ayant compaflîoîi d'eux,
pour les tourméns qu'on leur donnoit ik les blaC
mes qu'on leur meteoit à lus , voulut prefenter en
elerit au Roy François lecond à Amboyfe,afin
qu'elle fuit examinée de gensdo&es parlaiain-
<âeEfcriture3&: que la rigueur des feux qu'on allu
moit iournellementcontr'euxfuitmoderee &fai-
te cefler. .
Veuaufîi la confeflion dé foy que. les Hugues
nots prefenterent au Roy Charles 9. au colloque
de Poilly , laquelle fut dilputee & maintenue pur
bliquement par lesminiitres dufain£t£uangile,
contre les Cardinaux>Eueiques,& Doûeurs de la
Papauté,en laprefence dudid Charles ,8c fa me^
re,fes treres,des Piinces & Seigneurs de fon con-
feil,laquelle fut traduite &: imprimée en pluneurs
lagues,&r qui ett entre les mains de tous ceux qui
la veulent voir , conforme on tout & par toutV
I *
S
la *pasaale de Dieu , conte*m«e au TÏeil & xkoaueaa
Teâament^'&^Q fymboîe des Âpoflres,
Âooârwa auïfi T£(3ïâ:faittoftapï€scecollo-
qœe dePoïïïy au mois de ïanuier en lan rçfiLpar
Oiaiîes?du confeil dc£nnere ? de tous les Princes
^Seigneurs de fon confeil,& d? vn grand nombre
deFrefidents & Confeillers de toute la France,
<qeapour.ee furent aifembler: par lequel Edi&les
ftEX&:recerdkes cotre ces poures gens furet cet
ièzçïeux conscience delailfee en liberté ( félon la
coriFefEondeïeoxfby) à eux permis de faire prei-
ciier ÏEuangiîe Scadniiniîirer les Sacremensen
iems affemmees^èsfaiixboargs des villes de Pran-
ce^par leiirsMiniûxesà ce^ppellez.>ordonnez,&:
dSess 5 ccoromepîas à pleines patentes fur ce fai-
^s(quVn chacun a peu voir)eft eferit & contenir
ConSderëaoijSîïenaaiïàcre fait à Yafly contre
IateneardeceÛ:Edi& fur lesHt^uenotsyïouyll
Ibis en paix du bénéfice diceluy: Larequefte que
le duc de G ujrle* 3 eCcmneftablé^ & le Mareichal
fàïniâ: André prefenterét peu de temps après (les
^rmescaii^p-oin^au Roy Charles^ tendant à exter-
tiïiner cefte jrekgïon^à^ -Se ceux 'quienfaifoyent
lyrdfefEandesIettres'qEela Royne,mere du Roy,
en ces^eiitrEiaïtesireicriuit de ià main au feu prin-
ce de Condé , luy commandant de s armer & fat
sre germer le plus d'hSmes qu'il poarroitpour .$op
p©£e*r aux deireins^de ces trois, :& 4e iearsadîie-
srans ., qui tenoyem l'enfant Se la mère captifs: Le
fecours quelaRoyne iFÂnglexerre &lesprince$
^'Allemagne donnèrent iorsaux Huguenots^ &
Hgsut <ce ^aa/«ï eft ^enfuîqy iuT^aes m mois de
Ma^
t I
DIALOGUE L ij$
Marsî^z. Veu Se ccmfîcter£ aufiî ITïdi&ck: pa-
cification alors Élit, canfirmatijF deeekiy delan-
oier,Ieur permettant outre plus? qulls peufïènta-
uoir l'exercice de leur religion dis quelques viL
les : Les reftri&ions &: viaîemens dudiet Ediâ: de
Mars laites en après par le Roy & fon eonfeiî*
fous titre de déclaration de Hidiâfc: Les menées
faites durant cinq ans par la mère de Charles, les
Lorrains, & autres de leur {auront Ljobeifi&nee
des Huguenots : La creance.nourriture ■& leçon*
que ta mete a donné &rait donner ce temps-pen-
dant à fes encans : L'entreueue Se parlemét de ïa
rnere^de fà £èu fille d'Elpagne, &' du duc dàÀïbe à
Bayonnejeur délibération & promelîes : Les le-
uees de Suyites feites pat Charles en F'àrïij&j*.
Lepeu de compte qu'il tenokdes ptainôes&re-
monftrances des Huguenots^ qubn tuait & oie-,
crageait en beaitcoup d'endroits, delà FranceiLa
guerre ouuerte pour les exterminer : Le fecour*
que les princes d'Allemagne Proteûans ïenreH~
uoyerent, tous îa conduite du dueTeanCàiïmirr
Ce qui s'efë paiïe en cefte guerre-là t U!Eêï£& Sut
& publie pour îa pacifier au mois: de Mars iJiSSL
La rupture de ceft edi£t toftr aptes êtitepar Char-
les & {èsforces-Xaiïiittedu Prince de Go&iixd&
plufieurs; aiîtr es Huguenots , Sie.dk leurs femilles^
^ii faillir enta eflre^attrapez: dans leurs maifôns
ptr les mfra&euis des EdàSfaL de la paix & foy pir-
cliquet. Le (ècoors que ïe duc de Deux-pots pour
le commun lien de reTigi*> dona aux Huggenacn:.
Les batailles (Jcwinees, tm 5£>ju£ês ces guerres-là?,*
fiiAcpakmfintlab^îilic dk Jfcama^.aiî le griiics;
I &
X
f?4 DIALOG VE I.
de Condé fut fait prifonnier , &: puis tuédefang
froid, par commandement du duc d*Aniou:La.
charge de l'armée des Huguenots par eux remife
(après la mort du Prince de Côdélentre les mains
de l'Amiral , fous l'authorité des ieunes Princes
de Nauarre & de Condé. L'Edi& de pacification
de ces troubles fait par Charles &c fon confcil , a-
uec toutes les fblemnitez requifes le il. iour
d'Aouft IS70. Les promefTes &: iuremeus folénels
faits par Charles , les Seigneurs de ion confeil,
tous les parlemens,gouuerneurs & miniftresde
la iuftice de France , de le garder inuiolablement
& à iamais: Les outrages, violences , & iniuftices
faites prefque par toute la Frâce aux Huguenots,
durant deux ans depuis ledid Edi£k : Le femblant
que Charles faifoit de vouloir faire chaftier les
ïeditieux &c perturbateurs de paix &c repos: Les
menées que luy & fa mère ont fait , pour faire ve-
nir à leur cour la royne de Nauarre , fon fils , fesr
nepueux, l'Amiral, & autres feigneurs & gentils-
hommes Huguenots : Les nopces du Roy de Na->
uarreauec Marguerite fœur de Charles : La blet
fure de l'Amiral faite le dernier iour des deux ans
après la paix dernière : Le meurtre d'iceluy Ami-
ral,& de tant de feigneurs gentil s-hommes,&: au-
tres,tanthomfnes,femmes,que petits enfans Hu-
guenots , mafïacrez inhumainement dans Paris,
le Dimanche 14» iour d'Aouft 1^72. & autres
ioursenfuyuans: les cruels mafïacf es , violences,
8c çauifïemens faits en plufîeurs villes Se endroits
de la France,& ceux qu'on fait iournellement,fur
fa côfcience,honneur,vie & biés des Huguenots:
les
(
;t<^
D I A L O G V E I. i35
les armées & forces que Charles aflemble , pour
en exterminer la mémoire defîus la terre.
Veu pareillement Tarreft donné par Charles
& par fon parlement de Paris , contre l'Amiral:
Farreft contre Briquemaut &Cauagnes,& tout ce
qui feit à voir : ayans ouy fur beaucoup d'autres
particularisez THiftoriographe , le Politique , &c
plu/ieurs autres tefmoins dignes de foy.&iur tout
cela, efeouté les plain&es, requçftes , &c prières
treshumbles de l'Eglife , laquelle nous fçauons a-
uoir toujours auparauantprié bien & affe&uçu-
fèment pour la conuerfion de les ennemis,confer
uation & accroiffement de leur eftat &grandeur,
pendant qu'elle y a veu quelque efperâce d'amé-
dement. Le tout bien con/ideré. Nous auons dit
& dilbns, que les Luthériens & Huguenots de la
France,n'ont tenu3comme ils ne tiennent, aucun
erreur ne propolition faulïe en matière de la foy
de religion: ains tiennent la pure, vraye,& fàin&e
do&rine Chreftienne, que la vraye Eglife catho-
lique ( de laquelle Iefus Chrift eft le chef) a tenu
ôteonfeifé, tient Se confeife,auec tous les fain&s
martyrs qui font morts pouç la feeller de leur
fang : la mefme ( a qui bien l'entend) que les Egli-
les d'Allemagne^d'Angleterre, d'Efcolïe, de Sue-
de,de Dannemarc , de Noruege , de Suyiïe, Se
tous autres esleus &c enfans de Dieu tiennent &
confelfent,ayans enfemble mefmes marques &fa
cremens,ainfi qu'il appert fuffifàmmét à tout ho-
jne,qui fans paiïion,pour feulement donner gloi-
re à Dieu, y regardera de près. Qu'ils pnt pnifë
Se tir<J ceftç do&rine des faindes Efcrittties da
1 iiii
î36 DIALOGVE I.
vieil & nouueau Teftament , lequel les ennemis
deDieuonttafché ^tafchétiournellemét (mais
en vain ) d'abolir & efteindre : Ayant efté arrefté
au confeil éternel de Dieu, que les cieux &c la ter-
re pafferont,mais faparole demeurera éternelle-
ment, quelque periecution que les ennemis de
Dieu, en haine de la vérité , dreffentàl'encontre
de ceux qui en font profefliô, lefquels plus on les
preffera , plus ils croiftront , comme vn Ifrael en
Egypte: & au contraire, Toute plante que le Pè-
re n'a plantee,toute feuiFe doctrme,&:ceux qui la
maintienent &fauorifent,feront arrachez de dei~
fus la terre. Partant font exhortez tous enfans de
Dieu , de conftamment perieuerer , & continuer
en mefme foy &: efperance iufqu'au dernier fou-
ipir de leur vie ,en adiouftant autant que faire fe
f)ourra à ces deux,la charité pour compagne,fan$
aquelle la foy eftincognue & morte.
Ce faifant qu'ils ne doutent nullement, quoy
qu'il leur auiene de finiftre en cefte vie,que lePe-
re celefte ne les face participas enl'autre,des cho
fçs que l'œil ne fçauroit voir, l'oreille ne f çauroit
ouyr , tk l'entendement de l'homme ne pourroit
eomprend.re,que Dieu a préparées deuant la con-
ftitution du monde à ceux qui l'aiment & le crai-
gnent : là où au contraire, les iniques,infideles&
defloyaux,ferôt logez ésprifons perpétuelles, où
il y aura ténèbres, grincement de dents,& peines
(pour le dire en vn mot ) infinies : lors qu'ils di-
ront , Ne font-ce point ceux-là defquels la vie
nous ferohloit tant infame,&leur fin tât malheu-
reufe ? Nous infenifcz ! He, comment font-ils lo-
gez
DIALOGVEI. j37
«ez en telle çloire* conime Içur eft efcheue leur
portion parmi les Sain£ts?
Quant aux arrefts de Charles & de fon parle-
ment de Par ;is,dônez cotre l'Amiral, Briquemaut
Se Cauagnes,nous les auons déclarez & declarôs
iniquement,iniuftement,& defloyalement fàits&
donnez,& fur fauifes, defloyaies Se impudétes ca-
lomnies , lefquelles les peruers ont accouftumé
de prendre pour prétexte de leurs cruautez, ainfi
qu'il appert euidemmét en vn feul exemple pour
tousrfçauoir eft,en la mort cruelle &c ignominieu
le que les Preftres de la Loy3les Scribes Se Phari-
siens, voire le grâd Sacrificateur mefiiîe,& le peu-
ple de lerufalé, ont faitfouffrir à noftre Seigneur
Iefus Chrift autheur de vie, le pendât entre deux
larrons en croix,lui impofant qu'il eftoit vn fedu-
<Steur &: perturbateur d'eftat , & qu'il fè vouloit
faire Roy , quoy qu'il marchaft en toute manfue-
tude&debonnairetéjfaifàrrt au bénéfice de lana^
tion des luifs des continuels miracles deuât leurs
yeux3& n'eftant venu que pour leur conuerfion&
falut. Or le difciplen'eft paspar defïuslemai^
ftre,s'ils l'ont perfecuté,auiii vous perfecuteront-
ils.Au refte, entant que touche cefteperfecution
(du mois d'Aouft & depuis en çà,faite fur l'Ami-
ral Se fur les autres fidèles ) nous auons dit Se di-
fons,que c'eftla plus horrible, la plus effrange Se
deteftableconfpiratiô, la trahifon la plus poïtrô-
nemétmenee,ladcfloyautéproicctee déplus loin
fk lemalfacre le plus barbare, qui ait eftéouy
des que Cain en trahifon tua fon frère A bel le iu-
fte îufques à maintenant. Et ne fçachant trouuev
*3« DlALOGVEL
nom propre & conuenable à Charles, à fa mère,
fon frere,à fes confeillers,fauteurs,iannilfaires,S£
autres feruants : Nous difons pour maintenant
(en attendant qu'ayons rencontré des termes af
fez fignificatifs pour exprimer le fait) qu'ils ont
effacé la gloire de tous les tyrans les plus horri-
bles : &c des traiftres les plus félons qui ont efté,
font,&: feront à iamais,comme tels les auons ban*
ni&bannilfonsàiamais eux Se toute leur polie-
rité,de toute lafocieté humaine. Ordonnant que
d«'orefenauant fera faite tous les vingtquatriefmes
fours des mois de l'an,memoire folennelle ( en e-
xecration de leur abomination) du maffacre fait
le 24. d'Aouft & autres ioursenfuyuans, furies
JEglifes Françoifes , vrais membres de l'Eglife ca-
tholique,de laquelle ces tyrans fe vantent en vain
n'en tenâs ny marque ny enfeigne,& n'ayâs pour
toute religion,que leblafpheme en la bouche, 8c
l'athéisme enraciné en leur cœur.
QJ^E ledid iour dumalfacre î^d'Aouft fera
à iamais nommé , La Iournee de la Trahifon , Et
le Roy (comme pluiîeurs de Ces predecelfeurs ont
efté furnommez l'vn débonnaire, l'autre père du
peuple &c.)fera appelle Charles le Traiftre,& au-
ra pour blafon par l'anagramme de fon nom*
Chaiïêur Déloyal.
Et foifant droit fur larequefte & prière delà*
di&eEglife, touchant Charles, fon parlement^
autres mancipes de fa tyrannie,nous ofons hardi-
ment aifeurer,que ladi&e requefte,& toute autre
qu'elle a fait & fera, fera exaucee,pour l'amotjr de
sô chef le Fils de Dieu, lequel ne pour&yura pas
moins,
DIALOGVE I. 139
moins ceft outrage , que s'il eftoit fait à fa propre
perfonne : ayant vne rois déclaré , que qui la torw
che, touche la prunelle de fon œil. Partant eft enr
iointàPEglife , & à tous fes membres furuiuans,
d'attendre en toute patience l'aduenemct du Sei-
gneur, Ayans fouuenanceque Ierufalem, après le
meurtre fait en la perfône de noftre Seigneur Ie-
fus Chrift ( d'autant que la végeance tardoit à ve-
nir,cuidantçftreefchappee&à deliure) fe fentit
rafer iufques aux fondemens, & vit difllper & de-
ftruire fà nation quarante ans après , par l'armée
desRomains,defquelsneantmoins (en mettant à
mort Iefus Chrift)ils fembloyent pourchafTer l'a-
mitié & la bonne grâce. Qu^ils le iouuienent aulïï
que le premier monde moqueur & proph^ne , a-
presauoir mefprifé par Telpace déplus de cent
ans les admonitions de ce bon patriarche Noé,
fut iubrpergé,lors qu'il y penfoit le moinsrquand
TEglife de Dieu (laquelle toute confiftoit lors en
hui&perfonnes) fut garantie Srconferuee, au mi-
lieu des flots & des vagues. Qu'Achab & Iezabel
fa femme>apres auoir quelque téps régné en per-
fecutant l'Eglife , furet deftruits, eux & toute leur
race,par Iehu,que Dieu fufcitaà ceft effet : & d*v^
ne infinité d'autres exemples, par lefquels on voit
à l'oeil que le Seignenr après auoir fouetté Ces en-
fuis, iette les verges au feu. Et pource que(com-
mêle peuuétcônderer toutesperibnnesquiont
quelque fentiment , folide iugement & bon di£
cours) la ligue du Pape , du Roy d'Efpagne , &rdô
tous les catholiques Romains ,& la particulière
intelligence qui eft entre l'Empereur &fes deux
1
"••«* BIALOGYE L
gécîres Ro*s,ne tendët qu'à exterminer totwxenx
qui fefont retirez de l'obeifïance de l'Eglife Ro~
maine: S'il eft ainfi que lefus Chriftn'aquvne
Eglifè,dontlapîufpart desÀlIemagnes, d'Angle-
terre>d,Eicalïe5DannemarcJSiTede,Noruege5Po-
Ibgne^ Suyfle, & généralement tous ceux qui font
vrayeprofeffiondePEuangile par toute la terre,,
font îes membres : s'il eft ainfîjdy-ie^quils fbyent
sous frères en vn mefme efprit , tous d*vn corps,
«embresTvn de l'autre, félon l'intention du Ser-
gMeur,qui diftribue vne me fine vie à tous les 1er-
akeurs d'vn maiftre, fuiets & fbldats d'vn Roy Se
Capitaine lefus Chrift, qui n'a point faitdediâe-
Bence ou diftinâion desnations en la communi-
cation de fon falut éternel. Qu'ils font enfembte
h. maifon da Seigneur, édifiée fur le fondement
des Prophètes & Àpoftres, en vn temple fainétv
duquel lefus Chrift eft la maiftrelïe pierre da
coing : Et fi derechef il eft ainfi, que les bras Jes.
irtains , les ïambes,, &c les pieds d'vn mefme corps
dojaiemr feruice au chef, 8c particulier ementje-
cours le* vos eux autres^Qure les Princes^rincef-
fts3&: Potétats qu if a coftkuez: fur les pays ci def~
hs nommer , qui fç difen t de PEglife Cikeftiéne,.
*mfent de s'employer tous a à côpofer dfvn coftè
les differens qu'en particuper les; vns; £çux ont a~
trec les autres ^ Se d autre part, a tr aider ' ensr'eux:
tom chaudeai^nc^&ns marcliartder a qui comen-
*era,à recçrcîier tes autres, careek neft point de,
I^Efprit de Dieu) & par bon-ne négociation %vn<z
îigue générale^ d'eux, leurs fuiets,&: pays pour fis
kïaMenk les w~s tes mm&s i£ s; ofpofec aux entre-
BIÀLO G VI L
|jTife$ <îe I* Amechrifl: & les fuppo&s : & fc reflet
tir autrement que parle paifë?des outragesiàitsâ
leursireres àl'occafioia de la religion^quekpe au-
tre prétexte ^a'onypuifTeauoir donné 9 Rec©*»
gnomans ( auec vfage relatif ) que Dieu ne les*
couronnez^ny conitituez fur les autres& (qui plus
cft) receus en fon Eglifefrpour leurs beaux yeu^,
ny pour les entretenir oifèux^gras &en bon point*
mais pour feruir à fa gloire, & au foulagement de
leurs frères ( ie ne dy pas félon la chair ) Ne dou~
tans nullement que Dieu ne benitre,fortifie:>& ré-
de ftableyla ligue qui aura vn tel fondement:& en
ceûe aireurance^employent leurs Forc€s&: raoy&s
à maintenir l'Euangile & tous ceux quïenfoitt
profeiHon-, contre Ta rage de Satan & les liens:
&fans tarder ciy perdre temps > confiderans let
langueurs & miferes extrêmes dont font pour-
fuyuis ceux qui font fous la tyrannie de fAnte-
chrift & fos enikns. Et s'il jenadefiaueuglei
par f eniorceliement du.monde , qui ne yueiUent
en cendre à ce ûe lïgue9 le leur annonce au nom d*
Dien^quilsnefçaiiroyent par leurs fubterfu^e*
charnels & prudences mandaines^euiter vn afpre
& horrible fentimét desiugemésde Dieu (lequel
n axié de cômû auec la chair & leiâng, &c ne veu$
point que ceux qui mettent la main à la charru«
regardent derrière eux) &moins«audec leurs fubti-
Utez &c aftuces aux affaires d'eftat, euiter ce que
leat braifela ligtre côtraire, de laquelle ils ne peu-
[ net ignorer le but 3& lahaine côceuë côtr eux:&:
[ etifin/uir qullsnecôparoiirent deuant k grand
ta^deuantle quelles niaxitncs de Madiiauelii;
k
t+z DIALOGTE L
jiy de Ces fembkbles ou difciples,n'ôt aucàne Va*
leur. Que pour les defaillansjes autres ne laiifent
à la foire : & fi du tout elle ne fe peut , ceux auC
quels Dieu aura referué la plutf faine volôté &c zè-
le, s'employent autant que leurs moyens fe pour-
ront eftédre,à donner tefmoignage de leur pieté:
fachans que ( fans ronipre la liaiion de ce bafti-
mentdel'£glife,fansofr*enferla fymmetrie de ce
corps efleu &c précieux , fans en fomme commet-
tre vne horrible lafeheté ) ils ne peuuent différer
$e donner à leurs frères , lefecours qu'ils vou-
droyét en pareil cas leur eftre doné.Et û le cômâ-
dement qui leur eft fait d'aiïifter principalement
aux domeftiques de la foy,&: les exemples des an-
ciens^ de ceux qui en moindre n'eceflité ont fe-
couruaux guerres paifees les fidèles de la France,
ne les efmeuuenr.qu'ils fe fouuiennent des mena-
ces qui font faites en l'Efcriture, contre les froids
& contre les tiedes. Qui fera l'oreille fouf de à la
clameur du poure^dit l'Efcriture) il criera au iour
de la tribulation , &c ne fera point exaucé. Allez
(dira ce grand Roy au dernier iour) maudits de
Pieu mon Pere,au feu éternel qui vous eft prépa-
ré : l'ay eu fbif, i'au eu fainv'ay efté nud,vous ne
m'auez point foulage, &c. Qu'ils fâchent, qu'ou-
tre la ruine qu'ils en peuuent receuoir en leurs e«
ftats Se en leurs maifons priuees , le Seigneur leur
redemandera tout le fang de leurs frères qui aura
efté refpandu deuant leurs yeux, fiute d'aide &c de
fecours, par leur nonchallance, dés l'heure qu'ils
ontfceuî'afflidtion de leurs frères, y ont peu re-
médier &c ne l'ont pas fait.
Quant
DIALOGVEL 14$
Qjiant aux fidèles François furuiuâs, ftous leur
auons eftabli &c eftabliffons par le prefent arreft
& iugement,les loixôc ordonnances politiques
quisenfaiuent,
1 Premièrement, quecoituiie les Niniuites à
la voix de Ionas, les fidèles aufïï à la voix de Dieu
courroucé ^parlant par fes ferukeurs ,&fes ver-
bes & menaces , publient &obferuent eftroite-
ment & fans hypocrifie 3 par autant de iours que
lïglife auifera, en chacune cité ou ville, où Dieu
ksaura retirez, vn faind &c ehreftien ieufne , qui
férue à les humilier,abbatre & matter la chair, &
eleuer l'efprit à Dieu*
2 Que par prières publiques & trefàrdentes
auec vn continuel amendemét de vie,du plus grâd
iufquesauplus petit, ilsfacent (comme de fiou-
ueau(ainiî qu'au temps de Iofias,paix & alliance
auec ce grand Père de famille irrité pour leurs
pechez:&fur ce l'vn auec l'autre conioints par
vraye foy ÔC charité,ils annoncent la mort du Sei»
gneur,celehrans fa mémoire en Tactiô de la fain*
c fte&fàcreeCene.
3 Que cela fait,en chacune ville eftans afïèm*
blez en lieu public, ils iurent pour eux &: leur po~
fteiité , d'accomplir inuiolablement les loix qui,
s'enfuyuentjà fçauoir:
4 Qu'en attendant qu'il plaile à Dieu ( qui a
les coeurs des Rois en fa main ) de changer celuy
de leur tyran.St reftituer l'eftat de France en bon
ordre.ou fufeiter vn Prince voifin qui foitmani-
fefté(par la vertu 3c marques infignes) eftre libé-
rateur de ce poure peuple affligé.
144 DIÀLOGVÈ t
Apres le ferment foit, ils eslifent auec voix Se
ftaffrages publiques en leur dide ville ou cité, vn
chef ou Maieur pour leur commâder, tant au fait
de la guerre (pour leur defenfe &c conferuation)
quedela police ciuile, afin quele tout y foit fait
par bon ordre.
5 Qu'à chacun defdi£ts Maieurs ils eslifent
vn confeil de 24. hommes , lefquels & pareille-
ment le Maieur , feront pris & choifis fans acce-
ption de la qualité , foit des nobles, où d'entre le
peuple^tant de la ville que du plat pays,comme ils
ieront cognus propres pour le bien public.
6 Qifoutre lefdi&s 24. confeillers qui ieront I
ordinaires auec le Maieur qui fera le 25. y ait 75.
hommes esleus , lefquels auec le nombre de cent,
qui feront pareillement indifféremment pris tant
des habitans des villes, que du plat pays : par dé-
liant lefquels pourront appeller les parties es
caules criminelles feulement, c'eft à fçauoir,où y
auroit condemnation de mort, bannilfement, ou
mutilation de membres.
7. Que fans le confeildes 24. le Maieur nel
puifse refbudre ny faire aucune chôfe de la guer-
re ou de la police (quipeuuent tomber fous de-
liberation)Et es choies de plus grande importan-
ce,le confeil des is- ne puiffe aucune choie deter*
miner fans le confeil des cent , comme pour loy
nouuelle , ou abrogation d'ancienne, ordonnance
des monnoyes,leuee de deniers,accord de trefaes
ou paix, Qc chofes directement touchantes au pu-
blic3& d'importance.
S, Que les chofes ordonnées par les chefs
eonieil
t
■:
DlALOGVE L 145
confeils foycnt d.ligemment exécutées & volon-
cairementjfans aucune cun&ation(commcdeuant
Dieu) fur peine de correction exemplaire.
9 Que tous»les ans aux calendes de Ianuïer*
les 25. fe depofent de leurs charges en raffembîee
des cent , & puis demeurans perfonnes priuees (fi
non du nombre des cent) par faduis d'eux tous,
on procède à nouucllecleâion d'autres : àfçauoir
d'vn Maieur & 24. confeillers, qui feront choifis
comme eft dift cy deflus , & dont ne feront exclus
ceux qui fe feront nouuellement depofez s'il eft
trouué bon à la pluralité des voix, excepté le Ma-
ieur qui ne pourra eftre appelle à mefmc charge*
qu'il n'y ait deux ans d'interuallepour le moins:
' mais demeurera du nombre des 14. confeillers
pour cefte année* en forte qu'il n'y en aura que 25,
à eflire.de nouueau:& puis le nouueau Maieur qui
fera le 25. & aduenant la mort de quclqu vn d'eux
5 dans l'an , feront aflemblezleS cent, qui y pour-
1 uoirront pour le refte de Tannée, félon qu'ils ver-
'l ront bon eftre.
10 Que ces ^.leiourenfuyuantleur eledion
caflTent les 75. & en eflifent autant en leur place
commedeffus, dont feront exclus ceux quven au-
ront efté Tannée dernière feulement, & foit ainfi
pourfuyui ceft ordre tant que befoin fera»
11 r^ue ii quefqu'vn dudiâ: eonfeil des cent
'f rft appelle à quelque charge ciuile ou militaire,
:« foit depofé d'entre les cent,(mon qu'il fuftenuoyé
« en qualité de commiffaire pour traiter de paix,
J euerre>ou autre affaire publicque, auec Princes ou
Repub iques.
S K
!4£ D I A L O G V E I,
12 Que ceux qui feront comptables ne puiflfent
cftre appeliez à charge aucune quelle qu'elle foit>
iufques a^res la reddition & clofture de leurs com-
ptes, & quMs ayent paye le reliqua s'ils font rede-
uables : & fi aucun donnoit voix ou fuffrages à vn
comptablcjfoit condamne à vingt tfeus d'amende
qu'il payera prompte ent à peine de priibn,
13 Que les offîciersordinaires de la iuftice s'ils
(ont cognus gens de bien f demeurent en leur pre-
mier eftat , pour l'exercer comme de couftume , &
iuger abfoluement des caufes de leur iurifdiCtion*
auec confeil de douze de la qualité requife. Et fi
lefdi&s officiers ordinaires, ne font gens qui ayent
accouftumé de s'acquitter de ieurdeuoir , & hors
de toute chiquanerie: en les defmettant,le Maieui
& confeil de chacune ville en pourra établir d'au
très 5 de la qualité requife 8c neceflaire pour exer-
cer r eftat deiudicature: & feront lefdids officien
fuiets à cenfures , reprimendes, & chaftiemens sï
y cfchet.
14 Qu'entre tous lefdids chefs & confeils par
ticuliers , ils eflifent vn chef gênerai , à la façon d
Dictateur Romain, pour commander en la cam
pagneiauquelauffi ceux des villes & citez obeiron
en tout ce qui fera de fa charge , pour le benefic
commun deleurconferuation.
15 La façon d'eflire ce chef gênerai feroit bon
ne s (fi comme les Ioniens, Doriens, Béotiens, A
chees, Dolopes, & autres peuples des douze fle
riflàntes villes de Grèce, qui pouraduiferà lei
eftat, s'affembloyent deux fois enl'an : oucomm
le confeil des Amphi&yons du temps de Paufi
mai
i
DIALOGVE I. 147
nias) les Maieurs & Confeils des villes fe pouuoy-
ent aflcmbler en quelque lieu & ville commode
pour toutes:Mais poarce que cela leur eft mal-ai-
îe pour maintenantes pourronc après vnc fainâç
prière , chacun Maicur & confeil a{fembié endroit
iby,proçeder al élection d'vn chef gênerai, & en-
uoyer chacun Maieur & confeil fon vœu & fuf-
frage à ceiuy de la yil!e,qui (par vn aduis courant)
fera trouuee plus propre à recueillir tous ks aduis
des autres : afin que là, félon la pluralité des voix
& fuffrages qui y feront enuoyez de dehors.ioints
auec ceiuy de dedans , celuy foit folennellement
déclaré &c prononcé chef gênerai d*entrc les mem-
bres, à qui Dieu, par le ^lus de veix > l'aura voulu
accorder.
16 Et combien que les neceffitez des guerres
n'attendent pas toufiours le confeiI,& quc(commo
ion dit) la guerre feface à l'œil: neantmoins, qu'il
foit efleu par mefme moyen & eflabli par la meC-
me voye que deflus, vn confeil au chef gênerai, du
quel il foit tenu de prendre aduis,toutefois & quâ-
tes quel'occafîon s y prefentera,& que laneceflîtéj
du temps & des affaires le permettra.
17 Qaepar mefme s moyensfoyentefleus cincj
oufixlieutenans au General, qui luyfuccederont
(félon qu'ils feront nommez) vn,aprcs la mort ou
defmife de l'autre , en mefme ou {cmblable char-
ge:pour euiter toute confufion, defordre,& inco-
uenient qui pourroit aduenir , par l'entreprife quô
les ennemis pourroyent faire en trahifon , ouau-
tremcnt,contre le General, pourpriuer les men*<
bres de conduite par fa mort.
k
i48 DIALOGVE I.
18 Que cous lefdi&s chefs & lieutenans foy cnt
gens qui ay en t (tant que fairefe pourra) la crainte
de Dieu> fon honneur, fa gloire , & fon Eglife , en
fouueraine recommandation : Et auec la pruden-
ce,foyent accompagnez de quatre chofes,quelon
fçait deuoir efttfe en vn grand capitaine , fçauoir
elt, de fcience militaire , de magnanimité &har-
diefle, de réputation & créance , & de profperité
en fes entreprifes.
19 Que les confeillers des chefs des villes &
de la campagne , outre la cognoiflance de lare de
laguerre>& de lapolice,foyentdeceux quclethro
beau-pere de Moyfe luy confeilloit dauoir pour
fouligcmcnt, hommes vertueux , qui craignent
Dieu, hommes véritables , quiayent en haine l'a-
varice.
10 Qails prennent garde à ce que dit le Sage:
Qv»e la repentance fuit de près le confeil léger, &
que la pius part des fautes en la guerre & ea 1 eftat,
ne fe peuaent faire quvne fois:Partantqu ils n'ou-
blient fe garder denfaire,& n'oublient à remédier
à tout ce que par confeil fe pourra remédier &c
pouruoir.
21 Que fur les deniers & threfor publicque
(qu'oy qu'il ne doyue eftre en ceft affaire de reli-
gion & neceflîté commune à feconferueiy appel-
le ic nerf de la guerre) foyent commis par lefdits
ch^fs Se confeils chacun endroit foy ,en chacune
cite , gens de bien & fans fraude , tant pour rece
uoir qoe pourdeliurer, & autres pour contrerol-
ler : & fur tous eux , vn receueur & vn contrerol-
ieurgeaei:al,eftabii au lieu où ils auiferot le mieux
1
d
DIALOGVE I. 149
& gens fuperintendans aucc finances : tous com-
ptâmes auconfeil , pour euiter à toute fraude &c
mal-vcrfation.
22 Et pour eyîter aux calomnies , lefquelles
fouuent font efparfes & mifes à fus aux Chefs &
principaux membres du corps , par l'artifice des
ennemis, ou par enuie, ambition, ou autres fem-
blables peftes que le diable fait fouuent ghffer, ôc
cerche d'introduire en l'Eglife , ou qui naiflent de
quelque foupçon légèrement pris parles foldats
ou par le peuple: & pour empefcher lesdefordres
qui en aduienentbien fouuent : qu'il foit loifiblc
en chacune ville^l vn chacun,datcufer pardeuant
le Maieur & fon confeil tous ceux (foit de la no-
bleflfc,ou autres chefs, ou membres) qu'ils penfe-
ront machiner , pratiquer, ou faire quelque chofe
contre le bien publicde la religion,& de ladefcn-
fe commune du corps. Et s'il aduenoitque le fou-
pçon fuft fur le chef & le côfeil ou partie d'iceluy,
l'aceufateur pourra requérir que les cent foyent
affemblez pour le bien public ( à quoy feront te-
nus fatisfaire le Maieur & le confeil) & là par de-
uant eux tous propofer fon accufation,afin d'y e-
ftre pourueu comme ils verront bon eftre. Et ne
fetiéne pourtant aucun de ceux qui feront ainfî
aceufez, pour offenfe,de l'aceufateur (qui ne doit
eftre mené que d'vne bonne confeienee) ains plu-
ftoft l'aceufé foit aife & ioy eux , que Dieu face à
tous fes compagnons paroiflre fon innocence(sel-
le y eft.)
2? Que fuyuant les iugemens qui s'en enfuy-
uront, foit faite punition côdigne des coulpables*
K iij
15© DIÀLOGVEI.
fans auoircfgard en telles fautes, ny es autres,aux
feruices patfez que les coulpables, leurs parens 8c
amis peuuent auoir faits : afin que la vertu (à la-
quelle parmi les hommes ert deuërecognoiflance
&guerdon)ne foitfatisfaitede fes merites(au pre-
iudicedelagîoire de Dieu &de la feureté commu-
ne) auec la remiflïon de la peine deu'é à la faute:
ains foit l'vne toufiours guerdonnee,& l'autre cha
lliee Se punie : & qu'auffi aux faux aceufateurs foit
ïmpofee peine, fuyuant les loix, ordonnances, ou
couftumes des lieux.
14 Que la neceilité de tenir armée en campa-
gne paflee, le General en remettant fa charge en-
tre les mains du confeil,nedefdaigne point (ny les
autres chefs inférieurs pareillement leur temps ac-
compli) de retourner comme auparauant perfon-
nes priuees,ou auoir moindre charge.
25 Que Ton introduife &c obferue tref-eftroi-
tement, depuis k chef gênerai iufques au moin-
dres chefs & membres, ladifeipline ecclefîaftique
& religicufe,ordonnee & introduite par cy deuant
par les Synodes tenus en laFrance,auant la der-
nière diffipation des Eglifes , par les Miniftres &
Anciens d'icelles : afin que par ce moyen on voye
à l'oeil, le règne de Dieu & lefceptrede fa parole,
eftabli & entretenu: & le règne de Satan -, auec la
cohorte des vices,quele monde & la chair entre-
tienent,deftruits>chaffez3& abolis d'entre les fidè-
les, comme il appartient à vrais enfans de lumiè-
re: Eftans afleurez qu'en ce faifant, ils feront bé-
nits à la ville &^uxchamps:ils habiteront en tou-
te feureté, rien ne les efpouuantera : le coufteau
meur-
D I A L O G V E I. 151
meurtrier ne paflera point par leur terre: Cinq
d'entr'eux pourfuyuront cent de leurs cnnemis,&
cent, dix mille. Le Seigneur eftablira fon alliance
aueceux , & les fera croiftre & multiplier en paix
& abondance de toutes chofes r,eceflaires:là où au
contraire>s'ils mefprifent les ordonnances du Dieu
ridant , s'ils laiflent régner les vices & desbauches
parmi eux, la peur, le tremblement, les maladies,
& autres langueurs , & toutes fortes d-e maledi-
âions les pourfuyuront: Le Seigneur tiendra touf
iours fa face courroucée contr'eux : Ils mourront
parla nain de leurs ennemis, & fuyrontfans que
nul ne les pourfuyue. Le Seigneur adiouflera auflî
(s'il n'y voit vn amendement) feptfois au double
de leurs playes , comme il en a menacé fon peuple
d'Ifrael, en !a place duquel ils ont fans doute efté
plantez.
2* Qu'à hxecution dVne fi fain&e œuure,
queft l'eftablifiement & obferuation deladifci-
pline ecclefiaftiqae,à vn frein tant faindt & necef*
faire,les Magiftrats tienent la main auxConfiftoi-
res dans les villes:& à la campagne,le General,fon
confeil,ou autres capitaines,& tant ou il y aura de
gens de bien en l'armce.
27 Qu'on introduit auflî &r qu'on pratique le
plus exactement que faiic fepourra,entre tous les
capitaines , chefs mineurs, & foldats, la difeipline
militaire, de laquelle ne fera iabefoin faire beau-
coup d'articles & ordonnances:eftant la multitude
d'icelles (fi les chefs fonc leur deuoir) fuperflue, ÔC
ne le faifant point,pernicieufe & dommageable.!!
fuftira que toute la difeipline militaire foitpuilfiuc
K iiij
ï5* DIALOGVE L
d enfeîgncr (fous la loy de Dieu) & de faire prati-
quer aux foldats fart & meftier des Laccdemo-
niens, lequel en fournie confiftoit en trois chofes:
A bien obéir à leurs officiers , à porter gayement
lestrauauxde la guer re, & à vaincre ou mourir au
combat.
- 28 Qu'ils fe fouuienenr de ce que Iudas Ma-
chabeen refpondit aux cœurs faillis, Que la victoi-
re negiftpas en la multitude,& au grand nombre
de foîd&ts, ains la force eft du ciel : Partant, qu'eu
inuoquant continuellement le Seigneur, ifcfuy-
uent en leurs entreprifes l'exemple de ce bon Ma-
çhabeen , contre Nicanor , & autres ennemis du
peuple de Dieu:Et n'oublient ce que Gedeon,affi-
île du Seigneur,fit de beau & de gaillard auec trois
cents foldats,contreles Madianices : Car (à vray
dire) tout ainfi que les ennemis au temps du Ma*.
chabeen , auffi bien auiourd'huy le; mefehans af-
faillent-ils ce poure peuple, confus parleur iniu~
ftice,trahifon, &defloyautê , voulans abbatrele
feruice de Dieu,& deftruire ho>nmes,femmes, &
enfans;Et $u contraire, les fidefes combatent pour
la gloire de Dieu , pour la ddfenfe de fou Eglife,
8c pour leur vie & conferuatron.
29 Qne les capitaines /eftudientàfaire exer-
cer les foldats aux armes,m combat,à 1 efearmou-
che,àfouftenirouliurerniaflaut, Et qtie le Ge-
neral en particulier sefiudieà apprendre à toute
l'armée, de fe rengeren vn clein d'oeil (fi befom
eft) en bataille, en plufieurs & diuerfes fortes, à
garder leurs rengs,à fe rallier,felon le lieu,les gei>s
ou félon les ordreSjrcngj& conftitution de batail-
le
DIALOGVE t 155
îc de l'ennemi,ou autre ncccflîtc occurrente.
30 Que les chefs,& principalement le Gene-
rahharenguefouuentf armée & les particulières
compagies ,pour encourager,retenir , louer, blaf-
mcr,ou autrement renger le foldat % félon l'occa-
fion qui fe prefentera. *
31 Que les foldats Chreftiens ayent honte
qu'il fetrouue entr'eux querelles , brigues,& dé-
bats, n'ayansiamaisefté trouuez entre les foldats
(quoy que prophanes )de l'armée d'Annibal,en
vn fi long temps qu'il fit la guerre aux Romains,
bien quefon armée fiift compofee de foldats/d*
diuerfes nations^&langues-.qu'ils confident quel-
le vergongne ce feroit à vnhomme5fi fes mébres
sentrequereloyentl'vnrautre.Quel reproche ce
feroit à vn père de familiefi on voyoit fes enfans
s'entrepiquer.Et partant,qu ils aduifent de corn-
batre en toute vnion & concorde la querelle du
Scigneuncommedeuant fa face.
32 Et pource qu'il a efte enfeigné tant par
theorique,queparpratique& £xperiéce:que des
trois voyes du trai&emét qu'on peut faire aux en-
nemis,la moyenc eft toufioprs dommageable,cô
me celle qui n'acquiert point d'amis ,& ne priue
point d'ennemis:que tous les chefs & confeils fe
rcfoluent,à faire pratiquer exaftement ces deux.
extrcmes:fçauoireft,toute rigueur enuers lc&trai-
ftres&fcditicux armez, & toute la douceur qu'il
fera polfible enuers les catholiques paifibles.
3J Que de ceux la, nul ne foit efpargné: 8c
qu'à ceux cy,nefoit fait aucun outrage ne force*
en leur confcicnce, honneur, vie, & biens, ains
T54 D I A L O G V E 1
foyent confcruez en amitié. & en paix,côme co-
patriotes & frères bien-aimez:cn leur communi-
quant delà dodtrine defalutauec toutecharite&
affediô Chreftiene,autant qu'ils fe voudront ré-
dre capables & dociles pour la receuoir: fans vfer
en leur endroit pour regard delafoy qued'vnbo
exemple , que chacun s'efforcera de leur donner
en bien viuant, fuffifant moyen (s'il plaifl à Dieu
le bénir) aucc la prédication de TEuangile, pour
les amener à la cognoiffance du fouuerain blé de
l'homme.
54 Vray eftjquépourautantquefeftat affli-1
gëdes fidèles pourroit auoir befoindeviures>mu
nitions&deniers,les Catholiques François(ainfi
trai£fcez que dit eft) pourront eftre priez de les en
fecourir:& aduenant qu'ils refufaflfent de le faire*
y-pourrontencas de grande neceflîtë eftre con-
trai$its>par tous les plus honneftes moyens dont
on fe pourra auifer: ce qui ne fe pourra tourner à
blafme,fion confidereque Dauid enlaneceflîtc
s'eft féru* des pains de propofition.
35 Surquoy les Chefs &C6nfeils feront ad-
uertisjde bien &fongpeufement mefnager tout
ce qui pourra tôbereji mefnage, & profit publi-
que,pournerien defpendre fuperfluemët,& n'a-
uoir à charger les amis plus que de befoin-.Prenâs
garde à ce que Tite Liue dit,que la guerre fe nou r
rift elle-mefme, comme Tenfeigne tresbien le lôg
temps que Annibal a mené la guerre en Italie,
fans auoir aide, ou argent frais de la republique
deCarthage.
36 On fçait bien que quand on fera contraint
de
DIALOGVEI. 155
décamper fi le foldat eft inftruit & cômahdé de
fe côtenterde l'ordinaire du boft-hôme auec tou-
te modeiiie & crainte de Dieu, (cequiauiendra
aifement,fi outre la parole de Dieu>& les loix mi-
litaires qui leur doyuét feruir de bride & côdui-»
reje capitaine ou fcldat cpnfidere le traictement
qu'il voudroit iuj eftre fait, s'il eftoit en la place
du bonhomme, voire tout le village en corps,fe-
ra bien aifc de dreiïer eftappe,fournir munitions,
argent & autres commoditez, entre les mains de
ceux qui feront eftablispour lesreceuoir.
37 Cefte bonne & modefte façon déloger,
outrequec'eft ledeuoirdu foldat Chreftiéd'ain-
file pratiquer .contentera infiniment le cœur du
peuple des villes &du plat pays, qui fçaitcom-.
bien cefte querele eft iufte,& la deffenfe contrain-
te: au contraire, le parti des ennemis, mefehant
traiftre, dcfioyal, & volontaire : tellement qu'au
lieu que parie pafsê, les desbauches & defordres
auoyét aliéné le bon-homme,des fidèles, en forte
qu'en vn bien grand villagcquand on alloit pour
y loger5à peine y trouuoit-on a qui parler,n>ainte
nant auecvnrteldcportcmët, le bon-homme s'ef-
forcera de recueillir le foldat, & de faire au refte
rousles bons offices qu'il Juy fera poflîble, cotre
les ennemis de la paix& focieté ciuile des Frâçois.
38 Qu'ilyait vn ou plufieurs bonspreuofts
de camp accompagnez de bon nombre dVrchers
pour punir à la rigueur & promptement lej> fau-
tes que le foldat desbauché pourroit faire.contrc
la loy de Dieu,& la police de larmee.
39 Que les Chefs fe fouuiennent de ce (juc
*j<5 DÏALOGVE L
Polibe dit,que la partie la plus requife en vn grâd
Capitaine eit,qu ii cognoiffe les côfcils & le natu-
rel de fon ennemi: 6c parrât ne foyent ïamais fans
'--vn bon-nombre defpies(defqueisilsdoyuent &
peuuent auoir à rëchange)de toutes parts.
40 Qujls ayent entre toutes leurs maximes
4e negociation,cefte-ci en finguliere recomman-
dation , De ne fe fier iamais en ceux qui tant de
fois &par fiinfignes & prodigieufes trahisôs,ont
viole & rôpu la foy , le repos , & la paix publique,
ny iamais fe defarmer tant qu'ils feront pou rfuite
contre la do&rine defàlur,oucôtrela vie de ceux
qui en fontprofeiïïomfe gardansbien de faire ia-
mais decespaix.quiferuent dmftrumens àmaf-
Acres. Qup s'il adue noit de tomber en quelques
ternies d accord, ce feroit auec telles conditions,
qu'auant toute œuure > foit refolument eftabli ce
gui eftexpeJient^ pour la gloire de Dieu:& après
cela,fi bien aduife à lafeuretê des poures Eglifes,
qu'elles ne foyent plus à la merci des loups & ty-
grès.
Que fi (comme diteft)ilplaift à Dieu de tou-
cher le cœur des tyrans, & les changer,comme il j
en a la puiflance,lors de bonne volonté ils fe fub-
mettent à ceux qtie Dieu leur a ordonnez pour
Princes naturels, & leur rendent tout deuoir de »
bons & obeiffans fuiets. Mais fi le mal eft venu
iufquesau comble* & que la volonté de Dieu foit
de lesexterminens'ilplaift à Dieu fufciter vn pria
ce Chreftien vengeur des offenfes , & libérateur
des affligez^qu'à ceftuy ils fe rendent fuiets & o-
beiffans, comme àvn Cyrus que Dieu leur aura
enuoyé.
1^
DIALOGVEI. ijf
cnuoyé,& en attendant cefie occafîon , qu ils fc
gouùernent par Tordre cy deffus eftabli par for-
nie de loix.
Lesquelles loix, aduis,& ordonances,& autres
qu'ils pourront deux-mefmes félon l'occurrence
des chofes,drefler & baftir,conformes aux prefea-
tes félon la parole de Dieu: Nous leur auons or-
donne & ordonnons d'obferuer & entretenir de
poind en poinci, félon leur forme & teneur ,& de
lignée en lignée : fe gardansbien de permettre»
quelles reflemblent (comme Anacharfis difbîî:
k Solon)aux toilles d'araignée, dans lefqudks
fi quelque chofe de léger tombe,il eft retenu, îi
où le pefant fardeau paflè au trauers en defehirac
la toille:Enquoy faifans,nous les auons aflètirex
& a(feurons5que quad bienils ne feroyent iamak
fecourus par leurs frères des autres nations'**
qui feroit trop indigne,&iene le ye^x feulement
imaginerais fe pourront conferuer,(moyenât 1a
grâce de Dieujen fon pur feruice , exercice de !a
religion Chreftiene,pleine liberté de leurs coa-
fcieces;& en toute feureté & reposjautantqueks
eucnemësdVne guerre iufte,bien fondee,bien c5
duite & ordonnee,lc peuuentfouffrir & endurei*
fous la garde de ce grâd Dieu des armées, du Roy
des fiecles,immortel,inuifible,feul Dieu fage Se
puifTant^auquel foit tout honneur & gloire à in-
itiais.
Z/tg/.Ainfîfoit il. Et certainement ic le croy,ïc
m'en tien tout afleurce , Se foubfcris fort yolotu
tiers à ton aduis & iugemeor.
AltJLt moy.
iS8 D I A L O G V E I.
P6f/.Ermoyauili.
iJbtfl. le trouue que ce Daniel a dit fi faindt,que
non feulement ie ibubfcnsà la vérité du faift, à
l'aduis qu'ildônea tous Princes qui ont receu l'E
uangile>& à l'ordre qu'il donne aux poures Fran- I
çois.Mais aulîi(parlagracedeDicu,qui m'a tou-
ché en Toy an tdifcounr dufaiddei Huguenots)
pour beaucoup de circonftances3en laconfidera-
tiondefquellesil m'a fait entreras croy qu'ils soc
gzns de bien, & qu'ils tienent la vraye pureté de
religion Chreftiencrmefmement quâd ie me re-
mets en mémoire de leur conteflion de foy (qui
eft imprimée au bout des Pfeauines de Dauid)ia-
quelle i'ay leuë &releuë plufieurs fois/Mais pour
ce que deuant qu'y mettre le nez,ie m'eftoy'touf-
iours proposé de ne rien croire de ce qui y eft cô-
tenu,de peur d'eftre furprins, comme noltre curé
nous a toufiours dir^u'ilsed mal-aisé de lire vn li
ure des Huguenots fans le deuenir : le n'y auoy'
pasprins gardede fi présumais ie fuis content d'e-
ftre trompé de cefte forte. Et au furplus ie m'af-
feure, comme Daniel a dit ,Jque Dieu ne biffera
impunie (quoy qu'il tarde) la mefehanceté quia
cfté faite aux poures Huguenots François : Et les
mefehans ont beau en rire , car ils ne fçauroyent
attacher au bout de leur viecelle des Huguenots,
qu'ilsleur oftent fi'licencieufemét,commes'il n'e-
ftoit point de Dieu. Or à luy foit louange,de la
grâce qu'il me fait de m'ouurir les yeux, me corn-
muniquei falumiere,& m'eflôgner des ténèbres:
le priant qu'il me fortifie,pour pouuoir,fi befoia
çft,fouffrir & endurer pour le tefmoignage de faJ
vérité^
DIALOGVE I. i5£
Veritc,auccle furplus des fidèles.
Lepot.Etmoy*ïcn dy,i'encroy,&en prietout au-
tant ; eftant preft & appareille de faire tout ce qui
fcraaduifé expédient pour la gloire de Dieu,& la
conferuation de fon Eglife, autant qui! me fera
poflible,parfa grâce.
JjegiXoué foit 1 Eternel à iamais, qui a manifefté
fa vertu & puiflance conioinfte à fa bonté & grâ-
ce en ces deux bonnes gens icy. Vous (oyez les
trcsbien rcceus en la maifon du Seigneur. le taf-
cheray défaire que voftre conuerfiony foitco-
gnuedetous, afin de nous en refiouyr enfembe,
& en rédre grâces folénelles au Seigneur.Ce fait,
vous Hiftoriographe,irez par deuers les Rois,
Princes>& Nations,qui ont receu TEuangile : leur
faire entédre tout ce qui s'eft pafle en France co-
tre les Chreftiens,& Tarreft que Daniel en a don-
ne.afin qu'ils aduifent de près à leur deuoir. Et
vous,Politique>ircz trouuér nos frères & mem-
bres François, poux leur déclarer larreft, Taduis,
& ordonnances, que Daniel a donne fur ce faiét.
Et tiendrez la main auec eux, à ce que le tout s'efi
fe&ue pour la gloire denoftre Dieib & conferua-
tion de fes enfans.
L'bi/f.lc le veux bien.
Le pel.Ven fuis content.
L'egl. Le bon Dieu vous bénie' Ôcconduife tout
iourspar fon fainftEfprit, pour l'amour de foa
Fils Iefus Chrift noftre Seigneur. Amen*
F JN.
* a
i
7
D I A LOG V ÏT
SECOND.OV
RE VEILLEMATIN
DES FRANC OIS, ET
DE LEVRS VOISINS,
Compose par Eufebe vhiladelphe Cûfmt-
polite> & mis de nouueau en
lumière*
A E D I M B 0 V RG,
De {imprimerie de laques lames.
Aucc permifîion.
* 5 7 4
ARGVMENT DV SECOND
Dialogue.
Le Politique 8c PHiftorir graphe François, re-
tienans par diuers chemins de leur charge , fe ren-
contrent (comme Dieu veut) logez en vne mef-
me hoftellerie à Fnbourg en Brifgoye , & après
s'eftre recognus, carefTez èc recueillis , ils recirent
l'vn à l'autre le fuccez de leurs voyageSjFeftatpre-
fent de la France, & par occafion quelque trait dç
ecluy d'Angleterre. Ils traitent aulîï de la
puiflance des Rois , de la tyrannie, &
de la feruitude volontaire, &plu-
{ieurs autres belles matières trefl
neceffaires en ce temps, re-
feruans au lendemain ce
qu'ils ont à dire
de plus.
DIA<
DIALOGVE SECOND. J
Interlocuteurs.
Le Polit que, rHiftoricgraphe»
Le Politique commence en chantant le Pfalme
CX X 1 1 1 1.
Le po/. Or peut bien dire lfrael maintenant,
Si le Seigneur pour nous n'euft point efte,
Si le Seigneur noftre droiàt n'eufi porté,
, Quand tout le monde à grand fureur venant
Pour nous meurtrir,deflus nous s'eft ietté:
L'ht/t. le fuis deceu fi ce n'eft la voix de celuy que
ie defire le plus de voir en ce monde.
Le pol. Pieça fulîîons vifs cteuorez par eu^,
Veu la fureur ardente des peruers:
Pieça fulîîons fous les eauxàl'enuers/
Et tout ainfi qu'vn flot impétueux,
Nous euflent tous abyfmez & couuerts.
L'hift. Ou ie refue , ou c'eft l'amy fans nulle dou-
te, Mon Dieu où peut-il eftre encré? Seroit-cc
point en cefte chambre? Hola he, Ouurez vn peuA
ie vous prie.
Le pol. Qui eftes-vous,qui ainfi heurtez?
£bu Gens de paix, ouurelamy.
Le pol. O Seigneur, Ceft THiftoriographe. Eft-ii
poflibl
L'bt. Cel'eft vrayement,mon grand amy.
Le peL Que ie t'emb rafle , He qu'il y a de temps
queie fouhaitedauoirle bien queie reçoy!
L'htff. Il m'auient tout ainfi qu'à ceux qui ont 15-
guement attendu , après quelque bien rarecho-
{e,qui mal à jpeinepeuuent croire lors qu'ils l'est
4 DIALOGVE IL
en leur puiflance , que ce foit ce qu'ils defîroyent.
Ainfi dy-ie m'auient il de te voir maintenant
icy.
LepoL Iet'afleure mon grand amy^quilm'auient
aufli tout de me(me,en t'y voyant.
L'bt/l. Si n eft-ce fable, ny fantofme, nous voicy
tous deux, Dieu merci.
Le poL Dieu foit loué , qui nous a conduits à fau-
Éeté,& nous a faiâ entrerencontrer lors que nous
y peniions le moins. S'il te femble nous en remer-
cierons enfemble noftre bon Dieu, de tout noftre?
cœur, & puis après nous entretiendrons l'vn Tau
tre tout à l'aife du fuccez de nos voyages.
L'hi/ï. Nousne pouuons honeftementlaifferpaf
ier cefte occafion, de remercier bien humblemen
noftre grand Dieu , fans encourir le vice d'ingra
titude , Tvn des plus defplaifans à Dieu, & moins
fouffrable entre les hommes. Mais il nous faut te-
nir la porte clofe , pour euiter Pnconuenient qui
nouspourroit furuenir , veu le lieu où nous fom
ires : où le pur feruice & l'inuocation du nom de
Dieu (comme en tout le refte de la Papauté) efl
deffendue.
Lepof. I'efpere que bien toft (comme il nous ef
commande de Dieu, expédient pour nos mifere
& neceffaire pour noftre deûoir) il nous feraaull
permis de feruir Dieu par tout ouuertement. A
près que fa Maiefté aura fait iuftice de la grand
Paillarde; qui a corrompu la terre parfapaillar
dife,& qu'il aura vengé le fa ng defes feruiteursd
la main d'icellc : lors que les Rois de la terre, qi
Qy&t paillarde auec elle, & ont vefeu en délices
pleufe
DIALOGVE II.
pleureront & fe lamenteront à caufe d'elle, quan
ils verront la fumée de fon bruflement:Lors dy-ie,
qu'il n'y aura plus nuls Chananeens en lamaifon
du Seigneur des armées. Et que tous ceux qui fe-
ront demeurez de refte , de toutes ks nations qui
auront fait la guerre àl'Eglife de Dieu, adoreront
le Roy le Seigneur des armées. Ainfi que la predidt
Zacharieenfa Prophétie.
L'hi/l. lelefpere auili toutainfi. Cependant no-
ftre deuoireft,de marcher en tout prudemment,&
j d'attendre en toute patience ce temps là que le Pe-
: re a mis en fa puiffance.
Bien lepouuons nous prier qu'il abbrege ces
( iours là,& qu'il haflela vocation de fes efleus.
Lepel. Tu dis vray. Or le prions doncàgehoux,
s'il te plaid de faire les prières ie te fuyuray de
I tout mon cœur.
L'htfl. le le veux bien. Prions,
Seigneur Dieu Père éternel & tout puiflant,
I Nous tes poures feruiteurs , ayans efté tranfpor-
I tez par ta grace,du Royaume tenebreux,au Roy-
jiaumede lumière, & toft après employez par ton
Eglif'e en dis charges importantes à ton feruice:
Te rendons grâces, nous te louons > nous te ma-
i gnifions Seigneur, pour les biens infinis (& qui, à
| dire vray, nous font incomprchenfibles) quêta
I nous diftribues iournellement de ta libérale & in-
{ fatigable main , de ce que par ton bras fauorable
J tu nous as conduits & ramenez nous ayant admi-
| niftre' ks chofes neceflaires à noftre voyage , &
nous deliurantdes dangers aufquels nous fommes
expofez le plus fouuent pour nos péchez. Nous
a ii]
il*
6 DIALOGVEIL
te fupplions Seigneur , qu'il te plaife en nous par-
donnant nos fautes, conti nuer tes bénédictions &
grâces fur nous, & fur tes au res enfans & ferui-
teurs , comme tu cognois élire expédient pour le
bien de ta gloire. Sur tout Père & Sauucur , fay
nous toufiours fermement efperer es promefles
du falut éternel qui nous a elle a, quis par le fang
précieux de ton Fils ton bien aime. Et nous fait
continuellement dépendre de ta prouidence > par
laquelle iufqu'aux plus petits d'entre les oyfeaux,
font nourris & fouftentez , & les cheueux de nos
teftes comptez & gardez, iufq ues à tanr Seigneur,
que ru nous retires de ces miferçs > pour nous fai-
reiouyrde l'immortalité bien-heureufe, de la-
quelle iouyffent ceux que tu as retirez en paix.
Cependant Seigneur , nous te fupplions de prou-
uoir en gênerai & en particulier , à toutes les ne*
çeflîtcz de ton Eglife* dehafter le temps de la vo-
cation des tiens, 6c abbreger les iours de l^eftau-
ration des chofes.Et de nous faire en particulier la
grâce que nous puiffions bien toft eftre rendus en
iauueté, à l'Eglife qui nous a enuoye pour lu y
pouuoir rendre fidèlement compte de la charge
quelle nous a donnée; fay-le Seigneur, pour l'a-
mourdelefus Chrift ton Fils noftrefauueur. Ain-
fi foit-il. }
Le pal. Ainififoit-il. Or il faut que ie te dye deuar t
que paffer^utre,queie merefiouy granaement>&
m efmerueïlle quand & quand>confiderant la pei
ne que tu as eue , & les dangers par où tu as pafle
çnfaifant vn fi long voyage , de l'embonpoint
que tu j&ousen rapportes.
Vbk
DIALOGVE IL *
Uhtft. l'ay eu de la peine vray ement pour la loir-*
gueur du chemin>& diuerfîré des Régions , par ou
îl m'a conuenu paffer. 'Mais la gayetë de cœur ,de
laquelle i'ay marché, m'a fait trouuer tour le la-
beur facile: Quant aux dangers, tu fcay bien que
celuy pour lequel iemarchoiseftbon & fort pour
garder ceux qui fe retirent en fa garde: auflî m'a-
il tellement garanty que les dangers ne m'ont ap-
proche que de bien loin. Le plus d'ennuy que i ay
fenty , ç à eftè (afin que ie n'en diflîmule rien) les
Karhous & autres infolences où Ion m'a voulu
contraindre d'entrer par plufieurs fois en trauer-
fantles Àllemagnes: Les coups de coude pareille-
ment & les brocards de Franche dogues , dont les
Angloisvfent fouuent, coniointsauec la vaine &
fuperbe contenance ,*& autres desbauches qu'on
voit en Angleterre, m'ont merueilleufement of*-
fenfé.
Lr po/. Il y atioit aflez dequoy fe fafcher : mais
lennuy feroitgr^ndaudoublejficesfottifeseftoy-
cnt pratiquées par quelques Chreftieos & gens de
marque. Et ie me doute bien que les Karhous Al-
lemans ne fe trouuent que parmy quelques vieux
yurongnes Papiftes , es tauernes &r hoftellcrics où
il feroit bien aife' de fe faire feruir à part pour fuyr
la violencede ces Sacs-à vin. Quant aux cours des
Princes & Seigneurs Proteftans,où tu au ois le plus
affaire, iem'affeure que tu n'y as rienveudefem-
blab/c,ny pareillement parmi les Anglois de bon-
ne cftoffe(fi leur contenance ne trompe moniu-
gement) rien que courtoific & douceur , accom-
pagnée de toute modeftie.
g DIALOGVE II.
Hhift. PleuftàDieu qu'ainfi fuft i'amy comme
c'eft pour la plus part, tout au contraire. Les plus
granS y font les plus lourdes fautes , v oire les plus
religieux font plus qu'ilneferoitàdefire^embre-
nez dec.es ordures.
Le fol. Que me dis-tu?
L'hu II cft ainfi iet'en afleurc^ nul ne leur vienç
au deuant,ils s'en difpenfent à leur gré.
Leptl. Et les Pafteurs, quoy cependant? ne repre-
nent ils pas ces vices?
Lïhi. La plus part font des chiens muets,prefqiie
tous compagnons d'Hely > il n'y a point de disci-
pline.
Lepol. Si eft-ce que i'ay ouy dire qu'il yauoiten
Angleterre plusieurs Miniftres bons Pafteurs,qui
defîrans la reformation de ia vie & mœurs des
hommes, & de quelques cérémonies externes qui
font demeurées de relie de IaPapauté,neceflbyent
de faire tout deuoir par eferit ôc de viue voix,pour
mettre la difeipline Ecclefiaftique au deifus : Et
quelque bon Prince Proteftant qui la vouloir
mettre en {es terres.
iJhtfl, Tu dis vray: Mais fon bon vouloir n'a pas
eu l'effet defiré : Et quant à ces bons perfonnages
Anglois, du temps mefme quei'ay eftê en Angle-
terre, ils ont efté merueilleufement travaillez par
les Miniftres delà iuftice: Les vns ont efté bannis,
les autres depoftz de leurs minilteres : Et leurs ef-
critsparlans de reformation, condamnez comme
feditieux.
LepoL Eft-il poffible/
L'bift. Iieftainfu
U
D I A L O G V E II. 9
LepoL Quant au deflein de ce bon Prince, ic ne
aiesbahi pas par trop qu'il s'en (bit allé en fa-
mée, veu la tiédeur & lentit-ude de laquelle les
Princes marchent, quandileftqueiiionderepur^
ger les Eglifes qui leur font commifes -.Conlide-
rat auflï la malice des Peuples qm abufent le plus
fouuentdu bon naturel de leurs Princes. Mais de
ce fait-la d'Angleterre: i'en demeure tout efton-
né. Quelle iniuftice ! Quelle defîoyautê I le me
doute bien d'où cela peut venir jl ne peut procé-
der que de la bobance>ambition & infolence des
Prélats Anglois , fauorifeede la Chattemiterie
de quelques vns du confeil que ie te pourrois bié
nomrper. Mais qu'ils oyent (outre les pafiages de
rEfcriture)cequedit quelque grand perfonnage
de noftretemps,parlant de la difeipline Ecclefia-
ftique. S'il n'y a (dit-il)nulle compagnie5ni mef-
mes nulle maifon quelque petite qu'elle fcit,qui
fepuifle maintenir en fon eftàt,fans difeipline: Il
efï certain qu'il eft beaucoup plus requis d'en a*
, uoir en 1 Eglife , laquelle doit eftrc ordonnée
mieux que nulle maifon, ny autre affemblee.
Pourtant comme ladoftriire de noftre Seigneur
Iefus eft lame de TEglife, aulîî la difeipline eft en
icelle,comme les nerfs font en vn corps pour vnir
: les membres & les tenir chacun en fon lieu & en
fon ordre. Pourtant tous ceux qui défirent que la
i difciplinefoit abbatue.ou qui empefehent qu'eL
le ne foit remife au deifus , foit qu'ils le facent a
leurefeient ou parincon(ideration,cerchent dé-
mener l'Eglifc à vnediffipation extrême.
Vhiji. Cela eft tant bien dit que rienplus: Mais
i» DIALOGVE If.
quel remède quand les principaux, d'entre les ges
d'Egtife qu'orrappelle,qui deuffent porter le flara
beau deuant les autres, fc contentans d'auoir re
ceu lado<5trinc,n'ontcuredereformatiô.Et^uel-
que bon exemple que leurs voifms EfcoUois&
autres peuples qui l'ont reccu'ê , leur en fâchent
dôner,n'ont pas honte de fe monftrer en nemis ou
oertsde toute difeipline, cependant la feinte fim-
plicitédu furpelis plié menu comme celuy d'vn
preftre, lafotte&fuperflue clarté deschandeles
en plein midi,lefon fans intelligence desOrgues,
La gaye mufique gringotee ne manque point de •
dans leurs temples, en leurs feruices ordinaires.
LàdefTus Monfieur rArcheuefque,Monfieurle
Primat, Môfieur l'Euefque, & autres tels officiers
accompagnez de pages, laquets, cftaffiers, & au-
tres falots,iufques à 20 30 40ioo>&tely en aiuf-
quesà 2oo.cheuaux. ,
Le fol. O Seigneur, iufques à quand y aura il de
tels Maiftre-d'hoftels en ta maifon! Quels vigne-
rons, quels moiiïbnneurs! ils ont prins l'Euangile
en vain les paillards & s'en font fait riches.
Vhu Bellement ie te fupplie, tu es trop prodigue
eenfeur,ilsnefontpas tous ainfi Dieu mercy ,&
pour le moins la doétrine eft pure parmi eux.
Z^/w/.Voiredea!Mais où font les fruicls de la vi-
gne du grand Seigneur ? Ne font cepluftoftdes
lambrufches que bons rai/îns ? Et ne craignent-
ils pas, ie parle à ceux quç le Seigneur a eftablis
guettes fur Ifrael,que le Seigneur leur redemande
les brebis qui periflènt par leur faute: Voire & les
vns& les autres necraignét-ilpas que le Seigneur
ofte
-
DIALOGVE IL ir
©ftefon Chandelier du milieu d'eux, & leur face
fouffrirlafaim,iedislafaim'defa parole vrayepa
fture des ames,puis qu'ils en abufent ainloEt ce-
tte Princefle leur Roy ne,qui a la réputation d'e^
ftre tât fage & vertueufe,qui porte le titre de chef
de l'Eglise en fon Royaume,& de defféfatrice de
la foy. Eft-il poflîble' qu'elle & les feigneurs de
fon Confeil endurent vne telle desbauche en la
maifon du Dieu viuant? L'h*. "Ce n'eft pas là
toutjl y ab;c encore pis à craindre. Lrp/.Noftrc
Seigneur!quypourroitilauoirdepire,entreceux
qui ont receu l'Euâgilcque de n'é vouloir(par ma~
nierededire)quclamoitié,a fc.la feule doârine?
Lhu Ne feroit-ce pas chofe plus déplorable > fi
encoresde cefte moitié-là ils en faifoyent fi peu
d'eftat^qu'ilsnefe fouciaffent^quand biéauiour-
d'huy ou demain elle leur feroit oftee.
Lepn/.Cch eft bien certain, \ïht. Or font-ils
prefque fur le point de la perdre s'ils ne s'auifent.
Le pot. le ferois extrêmement marri 5 quoy que le
peuple qui en abufefoit digne d'en eftrepriuê,fi
ce que tu disauenoit: Mais dymoy comment ce
peut eftre. L/7/.II ne faut que la feule mort de la
Royncpour tout châger & réuerfer. hepo/.Co-
ment,Bon DieulEn 14 ou 15. ans qu'elle a régné,
n'a-elle feeu eftablir telles loix & ordônâces que
la do&rinede fEuangiie puifTe demeurer pure a-
pressôdefpartbogré malgrêla Papauté? A -elle
fi peu profiteen lalc&uredesbos liurcs5quei'en-
tensluy eftie tât familiers? Faudra il qu'vn Cico»-
ro luy enfeigne fa leçon, furpaflTant de zèle enuers
la Republique Romaines le zelç de celle Roynt
çnuers l'Eglife de Dieu/*
tt DIALOGVE IL
Quand il afferme n'auoir moins de foin de l'eftat
auenir que de l'eftat prefent de fa République:
he Dieu,quelle lafchetê voila.
ZJh'Ae t'afleure l'amy qaefi ia Roy ne & fon Cô-
feil ou le Parlement d'Angleterre ny remédie*
qu'ils font venus comme à la veille de voir la fub-
ueriîon deleureftat & delà Religion enfemble.
Lepo . Ha miferables ! Et que tardent-ils, qui les
empefched'y mettre la main deuantla main?
Uhi(l. R*en ne les endeftournequeladesbanche
& la v nitë de lacourdes délices des Prelatsda fu-
perbe des nobles : Et pour le dire erj vn mot le
peu de zèle que la plus pm des Anglots a enuers
le feruice de Dieu. Et Dieu par fon fecret iuge-
ment^pourfe venger de telle lafchetê tient corne
en lefTe vne royne d'Efcoflejque chacun cognoift
aflfez plus proche delà Couronne d'Angleterre,
pour lalafchertoutauffi tofl: après la mort de ce-
fte-cy .Et Dieu fçait quel remuement on y verra
s'ainfiaduient.
LepolO Seigneur! Et vit-elle encore cefte fatale
Medee>Qiii euft iamais ciiydécela? Catherinede
Medicis, 8c fesenfansont bien furpafsë n luxu-
re,eft cruauté &perfidietreftous leurs deuanciers
tyrâs,ils les ont dy-ie,iuftifiez,& aboly le plus de
leur renom: Mais après ceux là, ie croy certes
qu'on doit l'hofineur à ce(le-cy,d'auoir couché à
toutes reftesfoneftat,honneur &grandeur,&ra-
frefehyen plusse fortes le ieu tragique malheu-
reux» Iifembloitbienquefa prifon ta deuoita-
noir priuee des moy es de continuer Ces déporte-
mens ; Mais à ce que Ton a, veu la violence de ceft
efpric
dial;ogve il r|
cfprit^n'a peu eftrc retenue ny empefehee quelle
n'ai; tété le dernier effort desô deftî, traînât aaec
fon défait re la ruine dejtous ceux qui s'en font ac-
coliez. L'infortune duc de Northfolc aefté le
dernier,qui par fon fupplice nous fert de bon tef-
moin,qu'elie n'a laifsê péril à eflayer. Ayant fait
la plus hafardeu fe entreprife qui fe peut faire,qui
eft, d'attenter fur la vie de celle quialaûenne ea
fapuilTance,& de contraindre ceux qui ont fa vie
en leurs mains,de n'eftimer point leur vie eftreaf
feuree s'ils ne luy oftét |la fiene:Mais qu'attendéc
ils ces Anglois? N'y a-il ame qui remonftreà la
Royne& à fon Confeilla neceflïté qu'ils ont de
s'ofter vne telle efpine du pied?
L'hs. Voire dea:Il y en a eu des plus dodes & plus
zelez qui n'ont rien oublie à luy dire fur ces argile
ments : Mais la roy ne d'Angleterre eft fi bonne,
elle eft tant pleine de clémence & douceur quelle
ne pren t point de plaifir à voir refpandre le fang.
LepoU Quelle douceur noftreSeigneur,& quelle
clémence eft celle-là, qui traine auecfoylaruine
d'vn eftat fi beau & fi grand, & de la Religion en- t
femblc ! N'eft-ce plufloft la cruauté fa plus ex-
trême qa'on vit onques ? Si vne telle calamité fe
peut cuiter par moyés iuftes & licites t CeL.y qui
ne Tempefcliera ne fera-il pas coulpable de tous
les malheurs qui en aduiendront : Sera-ce pas v~
ne cru elle clémence pour fefpargner le djgne de
mort, faire mourir tant d'innocenrs,& vue dou-
ble charge de confeience a vn Prince de ne vou-
loir faire iuftice, ne procurer le falut de tourfon
Royaume.DieupresétecechoixàJiaroyned'Ap-i
I4 DI A LO G VE II. |
glcterre de faire iufticc, & affeurcr Ton cftat de la
Religion en Anglcrerre,ou refufant iuftice,y rui^
ner feftat& la religion enfcmble. Car on ne peut
dire qu'après le decez delà Roy ne d'Angleterre,
les chofes eftant en l'citat qu'elles font, il y ayt
moyen d'empefeher que la roy ne d'Efcoffe ne vie-
neàfucceder, & par confequent toutl'cftat du
Royaume à renuerfer , Se la Religion à changer:
tous ceux qui ne voudront eflre Ci mefclians que
de quitter le ciel pour la terre , & renier leur re-
ligion,pourle moins bannis,chafTez,cux & leurs
enfans miferables, corne on a ia veu le pourtraift
au règne de laRoyne Marie.
L'Iot. Cela edeertain : Et beaucoup de ges de bien
Anglois»auec lefquels i'ay deuifé de ceft affaire,
ne s attendent pas à mieux. Encore dernièrement
la roy ne Elizabeth , eftant tombée malade (crai-
gnant que pire luy auint) il yen auoitdefîaplu-
fieursquipenfoyent àtroulfèr leurs quilles.
Le po/.Ha poures gens ! Et comment eft-cc quVn
Parlement(duquel i'authoritéefl figrandecom-
metufeay ) nefaitouuertement refoudre cefte
Royne en cefai&cy ,en ce fait dy-ie,auquel il
neft pas queftion feulemétde punir le pafse,mais
auflî d'euiterle mal prefent & iduenir. Dieu au-
ra bien puny daueuglement, ceux qui ne verront
clair en ce il affaire. Ceux qui ont remis vn pareil
forfaidautrefois,rontrcmis à cqvX de qui ils n a-
uoyent occauon de douter femblable confpira-
tiommais de pardonner à ceux qui retiennent la
anefme volontés mefmes moyens pour mal fai-
DIALOGVE II Ij
ïc,c eft pluftoft témérité que douceur.
L'Angleterre tient (comme l'on di<5t)le loup
par les oreilles, ils ne le peuuét tenir long remps,
& encores moins le lafcher, queen l'vfte & l'au-
tre forte il ne leur face beaucoup de mal. Le pé-
ril y eft tout euident, &ia eflayê : vouloir enco-
res choquer au mefme efcueuil où Ton vient de
faire naufrage,cc feroit à tort, comme dit le pro-
uerbe,qu'on accuferoit Neptune.
Cela eft bien certain , que tant que la roync
«TEfcoflc y fera, elle ne ceflera de troubler ceft
eftat,par confpirations inteftines: Et fi elle en eft
vnefois hors(comme Charles de Valois s'eiTayc
iouruellement de l'en tirer)par guerre externe.
Il n'y a rien de fi pernicieux à vn Royaume que
d'y auoir vn fucccfleur,ayantdes qualitezfi per-
nicieufes à vn eftat,que la royne d'Efccfle. Car
en premier lieu , Ceft vn fuccefleur ennemy,el^
le Tau oit affez monftré par les guerres pak
fées. Mais en la confpiration dernière elle »
defcouuert la plus capitale haine qui fe peut mô^.
ftrer.
L'ambition & cupidité de cefte Couronne, ne
luy permet point d'attendre le temps delà fuo
ceflion. Elle a autrefois vfurpê le tkre & les arf
mes.
A prefent par cefte confpiration , elle a mon-
tre d'en vouloir auoir la poffeflion & la corn*
ttoditfc.
Dauantage , elle eft cftrangere de nation, tel-
' Jçaasnt que l'affe&ion naturelle > comme feroit
?
ÏS D1ALOGVE M,
en vn autre fuccefïcur qui feroit fils ne peut arre
fter l'ambition qu'elle a d'empiéter le Royaume.
Item elle eft eftrangere de religion, qui eft la
pire qualité de toutes, d'autant mefmes,qu elle a
(comme iay entendu dire,les partis pieça dreffez
dans le Royaume, tellement qu il n'y efchcrroit
que le coup de l'exécution.
La rétention donques d'vn tel fuccefïeur ne
peut eftre que trefdangereufe atout eftat : Etau
contraire l'extermination fort vtile & au grâd re-
pos 8c trâquillité d'iceluy,de forte qu'on ne peut
douter que ce ne fuftvn grand bié a ce Royaume
de luy ofter cefte efpinedu pied,qui ne celle de le
troubler & picquenEt de s'expofer au peril,quô
peut facilement & par moyens licites euicer,pour
après effayerd'eftre fauuez par quelque voye mi-
raculeufe de Dieu,& aimer pluftoft demourer
toufîours en danger,en retardant ourefufant iu-
ftice, que s'afleurer de fonfalut auecla iuftice.
Cela s'appelle en bô François, Tenter Dieu trop
vilainement.
Ehi- Tu en parles bien à' ton aife Se ainfi comme
tu fentens: Mais ie me doute bien l'amy quefi tu
tendois vne oreille à l'accufee &c àfes droits,que
poffible tu pourrois faire vne toute autre con>
clufion.
Le polla. à Dieu ne plaife que ie tende l'oreille à
cefte bonne Dame-là: Ientens qu'elle a trop de
moyens pour corrompre les plus parfaits. Mais d
ferois-ie bieii aifed'eftreenlieuou fonfai&fuft
traité, pour en dire ce qu'il m'en fernble,
J&hù Tu en as défia di& affezpourte garder d'en
eftrc
! D I A L O G V E IL Tj
eftreioge. Et nousauons (comme tu fçais)à
traiter d'vne autre matière: toutefois pourceque
ceft affaire importe tant à l'Eglifede Diea,fi tu
vcux*afin que faute de raifons,onnelaifie plus 15
guementvne punition fi neceflaire en arrière, ic
tiendray le parti de la royne d'Efcofîe(par forme
dedeuis)& t'allegueray au mieux- mal qu'il me
fera poffible tout ce que ces partizans alleguent5
i pour l'exempter de fon dernier fupplice , toy au
contraire debatras ce qu'il te femblera eftre rai-
fonnable,felon l'eftat Ôc laconfcience pour le bié
de ce peuple-là.f ay bon moyen d'en aduertir des
M'y i lord s qui me font amis. Apres cecy,ie te fe~
jl ray entendrelefuccezdetout moii voyage.
Lepo/. le le veux bien, & fi ne fay point de dou-
te que ie n'en puifife bien reioudreceux qui fans
pafîîon auec vn iugemét pur & net, voudrôt me-
. furer mes raifonf. Mais deuant que paffer outre*
; iefuis d'auis qu'en ce fait-cy (comme en toute au*
• tre matière d'eftat) nous ayons deux confidera-
tions conioinâ:ement,L'vne,Si ce qu'on propofe
c eft honn-cfte,rautrc,S'il eft vtile.Ceux qui en ma-
tières d'eftar, dient qu'il ne faut côfidcrer que IV-
tilitè, monftrent qu'ils n'ont guère l'honneur, &
encores mointla confeience, en recommandation
Le populace d'Athènes fufîît pour leur faire hô-
\ te au iugemfcnt qu'il donna, du confeil que The-
c miftoclesleur vouloir bailler sas le déclarer qu'à
j vn.lls efleurent( comme tu fçais)pour l'ouyr non
\ point le plus affeâionnè à l'amplification de leur
Republique, ains Ariftidcs le plus itifte , ai.quel
i aptes cju il leur eut rapporté que lecôfeil de The*
c b
i8 DIALOGVE IL
miftocles eftoit fort vtile, mais ,tpef-iniuftc:
Ilsdirenttous d'vne voix qu'ils n'en vouloyent
point: Nous auons donc en ce faift-cy obligation
& deuoir de regarder autant la iuftice & honefte-
té3 corne lVcilité publique du royaume d'Angle-
terre. De ce bié public s'il y a intereft ou non,i'en '
ay defia,ce mefemble, parle aiïèz:refte fculemet
à vuyder,fi le faiteftauflî iufte & honefte, com-
me vtile&neceffaire. Il elt bien certain & ne fe
peut nier ,que c'cftvn des plus grans crimes qui
fe peuuent commettre enuers les hommes que de
confpirer contre le Roy en fon royaume, contre
fon eftat & rauiflfement d'iceluyd'exemplaire pu-
nition de CoréiDathan>& Abiron letefmoigne
aflfez : Dauid ordonne & efleu de Dieu pour eftre
Roy après Saul, s'eft contenté defe deftendre&
fe garentir fansiamais attenter fur la perfonne de
Saul5à quineantmoiris il eftoit deftiné fucceffeur
delà bouche de Dieu. Ec combien que Saul luy
fift guerre mortelle &îniufte? fi eft-eeque Da-
uid fe condamnoit comme digne de mort,s'il euft
attenté contre Saul ,& fit mourir celuy qui l'ofa
cntreprendre,quoy qiul fe couurift du comman-
dement & de la necellîté de Saul. Ce feroit v-
pe fuperflue & vaine ostentation de s'amplifier en
long difeours fur la preuue d'vne maxime fi in-
dubitable: Que celuy qui veut renuei fer l'eftat &
attenter fur la vie du Seigneur fouuèrain d'iceluy
(ie ne parie pas du tyran ny delà tyrânieauffi) efl
digne du fupplice de mort:& efl: permis, voire cô-
mandé aux Pères de maftacrer leurs enfâs, & aux
frères leurs frères qui confpirent contre l'eftat.
Aulïî qui regarde combien de maux &dexrimc*
DIALOGVE IL i9
font trouviez en ce feul crime,combié de perfon*
nés y (ont oftenfees : les ruines & calamitez qui
s'en enfuyuent-.ia lôgue mifere qu'vn tel fait trai-
ne après foy5il s'en -trouuera rant d'expres,& en fi
grâd nôbre, dot ehacûeft feul digne de mort qu'il
n'y a pas aiïez de fupplicespour vne telle hydre
de crimes* Il ne faut que fe figurer l'image dVne
defolatiô vniuerfcllede tout ieroyaume^lacruau
té des proscriptions & calamiteux fpedacle des
profcrits, pour iuger le mérite de celui qui en au-
ra eftecaufe.Et iettant les yeux plus loin confide-
rer qu'il faut abolir toute efpece de Republique
& d'eftat, & rédre les homes brutaux fans focietc
ne iuftice, fi tel crime n'eft condârsë, d'autât qu'il
n'y a eftat iqui puiffe fub(îfter> fi telles côfpiratios
demeurét impunies, Etd'autre part leuantenco-
res les yeux plus haut , confiderer de qui procède
Tauthoiite tk patliance que Dieu a mife aux Pria
ces fouuerains ., qui leur rauit le feeptre refïfte
à la puiflance de Dieu, & viole ce qu'il a voulu
eftre fainft & muiolable par dcfFus autres chofes
humaines. Ce feroit chofe trop ridicule de pëfc r
exeufer ce fair , pour dire que le crime n'a pas efte
cffectue>ny par cofequet tous lesfufdits maux en
fuyuis. Car rn vn tel crime, fi on attédfexecut ô>
ilnerefteplus moyede le punir:ilfaut queTétre-
prife fo t punie corne le fait: autremët iamaisil n'f
auroit punitiô.Car fi le crime eutt rcufly,qui eu il
puny lescoulpables? il n'y eufteu nvloy^nyiu^c
popr les côdâner. Aucôtraire ilseufséteule pou-
uoir fur la loy & iuftice. Les exéples de ceux qu 6
Ht auoir efté-punisnesôt pour auoir execute:ainç
i* D 1 A L O G V E I I
feulemêc pour auoir attentê.Refte doncpour vu
principe confcty & indubitable par toutes les na-
tions ue la tcrre,& parcoures loix diuines & hu-
maines.Qu.evne relie confpiration eft digne de
plus de morts & fupplices que le coulpable ne
îcauroit fouffrir: & par confequent fenfuit que la
punition n'elt pas moins iufte & honeftc,qu'elle
eft vtile & profitable.
Uhu le t'accorde cela fimplement : Mais auflî il
faut que tu me confeffes , par l'aduis de Ciceron
mefmes?que fi l'on propofedeux bonnettes &
deux vuiles, quand & quand qu'il faut prendre le
plus vtile,!eplus honnefte& mieux feant.
Ztf/M'.îei'auoue.
Lbuïly aplus : C'eft qu'en toutes chofes 8c fur
tout en tous iugemés , on traite premier des pe -
fonnes>apres l'on traite de leur fait,ie dis notam-
ment des perfonnes du iuge &c de laccusë.
Lepol.lele confelTe,maisques'enfuyura-il pour
tant?
Z/è/.Ceft que fî nous confideronsles qualitcz do
la perfonne de la royne d'Efcoffe,nous trouuerôs I
- pour lapremiere,qu'elleeftmgiftrefledefô Rpy
aume>de pareille puiflance que la royne d'Angle-
terre neft fubie£te,&inferieure nyiufticiable.Qui
es tu donc5dit l'Ekriture5qui iuges le feruite^r
d'autruy?Dieu a>comme auec vn cordeau ,depar-
ty la terre entre les hommes qui tafche de foutre
paffer, contreuient au dixième commandement
perpétuel & inuiolable.Et d'aller refufeicer quel-
ques vieux droits de fouueraineté,que l'Angle-;
*crrepretenddeflusfEfcoire>& en vouloir vferJ
pour}
DIALOGVE I [. 21
pour rendre laroyne d'Efcofle iufticiable de la
royne d'Angleterre:ll n'y a homme de bon iuge-
ment,quinediequeceferoit des prétendues cou-
leurs &recerches, pour fe deffaired'vne PrinceC
fe à qui l'on veut mai. Car puisqu'elle a ePié auât
fa pnfonen pofîeflion , de fe dire Monarqueeti
fon Royaume, elle ne peut efîre par la contrainte
tenue, qu'en lamefme conditiô qu elle eftoit lors
de la première heure de fon emprifonnement.
Ce font les loixdu grâd Empire Romain,en tour-
tes les grandes guerres qu'ils ont eues partoute
laterre: C'eft la raifon naturelle qui le perfuade
allez à vn chacun. Et de prétendre auffî qu'elle
n'eftplus Roy ne, quelle a eftêpriuee du Royau-
me par fa defmiffion , & par la délibération des
eftats d'Efcofle : Ce font des traits que la Royne
d'Angleterre,ny autre Prince ne peut approuuer,
fans faire tort à l'authorité que tous les Princes
fouuerains vfurpent & prétendent auoir t eiuger
& donner la loy àleursfuiets,non point eftreiu-
gezny receuoirlaloy d'eux, ou eftre côtables de
leurs aâions qu'au feul Dieu quoy qu'ils facent.
Tu feais bien que le noflre s'en eft fouuent fait à
croire. Et en telles occafions, il femblc que les
Rois font tous vnis à reprimer & côbatre le faift
des fuiets:Tant s'en faut que la royne d'Ang cter-
rc s en puifle feruir pour s'approprier-authoritê
fur le royaume d'Efcolfe. llrcftedoncàla royne
Marie Stuard, cefte qualité de Royne fouuerai-
ne , non infericure de laroyne d'Angleterre, la-
quelle par confequent ne peut iuftement cegnoi-
ftienyiugcr fur elle: d'autant que le fondement
"b iij
il DIALOGVE II.
plus grad &preallablepoorfolidervn boniuge-
mentjceftd'eftablir lapuiffance& authoritêlc-
gititnede celny qui veut eftrciugc.
Les ambaffadeurs des Rois font par toutes les
plus agreftes nations , par toutes elpeces de reli-
gions,inuiolables,& ceux qui les offenfent tenus
pour exécrables & violareursdu droi&des gens:
à plus forte raifon ceux qui offenfent les Rois,de£-
quels les ambaffadeurs n'ont, que la réputation.
Les Romains ont laifsé vn exéple qui eft en plu-
sieurs points conforme au fait de la roy ne d'Efcof
fe. C'eftdesambaflàdeurs venus de la part des
TarquinsàRome pour emporter leurs menbles
ftpres leur reieâion. Ces ambaffadeurs firent v-
ne-confpiratiô auec aucuns Romains pour remet
tre les Tarquins & ren uçrfer la Republique, tuer
les Confuls & principaux if icelle: la conspiration
eft defcouuerte : les Romains font punis iufques
à la que Brutus fit mourir fes propres enfans, quât
aux ambaffadeurs Je fait cfld ébat u au Sénat, ou
le di oict de gens le gaignay& furent !es ambaffa-
deurs enuoyezen feureté. Ccluy qu'ils reprefen-
toyët qui eiloitTarquineftoit chafïe de fan Ro-
yaume , comme la royne* d'Efcoffe : les ambaffa-
deurs auoyent.faid la confpiration dans Rome,
après y auoïreftéreceus,commeh roy ne d'Efcof*
feafâten Angleterre après yauoireSîë receue.
Etto; tefois il çatiuge qu'encore en ce cas ils e-
ftoyent inuiolables.
La féconde qualité que la roy ne d'Efcoffepeut
alléguer pour eftre exempte de la générale côdâ-
nation des confpirateurs > quelle eft réfugiée en
-Angle-
i
DIALOGVE II. i3
Angleterre-.chaciï fcait côme elle y eft venue are
fugeapres iadcfroutedVne bacaillccômc elle jr
aeftéreceueà refuge & feuretéde fa vic:à cefte
heure la faire mourir, on dira que ceit l'acte le
plus indigne a'vn Prince qui ait efté fait iamais à
autrePrince.Les plus barbares Princes ont eu ce-
fte humanité de receuoir lcsroisdeiectez de leurs
thrones>& les maintenir en toute feu r été les trai-
ter auechôneur & dignité:& ont pensé que c e-
ftoit leur propre grandeur de fecourir,ou pour le
moins retirer les rois expoliez de leurs eftats,foit
par leurs fuiets ou par antres Princes.Etny a eu
iamais différence de religiô,inimitié pafTee ny au
tre occafion quiait empefehéce refpect deu a la
maiefte des Rois & Princes fouuerains ,& àceux
qui leur appartienent.On lit de Chilperic 4. roy
de Frâcetque les François chaflerent de fon roy-
aume qu'il fut receuà refuge par le roy deLorrai
neLoys Alphonfero dePortugal charte par fon
frère Scancho rov de Caftille fut receu par le roy
de Grenade Tilleda,bié qu'il fut Sarrazin:& quoi
qu'il luyfufl: prédit, qu'il ruineroit fa pofterité :
il le tint en fcurete,& lelaidaaller après la mort
de fon frère en fon royaume. Les rois Loys 11. &
Charles S.receurétZizim ou Gemes Turcdeietè
d lEmpirej par Baiazet fon frère, voire mefmes
e papelnnocét le receut.il eft vray qu'Alexâdrd
6.fôfuccefîeurluy fît en fin vn trait de Pape.Thc
miftocles fut receu par le roy des Perfes,& quoy
qucfafœurluydemâdaft punitio,dece qu'il luy
auoittuéfesenfans à Salamine>iamaisne voulut
violer l'AzyJe & refugequi eft es maifôs desRois
pour tous les Princes affligez. b iiij
14 DIA LOGVE II.
Ilyabiéeuenplufieurs Roys& Princcs,cotne
en tous eftats,dela mefchâceté &: nô guère moins
d'exemples de ceux qui ont enfreint & violé ce
faiu6fc droit d'hofpitalité,mais le confétemét vni
uerfel de toutes les nations delà terre detefté ce
ftepcrfidie>la fin mal-hcnreufe delà plus part des
perfides les condamne aflez, les poètes s'en font
fer is pour fuiers de leurs tragedics>& les ont lo-
gez en leur enfer fabuleux, parmi les plus cruels
tourmens qu'ils ont peu excogiter. tes hiftoires
en rapportent des exemples dignes pluftoft d'e-
ftre enfeuelis que recueillis en la mémoire des
|iômcs,fi n'eft pour la fin qu'ils ont eue miferable.
On n'aquefaire de diîputerfi laroyne d'An-
gleterre a donné la foy a la royne d'.Efcofïe, de la
renir en feureté : Car depuis qu'elle eftreceue,la
detenirvn li long temps, cela importe à fes pro-
mettes de feuretérautrement il eu (l fallu dés le cô-
mencement ne la receuoir point, comme on voit
parles hiftoires Romaines, quequand ils ne vou^
loyent donner feureté aux efirangers qui venoy et
à eux : Ils leur commandoyenr dedans dix iours
de-defloger de l'Italie, mais quedeprtis qu'ils les
auoyent receus,ils les ayent recerchez de rien,
on ne la veu iamais. Auffi n'y a-il homme qui
neblafmeceux quide froid fangfont mourir vn
qu'ils tienent en leur puifïance, encores qu'il foit
îeurennemy, & par eux prins en guerre, ce que
ii'atftë laroyne d'Efcoflfe.
La troifieme qualité delà royne d'Efcofle eft2
qu'elfe eft prifonniere. Il {embl croit que cefte
^ualijè luy deuil preiudicier, par ce que par cela
@n
DIALOGVE IL 25
ft oncognoifl quelle n'a point efté receuë comme
réfugiée ny donne aucune foy: Maisc'eftan con-
: rraire : fi elle auoit eftë receue à refuge & promef-
ni ie donnée, on luy pourroic imputer d'auoir con-
spiré contre celle qui luy auoit vfe de cefte gran-
ds de humanité : àprefent n'ayant rcceu aucune hu-
: manité de la royne d'Angleterre, elle ne luy eft de
>• rien obligée , voire que pour luy auoir vfé de ce-
s fte rigueur & n'atioir exercé en fon endroit, cefte
s generofité Se beneficence royalccomrne les Rois
• dont i a y parlé , elle auroit occafion d'en prendre
vengeance: Comme fitd'vn roy d'Hongrie qua-
trieme,Fcderic duc d'Auftriche,qui ayant fu^^ers
luy après la defroute d'vne bataille gaignec fur
luy par les Tartares : il le retint prifonnier , & le
contraignit luy bailler d'argent & trois Comtez
prochains d'Auftriche.Enfin eftantdeliuré,luy fit
la guei!re3& le tua à vne bataille. Il eft certain que
la royne d'Efcoffe a cfté toufiours fous bonne &
feure garde, iamais n'a efté en liberté fous fa foy.-
vn prifonnier qui n'eft point fur fa foy & à qui on
a baillé girde: il ne peut eftre blafmé derecercher
faretrai&e par toutes lesvoyes qu'il eft pollîble.
Mcfmemcnt qu elle dira auoir efté iniuftement
fai&e prifonniere : Car où l'on- prétend qu'elle
foit prifonniere de iuftice, ou de guerre : autre
tiers moyen agilenc s'en peut trouuer: d'eftre pri-
fonniere de iuftice, i'ay défia dit qu'elle naftitw
fticiable de la royne d'Angleterre : Par ainfi elle
ne petit eftre prifonniere de iuftice en Angleter-
re , par ce que le fondement d'vne vraye iuftice y
deffaut, c'eft la puiflance du Ingc: D eftre prifon-
%6 DIALOGVE IL
nicrc de guerre , on demande en quelle guerre les
Anglois l'ont prinfe.Que Ton fereprefente ce que
Elizec die au roy d'ifrael , quand il amena les Sy-
riens miraculcufcment aueuglez au roy d'ifrael,
lefquels voulant faire mourirje Prophète lu y dit,
qu'il ne les auoit pas prins par glaiue: & par ainfi
qu'il ne les pouuoit faire mourir , ny retenir: ains
les deuoit laiffer aller en paixrcommc il fit.
Si on vouloir fubtilizer fur les aétions pafTees de
laroyne d'Efcofife , & dire quelle eft chargée i**a-
uoir fait mourir le feu roy d'hfcoffefonmary, na-
tif d'Angleterre : par ainfi qu'il eftoit loifiWe à la
royne d'Angleterre de cognoiftre & iuger du tort
fait à fon fuiet par vn eftrager le trouuant en fa ter-
re.Ce feroit entre gens de bô iugemét vne couleur
recerchee , pour mafquer vne charité de Cour : &
ne fuft-il que de ce que le feu roy d'Efcofle fe fai-
iant roy d'EfcofTe, quitta aflfez par là fa naturelle
patrie. Et la Royne mefme l'ayant approuuc pour
roy d'Efco(Te,taifibîement abdica de foy fon fuiet:
corne ancienement les patrons leurs ferfs.Parainfit
elle ne la peu tenir depuis pour fon fuieâ.
Et quand bien la iuftice , le droid & la raifon»
permettroyent de faire mourir légitimement la.
royne dEfcofle: encorespropofera-on à la Royne
d'Angleterre,pour l'efmouuoir à grâce & commi-
feration: Premièrement que la royne d'Efcofle eft
fa prochaine parente. L'exemple de Dauid enuers
fon fils Abfalon : du roy Charles 5. enuers le roy
Philippe de Nauarre. Puis le naturel de la royne
d'Angleterre ayant toufiours régné en telle dou
ceur, qu'elle en eft louée & admirée par toute la
terre
I
DIALOGVE II. 17
terre : d'oublier cefte vertu fi recommandable aux
Princes, que la debonnaireté par la cruelle effufio
de fangdefesplus proches,les anciens Empereurs
qui ontpardonneles coniurarions côtr eux faites,
luyferôtpropofez, lefquelselleafurpafle iufques
àprefent en cefte louange d'humanité & clemen-
ce.Dauantagc la punition qu'on en feroic fi igno-
minieufe: que fi d Vn cofté on met deuant les yeux
s la maieftêRoyale^en laquelle chacun à veu la roy-
ne d'Efcofle > eftant royne d'Efcofle & de France
âcs deu x pins ancienes Couronnes de toute la ter-
re ? & après le fpedacle miferable, qu'elle fuft li-
uree entre les mains d'vn bourreau:il n'y a fi félon
Se cruel cœur tant fuft il feuere & hardy en la con-
damnation,qui ne fuft amolly & larmoyant à l'e-
xécution. D'autre part le refpeét du fils du roy
d'Efcofle fera.de quelque valeur, pour refpe&cr
le l'honneur de la mère infeparable de l'honneur du
11 fiisilequel ne peut eftre,s'il a bon cœur , qu'il ne fe
t:;reflente du deshonneur que fa mère aura fouffert
A parla main des Anglois : tellement que quand la
mère en feroit digne, fi on aimeourefpeâelefils:
i) il faut lu y déférer en ceft endroit qu'on ne desho-
11 nore point la merc & luy en elle confequem-
)£ ment. Outre les points.que i'ay traidezde la iu-
v flice&r delà commiferatiô, encore adiouftera-on
lt ce point de l'vrilité du royaume: car on cira fi on
s vient iufques-là que d'entreprendre fur la perfon-
f ne de la royne d'Efcoflerles Rois voifins auront vn
ic beau prétexte, voire occafion, digne de Rois,pro-
1- teneurs des Princes affligez, d'entreprendre vne
1 guerre contre la royne d'Angleterre : de forte que
aS D I A L O G V E 1 1.
penfantafïèurer Ton eftat elle le met en guerre &
en danger: pour le moins le roy d'Efcoflc Ton fils,
comme nous venons de dire, s'il deuient grand:
neferoit pas vrayement fils s'il ne haifioit mortel-
lement rÂngleterre,voyantroutragetjui aura eilé
fait à fa mère : & quoy qu'il trouue bon d'eftre
Roy afleuréparcemoye^fieft-ce qu'il fera co ai-
me Dauid de celuy qui auoit tué Abfalon fon fils,
ennemy & confpirateur contre fa vie & fon eftar.
Voila donc vne haine entre ces deux Royaumes
^ui font à prefent de bon accord , &c vne guerre
mortelle préparée à venir.
le te laiffe à penfer maintenant l'amy , fi ce ne
font pas là des raifons & circonftancesde tel poids
qu'elles peuuentbien emporter à vne iufte balan-
ce , tout ce que tu pourrois dire alencontre pour
vouloir comprendre la royne d'Efcofieenlacon-
demnation que nous tenons tous eftre trefiuftc,
fur Jes confpirateurs contre l'eftat & la vie dVn
Prince,
LepoU Tes raifons ont quelque apparence,pour
emporter les pafîîônez au party que tu auois prins
adeffendre:Mais elles rie peuuent en rien efmou-
uoirvncerueau bienfait, vn jugement cler3& vne
confeience nette , qu'elle ne iuge le plus honefté,
le plus iufte & vtile eftre toujours de mon party.
Et qu'il foit vray,efcoute vn peu en filence ce que
t'en fcay & ce que ie t'en veux dire.
Le premier poinék que tu as allégué de ce que
la royne d'Efcofîe n'eft iufticiable de la royne
d'Angleterre, ains eft egalle en puiflance à elle,
ibuueraine en fa terre comme cllep & que ce fe-
rait
,
I
DIALOGVË IL tf
roit vfurper fur le fccprre d'autruy &c. Tout cela
. a lteu(afiii que ie me taife de fa defmiffion)quancï
elle feroit en Efcofle, ou qui! feroit queftion de
A ce qu elle a fai& en fon Royaume : Car alors la
j roync d'Angleterre n'y a que voir, &nelapourS
« roitiuftementrecercheren aucune faço,fous quel-
. que prétexte que ce fuft ( fi ce n'eft pour loppref-
ls, fion & tyrannie qu elle feroit à l'Egiife de Dieu
f, & au royaumede Iefus Chrift,lequel eftantefpan-
es du au long & au large par toute la terre, n'eft en-
n clos dans aucunes limites, La deffenfe duquel èft-
également & indiflferemmet recommandée à tous
ne Princes de la terre : Pour cecy dy-ie le Prince qui
a efgard à fon deuoir , peut recercher , chaftier 6c
combatre fon compagnon qui fait la guerre à
Dieu. Conftantin fert de bon exemple qui rengea
par armes Licinius à laifler en paix ks Chreftiens
:, qu'il perfecotoit en ks terres. Mais de ce que la
B royne d'Efcofle a fait eftât en Angleterre,qui peut
douter qu'elle n'en puifleeftre iugee par la royne
r d'Angleterre? LafouuerainetédesRcis alieu en
5 leurs Royaumes:mais depuis qu'ils fon tau royau-
!„ me d'autruy, leur fouueraireten'a point de lieu.
C ren la terre dvn fouuerain, il n'y a perforififc
quineluy foit inférieur , mefmes en ce qui con-
cerne l'eftat & la feureté de la République. L'on
,g voir commeles Roisenonttoufiours vfequelquc
autre Roy qui viene en leur terre,foit-il tant amy»
[C & parent qu'il voudra, quelle gratification qu'on
|C luy vucille faire , iamais on ne permet qu'il corn-
t) mandefouuerainement-.fin'eftautcautâtdepuif-
. lance que par courtoifie on luy ottroye, Ceft vue
Jo DIALOGVE IL
chofe pleine de ialoufie que la fouueraineté > qui
ne fe communique iamais aautruy , de forte qae
toutes les raifons que la royne d'Lfcoiîe pourroit
alléguer en ceft endroit font contre elle. Car ii
pour eftre fouueraine elle prétend que nul ne peut
ny doit attentel* fur fa perfonne, par ce que ce fe-
roit entreprendre fur la perfonne 8c eftat d'vn fou-
uerain. Pourquoy eft-ce quelle a entreprins &
çoniure contre la perfonne de la roynç d'Angle-
terre & fon eftat mefmes en fon Royaume ? Et
tout ce qu elle peut dire pour exfolier la fouuerai-
neté & exemption des Rois fait contre elle. Par
ce que c'eft la première qui Ta violee,par ainfi elle
ne s'en peut plus feruir > non plus que celuy qui
enfreint vnpriuilege,ne s'en peut plus aider,mef-
mes enuers celuy enuecs lequel il Ta rompu,Celny
qui n'eftoit refpedé par le Conful comme Séna-
teur, difoit qu'il ne le refpeéteroit aufli comme.
Conful.Ie ne veux pas debatre fi elle elt pai eille,ou
fubalterne à l'Angleterre: fî elle eftencores Roy-
ne ou priuee de fon Royaume, celaeft certainque
les eilats l'en ont peu defmettré. Mais quand elle
feroit plus afleuree royne ou monarque , quelle
n'eft, puis qu'elle ne craint en la terre d'vn autre
Roy faire des entreprinfes pourluy ofterlavie&
laC©uronne,nepeut- il pas iuûernentdirefPour-
quoy voulez vous que ie refpe&e la fouueraineté
que vous auez hors d'icy , que vous ne relpectez
pas la mjene en ma terre propre?
S'il n'eftoit permis à vn Roy de cognoiftre de
tels faits fur les eftrangers Roisje mefehant feroit
de meilleure condition quç Imnocêt. Il feroit loi-
fable
DIALOGVE IL $t
fibledeconfpirerpar'prodition contre les Rois:&
les Rois ne pourroyét deffendre leurs vies & leurs
eftats par la iu(Hce. Et tât plus doit il eftre loifibla
à vn Roy de maintenir fon eftat par vue iufte pu-
nition fur vn autre Roy ou Monarque, que fur v»
autre qui ne feroit fouucram: d'autant quencores
pourrok-on délirer que le Roy offenfé en requiffc
iuftice au fuperieur du coulpable,pour n'eftre iuge
en fa caufe propre.Mais où il n'y a aucun iuge par
deffus le coulpable : ou il faut que les Rois facent
eux mefmes la iuftice,ou bien qu'ils foyent en pire
condition,que les plus infimes. Car à faute de iu-
ge ils n auroyent aucune réparation des torts qui
\ leur feroyent faits.Et toutefois là où il n'y a point
| moyen d'auoir iuge^lcs loix permettent aux fuiets
mefmes defe faire iuftice deleur main.
Aurcfte ie te confeffe , que (comme tu as did}
:> les ambafladeurs font inuioiables > mais c'eft tant
qu'ils 'fccÔtienéi aux termes d*ambafladeurs:Mai*
> quand ils fortent hors des bornes de leur eftat > il»
ne doyuét plus eftre tenus pour tels. Les Romains
ont attribue la prinfe de Rome par les François au
crime > qui auoit efté commis par QJFabius leur
ambafladeiir enuoyéaux François>où iltuahofti*
lement vn François,& après s'en alla àRome.Les
François demandèrent aux Romains,qu'ils le leur
baillaflent,pour auoir le fuppliceque mérite vn
ambaffadeur qui fait aftes d'hoftilitc.
Les Fecialiens eftoyent d'auis qu'il le leur fail-
loitliurer: autrement queks dieux en feroyent
fort courroucez &c defplaifans. Le peuple Ro-
maû* au contraire fauua ledict ambailadeur:
fr DIALOGVE H.
dont aprcs l'ire des dieux (comme ilsdifent) fut
telle contre Rome ? qu'ils donnèrent la Cire' en
proye aux François , &fne leur refta de tout leur
Empire que la petite tour du Capitoîe. Dema-
des ambaffadeur des Athéniens à iVntipater , ef-
criuoit des letres à Antigonus, pour venir pren-
dre Macédoine & l'Empire de Grèce qu'il difoit
ne tenir qu a vn filet vieil & pourry , pource que
Antipatereftoitvieil.Caflander !efit mourir corn-
metraiftre. Les ambafiadeurs des Perfes venus à
Amyntas , roy de Macedone, voulurent violer Tes
-concubines : Alexanderfon fils leur fuppofa des
garfons qui les tuerenr. Antonius lit donner les
cftriuieres à vn ambaffadeur de Cefar, & après le
luy enuoya, difant qu'il auoit parlé trop fuperbe-
rfient. Que fi le fenat Romain a iugé les ambas-
sadeurs des Tarquins eftre inuioiables par le
droiét des gens , combien qu'ils euflent confpiré
contre la Republicqùe : ça efté parce qu'ils ne
faifoyent autre , que la charge que leur maiftre
leur auoit baillée: mais ils en voulurent bien pu-
nir le maiftre de ce qu'ils pouuoyent : Car com-
bien que auparauant ladi&e conspiration le Sé-
nat euft accordé de rendre aux Tarquins tous
leurs meubles, fi eft-ce qu'après ladi&e confpira-
tion defcouuer te ils les déclarèrent confifquez &
exécrables : Aufli la confequence n'eft pas bonne*
ce qui eft permis à vn ambaffadeur , fera permis
au maiftrercar lesambafiadeurs ne font pas inuio-
iables, pource qu'ils teprefentent leurs maiftres:
Ains au contraire , les ambafiadeurs qui vienent
^e la pan de ceux qu'on voudroit le plus offenfer
ne
D IALOGVE II. 3 3
rielaiiîentpasd'eftre inuiolàbles : Et toutefois fi
ontenoit leurs maiRres,on les traiteroit hoffcU
lcment : Mais le priuilege des ambafiadeurs eft
fondé fur vndroitt de gens,parceque s'il n'y a*
uoitfranchife & immunité pour telles perfonnes,
toute feuretc humaine feroit perdue,& ceux mef
mes quilcs offenferoyent font interefléz aies c ô-
feruer,autrement on en ferôit autant des leurs.
Les Confuls Romains refpondirét à Hannoam—
baiTadeur àcs Carthaginiens, que leurs mai res
meritoyét qu'on ne leur tint point la foy nô plus
qu'ils l'auoyent tenue à leurs ambaiTadeurs : mais
iisne vouloyentpas punir au feruiteur ce que le
maiftre meritoitjnon pour autre chofe que pour
la foy publique. D'ailleurs il y a desfaicts, qui
fôt execufabIes,voire louables aux feruiteurs,fre-
res,enfans & femmes pour vne fidélité & affe&i ô
feruiable & officieufe,qui toutefois feroyent biea
punis aux maiftres5peres & mereS. Les hiftoires
des feruiteurs qui ont hazardé leur vie pour fau-
uer la vie de leurs maiftres iufl emét comdamnez,
font vulgaires &en louange à chacun. Mais fi les
condamnez euflent fait de m^fme3ils euffent elle
doublement punis.
La féconde qualité &c circonflancede cequela
royned'Efcoflecft réfugiée en Anglererre,& par
ainfi ne peur eftre offenlee fans reproche & note
de perfidie,fait pareillement contre elIe.Car d'au
ta: sô ingratitude eft plus puniiTable3d'auoir vou
lu ofter la vie à celle quiluy conferuoitla fiene.
Siceluy qui n'a rien mérité enuers le Prince qui
le reçoit à refuge,veut que pour le feul refyeâ:
6
4
I
34 DIALOGVE II.
d'humanité on le conferue : à plus forte raifon
doit il rendre le mefuedeuoir àceiuy 5 qui luy a
fait défia vn bon office de protechon,Si ceux qui
ont viole le droitt d hofpnalité aux Princes re-
fugiezvers eux5font Jetcftablesicombien le mé-
ritent dauantage ceux qui l'ont violé aux Prin-
ces qui les ont receus?
le tiens la foy& feureté donnee par la feule ré-
ception de la royne d'Efcoffe, & accorde que ce
feroit rompre la foy,d'offenferceluy qui a elle re-
ceu à refuge: mais c'eft vne perfidie deteitablc
d'offenfer celuy qui le reçoit.
Les poètes ont encores plus abondé en tragé-
dies compofees fur ce fuier,de la punition de tel-
les perfidies, que des premières. Leshifioires
pareillement n'en rapportent que trop d'exem-
ples:la feule hiftoire de l'euerfion de Troy e pour
la perfidie commife par Paris à Menelaus,lc con-
fentement de toute la Grèce à la punir & fiobfti- I
lier dix ans,auec toutes les incommoditez & mal;
heurs qu'il eft poffibîe.
Cleomenes roy de Sparte receu à refuge par
Ptolomee,fuyant Antigonus,& ayant après con-
{piré contre luy fe tua.PtoIorree l'ayant defeou-
uert fit pendre ignominieufement fon corps,
comme indigne de fepulture.Mais qui eft celu
là qui voudroit deffendre vne telle defloyautë,
dVnquiaaroiteftérecueiîly enfa mifere parvn
autre,& après auroit confpiré contre fa vie? Qu;
tient vn tel fait impuny oftetout le lien de la fo- i
cieté humaine,& fait perdre tous les offices d'hu- 8
raanite entre les Rois>s'ils penfent qu'ayant re-
ce
DIALOGVE IL 3$
ceuvn autre Roy à refuge,illuy feroit loiiïblecô-
fpirer contre celuy quiluy fait bon office , fans
crainte d'aucun,? punition. Il n'en faut faire iuges
que ceux mefmes qui font réfugiez chez autruy*
ceux-là detefceront comme pernicieux &dom*
mageables à tous les Princes , tant àceuxquire-
çoyuent,que auffià ceux qui ont befoind'eftre
receus*
Pour la dernière qualité & circonftance : Tu
dis que la royne d'Efcoiîeeftant prifonniere &c
mal traidee pour fa condition & dignité Roya-
lc,peut licitement^ tenter tous les moyens pour ef
chapper & recouurer fa liberté. Cefte opinion
eft veritable,mais qu'elle foit bien entendue: c'eft
à dire qu'on ne peut point imputer defîoyauté à
ccluy, que l'on tient fur garde, êc ne fe fie- on en
rien à fa foy,s'il cerche quelques moyens pour e-
uader.
Mais que fi vn prifonnier pour efchapper co-
rnet quelque crime qu'on ne l'en puiflé punir: il
s'enfuyuroit que pour eH.re pri{bnnier,il auroit
toute licence de mal faire.
Le plus vtgent argument en cefaiift, eft, de ce
qucla royne d'Efcofle prétend eftre iniuftement,
& fans légitime occafion détenue prifonniere par
la royne d'Angletene,comme n'ayant eftéprinfc
en guerre ou autrement.
Et par ainlî, comme entre les Rois, le glai-
ue eft le vray iuge pour punir , & venger leurs
faits : Si elle a vçulu faire tous apprefts , pour
venger par vne guerre le tort qu'elle prétend que
la royne d'Angleterre lu y fai&,elk ne fait que ce
c ij
36 DIALOGVE IL
que tous les Rois feroyent en femblable cas, &
corne ce duc d' Auftrichc fit enuers le roy d'Hon-
grie duquel tu as parle.Ie te refponds que la Roy-
ne d'Angleterre a fi bien iuftihé Ton fai&enucrs
tous les Princes Chreftiens,& monftrê que tant
par les loix & conuenances des deux royaumes
d'Angleterre, &d'Efcofle, que pari' vfage obfer-
uê entre les predecefteurs Rois de Tvn & de l'au-
tre royaume,il lu y eftoic loifible de retenir la roy-
ne d'Efcofle, & luy eftoit impofïible de la lafeher
fans faire tort aux loix ancienes& à fon e(lat,qu'il
neft befoin de faire plus grande infiftance fur ce
point.
Etmefmes quand bienlaroyne d'Efcofle euft
peu prétendre auoir eftê iniuftemét faite prifon-
niere après auoirfaifte cefte confpiration, Ion ne
peut dire qu'elle ne le foit iuftement: comme il
aduientfouuent que d'vne bonne caufe, la pour-
fuyuantpar mefehans moyens l'on la rend mau-
uaife.
Pompée , Caton & le Sénat Romain faifoyent
tort à Cefardeluy refufer le triomphe fi iufte-
ment acquis: toutefois par ce qu'il le pourfuyuoit
par confpirations contre lapatrie,iln'y a homme
qui n'ait iugê, qu'il auoit fait de fa bonne caufe v-
nemauuaiie. Sionconfidere toutes les confpira-
tions qui fe font à vn eftat,elles font la plus part
accompagnées de quelque tort, quel'onfaiclà
ceux qui vienentiufques à cefte extrémité &ha-
zardeufe entre prinfe:mais ne s'enfuit pas pour ce
Ia,qu'ils foyent innocens Se non puniiTables.
JLa roy ne d'Angleterre mefmes fuffira pourexé-
ple; É
DIALOGVE I T. 37
pie, encefaift: y eut-il iamais Princefle plus in-
iuftement & tyranniquernent retenue prifQnnie-
re,plusfeucrement traitée, plus fouuent expofee
au danger de mort qu'elle fut par fa feue fœuncô-
bien qu'elle ne l'euft iamais offenfee;Si eft-ce que
iamais n'cntreprint , i>e confpira contre elle: &
quand elle l'euft entreprms,il eft fans doute quel-
le euftefté iulîement condamnee,combien quel
le euft peu prétendre droiâ: à la Couronne. Audi
Dieu a ouy fa iufte plainte, & luy a fait iuftice de
fa main.
Quand la royne d'Efccfle auroit eu feulement
ce but de recouurer fa liberté, & employer les
moyens tendans à s'efcha pper, elle feroit excufa-*
ble: mais d'auoir voulu vfurper feftatde Iaroync
d'Angleterre & attenter fur la pcrfonne : c'eft bié
indignement recognu,ce que la royne d'Angleter
rea fait en fon endroiâ.Elleaeu puiffancefurla
Royne d'Ercoffe,fur fa vie, (il eft certain) fur fon
efiat. Les occafions en ont eftë fi propres, fi fou-
uent par tant de guerres ciuiles & partialitez qui
font en ceRoy aume-là,qu'il n'y a homme qui par
difeours humain ne le recognoiffe: fi eft-ce quel-
le n'a iamais voulu attenter fur fa vie>ny la liurer
es mains de ceux qui la vonloyent faire iuger par
leseftatstencores moins faire entreprinfefur le
Royaume. Mais au contraire elle a tafehépar
tous moyens à le pacifier & le conferuer pour fon
fils: toutefois à prefent elle luy rend tout le con-
traire.
Ce que Ton peut alléguer pour attirer à clé-
mence la royne d'Angleterre à pardonner ce fait*
c iij
3S DIALOGVE II,
eftbienconfiderable pour auoir compaflîon de
Ja royne d'Efcoffe. Aufîi vraye iuftice doite-
ftre accompagnée de con-paAion , & vuide de
toute cholere,malice & cruauté. Maisquepour
vne pitié il faille au lieu de iuftice faire iniuftice:
& s'il faut auoir pitié ,en auoir plus a vne feule
perfonne,que de toutl'eftat vniuerfel,ce feroit
mefureràfaufTe mefure,& p> ifer àfauts poids la
<clemence,&rhumanité,car s'il faux efire pitoya-
ble, ce feroit pluftoft eftre cruel, que hamain,
pour fauaerv ) pariculier,queon n'aye point de
pitié deroi:tvn pei<ple,dc tantdenoblcire,de tat
defamillcs5defquêlsla mort, le pillage , la ruine,
& Ja qijferç eftoit; toute proiettee par cefte con-
fpirariop,& nefcauroyenteftreaiTcurez que par
la punition du chef de laconiuration.
Il y a eu des Empereurs qui ont pardonné les
Confpirations-.Vefpafienles inefprifoyent toutes, i
parce qu'il s'eftoit perfbadé, qu il fcauoit le iour, ;
heure>& efpece de fa mort.
Ce font des exemples dâgercux à imiter: com-
me de ce percqui ayant defcouuert que fon fils
le vouloùtuer,&le mena en lieu ou il eftoit feul,
luy baille Fefpee, luy dit qu'il le tuaft,s'il vouloit.
11 y a plus de témérité en tels exéplesque de clé-
mence.
Mais en ce faif.i! y a vne considération plus :
iinportance.que en tOMS îesexemplesqui fe peu-
ue-itprcpof>r.&" qui met dutoutla Royne hors
dept,ufianced\'fer de clémence en ce;t endroit, ;
fans offc^.fer Dieu: Car ?1 n'eft pas icy queftion, :
4'vne çonfpiration qui n'apportafi autre change
ment
DIALOGVE IL î9
ment qaed'e!Ut,& règne temporel, mais elle
importoit changement delà Religion,en laquel-
le,qumd les Princes voudroyent quitter leur of-
fenfe, négliger le foin qu'ils doy lient du falut, &
repos des fuiets que Dieu leur a baille en prote-
â:ion , encore ne peuucnt-ils quitter l'offenfe,
qui tend a renuerfer le règne de Dieu, fon hon-
neur^ gloire, & fon vray feruice.
Il eft certain , que fi la confpiration euft forty
foneffeftjla Religion euft change en Angleterre:
l'intelligence du Pape,duroy d'Efpagne, & du
ducd'Albeledefcouurent aflez.
Que la royne d'Angleterre donques ferepre-
fente, leiufte iugement que Dieu fit fur Saul,
pour auoir fauuèla vie à Agag Roy d'Amalec,
Roy qui auoiteoniuré la ruine du peuple, & du
feruice de Dieu. Cefte clémence le fit reietter
de deuant la face de Dieu, rendit inuti les les priè-
res de Samuel, itifques là, que Dieu luy dépen-
dit de prier pour Saul: Se fit que le Royaume fuft
tranfportë de luy à fon prochain^ainfi qu'en parle
TEfcriture.
Achib ayant donne la vie à Benaclab, ennemy
& contempteur delà puiflance de Dieu, fut con-
damné par lafentencede Dieu, prononceede la
bouche du Prophete: qui luy dit que fon amefe-
roitpour la fiene. Dieu a voulu que les hommes
fuffcntcleroens Se doux àpardonner leiusiniu-
res,& f ueres à pardonner les fienes.
Et fi on regarde bien l'hiftoire faihûe, en la-
quelle les iugemens de Dieu fe cognoiflent au
vray,& par certitude: (Car aux prophanes,ilsnc
c iiij
4© DIALOGVE IL
fecognoiflentquepar coniedlurc.) On verra p!u$
<lc punitions furies Rois qui ont voulu eftre ce-
mens] aux defpens de l'honneur de Dieu, que fur
ceux qui ont efté trop cruels. Saul eftpuny pour
clémence : Salomon eft loue de la feueritê: Iofué,
ayant fans aucune humanité tyé trente vnRoy,
€ftloué:Sau!> &c Achab,pour en auoirlaifsë ef-
chapper vn,font condamnez à mort:c'e(l vne ver-
tu fort recommandable aux Princes que clcmen-
ce,maisle zèle delà Religipn,eft plus commandé
quela clémence.
De vouloir pcrfuader qu'il n'eft point vtile, de
prendrepunition de cefteconfpiration fur la roy-
ne d'Efco(Te,& vouloir faire peur à la royne d'An
gleterre des Rois voyfins, elleadefiaeffayé, que
les cntreprinfes des Rois voifins ne cefferont pas
pmr referuer la royne d'EfcoflciMais au contrai-
re^ n'y a rien qui ait donné courage, voionté^ny
moyen aux Rois voifins,pour entreprendre fur
foneftat, que la referue qu'elle afaictiufques à
cefteheure.de la royne d'Efcoffe. Il eft certain
que tous les troubles pafiez en Angleterre, ont e-
(té braffez par elle,& fondez fur Te perancedela
faire royne d'Angleterre. Les Rois qui s'efmou-
nroyent de fa mort, fontiaefmensttant fouspre- i
texte de la feule détention, & du zèle prétendu de j
leur ReIigion,que,pour dire plus vray,potn l'en-
uiequ'ilsontde ce beau Royaume fi riche,& fî i
opulent?qu'ils eftimét vne proye bien aifee,pouc
cftre entre les mains d'vne femme ^n'eftant ap-
puyée de perfonne, & de laquelle ils imputent k
flemence à timidke,& crainte de n'ofer chaftier
ceux
D I A L O G V E IL 41
«eux qui troublent fon eftat.La punition de ccftc
confpiration,n'adioufterarienàleurmauuaife*vo-
Ionte:mais l'impunité adiouftera bien aux moyens
de l'exécuter. LePape,le roy d'Efpagne,ny le duc
cFAlbe, quelle parentelle, ny confédération, oua-
mitié fi eftroicle ont ils à ladide royne d'Efcofle,
que pour fon refpe&ils ayent iamais voulu s'ar-
mer contre la royne d'Angleterre? c'eft pîuftofl la
haine que le Pape,le roy d'Efpagne,& le duc d'Al-
be, portent à la royne d'Angleterre, Fenuie qu'ils
ont de la voir fi heureufe,au plus fort des malheurs
de tous fes yoifins.
L'ambition qu'ils ont de ce Royaume fi floriC-
fant,& encores l'indignation qu'a le Pape, devoir
le Religion plan testant en ceRoyaume,qu'en ce^
luy d'EfcoflTcde voir fesreuenus, & fon authoritc
du tout perdue,fans efpoir de recouurement. La
royne d Efcofle ne leur fert que de couleur, & de
leur fournir de moyens à pratiquer troubles,& re*
muemens en tous les deux Royaumes: Quand la
royne d'Efcofle ny fera plus,leur malice demeure-
ra,mais leurs moyens cefferont,& entre autres ce-
luy qui eft le plus fpecieux,&auantageux pour leur
party : C'eft que la royne dEfcofle ne peut faillir
deftre royne d'Angleterre, par le droid de pro~
chaineré,& cours de fon aage,
Cefte confideration apporte de grands mal-
heurs àlAngleterre : car les ennemis delà Reli*
gion & de la Royne , en ont le cœur enflé, voyant
la faifon de leur règne fi proche:Ses plus afFeâion-*
nez feruiteurs, en font au contraire intimidez,
oyans leur ruine d'autant approcher: & les Prin-
4i DIALOGVE IL
ces étrangers font retenus às'affocier à la royne
d'Angleterre,fi ce n'eft pour mieux la trahir(com-
menoftre Tyran fouhaite)fachans bien que l'ami-
tié qu'ils contrarieront auec elle,fera autant d'ini-
mitié auec fon fucceffeur : tellement que ce feroit
contracter auec la perfonne , non point auec le
Royaume:par ce qu elle eftant moins,tout le Roy-
aume fera renuerfe.
On ne peut gueres baftir fur vn fondement,
qu'on voit ne pouuoir long temps durer:& (com-
me dit le prouerbe) Il y a plus de gens qui adorent
le Soleil Jeuant,quc le couchant. Il eft certain que
cefte confîderation , desfauorife infiniment tous
les defleins de l'Angleterre: Mais la facilite que
laroyne d'Angleterre a, de fepriuerd'vn telfuc-
ceffeur,& de s'en eflire vn proche, qui foit capable
& fuffifant , peut coupper broche à tous leurs
deffeins.
Quant à l'indignation que le Roy d'Efcofïe
pourra auoir a l'aduenir,ou contre ceux qui auront
fait mourir fa mère , ou contre fa mère , qui a fait
mourir fon père. S'il regarde la raifon , il a plus
cToccafion de fereflentir du meurtre de fon perej
auquel n'y a ny occafion,ny pretexte,ains vn parri-
cide^ perfidie deteftabîe: que deceluy de fa me-
re,qui eft accompagné de toute la raifon, & iufti
ce,qu'il eft poflîble de defirer à vn iufte iugements
Ioint,que c'eft vne peur de fi loin,&: fi incertaine:
à feauoir de ce que fera vn enfant quand il fera
grand , qu'elle ne mérite d'eftre réputée , au prix
d Vn danger prefent & euiknt.
Oiitre ce que la comparaifon eft fort inégale
di
DIALOGVE IL 43
de la crainte dVne guerre extrême, à vne confpi-
rarion inteftine.
Nous auons dit qu'en affaires d'eftat, il faut re-
garder fi ce qu'on propofe eft iufte>& vtile au pu-
blic: les autres refpects de clemence,de libéralité,
. de generofité particulière , doyuent toufiours ce-
deràrvtilitépublique:maisilya encores vn tiers,
qui furmonte tous autres : C'eft vne neceffité
publique, Celle-k eft préférée quelquefois aux
loixdiuines ceremoniales. Les Machabees qui
ne voulurent combatre au iour du Sabbath,
demourerent enfeigneurs à leurs fuccefleurs,
de taire céder les cérémonies diuines, a la necet-
fite.
Les Romains difent,que leurs maieurs auoyent
fouuent préfère la neceffité, à la Religion : Les
loix politiques luy cèdent. Caton qui en a efte le
plus rude obferuateur , le perfuada au Sénat en la
queftion Catilinaire: auffi le falutdu peuple, eft
la fouueraine Loy d'vn eftat : car alors , la ne-
ceffite publique fait licite ce qui autrement ne
leftoit point: A plus forte raifon fera elle préfé-
rée à vne douceur , qui n'eft que volontaire : &
à vne clémence, quitraine auec foy la ruine de
l'eftat.
Que la neceffite, & falut publique foit en ceft
endroit, il eftaftez aifeàinger, parce que défias,
où il a efte monftré que ccfïe confpiration n'ap-
éortoit pas feulement changement d'eftat , mais
ruine de Religion.
Il ne refte donques , que de bien fonder la vé-
rité7 , & certitude du deli& : Et auoir iutentiQn
44 D I A L O G V E 1 1.
droi&c&fincere. N'apporter haine, ny paflïons
à ce iugemenf.ains cerchant la verité,defir£r pluf-
toft trouuer l'innocence, que la coulpe. La coul-
pe eftant vérifiée , auoircompaffion du malheur
auquel le coulpable eft cheu ; Mais auoir vne ba-
lance & mefure iufte à cefte pitié, qui eft, comme
la haine particulière 3 ne doit iamais nuire au pu-
blic,au(Ti la particulière amitie,ou commiferation,
nedoit iamais faire contrepoids , à la pitië que le
prince doit auoir, de la ruine publique,& généra-
le de fonRoyaume:& cncoresmoins,au zèle qu'il
doit à la conferuacion, & amplification du règne
de Dieu,
Le Princcquirefufelaiufticeà vn fien fuied,
eft coulpable deuant Dieu : à plus forte raifon cc-
luy qui la refufe à tous (es fuiets d'vn coup, & no^
tamment à ceux defquels on feait que leur mort
cftoit iuree par cefte confpiration : lefquels (à ce
quefay entendu) font des plus illuftres de fon
Royaume.Et qui par les fidèles feruices qu'ils ont
fait à la royne d'Angleterre , méritent qu'elle leur
oétroye , ce qu'elle doit au moindre de (es fuiets,
qui eft la iuftice des machinations qu'on fait con-
tre leurs vies.
Il eft certain qu'il n'y a fidèle féruiteur de la
royne d'Angleterre qui n'ay e fait,& deu faire tous
les offices qu'il a peu , de defcouurir , aceufer , &
condamner (chacun félon fa vocation & qualité)
vne fi malheureufe confpiration , & qui par là ne
{bit expofe, à la haine de tous les confpirateurs, &
de leurs complices : & plus ils y auront fait leurl
deuoir,plus ils en feront hays de ceux qui font k&*
plus
DIALOGVE II. 4j
plus principaux de ccfte confpiration : de façon*
que venant la royne d'Efcofle à la fuccelîion du
Royaume, ceux qui ont defcouuert à la Royno
d'Angleterre cefte confpiration, font expofez eux»
& leurs familles, à la haine d'icelle, fi on la laifle
impunie. Qu'eft cela fmon pour fauuer le confpi-
rateur,&ennemy,laifleren proyeenfesmain*, le
fidèle fuie&, &ai#cce, donner vn tref-mauuais
exemple, à tous ceux quidorefenauant fca ront
quelque femblable confpiration (comme il eft 3
craindre, puis qu'on saccouftume à telles faâions
en vn R oy au me, que ceft e-cy ne fera pas la derniè-
re) à n'cftre fi volontaire à la defcouurir, voyant la
ruine qui leur eft, & à leur pofterité toute certai-
ne,pourauoir voulu fauuer la vie, & i'eftatàleur
Royne.
Il ne faut pas aller gueres loin, pour voir les in-
conueniens, qui arriuent de pareils faits. Qu'eft-
ce qui a rendu le roy d'Efcofle dernier, delaiflc
des fiens , expofe à la cruauté de fes ennemis, que
pour auoir quitté fes amis, lefquels luy auoyent
defcouuert ce qui touchoit à fon honneur, & à fa
vie,s'eftans monftrez fes bons,& fidèles ferui-
teurs, Se s'eftans par la rendus ennemis de la roy-
ne d'Efcofle , & des miniftres de fa lubricité } Il
voulut appaifer fes ennemis , & lailfer ceux qui
luy auoyent voulu faire fcruice:il iuyaduintquç
depuis, il n'y eut homme qui vouluft, ou ofailJuv
vfer de pareils offices , lors que le befoin en efloïc
plus grand : aufli eft ce vnc hdciiré, & refolutiou
bien rare auiourd'huy , quand vu fier de couure
vaforfait,duquel il voit deux cueuGmcnsticCcej:*
4* DI A L O G VE Iî. [
tains deuant fes yeuxràfcauoir que celuy qu'if ao» |
cufe, pourroir eftre quelque iour fon Roy > &a-
uoir fa vie, fon honneur , Tes biçns, & de tous
lesfîens en fapuilfance : Se 1 autre , Q^e quoy
qu'il fâche dire & vérifier , l'accafé n'en foiiftrira
rien.
Si le confpirateur eftoit quelque perfonne in-
fâme > de laquelle ils n'euifen^occahon de rain-
dre fa haine, & inimitié , on pourroit dire qu'ils
ont intereft particulier à cefte douceur , & clé-
mence , & qu'il n'y auroit que l'exemple pu-
blique qui fuft fruftré : Mais eftant celle qui
eft la plus proche à eftre leur Royne , con-
tre laquelle ils ont defcouuerte cefte machina-
tion, &c les laifler en proye entre fes mains , il
n'y a pas vn de ceux qui s'en font mêliez , qui
nedoiue penfer, que c eft fait de fa vie , de (es
biens , & de tout ce qu'il a de plus cher en ce
monde , fi la royne d'Efcofie vient à eftre leur
Royne.
Il eft àefperer, que ceux qui ont efte' fidèles à
la royne d'Angleterre, à la defcouuerte , & vé-
rification de la coniuration , peneuereront touf-
ioursen lameftne fi ielke, quelque danger qu'ils
fe voyentpropofé deuant les yeux. Orc'eft v
ne tentation bien dangereufe , qu vn Prince pour
garantir vn qui eft digne de punition , mette eu
telle efpece de defefpoir {es plus loyaux ferui- I
teurs.
Le refus de iuftice fait par le Prince à Ces fu-
iets , mefmement à ceux qui font les principaux,
près de fa perfonne , a efté toufiours dommagea- I
blo
h
td
D I A L O G V E IL 47
ble au refufant. L'exemple de la mort de Philippe*
père d'Alexandre, fuffira pour tous : Le defefpoir
où tous les fuiets fevoyent fans efperance de pro-
tection de leur Roy , les contraint d'aller cercher
j leur feurcté ailleurs.
Or eft-ce le pire confeil qu vn Prince peulfc
auoir , de delaifler en defefpoir fes princi-
paux feruiteurs , & les contraindre d'aller cer-
cher leur prore&ion , ailleurs qu'à fon Prince na-
turel.
Si Ton s'amufeà l'opinion que Ton aura delà
punition qui fe feroit : Ceft chofe trop vaine, que
les opinions, & rumeurs des hommes, pour les
mettre deuant le falut:Fabius Maximus n'en eftoit
pasd'auis : Aulli, quiconque sarrefte à cela, il
monftre n'auoir guère droiâ e intention. Ce boa
Empereur d'Antonin, aduertifïoit les Proconfuls
qui alloyentaux prouinces, de n'afteéter en la iu-
ftice , réputation ny de feuerité , ny de clémence:
car l'vne, & l'antre affe<5bion, defuoyent du droiâ:
fentierdelaiuftice.
Ceux qui iugerontfainement , & fanspaflïoa
de cefl: affaire^ ne pourront eflimer la roy ne d'An-
gleterre que tref-iufte Princefle, tref-fage, & bien
zelee au falut de tout fon peuple , & à la deffen-
fe & propagation de la vraye Religion Chre-
fliene.
Ceux qui eniugeront par affeâion, & contre
la raifon , ne méritent qu'on fe foucie de leur iu-
gemcnt, ny qu'on difpute auec eux par raifon, vcu
2u'ils la banniflent de leur iugement,par leur pak
on particulière.
4* D1ALOGVE IL
Pour conclufion , la punition de cefte confpira-
tion fur la royne d'Efcofle,fuppofe quelle foit vé-
ritablement coulpable , quoy que fâchent dire &
alléguer (es partizans,eft tref-iu(te,& légitime, par
toutes loix diuines, & humaines : vtile, voire tref-
neceffaire,pour le falut,& conferuation de la per-
fonne de la Royne , & de tout l'eftat d'Angleterre,
& mefmes de ceux , que la Royne a occalion d'ai
nier le plus. Au contraire, l'impunité^ eft vn vray
refus de iuftice, & de prote&ion à fes fuiets,vn '
mefpris du falut de fon peuple , & (ce qui eft plus i
à regreter) vne defertion , & contemnement de là j
conferuation cle l'Eglifede Dieu > & de fon pur
feruice, lequel, comme tu as di<5tau commence-
ment, y feroit de tout point renuerfé, (i la mort de
la royne Elizabeth aduenoit, deuantle fupplice
deu à la royne Marie,
Dieu n'aura faute de moyens pour garantir for*
peuple efleu , & amplifier fon règne : mais mal-
heur au Pafteur, qui auranourry le loup dans le
troupeau: & aulaboureur , qui n'achaffélefan-
glierde la vigne du Seigneur. Et comme dit Eze-
chieUau ^.chapitre: Celuy qui oit fonner la trom-
pette^ ne reçoit point faduertiftement, fi fefpee
vient,& l'occit, fon fang eft fur luy : & encores a-
presîladioufte. La guette quioyt lefondel'en-
nemy venant > & n'aduertit, fi fefpee vient, & oc-
cit vn autre , le fang de celuy- là eft fur luy: Car il
eft mort en fon péché. Mais il redemandera (dit le
Seigneur) fou fang de la main de la guette. Il ne
faut point dire, ce danger eft loin de nous, ce fera
après la mort de la Royne : Dieu luy face la grâce
de
DIALÔGVE IL &
de viure longuement : tout bon fidèle le doit fou-
haitenmais c'efloitle prouerbe des enfans d'ifracl,
duquel le Prophète crie tant,vous auez dir,la pro-
phétie cft prolongee,ou fera d 'icy à plusieurs iours*
& après longtemps: Non,ditle Seigneur: fauan-
ceray le iour , & ma Prophétie fera auancee , nort
pas prolongée. Dieu vueille diuertir ce malheur,
comme il monftre bien le vouloir : veu qu'il en
donne les moyens fi iuftes, honeûes, vtiles, profi-
tab]es,neceflaires,aifez5& faifables.Amen.
Voila Tamy en fomme , ce que ie penfe qu'on
peut dire fur ce faict , pour Tcfclarcir , & pour re-
foudre, & defueloper les nœuds de toute la ma-
tière. C'eft àtoy maintenant, fi tuletrouuesbon
d'en aduertir les grands de ta cognoiflance: afin
que rien ne les empefche , de demander iuftice a
!iaute voix, & crier tant , que les plus fourds l'en-
rendent.
Uhtft. le fuis tant fatisfaiû en ton difeours gra-
lé, & prudent : Icl'ay tellement imprimé au liuré
Je ma mémoire: iay fi bonne enuie qu'il foit ven,
fe entendu , de tous les zélateurs du bien public
icl'Eglifc de Dieu, & ay de fi bons moyens, Dieu
nercy , pour les en aduert.r, que ienevoudrois
30W rien, que nous cuiïîons employa celle heure*
i autre dems quel qu'il foit. Maintenant ? ie te di-
•ay plus gayement comme il me femble, tout le
BjCCttE <k mes voyages.
Le po '. le t'en prie beau fi re , mais que ce foit
liens digreflion , le temps me dure , que ic ne fa-
:he comme c cft que Dieu a beny tes fainâs la-
* leurs»
d
p D1ALOGVE IL
L'hi. Certes amy,ie te puis dire,que izy prcfquc
trauailié en vain, & ie te diray en deux mots com-
ment referuant toutefois à dire quelques particu-
laritez à l'Eglife qui nous a enuoy é.
Tu dois feauoir amy , qu'au defpartir d'auec
toy,iay tant fait par mes iournees, que ie me fuis
rendu, par grâce de Dieu , en la Cour de la pluf-
part des princes Proteftans, i'ay elle en celle de
l'Ele&eur Palatin , du duc Augufte de Saxe, du
Marquis de Brandebourg , des Lantgraues de
Heflen , du duc de Vvitemberg , du Marquis de
Baden, (le te les nomme ainfi qu'ils me vienenc
à la bouche, & non félon leurs degrez, ou Tordre
de mon voyage) I'ay efté à la Cour du duc de
Prufle , du duc de Melzelbourg , du duc Iules de
Brunzuich, du Prince d'An-halt, du duc de Lu-
nebourg, des ducs dePomeranie, du comte de
Oldembourg , du comte de Hansbach , de TAr-
cheucfque de Magdebourg, du RoydeSuedde,
du Roy de Dannemarc, des ducs de Olftian: & fi-
nalement en la Cour des Comtes de Emden, I'ay
auflî parlé aux Seigneurs du Confeil des princi-
pales republiques d'Alicmagne,qui ont receu TE-
uangile , ie leur ay bien au long fait entendre , à
chacun en particulier, i'hiftoire tragique du Maf-
facre de Paris, l'en ay trouué aucuns d'entre eux,
quieftoyent défia auertis , par des Eftaffiers de
Charles, qui , donnans leur ame au Diable, pour
l'amour de leurs maiftres , auoyent voulu perfua-
derà ces Princes, que l'agneau auoit trouble l'eau
au loup. Mais>pas vn d'eux n auoit efté û njal aui
ii de le croire.
I
DIALOGVE IL 51
le leur ay fait entendre,autant comme i'ay peu,
&fccu, le furplus de la perfidie de Charles de Va-
lois^ des fiens,leur$defleins, leurs en treprifes,la
calamité de f Eglife Françoife , lebefoin quelle a
d'aide, le deuoir qu'ils ont de la fecourir en la ne-
ccflïté , comme membres de l'Eglife Cathclique>
que nous croyons tous n ayant qu'vn feul chef Ie-
fus Chrifttie leur ay remonftrê le bien qu'il leur ea
reuiendra^'ils le font,& le mal ne le faifant pas:ic
leur ay dit là deflus , ce que Daniel en auoit pro-
noncé en l'arreft que tu fcay , i'ay accompagné
mon dire d'authoritez deTEfcnture , desfain&s
Docteurs, d'exemples anciens, & modernes,de la
rai(on diuine,& humaineûe 1 ay mefmes entrelar-
de de quelques fables feruans à ce propos: entre
autres, ie leur ay recité bien à point(comme ils me
l'ont par après confeflfé) la fable que tu fcay du
bon homme Mercier.
Le po. le ne fcay quelle fabîe tu veux dire,ie l'orrois
volontiers dircs'il te plaid en prendre la peine.
Lïht. Iepenfoisquetu la feeuifes mieux que moy,
elle eft affez vulgaire, mais fort conuenable à no-
ftrefait. Efcoute. Il y auoit vne fois vn bonhom-
me de Mercier, trafiquant. & fréquentant les foi-
re5,rnontc d'vn bon & beau courtaut, qui menoit
% après foy vn afne , chardé des balles de fa mar-
di' chandife: Auint vn iour, oupourcequeTafriee-
ftoit trop dru,frais,& gaillard,qu'il s'efgaroit à tra-
uers champs, ne fc (ouuenanr plus des coups de
ballon qu il en auoit receu au parauant,ou pour
quelque autre occafionfecrete, qu auoit le maiflre
d'ainfi faire; il auint dis-ie, qu'il s'auifa de charger
d ij
ft DIÂLOGVE IL
fon afnc, d'vn ballot, d enuiron cent liures pefant*
plus que fa charge accouftumec, vn iour, auquel,
par grand defaftre les chemins eftoyent empirez,
pour l'iniure du temps de la nuiâ: : tellement que
le poure aine , n'auoit garde de regimber, pluftoft
àhanant fous le faix , efmouuoit à pitié tous ceux
quiregardoyent fa contenance , le feul cheual ne
faifoit que s'en rire. Le Maiftre eftant contraint de
s'arrefter en vn vi llagc,pour payer le peage,enuoya
fon courtaut deuant , & lafne aufïi qui le fuy uoit,
au moins mal qu'il eftoit poflible , iufques à ce
qu'eftans arriuez en vn mauuais partage, duquel
f afne preuoyoit bien qu'il luy eftoit impoffible
d*efchapper,ny de paffer outre,fans fe rompre ou
bras, ou iambe, ¶uentureauflilecoI, pria
lors affe&ueufement le cheual de luy aflîfter, &
l'aider à pafTer ce mauuais chemin , ne luy de-
mandant pour tout fecours autre chofe , finon
qu'il print fur foy le ballot d'extraordinaire , iuf-
ques à et, tant feulement , qu'il euft pafle par delà
ce mauuais paffage,promettant le reprendre après
tref- volontiers deflus fon dos: mais il craignoit
autant ce bourbier-là, comme fa ruine prefente.
Le cheual,fe moquant de l'afne,au lieu de luy vou
loir aider, le raenaçoit fièrement du rude bafton
de fon Maiftre, qu'il difoit ne pouuoir tarder: que
d'obligation,il n'en auoit point à l'afne, & quand
bien ileneuftquelqu'vne, elle ne s'eftendoit point
iufques-là,que de luy perfuader, de faire le vil of-
fice de Baudet , qu'il eftoit cheual de nature , plus
généreux qu'on ne penfoit, qu'il s'eftoit trouué
*ȉiatesfois entre les rengs des grans cheuaux:
D I A L O G Y E 1 1. 55
Somme > que quoy queux deux n'euflenr qu Vu
Maiftre, que leurs offices eftoyent feparez,& qu'à
chacun le lien n'eft pas trop : s'afleurant d'auoir
bien toft fon pafle-temps à tenir compte des bons
petits coups de bafton. Biudet , fe voyant efcon-
duir du cheual, craignant les menaces du Maiftre,
voire, & s'afleurant des coups , autant , dit- il lors,
me vaut-il mourir icy, que plus attendre: mon
Maiftre me tuera de coups.Si fe mit fans plus mar-
chander , à deuoir de bien pafler outre : mais le
bourbier par trop profond, luy ayant rompu fon
defiein Tarrefta rout court, Se de forte,qu'il luy fut
force d'y mourir,le col caiTe fous lacharge.Lcche-
ual aulfi mal-enfeigné , que beaucoup de gens de
ûoftre aage , qui ne rient iamais mieux , qu'alors
que quelque mal s'addrefle , fe print à rire aufïï
graffement, comme s'il eut fait quelque grande
conquefte : mais le Maiftre arriué,ayant demandé
nouuelles de Martin, le voyant mort fous la char-
ge , fit bien toft changer contenance , à ce beau
monfieur lecheual, luy remonftrant , qu'il eftoit
force,de lu y charger le baft deflus5qu'il ne vouloit
pas laifler perdre fa marchandife,ny la laifler illec
plus longuement.
Le pol. He que i'eufle volontiers veu la contenan-
ce du cheual!
llhifi. Il faifoit lors (ce dit le compte ) vne bien
piteufe grimaffe , & n'allegant rien que Ces droits,
fes qualitez,&fes menres,aifoit,qu'il n'eftoit cou-
ftumier à porter rien plus que la lellctCe qu'il fai-
foit bien volontiers , s offrant à mieux porter fon
JWaiftrc, qu'il n auoit fait par le pafle : mais aurc-»
d iij
54 D I A L O G V E II.
fte , qu il le prioit de ne lay parler poinr du baft,
que c'eftoitle meftier des afnes, qu'on en trouue-
roitbien vn autre, qui vaudroit trop mieux que
Martin : mais, le maiftre , ne voulant prendre ces
raifons en payement, ayant attaché le cheual à vn
arbre,& retire le baft, &lcs balles du bourbier,a-
uec vn regret indicible delà mort du poure Mar-
tin,chargea le tout,à l'aide de quelques pa(Tatis,fur
le dos du feigneur Cheual: lequel, fe ramfant bien
tard, de la faute qu'il auoit faite , refufant d'aider à
Martin , regretta tout le refte de fa vie, la mort du
bon poure Baudet.
Le pot. le t'affeure, que voila vne fable autant a
propos, que nul autre qu'on euft peu forger de ce
temps. Hé qu'il fut bien employé a ce vilain , &
cruel cheual,de luy charger le vmt deflus.
Ehu Il le confefîoit bien luy-mefmes, Se qu'il en
pouuoit(ce dit la fable)efchapper à meilleur mar-
ché, s'il eut efté bien auifé , ou li la compaflîon de
Tafne, luy fuft peu entrer dans le cœur : raidis ce- i
ftoittrop tard.
Lep*t. Il eftoit du naturel de ceux, qui font fages |
après le coup, il auoit apprins des François , à ne il
cognoiftre point fa faute , qu'alors que le remède
eftoit loin.
JJh-fî* Ainfï donc,comme ie t ay dit,pour retour- I
ner à mon proposées bons Princes, & Seigneurs, ;j
trouuoyent celle fable de fort bon gou fi: , & reco- |
gnoiffoyent facilement , que ceftoit vne pierre, jj
que ie iettois en leur iardin. ie pafiay encore plus I
outre: le leur dis,tout ce que Daniel auoit auïfé e-
ftrebon defaire,pour les vnir Scliguer en vn corps,
\ . comme
DIALOGVE IL 55
comme ils le font , ou dohient eftre en vn efprit,
les vns,auec les autres , & tous enfemble auec
nous, le leur difcouru de beaucoup de petites cho-
fes , que la concorde a faid croiftre, Se furgir: &
de beaucoup d'autres bien grandes, que la difeor-
de a faitcheoir, & périr, leleurdisauffi Jàdeffus*
Thiftoire de ce bon vieux Prince, qui ayant vingt
& deux enfans, luy vieux, cafïe, eftant au lia: ma-
lade, les ayant fait venir à foy , leur commanda de
rompre en ù prefence,vn fagot de cheneuoteS qu'il
au oit fait lier tout exprès : mais, comme du plus
grand, iufques au plus petit, ils s y fufTenteflaycz
en vain, luy ieul, ayant deflié le fagot , romp t, &
fort aifément, toutes les cheneuotes , vne à vne:
leur remonftrant par là,fort dextrement5combie»
l'vnion eftoit puiflante, au prix d'vne folle difeor-
de. le leur dy , que cette vnion , & eftroi ùe ami-
tié, & intelligence qui deuft eftre entre les Chre-
ftiens, c'eft à dire, ce confentement des chofes hu-
maines^ diuines,conioinft auec vnebeneuolen-
ce, & charité, eftoit le feul lien pour conferuer &
eux, & nous, & toute 1 Eglife de Chrift efpandue
par tout.
Que les chofes qui aflemblent les gens en vn,
font facilement trouuees entre nous , qui defi-
rons mefmes chofes, haiflbns mcfmes chofes, &
craignons mefmes chofes : que c'eft ce qui con-
tracte les amitiez parmi les bons, comme auflî
c'eft la caufe des facuons & ligues parmy les mef-
chans.
Pour tout cela pas maille ( comme Ion dit) &
t afleure, que, me fo .menant de la prophétie de
d iii)
56 DIALOGVE IL
Daniel parlant de ccft Empire des Romains,!*! m^
femblè,arin que ie ne mëte,parler aux vrais doigts
de terre , defquels Daniel le Prophète, Fait men-
tion, tous feparez les vns des autres : aifez à rom-
pre, & à froifTer , ou bien, ainfi que difoit l'autre,
tousprefts à vendre, s'ils trouuoyent quclqu'va
qui les vouluft acheter.
Voyant que ie ne profitois de rien enuers eux,
ainfi comme nous tombions d'vn propos à l'au-
tre : ie leur ay mis les iugemens de Dieu deuant
les yeux. le leur ay dit, que ce n'eft pas leluif, qui
tue Iefus Chrift : car il attend fôn Meiïic. Que ce
neft pas aufsi le Turc : que îe Papifte ne tue non
plus(par manière de dire)Iefus Ctiri ft en fes mem-
bresrll penfe (comme dit l'Efcriturc) faire vn fa-
crifice à Dieu , en cefaifant : qu'il n'y a perfonne
qui tue plus véritablement Iefus Chrift en [es
roembres,que les Rois,Princes,Pctentats,& peu-
ples,qui cognoiffent Iefus Chrift, qui l'or treceu:
&laiiïant néant moins à leurs portes , Se comme
en leur prefence^mailàcrer leurs frères, combour-
geois,& concitoyens,fans leur donner aucune ai-
de ne fecours.
Enfomme^'amy^et'afTeure, que ie n ay,Dieu
mercy, rien laifTé à dire , de ce que i 'ay eftimé pou-
voir feruir , à promouuoir vue fi bonne caufe.
Pour tout cela, comme fi le fait ne kseuftenrien
touché, pas vn d'eux n'a faitfembiant de vouloir
donner vn brin d'aide. Bien ont-ils ce nlefie cha-
cun àfon tour,quel'a&eeftoit tref-inhumain: la
trahifon rref-deteftabîe : Charles de Valois , &
tout fon Çonfeil,leplusd^floyal delà terre; qu'ils
n'e
DIALOGVE If. 57
ne s'y fieront iamais: Qu'ils s'esbahiflent comme
ceft que les defun&s , (defquels la mémoire leur
cft honorable) après auoir efté tant de fois tra-
his, s'e(toyent,encores à ccfte fois, ose fier aux
mefmes traiftres. Qu'ils donnent par aduis aux
furuiuas de nos frères, de ne iamais plus s'endor-
mir aux paroles de Charles, ny des fiens,& ne ia-
mais plus mettre bas les armes(queDieu,& vne
iufte,& légitime deffenfe leur ont mis en main*)
Que quant à eux, ils s'armeroyét volontiers pour
nous:mais leurs gens ne marchent pas fans argër*
& nous n'auons pas les moyés d'en fournir: qu'ils
feroyent bien aifes de trouuer de l'argent, poijr
faire vne bonne leuee deReyftres: mais ils nefça-
uoyent où en prendre, & leurs gens font merce-
liaires,regardaiîs moins à Dieu, qu'à rargent,co-
me nous auons peu voir es troubles pafîezde la
France, où il y auoit des leurs aflez,d'vnem,efmc
religion, feruans fans aucune confcience,nehos-
te à deux maiftres diuers,& contraires.
Pourledire en vn mot,apres beaucoup depj-
roles,ils m'ont traite, comme l'on traite commy-
nëment lespoures,mendiansl'aumofneà la por-
te des riches: le vois bien qu'il y a pitié en vous,
(ce leur dit- on) mais ie n'ay pas que vous donner.
Allez depaf Dieu, Dieu vous foit en aide : Voila
comme ils mont renuoye, à mon grand regret , à
bail: vuide. Voyant cela,apres les auoir menacez
derechef des iugemensde Dieu, qui ne peut lon-
guement fouffrir vne telle lafehetc, en ceux quife
renomment fiens , qui ne peut fouffrir, l'Erapirc
de ceux-là demourerde bout, qui laiflent foulçr
55 DIALOGVE II.
lefïenaux pieds :ie lesay laifïcz là:& ay pafsédc
Emden en Angleterre, où i'ay trouué les nou-
uelles que i'aliois annoncer de la vérité des Maf-
facres,efpâdues au long,& au large par toute Tif-
ledesEcdefiaftiques , les Nobles,& le peuple,
tous efchauffez à les vouloir venger , ne deman-
dans,que congede la Roy ne>pour pouuoir gueer
leurs foflez. Tay trouué.en fommejes chofes fî
bien difpofees, qu'il niafemblé,de prime face,
qu'il ne feroitiabefoin de leur faire plus grande
inftance,ny pourfuite defecours,que d'eux- mef-
mes fans eftre preflez d'auantage , ils s'y achemi-
neroyent affèz.
Ce neantmoins i'ay fait la reuerence à la Roy-
ne &auxfeigneur$defon Confei!,ie leur ay fait
entendre l'occafiô de ma venue :& la chirge que
l'Eglife m'auoit donnè:ic leur ay dit là deflus que
quivoit brufler la maifon de fon voi(în,doit auoir
peur de la fiene: que ces foflez qui feparét la grâd
Bretagne du refte du mode,ne font pas fuffifan*
à empefeher la flamme de la cruauté de la maifon
de Valois,de voler fur les Anglois. (Won a sc-
couftumé de porter de l'eau,à la maifon du vu-
finquibrusle,encorequecefut la maifon de fon
ennemy.Ieleuray auflî auâcé les mefmes audio-
ritez de TEfcritureJes exemples Se raifons > allé-
guées aux princes Proteftans3ieleur ay remôftrê1
qu'il nyefcheoit qu'à bailler congé à quelques!
Myllords, qui s'offroyent d'aller à leurs defpensj
à vn nombre de noblefle,& de peuple volontaire
pour voir bien toft vengé, l'outrage fait à Dieu,&
à fon Eglife Françoife.
Suit
DIALO'GVE IL 5*
Sur cela, la Roy ne, & la plus part de fon Con-
feil,ne m'afeeu que dire, ny oppofer autre chofe,
que la ligue, qu'elle auoit frefehement faite auec
Charles de Valois, enuers lequel, quoy qu'elle le
recognoiflepour tyran, traifere, Se mefchant.ellc
eftoit refolne de garder fa foy promife. Qu'elle
voudroit bien qu'il fuft mort, & que Dieu en fift
Ja vengeance,qu'elle l'en prie de bon cœur: mais,
que d'aller contre fa promefle , quelle ne le fera
Jamais. Surquoy,apres Juy auoir répliqué, que
telle promeffe peut eftre à bon droit comparée a
celle d'Herodes,aHerodias> & autres femblabhs*
qui ne méritent pas d'eftre gardées, au détriment
de lagloiredeDieu -.Qu'il y a des prome(fes lef-
quelles font bonnes à leur naiiïance, mais (com-
me Ciceronle dit) par traict de temps vienent t
eftre dommageables, & pernicicufesxomme d'vn
preft, qu'on aura promis faire, à vn qu'on tient
eftre bon citoyen, auquel, fi d'auenture il fe ren*
doit ennemy de la Republiquc,on n'eft nullemét
tenu d'accomplir la promefleiqu'ainfî en eft-ii de
fa ligue.
Que fa Maieftë , a promis foy, & hemage dts
leBaptefme , au Dieu viuant,fouuerain Roy, du-
quel Charles de Valois elt ennemy iurê. Que dis
lorsqu'elle fur introduire en l'Eglife de Dieu,
elle contracta auec les autres membres de l'E-
glife de quelque région qu'ils foycnt,ligue,&cô
f-'ieratiôinuiolable : que Dieu lasômede fa foy,
& toute raifon diuine,ciuiie,& des gens la difpé-
fcdecellc qu'elle a donnée au Fidcfrage: lequel,
comme elle peut cognoiftre, na iamais contia&é
gm DIALOGUE IL '
ligue auec elle, que pour la dcceuoir,& tromper
& trahir fous mefme manteau,les pou* es Hugue-
nots François;Qu.e Dieu, qui luy a fait tant de fa-
ueur, que de la tirer de h prifon, à la Couronne
d'Angleterre, luy demande prefentement qu'elle
tire hoi s de la prefle, les membres de fon Fils le-
fus,& autres raifonspregnantes, tirées non feule-
ment del'£fcriture,laquelle nous monftre en mil
le pafTages,que ie luy alleguois, la fy mmetrie, 3c
bôneinteIligéce,quidifoiteftreau£orpsdeChri(l
ains auffi5des raifons,tireesdela necefTité,de l'e-
ftat, & d'autres que le fens commun Amplement
nous diâ:e,nous enfeignant de nous oppofer à ces
vilains & exécrables môftres,& de les retrencher
d'entreles hommes,commc ennemis iugez du gé-
jre humain : Ainfi que Ciceron mefmes le nous
enfeigne,en fon liure des Offices, duquel ie luy al-
leguay lepa(fage,en langue Latine, que fa maieiié
entend fort bien,quidit,que nous ne pouuonsne
deuons nous afTocier, ou auoir commerce auec
les tyrans, pluftoft nous en efloigner,& diftraire:
& que ce n'eft pas contre nature,de defpouiller,{t
nous pouuons,celuy,que nous pouuons honefte-
menttuenquetout ce genre peftifere,&propha-
ne , doit eftre extermine de la communauté des
hommes, eftant chofetrefraifonnable,tout ainft
comme nous voyons, qu'on retrenche les mem-
bres eftiomenez du reûe du corps, de feparer du
conforce > & commune focieté des hommes, ces
beftes cruelles,& farouches.
Apres (dis-ie)luy auoir remonftrê cela,& plu-
fieurs autres chofesjtouçham la charité Chreftie-
DIALOGVE Iî. ét
rc,& la nature de la vraye magnanimité, compa-
gne honorable des grands,qui ne fe monftrent ia-
mais mieux > qu'alors qu'on deffend en toute iu-
fticc,les foibles,& oppreffez & fes alliez,des bri-
gands^ volleurs:Trouuant fa maiefte aulîi froi-*
de,& gelée k la fin,que ie l'auois trouuce au com-
mencement, ie m'apperceu, que cela ne pouuoit
procéder que delà couardie,& pufillanimitêdu
iexe:& de ce, qu'elle voit fon Royaume,defpour~
ucu d'vn grand Capitaine, auquel elle puifle fier
rne armée, pourenefperervn bonfuccez : Auffi
que le principal de fes Confeillcrs, qui gouuernc
le temporel, & le fpirituel ( corne Ton dit, en tou-
tes (es terres) eft vn vray couard, & recreu, fen-
tant fon clerc trop mieux quefon gendarme: Et
neantmoins( félon que quelques vns eftiment)
pour fe dreffer vn appuy après la mort de fa mai-
ftreire3eft aux gages de deux autres Rois:Voyant,
dis-iecela,ie m'addreflay fans fortirhors de l'An
gleterre, à d'autres Myllords mieux zelez, par le
moyen defquels, & de l'Euefquc de Londres, a-
Uec quelques gentils-hommes, & marchands, du
fecu & confentemét de la Royne,qu'elle preftoit
fous main & par l'étremife du Sieur,ApfterCiam
pernon, on amaffa , partie par forme d'au mofne,
partie par forme de preft, dont quelques vnsde
nos frères de la Rochelle fe font obiigez,enuirom
quarante mille francs: à laide defqaels, le Com-
te de Montgomery , qui pour lorseftoit en An-
gleterre refugie,du vouloir& commandement fc
cretdela Roync , accompagné du ieune Ciam-
£ernon, defvn des Morgans> & de pluûeurs au-
62 DIALOGVE IL
très gentils-hommes, & foldats Anglois,& Frau
çois,dreffa vne petite armecd'enuiron cinquante
Nauires petits, & gransentre lefquels, la Royne
fournit vn fien nauire,nommé la Prime-rofc3 du
port de quatre cens tonneaux:& euft baille aufii
lcnauire Btfcain demefter Hacquin, n'euft efté
que mefter OIftat, Vice-amiral Anglois,auoit en-
uironcetemps-là,defualizé furie nauire Bifcain,
plus de vingt nauires François, & Vvaîlons,qui
eftoyér es haures, &enlacofte d'Ang!eterre,ar-
mez &prefts à accôpagner le côte de Môgomeri.
Le pc/.Êz côment,bon Dieu! Vnfeulnauire,pou-
uoit-il bien defualizer vingt nauires armez?
Uhiji. Fortaiiement, a nfi comme il lestrouuoit
dans les haures,où ils ne le doutoyent de rien>cô-
me neftans en rien coulpables, oyans que c'eftoit
par le commandement de l'Amiral d'Angleterre
Je Myllord de Ciynton,les poures gens n'ofoyent
point refifter.
Le p. Voire, mais,quelleoccafioauoit le Myllord
de Clynr on,de c© mander que l'on fift vn tel vol?
Vh%\[ n'é auoit du tout point:mais voicy {on pre
texte. La Royne d'Ang!eterre,ne fe contentant
point d'efrre liguée auec le plus rnefchât Tyrade
la terre, voulutaufli eftre fa cômere,& prefenter
au Baptcfme la fille de ce defloy al:pour ce faire,el
le luy enuoya en ambafiade le Myllord de Vven-| .
cefter,pour faire l'office de la part de la Royne,
Le pal. le m'esbahys , cornent ceft que le Myllord
de Vvencefter,ne fuppliâ la Royne de l'excufer
veu qu'il nepouuoit honeftemét & en bonne cô-
fciejice>ie ne dis pas prefenter f eogeace du Tyral
ain;
DIALOGVE IL <%
ains vn autre enfant de quelque bô Papifte que ce
foit,deuât l'idole abominablc>à vn miniftre deSa
tan,ny voir prophaner le faind; Baptefme, par
leur ciefme, par leurs crachats, & autres telles e-
xecratiôs côtraires àl'inftitutiô,&' pratique de Ie-
fus Chrift, des Apoftres>& de l'anciene Eglife.
L'htjî. Il ne faut pas que t'esbahiflesde cela, le
MyllorddeVvenceftereftPapifte,Dieuluy fac«
mifericorde.le m'atieure qu'vn mylord d'ÛKtinc
thô5vn myllord deBethford,lefeigneurde Vval
zingham,qui pour lors eftoit ambaifadeur en Frâ
. ce, ou quelque autre religienx Seigncur,n'auoit
garde d'accepter telle charge , ny la Royne de la
: luy donnenmaisily a bien dequoy s'esbahir de
, laRoyncquifcak côbien telle prophanation eft
it defplaifante deuant Dieu;& cependât elle fe mo-
rt que delà cognoi(Tancereceue,& femble n'en fai
A re que le cerf.
I Le pol. Ceft merueille^de voir corne lesgrâs(ver$
À de terre neantmoins)fedifpenfent dedefobeir i
> leur Souuerain>côme fi fa loy trefentiere ne lesat
4 touchoit en rien. A ce que tu dis, il femble, qu©
A tât plus ce ty râ eft mefchât, tât plus elle l'honore.
Mi.9 ht Elle le fait pluftoft pour crainte, que pou i'a-
vf mour qu'elle luy porte : ceft cela qui l'a fait aufli
vouloir eftne fa belle feeur, péfant efchapper bien
par là,les embufehes de fon copere, & garâtir par
ce moyen l'Angleterre de fes aguets: mais Dieu
orJ ;fçait,fi ce n'eft pas pluftoft fe perdre,fe rédre mal-
;4heureufe deuât le temps, & accélérer fa ruine par
'Mes noces du frère, comme la Frâce, par les noces
ddclafœur.
é4 DÏALOfiVE IL
Or pour reucnir à mon propos,du vol, & dé*
ùalifemët de tât de nauires. Ainlî que le Myllord
dé Vveilcefterîs'acheminoitcn France, pour loc-
cafion que ie t'ay dit,traucrfant de Douurc,à Bo-
logne fur vn bateau^'ayât lors que trois bateaux
patfagers auec lui,il fut aiïailly par quelques cour
fairés Anglois,Frâçois,& Vvallons en petit nom-
bre, qui eftoyent dans vn petitnauire>nommé fe
Pofte : aflailly, dis-ie, de fi pres,quê bien peu s'en
falut,que le bateau où eftoit leMylord,ne fut mis
à fons,tanty a, que fvn des bateaux de fa fuite,
futprefque tout pillé, & quelques vos de sô train
tuez. Aucuns difoyent,quequelque inimitié par-
ticulière contre le Myllord de Vvencefter, auoit
fait dreffér celle partielles autres,famour du bu-
tin, & du prefentque la Royne enuoyoità fon
Compère, au lieu duquel ils vouloyent fuppofcf
vn licol: d'autres penfoyent que c eftoit vn dcfpit
et vneénuie de rompre vn fi vilain voyage, où
Dieu eftoit déshonoré. Comme qu'il en foit, ce-
lafut caufe que la Royne,lors irritee,dôna char-
geàfon Amiral, d'enquérir bien au vraydufait,
& dechaftierlescoulpables.
L'Amiral qui ne demandoit pas plus beau i eu
pourgrobiner,commeil en a bonne couftume,
enquit (i k point de ce fait,par le moyé defesfup;
pofts,qu on ne laiffa nauiré François,ny Vvallô,
de ceux qu'ô peut attraper, qui ne fut mis à blâc.
jLes capitaines,Mariniers,tout lequippage, voire
quelques pafTagers,>furent faits prifonnicrs,entre
autres vn gentil- homme mien amy , Poiteuin de
»atioQ,à <jui noftre France doit beaucoup, Hifto
no-
i
D'IALOGVE II <s5
riographe diligét & fbigneux,&plein d'autres bô«
rtes parties fat aufli détenu, &: tous enfemble fi
bien traitez en leur prifon,quoy qu'ils fufïent in-
nocens du fait , que le mieux traité d'entre«euxa a
bonne occafion de s'en fouuenii\
Ce 'trait fut cauie que k comte de Montgome*
ry alla plus tard d'vnmois aufecoursde la Ro-
chelle 3 & plus foible de ces vingt nauires , & du
nauire Bifcayn , que la Rcyne auoit promis , qui
n'y ola aller, de peur qu'on n'vïaft de reuéche lue
Ton equippage : & fut ce vol caufe en partie, que
la Rochelle rie fuft point fecourue par l'armée du
comte de Montgomery : lequel peu de temps a-
pres, ayant /inglé vers la Rochelle , à la veue , &
port de canon des nauires, ôc galères, de des forts
de Tennemy,qui tenoit le Canal,& entrée de mer
de la Rochelle gardez,apres luy auoir prefenté la
bataille, le voyant ^,fon aduis foible, s'eftonna:
Tennemy le voyant marchander Tabbord,au lieu
qu'à la première veue,fon armée de mer,& de ter-
re,s'eftoit ( comme on dit) esbranlee, commença
à fe rafleurer,& à fe renforcer par mer,faifant cm
barquer dans Ces nauires, à la veue de celles du
Comte,enuiron de mille harquebouziers , qui fut
caule,que le lendemain^le comte de M6tgomery
après s'eftre prefenté au mefme lieu en bataille,
n'eftant fuiuy que d\ne partie de fon armée , re-
brolfafon chemin vers Belle~ifle,qui eft fur la co-
fte de Bretaigne , print le chafteau, & l'isle d'em-
blée^ là ieiourna quelques iours.Vn des païens
du comte de Rets, qui eftoit Capitaine du cha-
fteau de Belle-isle y fut fait prifônier^ ainiî pris
é£ DI A L O G VE IL
mené en Angleterre^ ù ie le vy chez le Seignfcufc
de la Motte Fenelon5ambaiïadeur du Tyran.
Lepol. Puis que ce Capitaine eftoit parent d'vn fi
honefte homme, il nepouuoiteftre que braue, &c
bien excellent guerrier,on ne prentpas tels chats
fans mouflfles.
Ehi. Tu ferois bien marri , fi tu ne difois le mot
en paiîant à ton accuftumee , he dea ! ceftuy-là
n'eftoit pas de fes parens de maintenant, qu'il eft
comte de Rets,encore moins des parens de Mon
fieur le marefchal de Rets, il luy appartenoit feu-
lement du téps que le père d'Albert Gondy , Flo
rentin, marchand en fon viuant à Lyon, venoit de
faire fraifchement Banque-route , du temps auiïî
que le Peron , eftoit vn clerc de commiflaire des
viures , aux guerres de Mets: ou du temps qu'il e-
ftoit garçon de concouër chez Bonuiiî à Lyon , &
que fa mère, fille de Pierre Viue, marchand de
Lyon,couroit l'efguillette par tout.
Lep/>L\\ ne paya donc gueres de rançon,le vilain,
à celuy qui le fit prifonnier.
Ehi. le te laiifeà penfer , chacun fçait bien qu'il
n'auoit lors vn feul double qui fuft à luy , &c au
iourd'huy , chacun fçait bien que pour auoir mô
té la Mere,ce Landry a tout ce qu'il veutxommâ-
depar tout à baguette , fait changer le quarré en
rond , & a luy feul plus de finances, qu'vne dou-
zaine des plus grands: Mais, pour reuenir à nos
moutons, d'où ce bouc m'auoit deftourné , le cô-J
to.de Montgomery eftant à Belle-ifle , les poures
gens de la Rochelle , ayans veu que le fecours au-
quel ils eiperoyent le plus, après Dieu ne les pou
uoit
DIALOGVE IL £7
uoit en rien feruir,ny foulager, enuoyerét deuers
le comte de Montgomery vn petit efquif , auec
fept hommes dedans , qui paiferent en defpitde
l'ennemy, au trauers de fon armée , fauorifez des
vents, & des vagues :pour remercier le comte de
Montgomery , & le prier qu'il ne fe mift aucune-
ment en plus grand danger pour eux,ainsfere-
feruaft à meilleure rencontre : qu'ils eftoyent re-
folus par la grâce de Dieu , de fe bien deffendre
- contre les alfauts de Tennemy , & de mourir tous
• Tvn après l'autre, auec leurs femmes & enfens,
>• pluftoftque le rendre à la mercy de ces perfides.
Le po/.Ce fut vn trait fort magnanime , que celuy
^ de ces bônes gens. Au lieu que le cœur,comme il
« femble, leur deuoit faillir, &c manquer: il leur eft
* lors,tout au rebours, accreu cotre le fens cômun.
S Lanecefïitéeftpuiifanteàfaire refbudre lesgés:
« mais certes. Dieu les fortifie toufïours aubefoin.
\Jhi. C'cft trësbien dit. Or le comte de Montgo-
ift mery voyât le bon courage de ces poures Roche-
lois,apres leur auoir enuoyé vn batteau à l'auétu-
pi re,que Ion dit,auec deux milliers de poudre à ca-
m non,5t quelque peu de muys de bled,qui par gra-
m ce de Dieu,arriuerét à bô port , & iî à point qu'ils
m trouuerét ces bônes gés prefque au bout de leurs
1 poudres,& de leurs bleds, après cela (dis-ie) crai-
ènât que l'énemy ne le vint charger à defprouueu
à Bel!e~ifle5oi\ iln'auoit ny port ny fort, rôpit fon
armée,où(felon que la creâce en ce téps elt bon-
)i:rf|ne parmy les Capitaines Se foldats)elle fe rôpit el
le mefme. Le Capitaine Hippi-ville, qui aitoit vn
fort bon,bean,& bien arme iiauirejs'aila rendre à
e xj
éS DIALOGVE IL
Tennemy en Normandie: d autres tindrét la mex
& l'efcumerét.Xe Comte s'en alla rendre en An-
gleterre,auec vn bié peu de vaifïeaux, fur lefquels
eftoyent deux de Ces gendres , fonaifné fils, le ca-
pitaine Poyet, Cafaux, Maifon-fleur, la Meauife,
des Champs, le capitaine Sore , & certains autres
capitaines,gentils-hommes & ibldats.
La Royne,& les feigneurs de Ton Confeil , qui
s'eftoyent promis de l'expédition du comte de
Montgomery,vn fecours de la Rochelle,& pofli-
ble quelque chofe de plus , commencèrent à ion
retour d'en rabbatre iufques-là,que au lieu qu'au
parauant ils l'auoyent chery Se honoré comme
vn demy dieu des batailles , en pleine cour à deC
couuert &prefque tout ioignât la barbe de Tarn*
baifadeurdu Tyran,à peine levouloyent-ils lor$
voir en fecret & à cachette.
Le pol.Qnelqu.es vns acculent les femmes de châ-
ger fouuent leur maintien , & fous couleur qu'el-
les font légères, taxent leur fexe à tous propos,
d'vne inconftanceinfupportable : mais quâd tout
vn Confeil s'en mesle, c'eft les iuitifïer de tout
point.
Les Romains eftoyent bien d'autre auis au re-
tour de leurs Capitaines : ne les fauorifans rien 5.
moins à la perte, qu'à la vidoire : comme Varro |i
nous eft teimoin, ayant perdu lagrâd bataille qui
donnoit Rome à Annibal ( s'il euit feeti vaincre,
comme on dit.) Retournant ainïî tout battu de-
dans Rgme bien defolee, on ne laiila pas de luy le
faire comme va petit triôphe à demy: il leur fem-tt
bloït bié que c'eiW, allez 4e regret Se de fafche- 1
ne-
riel
D I A L O G V E IL c9
rie à leurs Confuls , & capitaines , le defplai/îr
qu'ils receuoyét de Ja perte d'vne bataille,&pen-
foyent eftre mal feant, redoubler leur mal,par re^
i proches, ou par quelque autre chaftiment : aufli
■ fçait-on bien que les armes font iournalieres le
, plus {buttent, & que tel a bien fait fur le tyllac vn
i iour,qui s'en ira le lendemain cacher près le left
du nauireitel a rompu fon ennemy,qui toft après
i eft mis en route. Ceft prefque comme vn ieu
e d'efçhets, où les pions mattent fouuent les Rois,
,. prennent les Cheualiers : les Roynes forcent les
d Rocques , & chafteaux, par fois les fols qu'on lo-
I ge près des Rois , font auffi eux-mefmes l'office,
e ouiouentauRoy defpouillé.
|. L'hift. Il eft certain. L'autre difoit que tous les
> dieux iouent des hommes à la pelote, les esleuant
rt pour s'enmocquer , toft après les iettant par ter-
re:mais en ce fait-cy dont nous parlons, c'eft vne
\. :hofe tref-certaine, que le Dieu des dieux,fouué-
i rain Dieu des aimées & batailles, par fontrefle-
>> :ret iusjement, ayant retiré les meilleurs, a affady
i le cœur des autres arcs-boutans,ainfî qu'il fem-
Dloit de toute l'Eglife Françoile: l'a dis-ie ofté en
:ierement à la Noblelfe,qu'on appelle}& Ta don-
■>, né & fait à croire aux petits &c humiliez:à fin qu'à
:: fon accouftumee, par les chofes foibles , & balfes
:; il confondift les fortes, &c hautaines:& que par là
a toute la gloire, & honneur de la deliurance de fcs
'■A enfansluy fuft rendu.
: Le pol. C'efttresbien dit. Et pour certain, qui ne
i le voit eit bien aueugle. Dicuabefôgné pmfïam-
J ment(ce dit la Vierge,au Lde S.Luc)par fon bras
e iii
7o DIALOGVE. IL
cndiflipant les orgueilleux en lapenfeedeleur
cœur* Il a mis bas les puiifans de leurs iîeges 3 & a
efleué les petits3il a réply de biens ceux qui auoy-
enc fàim^&r a enùoyé les riches vuides. Il a releué
Ifrael ion feruiteur 3 en ayant fouuenâce de fa mi-
séricorde. Tu cognoiftr^s cecy plus clairement,
Tamy 3 quand ie te reciteray ce qui s'cft palîé de-
dans 5 & deuant la Rochelle & Sancerre pendant
que Tennemy les tenoit ailiegez, Se que tu enten
dras la deliurance miraculeufe que le Seigneur a
fait 4e ces deux villes & de nos frères qui eftoyét
dans Sancerre. Mais ie te prie pourfuy, & te deï-
pèche de peur que quelcun furuenant, n'interrô-
fe nos iàinfts deuis.
hiXen fuis côtér.iauray fait en deux mots. Ain-
iî donc,quâd ie vy cefte petite armée qui auoit e
fté dreflee,côme tu as peu côprendre, auec tât de
difïicultez^que le Tyrâmefme auoit effayé de rô
pre auparauât,ayant enuoyé à ceft effet par diuers
iours en Angleterre la Mauuifïïere3Chafteauneuf
de Bretagne, & Sainifc Iean frère du côte de Môt-
gomery,pour le deftourner, mais en vain : voyant
(dis-ie) cefte partie là rôpne de tout point5sâs efpe
race d'aucune relfource3& quoy que ie m'eiTaya£
fe de la faire renouer,& de perfuader à la Royne,
d'enuoyer des forces au double , luy remonftrant
qu'autâtvaloit^comme difoit Tautre^bié batu,que
malbatu:&que toufîours l'Anglois auoit meil-
leur marché du Traiftre, l'allant cercher fur fes
terres auec l'aide des offenfez , que de l'attendre ji
fur les fîennes après la desfàite des bons. Qu^ile- i
ftoit à craindre que TAnglois, qui n'auoit bonne-
men I
DI A L O G VE IL 71
ment ofé faire femblât de s'en méfier , en fuit à la
1 fin recerché à plein fonds :&c quecen'eftoitpas
■ ofter la guerre de defïiis Ces bras , ains feulement
: la différer. Voyant que tout cela ny feruoit de rie
■ qu'à les fofcher,qu'à troubler le repos de ceux qui
, aiment mieux ouyrvn diieur de bonnes nouueL
. les,qu'vn Michee, qui leur annonce leur ruine, a-
t fin qu'ils auilent à eux. Apres que i'eu recom-
■ mâdé au Seigneur auec nos frères refu°iez,nos fre
1 res ailiegez: ie partis de cefte Ifle-là pour m'en ve-
\ nir par deuers les Seigneurs des ligues.
Là eftant après auoir lait entendre bien au lôg
ip à quelques Seigneurs principaux nos affaires , &;
par confequent, ce me fembloit, les leurs, ie pen-
\ fois pour la conformité de la Religion, qui eft en-r
: cre quatre des plus puifïans Cantons & nous , Se
, pour la necefïité de leur eftat , qui à bon droicSb
peut craindre Tentreprife d'vn Prince tyran &C
: serfide , ennemy de toute liberté ciuile & fpiri-
:uelle : &pour le deuoir aufli que les Seigneurs
: . ies ligues ont à conferuer de maintenir les Fran-
:ois3comme leurs alliez & confederez: ie pehiois
dis-ie , bien profiter de tant enuers eux tous que
i'en arracher quelque braue & puiflant fecours
1 contre l'opprefîion du Tyran.
Mais ie trouuay tout au rebours , que deila les
■Gantons Catholiques auoyent enuoyé au grand
Boucher fix mille de leurs poures hommes, pour
uy aider à efo-orçer 8c maifacrer lerefte des ore~.
DisFrançoifes.
Lepol. Qui ïamais eufe creu que ces gens eu A
entfait vne i\ grande faute de tauorifer le party
ç iiij
7i DIALOGVE IL
<Tvn cruel tyran &: perfide, eux grans amis de li-
berté y eux reputez entre les hommes pour gens
qui gardent leurs promefTe s : &c qui deuflent par
confequent hayr le Tyran qui les rompt au de*
triment de tout vn peuple,ie dis peuple leur allié*,
c'eft vn dangereux paradoxe que l'opinion de ces
çens-là.
JJh?9 La faim de l'or infajtiable conduit les gens
tout à fon gré.
Le po/.L'odeur du profit(difoit l'autre ) eft fouef-
ue,d'où foit qu'elle forte. Mais on n'ouyt iamais j
parler d'vn tel profit iï exécrable , qu'vn homme \
Î>rene de l'argent d'vn iîen voifin confédéré pour .
aller tuer quand & quand,pour le piller & le de-
ftruire.
Ils ont beau dire , c'eft du Roy de qui nous re- 3
deuons la folde. Car leurs penfîons en temps de :
paixj&c leurs gages en temps de guerre,ne font ti-
rez aucunement que du labeur du poure peuple,
efclaue de ce Roy tyran. Auflî ne font-ils alliez
au Tyran , tant qu'au Royaume , qu'ils vont tous
les iours depredant: mais qui les a enibrcelez en-
core à ce dernier voyage ? veu qu'il n'y auoit pas
vn viuant de ceux qu'ils s'eftoyent fait à croire qui
abbayoyent auparauantàla ( Çôrôn a) qu'ils ap-
pellenf.ils ne pourront à leur retour, fi quelqu'vn
d'entre eux efchappe,fe vanter comme aux autres
fois , d'auoir feuls gardé la Côrona , Que lo Rey
hr é hyn tenu , que fen ce/ou JldonfiQU î Animal &
Dendeloti ly hojfon ota la Corona de dejfu la teta:
puis qu'ofi ne cerche encore à cefte fois que d'e£
chapper & fe garder de la fureur des mains meur-
trières*
Vhi/f.
V
D I A L O G V E IL 75
L'kifl. Ils n'ont pas creu toufiours ce qu'ils ont dit:
mais il falloit pour cacher leur folieja couurirde
quelque manteau ; partant prenoyent-ils ce pre-
texte^omme le plus lpecieux. Mais à dire vray la
; plus part n'y alloit que pour defrober,l'autre pour
viure iimplement, l'autre pourdidîper l'Eglife:
i leurs Chefs cerchoyent de s'aggrâdir, & d'appré-
dre en fi bône efchoie toute forte de corruption,
. & le moyen de tout vouloir & de pouuoir tout ce
1 qu'on veuf.à fin qu'vn iour fuyuant l'exemple de
c leur beau compère Boucher par fon moyen & la
1 faueur, qu'ils s'alfeurent d'auoir propice , ils puiC
. fent aufli à leur tour goufter que c'eft de commâ-
derabfolument , & à baguette par defïlis tous
. leurs Citoyens.
Ces feules raifons Se non autres les ont fait
i. marcher a ce coup > aufli bien comme es autres
î, fois.
a Le poL Qjj a manié leur leuee } Car Belieure n'y
I eftoit plus:& ils croyent ce bô Apoftre , plus que
> nul de leur Kalendrier.
: Jlhu Ce Belieure, duquel tu parles, n'y eftoit plus
: vrayemenr.maisil auoit fait eftablir fon ailné fre-
, re en fa charge5& luy mefmes y vint à point,feco-
: dé d'vn bon coftiller médire Pierre Carpentier,
(tu cognois l'homme )Sc aiïifté d'vn bonpreu-
, d'homme le vieux fecretaire Poulier.
À' Lepol.O Seigneur qu'eft-ce que i'oys dire de mô
ancien amy Poulier? Qi^e ie regrette ce bon
I homme!
Uhi. Audi eft-il à regretter. Car des autres palfç
fans flux. Carpentier atouiïouts eflé vnmaiftre
74 DIALOGVEII.
frippon e#ronté,vn Tholozat,cJeft à dire,vn dou-
ble.Les autres deux font entendeurs , ce font des
Huguenots d'eftaf.ceux à qui le Dieu de ce mon-
de a cillé ou creué les yeux. Mnis de Poulier,le
cœur me fend,quand ie m'en fouuiens, de regret.
Le pot.Mon Dieu que ie fuis defplaifant, qu'il fa-
ce iï mauuaiie preuue de la cognoiffance qu'il a/
L7^i?.C'eft ians doute que le poure homme a tra
uaillé bien lourdement contre la vérité connue.
Mais Dieu quifçait bien ramener les brebis de
rur de les perdre, le vint trouuer encesiours-
, & luy fit fentir le petit doigt de fa main forte,
crebufchât luy Se fon cheual3en vn chemin plain
&c facile:& pour l'arrefter court fur cul, il luy caf.
fà la iambe droite.
Le pa/.Dieu vueille que ce coup de fouet luy face
cognoiftre fa faute. Mais quel prétexte propo-
foyent-ils^ces gens de bien aux Catholiques?
L'bift. Nul autre, iînon, quoy qu'il en fuft , que
leur Compère.-. vouloit eftre maiftre abfolu en
fonpaistqu'il vouloir, touteoupper &c coudre à
ion plaifîr : que nuis ne luy defplaifoyent tant
que les Rochellois , qui ne vouloyent ouurir les
portes à ceux qui les vouloyét tuer de par le Roy*
Et ainli tout honeftement , comme qui conuie à
des nopc£s,les prelfoyét d'aller au pillage &c car-
nage des gens de bien : qu'ils difoyent eftre des
rebelles5feditieux à tout iugement.
Le poL le leur nie bien ceft article , qu'ils foyent
ie Jiiieux ny mefehans ,. & pourrois bien deuanç.
tous iosçes qui ne feroyét point paiïionnez prou-
ver tout outre le contraire.
Lbi.
I
DIALOGVE IL 75
Vhift. le ferois content de t'ouyr difcourir iur ce
fte matière, s'il te plaifoit prendre la peine delà
traiter naifuement , félon la confcience & Feftat.
Tu lçais qu'il y a plu/ieurs confciences de timi-
des fcrupuleux,qui font eftat de fe laiifer frapper
& de tendre aufii toft l'autre ioue.
LepoLC'eft tresbien fait à des priuez , Se pour des
iniurespriuees de patienter & de fouflrrir,pluftoft
que de rendre la pareille,mais en ce fait il va bien
autrement.
Lbt. le le fçay bien,& ne fuis pas fi grue,que ie ne
fçache comme il s'y faut porter. Et ne doute non
plus qu'il ait efté 8c qu'il loit loifible à nos frères
de fe garder contre l'inuafïô du Tyran , que con-
tre brigands &volleurs , contre des loups & des
fangliers,ou autre befteplus farouche.
le dy d'auantage auec l'ancien peupleRomain:
qqe d'entre tous les a£tes généreux , le plus illti-
ftre &c magnanime eft , d'occire le Tyran : eftant,
comme tresbien le monftre Ciceron,vn telaéte
quand bien il fera exécuté par vn familier du tyrâ,
tout plein d'honefteté &c de bien feance, conioin-
cte auec le falut & l'vtilité de la choie publique.
Mais ce qui me fait deiirer d'entendre de ta bou-
che la relolution de ce faid : c'eft pour me feruir
des argumens,authoritez & exemples defquelsie
fçay que tu abondes , à conformer les timides, &
refoudre les fcrupuleux.
LtpolS'ïl faut que ietraitte ce pointée craind'ef.
rer ta mémoire de ton difeours encommencé.
Z,7^.Point,point,ne crain pasque ie laiifc d'yreue
nir,i'auray fait é deux pas & vn faut. Mais côméce
76 DI A L O G VE IL
ie te prie de traiter vn peu clerement cefte matie-
rerelle n'eft pas hors de propos.
Le pol. le le veux hierr.Elcoute.
Premièrement il faut eftablir cefte maxime:
qu'il nV a qu'vnfeul Empire infiny, fçauoir,ce-
luy de Dieu tout paillant , & par confequent que
lapuiffance de quelque magiflrat & Prince que
cefoiteftenclole dâs certaines limites &: barriè-
res, hors defquelles le Prince ne doit for tir , ny
lefuiet,s'il les outrepaife, luy obéir, autrement ce
feroit efgaler rjEmpire du Magiftrat à celui de
Dieu fuuuerain,blafpheme par trop horrible feu-
lement à le penfer. Car quoy que le Magiftrat re-
prefente l'image de Dieu, fî fe faut-il fouuenir
de ce que Dieu a dit par ion Prophète, le ne don-
neray pas ma gloire à vn autre. Les magifcrats
donques font eftablis de Dieu , nô afin qu'en par-
tageant auec fa Maiefté ils le referuent partie de
la gloire: ains afin que comme Miniltres & ferui-
teurs du Seigneur ils raportent entièrement à leur
maiftre toute gloire & tout honneur.
Les Magiftrats, s'ils n'auifent de près à leur de.
poir, jpeuueht commettre des fautes bien lour-
des:foit en coti\mandant ce qui répugne à la pre-
mière table de làjoy de Dieu, ou en deffendât,ce
qui eft commande par la première table, Tels cô-
mandemens & deffenfes font prophanes&: con-
tre toute pieté.Ils ûffenfent aufïi contre la fécon-
de table,quand ils commandent ce qui ne le peut
obferuer fans violer la charité deue au prochain:
pu deffendent de faire les choies lefquelles nous
ne pouuons delailfer fans violer celle charité qui
DlALOGVËIt 77
nous doit eftreinuiolable:telseditsdoyuentëftre
appeliez iniques.
Ce fondement pofé 3 que nous deuons au feûi
Dieu toute obeiflance fans nulle exception^ s'en
fuit;, qu'il ne faut pour rien obéir aux edi&s pro»
phanesj ou iniques de quelconque magiftrac ou
prince que ce foie : & par confequent, que les fu-
iets ne peuuent obéir en bonne côfcience au Roy-
commandant chofes prophanes ou iniques. Il ny
a pas faute d'exemples en ce point.
L'edid de Pharao5 par lequel ii commandoic
l'homicide cruel & fauuage des petits enfens des
Hebrieux eftoit inique tout outre.Les fages fem-
mes n'y obeiifent point : elles en font louées par
l'efprit de Dieu en l'Efcriture : Dieu recompenfe
la pitié de ces bonnes femmes , qui ont ainfï def-
obey au tyran,leur édifie des mailons^benift & ac~
croift leurs familles*
L'edi£fc de Nabuchadnezar commandant d'a-
dorer la ftatue, eftoit prophane &c contre la pre-
mière table de la loy. Les compagnons de Daniel
nyobeiftentpoint : pourtant font louez du Sei-
gneur, Sccôferuez de fa main forte au milieu des
Hammesdufeu.
Les edi&s de Iefabel ont efte propiianes Se io-
niques tout enfemble, en ce qu'elle commandoic
de meurtrir les Prophètes de Dieu, & les gen> de
bien. Voila pourquoy Abdiasau lieu d'y obéir
nourrilfoit de tout ion pouuoir les feruitears du
Seigneur.
Les Iuih entant qu'en eux eftoit empefchoyét
IefuiGhnft d'annoncer la volonté de Diva .
78 DIALOGVE IL
Père auec defenfes & menaces, Iefus Chrift leur
a refifté en l'annonceant.Et quoy que nous puif-
fîons dire qu'en la maifon du Père Eternel il a e-
fté,eft & fera à iamais fils Eternel de Dieu : toute-*
tefois félon la difpenfation du temps d'alors, fa
côdition &la police, il eftoit corne perfonne pri-
uee:& toutefois n'a-il point obey.
Les Apoftres ayansreceu commandement de
fe taire > &ne point annoncer Iefus Chrift , n'a-
uoyent garde d'y obéir.
Une ièroit pas fitoft fait fi ie voulois reciter
par le menu le nôbre des tefmoings qui ont ioufc
fert perfecution , pour n'auoir voulu obéir aux e- .
difts des Rois , Empereurs & autres Magiftrats, ;
aufquels tât s'en faut que nous foyons tenus d'o-j
beir5lors qu'ils commandent chofes prophànes
ou iniques:qu'au contraire comme nous pouuôs
recueillir des exemples alléguez nous ne fatisfai-
ions iamais ànoftre deuoir,iien defobeifsât d'vn*
cofté, à tels Magiftrats, nous n'obeiffons de l'au-
tre aux edi£ts & commande mens de Dieu fouue-
rain3chacun de nous félon la vocation : vocation
dis-ie générale ou particulière : générale par la-
quelle vn chacun eit appelle à pratiquer la chari-
té enuers fes prochains : particulière félon l'eftat
& office auquel vn chacun eft appelle.
Les fàges femmes donques. Egyptiennes ont
Fort vertueufemét fait en n'obeiffant point à Pha-
rao3& en s acquittant de leur vocation particu-
lière ont de tout poinft accôply leur deuoir,con-
feruât les enfans que l'edid du tyran auoit defti-
né
r
79 DIALOGVE IL
né a la more.
AinfiauffiAbdias,qui non feulement ne tua
point , ains nourrit & fuitenta les Prophètes du
Seigneur. Pareillement les Apoftres3 qui tant s'en
faut qu'ils fe teuffent, qu'au contraire ils annon-
cèrent plus librement la parole du Seigneur. Au£
fi eftoit-ce leur vocation particulière , à laquelle
ils ne pouuoyent autrement fatisfaire qu'en ce
faifant.
Et partant auiourd'huy es terres des Princes
rophanes,fuperftitieux 8c tyrans,defquets le nô-
re n'eft que trop grand,qui deffendét d'annôcer
' la Parole de Dieu , &c commandent d'affilier aux
e' feruices des faux dieux côtrouuez dans le cerueai*
:Jj des hommes :s'ii s'y trouuç quelque Chreftien,
°" (comme Dieumercy il y en a bon nombre) nous
*; ne dirons pas qu'il fe foit acquitté de fon deuoir,
Ji quand feulement il fe lera abftenu decommuni-
:1" quer aux faux feruices, fi quand lie quand il ne fait
: tout ce qu'il luy fera pofîible pour le trouuerés
:* affembleesChreftiennes., ouyr la parole de Dieu,
•' & communiquer auxpricres &c facremens de TB-
:or' glife Chreftiene.
;> Le roy Ozias ayant voulu vfurper l'office de
3 Sacrificateur , fut dechafsé hors du Temple par
: Azarias,& o&ante autres Sacrificateurs fes com-
pagnons-^ fqueis le fait futapprouué de Dieu, &c
ceîuy d'Ozias condamné: de forte qu'il en fut
frappé de lèpre de la main du Seigneur, & con-
traint de finir fa vie tout lepreux,&: milerable, e#
vne maifon iequeftree Se à parc.
go DIALOGVE IL '
Celaeft donc tout reiolu que nous pouuorî*
en bône confcience def obéir aux edi&s propha-
nés ou iniques des Maginrats,quels qu'ils foyent*
Reuea voir maintenant, s'on leur peut aufli
pareillement refîiter en bône confcience, Se pour
quelles raifons eftantehofe toute aifeuree, que
c'eft plus leur reiïiier , que leur defobeir Ample-
ment.
la n'auiene queie fauorife en ceft endroitle
party de ces furieux & turbulens Anabaptiftes3
que nous conteifons tous pouuoir eftre dignemét
chaftiez par le Magiftrat,
QU'on ne penfepas aufïî,que ie vueille porter
lepfarty des Séditieux, pourtant, iî ie viens affer-
mer que les fuiets font tenus de refifter par ar-
mes,fibefoineft,auMagiftrat commandant cho
fes prophanes ou iniques,eftantvne telle refiften
ce,qu'ô fait aux delfeins d'vn Magiftrat feditieux^
vn vray moyen d'ofter la fedition , Se faire mettre;
vne bonne paixparmy les peuples*
Mais afin que la queftionpuiffe eftre plus cle-
t ement traitée Se defnôuee , ie mettray en auant
quelques maximes, comme préludes feruansà ce
faich
Premièrement qu'il y a vne mutuelle Se réci-
proque neceflitude& obligation d'entre le Ma-
giftrat Se les iuiets:comme il eft aifé à^cognoiftre,
s'onconlidere l'origine, la caufe& la fin de l'in-
itution des maeiftrats*
Cela eft bien certain que les magiftrats ont e-
fté créez aux peuples Se non les peuples aux ma-
giftrats: tout ainfi que le tuteur eft créé à vn pu-
piiïe
:-
DIALOGVE IL 81
pille &: le Part eu r à vn troupeau mon pas le pu-
pille au Tuteur^ou le troupeau au Pafteur. Ilfal
loitdonc qu'il y euft quelques afleblees & trou-
pes d'hommes deuant la création des Magiftrats*
1 Encorcs peut-on bien trouuer auiourd'huy vn
; peuple fans Magiftrat mais nullement vn Magi>
* ftr,;t fans peuple : C'eft donc le peuple qui a crée
leMagiflrat & non le magiftrat le peuple :quia,
-dis-ie, crée les premiers magiftrats dvn corn-
fi mun confentement,pour la neceflné qu'il fe fen-
* toit auoir pour fa conferuation d'vn tel lien 8c
conduite.
Aucuns peuples ont crée des Princes fur eux,
:e; pour eftregouuernez & regis en cefte façon ou
u :n faut e , tellement toutesfois qu'il demouroit
noteoufiours pardeuers le peuple vne bonne portiô
livielapuitTaiice&authoriré. On voit cela en l'e*
eji^at Démocratique, auquel aucuns efleus en ce-»
Recharge demandent les auis & recueillent les
jroix du peuph*,n'ofans au refte rien ordonner fâs
:t bnconfenternent.Ceux cy font appeliez Magi*
•;.;■ trats populaires.
^J Autres y ena,quiayans mieux aimélegouuer
lemcnt Ariftocratique , ont choifi & efleu vn cer
:, ain nombre des meilleurs de leurs citoyens,auf-
\[3}uelsilsont cômis toute la conduite de leur eftat
:! kchofe publique.
,|'jj j Ceux qui ont plus pri^c le gouuernementd'vn
?ul,l'ont eslcu &es!euë fur eux ponr les gouer-
ltl icr & coi:duirecommc Monarque & fouuerain.
riais il nefetrouuera iamais,qu'ily uiteu vn peu
le fi lot &malauùc quiaitesleui \i? m?giftr«#
£
m
Si DIALOGVE IL
fur les cfpaules , auquel il aij: donné puiflance &
authoritë abfolue de commander indifferemmét
tout ce qu'il voudront au peuple, qui fauoit efleu.
Au contraire toujours le peuple en fe foumet-
tantau magiftrat, la auffi lié &• comme attaché à
certaines loix Se conditions Jefquelles il ne luy eft
permis d'enfreindre ny outrepafler.
Onvoitencoresauiourd'huy cela aux eftablif-
femens & couronnemens des Rois: où l'on leur
offre certaine forme de iurement, qu'ils preftent
deuant queftre eftablis -.s'aftreignans par iceluy
aux conditions qui leur font offertes.
Sous telles conditions le Magiftrat règne, Se
fous telles conditions luydoitle peuple obéir,
neftant en rien lionefte d eftendre le corn mande-
ment ny Tobciflance hors ou par deffus icelles
conditions, que nous pouuons appcller, vitro ci-
trôque,& réciproquement obligatoires.
Nous auons vn ancien exemple de cecy allez a
propos au règne d'Ifrael. Dieu eflit Dauid &
fa pofterité pour régir & gouuerner les Ifraeli
tes. Ils fefoumettent à fon Empire,fous certai
nés conditions & formule de iurement, que l'of
peut recueillir des paffages de rEfcriture, oùl'hi-
ftoire du règne du roy Ioas eft traitée : Là il ef
dit que Ioiada facrificateur ftipuknt, l'ai liane
fut faire comme de nouueau entre Dieu, le Ro;
& le peuple.
Dieu tefmoignoit par la bouche du Sacrifica
teur,q;.ul recognoifloit ce peupleià pour fon pe
pie: & le peuple de fa part reelamoie Dieu pot
fon Dieu,
Item
DIALOGVE H. %
Item le Roy de fon coftë promettoit de ré-
gner félon Dieu, & le peuple d obéir au Roy fé-
lon Dieu.
Le mefme ferment & alliance fetrouue faite
en l'Efcriturc fous Iofias & autres RoiséEn fom-
i me iamais ne s'eft veu qu'il y ait eu homme efle-
ué en degré par deffus les autres, fansauoir pre-
mièrement fait quelques promeffes & fermens
au peuple, ou à la nation à laquelle il eftoit pre-
pofe. , ■
On voiteneorcs auïourd'huy les formules de
iurement de TArchedu. d'Auftriche, du roy des
Romains, du roy de France , quoy qu'elles ayent
efté viciées, par Tentremife de Meilleurs les Pâ-
ti p es Romains.
Apresauoir veu l'origine & forme de la créa-
is tion dts magiftrats , voyons maintenant quelle
i eft la caufe & occalïon* pour laquelle ilsontefté
a\\ créez. Nous trouucrons qu'il n'y en a point d'au-
À tre que le falut du peuple* Afin, ce dit TApoftre,
■A qu'ils foyent en terreur & efpouuantement aux
A mefehans , & en feureté & conferuation aux
|lbons«
Anftote en (es Politiques dit tresbien: Que
. toutainfiq/au Pilotc,rheureufc& profpercna-
., uigation. au médecin, la fanté du patient : au Ca-
: pitaine, la victoire: aulîî au Roy le falut & con-
feruation du peuple doit cftre touficurs deuans
^ | ks y eux.
Et partant le peuple ayant efleu ou autrement
cflcué premièrement, le Roy àceftefin,lc Roy
*ufli eflant obligé àtdk condition tcutesfois &
$4 DIALOGVE IL
quantes qu'il s'en defuoye: quand de bon prince
ildeuient Charles;?, quand feulement il prepo-
fe fon priuë au public: augmentant auec le détri-
ment du peuple Tes coffres Se reuënusdors l'obli-
gation du cofté du peuple eft rompue : lors efl le
peuple deliurê de ce qa il deuoit à fon Roy Ne
pouuant l'Empire & gouuernement eltreditiu-
fte& légitime, auquel fon a tellement efgard au
bien particulier du Prince qu'on en vient à inte-
reffer le public de tout le Royaume.
Outre cequedift eftdlfautqu'vn Roy foit lé-
gitimement appelle à la Royauté, félon les cou-
ftumes&loix du pays pour pouuoircftreditRoi
légitime. Autrement s'il vient à vfurper le feep-
tre, il fe rend indigne du titre & des priuileges d'û
Roy. Cccy foit dit tout en paffant, en faueur de
c#ux de Lorrainetfuriefquels comme tu fçais mi-
eux Jespredecefleurs de nos Valois ont vfurpë la-
Couronne.
Or les Rois font appeliez au royaume, ou par
fucccflîon en lieux où le droit de régner eft tranf-
mis aux héritiers: ou parele&ion.ou par fuccef-
fion 6c par eiedion tout enfemblc. Cefte der-
nière façon de créer les Rois eft mcrueilleufeméc
à fauantage& bénéfice du peuple: eftant chofe
tout afleuree que là où le droit defucceflîon eft
fimplementobferué, le plusfouuentla Royauté
eft trâ fportee à perfonnes indignes,doù fort vne
infinité de malheurs &defaftres,nousrauôs veu,j
nous le fçauons, nous le fentons fi nous ne fom-|
mes ladres. Làoùl'eleâionfeule eft pratiquée,
f|n baille entrée aux feditions& partialicez, àcC~
qu«i*
DIALOGVE IL 85
quelles naiflent le plus fouuenc des guerres châ-
les, ruine des peuples & eftats.Mais quâdlacho-
fe eft tempérée, de forte qu'on ne reiecte pas té-
mérairement la famille fous laquelle le peuple a
accouftumé d'eftre conduit: ains enquiert-on di-
ligemment, fi c'eft pour le bien du peuple de l'ef-
lireoureiettenc'efts'y conduire fagement de tout
poinr. Telle eftoit ancienement la façon d'efle-
u^r les Rois. Ainfia efté pratiqué en l'Empire
de Dauid (duquel toutefois Dieu eftoit fautheur
& en la famille duquel il vouloit conferuer le fee-
ptre)où lesaifnez n'ont pas efté eftablis indiffé-
remment Rois. Roboam après la mort de Salo-
mon fut appelle par droit de fucceflion au Ro-
y aume:maisce fut par Tauis des douze lignees,qui
pour ceft effet s'aflemblerent.
Ceschofes ainfi premifes, ic vïen àlaqueftion
propofee. SMeft loifibleaux fuiets de relifter au
magiftrat3& iufques où telle licence s'eftend.
Mais deuant toute ceuuresil faut entendre>aue les
fuiets ne font pas tous d'vne mefme condition.
:cf Car les vns font fimplement fuiets priuez, les au-
r très ne font dits fuiets qu'à raifon du Megiftrat
jjï fouuerain:teIs font les Magi * rats inférieurs.
Mais à fçauoir mon fi le Souuerain magiftrat
tlji ou Roy cft tellement fouuerain , qu'il n'ait nul
j: fors que Dieu eftably defllis luy. Il femble bien
M î qu'on pourroit dire que après Dieu le Roy eft le
■ci premicr,ie l'accorde, mais non pas abfolument.
^ Car,comme i'ay dcfia dit, les gens n'ont iamais
;, eftëfifots& mal auifez de donnera aucun tan*
;f- de fouueraim: puiflance, qu'ils nefefoyent ton-
Î6 DIALOGVE II,
fioursrcfcrnez détenir comme par les renés vue
bonne & forte bride, de peur que la Royauté, co-
rne en vn chemin gliflant , ne tombaft toft en ty-
rannie.
Mais ils n'ont fceu fi bien faire (tantle peuple
eftaifë à piper) que ce malheur, que ce dcfaftre
nefoitauenu mille foi s.
Lauthoritç des anciens rois des Romains e-
ftoit fouueraine^mais elle eftoit retenue par le
Sénat.
Lesanciens Rois dechaftcz par leur ambition,
violence,& paillardifej'authoritë fouueraine de-
meura au fenat Romaimtelîement toutefois que
l'authorité des Tribuns du peuple leur feruoit de
frein & de bride.
Les Lacedemoniens auoyent deux familles à
Sparte, defquelles ils eflifoyét leurs Rois:le frein
& bride qui les tenoit en office eftoyét les Epho-
res, c'eftàdire lesvoyans ou regarçians & obfciv
tuteurs. A ceux- cy eftoit loifibie de condamner &
chaftiçr les Rois, qui abufoyent de leur charge,
comme tu fçais qu'il auint à Pau fanias.
Tel eft auiourd'huy en l'empire Romain le
Sept-virat : feauoir les Princes Electeurs. Ceux-
cy n'ont pas feulement droict d'eftablir les En%
pereurs, aîns aufli de les defn ettre. Tcfmoin
€n eft Vvenceflaus Empereur priuê par eux de
l'Empire l'an 140p. Muniter recite la forme de
l'abrogation.
Lemefme a eftê obfernêaux Rois de France,
du temps que râuthoritè des Eftats(que ceux de
Valois ont abbatue ) eftoit en fa force ; laquelle
auifi
DIALOGVE IL $7
aufli s'eftendoit iufques là, comme tu fçais, qu'il
n'eftoit permis auxRois de declarer,ny tane guer-
re>ny dimpofer tribut oufubiîdesnouueauxfans
feconfentea ent des trois^eftats: cfquels néant-
moins les gens d'Eglife nelloycnt aucunement
comprinsrains feulement ceux delà !uftice,ceux
dclaNoblefle5& le Peuple. Eteftoitleur aurho-
rité telle,qu'ilsdepofoyent les Rois quand l'oc-
cafion le requeroit pour leur desbauche>infolen-
ce, faineantife, incapacité & autres femblables
chofes.
Nos hiftoires nous font mention, comme tu
fçais trop mieux,de huici Rois de France defmis
par l'authoritê des Eftats.
Childeric en eft l'vn, defmis en l'an 469. Eu-
don^l'autre defmis vn peu après. Vn autre Chil-
dehc,l'4n 679. Theodoric l'an 696. Chilperic
l'an 750. Charles le Gros,ranS$o. Ôdon3l'an&94.
Charles lefimpleTanpiô.
Quant à noftre Charles le traiftre,ils ne l'euf-
fentia defmisriln'eft pas vray-fcniblable: ils euf-
fent eu efgardà ks belles vertus,à fa pieté, à fa iu-
ftice: ils euflent porté refpect à fa mère qui peut
tout, & au Peron, quitafurmonte, & gouuernc
tout à fon tour.
Mais fi la liberté des Eftats, n'euftefté oppri-
rrcc,ils cuflent bien defmis d'autres Rois, qu'on
cuft peu nommer bons, tresbons, les comparant
aux moindres traits' de ceux queCharlesa iouë
aupourc& miferablepeuple-.commelesRomains
démirent Tarqoin à raifon de Ces outrages 8c
violences.
f iiij
83 DIALOGVE II.
En Angleterre les Parlemens, qui ont mefme
puifTancequ'auoyentles eftats enFrancc>ont fou-
uent condamne leurs Rois.
Cela eft hors de toute doute que ceux qui ont
la puiflance de deslier, ont aulli pouuoir délier.
Et partant es lieux ou ceft ordre eft eftably
qu'il y en a quelques vns qui feruent de bride aux
Rois>& aux loix de feure garde:! e dis que ceux là
fans faillir peuuét&doiuentrcfifter aux iniques
ou prophanes commandemens des Rois, Et ne
peuuét ceux-là laiflerla royauté & légitime gou-
ueruement dégénérer en tyranniefans commet-
tre vne manifefte trahifon entiers le peuple-.qui a
esleutels eftats principalement à celle fin > qu'ils
empefehent la tyrannie. Que fi de malheur elle y
furuienc, ('comme nous la voyons par nos pèches
arriueeàfon comble,difpofant des biens & des
corps,de l'honneur & de l'âme à fon gré)c eft aux
fuiets priuez de recourir au remède vers les e-
ftatsreftant chofe toute aiFeuree, que ces trois e-
ftatsfont comme fouuerains magiftrars par def-
fas le Roy en ceft endroit, quoy qu'ils foyent pri-
uez & au délions du Roy pourvu regard ordi-
naire.
Que fict droit là des eftats vient à defeheoir
& à fe perdreMe te rcfpons,& fort bié ce me fem-
blc: que les Rois qui ont fifouuenten leurbou-
che,quon ne preferit rien contre eux, nous enfei-
gnentauffi dedircqu'iln'y a point .<eprefcriptiô
contre les droits du peuple & des eftats. Et que
la loy ciuilc de laquelle nous vfons, qui a la raisô
pour fon ame,nousenfeigne & apprét5qu'vnpof-
ie/îcur
DIALOGVE II. %9
feffèurde mauuaife foy ne peut prefcrire aucu»
nement.
Les rois de France promettent'&iurent à leurs
: Couronnemens,qu'ils conferueront,vn chacun ea
, fon ordre, rcng'% degré': quand ils fontlecontrai-
i re, qu'ils violent les bonnes loix & les bons edi&s
\ en quelque façon que ce foit,ils ne font plus Rois,
i ains Tyrans.
S'ils répliquent: Il y a cent ans, deux cens>voirc
t fix cens ans que nous vfons de tel & de tel droit.
. (Car telcft noftreplaifir) &pour autant ce droit
:< nous eft preferit.
le refpons , que fi on fueillete les h ftoires de
\ noftre France, on trouuera qu'il n'y a pas plus de
y foixante ans que la liberté des eftats y a efté op-
:i primée , & que les Rois y ont eftê comme Ton dit
:i mis hors de page. Mais quand bien ce feroit de
w plus long temps,ie tourne dire,quelaprefcriptioi|
. contre les bonnes mœurs & contre les droits du
. peuple eft inualide. Mais Ton me dira : Les eftats
. icpeuuent ou ne veulent s'afTembler, ou s'ils s'a C»
> ~emblcnt,Iaplns grand part emporte, toufioursla
. ncilleure : ne fera-il donc permis à vne ou à Tau-
re partie des trois eftats, ce qui eft loifibleàtou-
les trois enfemble t le refpons que non , pour
. ^li'eraux partialitez qui s'en pourroyent four-
. ii c : Ayans à cefte fin efté établis trois, que toiï-
... es chofes (e hflent aucc bon ordre & fain iuge-
nent : & q«je le chemin toit couppé à la diflipa-
ion du peuple, qui autrement s'en pourroit bien
nfuyure.
t^u'eft-il donques befoin de faire quand vne
^o D I A L O G V E II.
partie du corps eft fi extrêmement greuec , qu el- I
le ne peut plus fupporter fon mal.? En tel cas il 1
faudra diligement confidercr, quelle eft la eau- I
fe de fes plaintes , & le but auquel elles ten-1
denc.
Carif yen peut auoir qui fe plaindront de la ty- I
i'annie,enuers lefquels toutefois on n'vfera que de I
ïufte& légitime commandement.
Eftans certains de la bonté & iuftice descom- |
plaignans , en fe fouuenant qu'il n'eil pas permis J
àvne partie , foiten chafteau , ville ou prouin- 1
ce, ce qui eft propre & appartenant au tout: a-1
près que celle partie greuee aura admonneftcl
&auerty les autres fes compagnons de leur de-
noir & charge: & qu'ils n'y voudront entendre
il luy fera permis & loifible par tout droit & rai
fon diuine , humaine , politique & des gens: nor
de defmettre le tyran , iaçoit que par le droit i
deuft eftre définis : mais fort bien de fe fou (Irai
redefafuie&ion, &defe deftendre contre h ty
rannie, & violence de celuy , qui au lieu d'eftr
Pafteur & père du peuple en eft le volleur & bri
gand.
Cela peut il faire en bonne confcicnce, & lait
fer périr cependant qui veut périra fon efeient
N'eftant aucunement raifonnable que pour la laf
cheté & nonchalance d'au tru y mon droit, moi
bien ,mon honneur & ma vie,voire mon propr
falut îoit abandonné & perdu.
Par le droit Feudal , pour les mefmes caufe
que le vaflfal perd le fief , feauoir pour félonie
pour icelies mefmes le haut Seigneur le perc
pouj
DIALOGVE IL 91
pourcc que,comme dit laLoyi'obligation d'entre
eux deux eft mutuelle & reciproque.Le femblablc
eft d'entre vn Roy & (es fuiets,qui luy font com-
me vaflaux.
Chacun fçjit combien la puiflance àes Sei-
gneurs j ou maiftres enuers leurs ferfs & efclaucs
eft grande: toutefois file Seigneur ne prouuoit&
fubuient au ferf en fa maladie,lc ferf fans autre ma-
numiJioneft déclaré lib:e par la lov: laquelle n'a
efté ordonneequ'à celle fin que ceux qui ont quel
queaurhoritê & puiflance n'en vienent point à a-
bufer.
La condition des fuiets ne doit pas cftre pire
^ue celle des ferfs. Que fi le ferf eft fait libre,
J quand fon Seigneur abufe de fon pouuoir* pour-
• quoy ne fera-il le femblabledes fuiets?
LesSuifies, defquels nous parlions n'agueres
"efom fouftraits , comme les hiftoiresen fcntfoy
Je la fuietion &obeiflancede la maifon d'Auftrk
:he, à laquelle ils s'eftoyent obligez fous certai-
nes condirions : pource que la maifon d'Auftri-
:he ne lesdaignoit accomplir de fa part. Ainfi
ont-ils auiourd'huy libres , ayans fecoué, non
3as abbatu l'Empire de celle maifon : laquelle
:epcndant cognoiflant fa grand faute à approu-
ve leur fubftra&ion & reuendication de leur li-
berté.
Quant à nos ponres frères de la Rochelle , s'e-
tans autrefois diftraits de la fuietion des An-
jlois , ils fe foufmirenc au Roy de France fous
ertaines conditions , que Froilfard récite en fon
îiftoirt.
1
fi D I A L O G V E IL
Toutes les autres villes de la France pareille-
ment fontfoumifes fous des conditions & aucc
fpeciaux priuileges , qu'on leur a iuré& promis.
Puis que celuy à qui elles font fou mifes , n'obfcr-
oe ce qu'il a promis, & qu'il n'y a point de moyen
d'auoirvniuge, pourquoy ne leur fera-il loifiblc
de fe diftraire de telle fuiection } Et de fc faire à
vn befoin iullicc à eux melmes de tant de conçut-
fions,extorfions, violences, paillardifes,cruautez,
trahirons & autres telles^infa retez,defquelles les
brigans&vollcurs abufans du facrè nom de Roy,
de Pieté & de iuftice , commettent en leur en-
droit.
Ioram fils de Iofaphat ayant fuccedé à fon per
au royaume de luda3introduifit les dieux eftranges
Se le feruice des idoles parmi le peu pie.Lobna vil-
le facerdotale en Iuda voyant cela,fc retira de luy
pour ne plus eftre fous la main de Ioram: pource,
ce dit rEfcript-ure, qu'il auoit delaiffé Dieu le Sei-
gneur de fesperes. 2.Chron.2.i.
Il n'y a nulle doute qu'entre nous, les loix diui-i
nés ne doiuent eftre en plus grand poix & cftim
que les humaines.
Le Magiftrat eft eftably pour élire en terreu
aux mefehans. Ceux-là font plus mefehans , qu
violent les loix diuines, que ceux qui fimplemen
conrreuienent aux loix humaines. Or s'il e"
permis de fe fouftrairc du magi ftrat violant la p
lice humaine, à plus forte raifon de celuy qui
violé tou tes chofesfainâesjvoire l'humanité mef
mes, qui a defpouillé toutes affections naturelles*
fecoaé entant qu'en luy efl tout ioug 6c cognoif-
fanec
DIALOGVE IL pj
fance de la deité,& corrompu & diflipé en toutes
fortes la Religion, laquelle eft le principal lien de
lafocieté humaine.
Item s'il fautfuyr la fedition en la police hu-
maine^ plus forte raifon la faut- il fuyr en TEglifc
: de Dieu & afTemblee Chreftiene : laquelle eft liée
\ & conioinéteeftroitemcntpar letreflaind &fa-
. cré lien du fûn&Efprit. Cependant en la tyran-
, nieEcclefiaftiqucdu Pape , qui a corrompu toute
s do&rine 6c violé tout ordre en rEglife,n'ayante-
, fté permis d'aflembler vn Synode libre, quieufte-
. fie comme les trois eft ats en la poiice,auquel il euft
fallu recourir, n'ayant, dis-ie,efté loifibledcTaf-
• fcmbler , parce qu'il euft efté befoin le demander
:s aux mcfmes tyrans , & par confequent approuuer
|. la tyrannie Papale : cependant, dis-ie,il a efté per-
iv mis a vne partie , pendant que la plus grand parc
c, fommeilloit en profondes ténèbres, defe diftraire
i. d'icelle tyrannie , fans encourir entre les bons le
nom de fchifnatique. Pourquoy eftimerons-nou*
ii- c«ux-là feditieux qui fe retirent de la fuiedion
oc dVn magiftrat periure, perfide, cruel opprefleur
de peuple.,mange(uiet;de Tinfameté duquel toute-
ut la terre eft infectée?
Ufntt. Mon Dieu que ie fuis aife de t'auoir ouy
auancer &dedujre tant de bonnes & belles rai-
(1 Tons pour la iuftification de nos frères. Elles ne
)0. font que trop fufïîfantes pour prouuer, qu'il ac-
ii (té loilîbleà la Rochelle & autres villes & preu
ainces oppreflees du reng defquclles on peut met-
tre toute la France , au quatre coins Se au milieu,
delgbeiiTance & fuieftion du tyran: fepouric
94 DIÀLOGVEII.
moinsdefedeflfendre contre linuafion de fesfa-
tellites , concufïion de Tes officiers , oppreflion de
{es gabelliers, violences & infametez de fa cour:
Et, pour le dire en vn mot,contrc tout ce qui pro-
cède de luy & de fes Ianniflaires.
Et tant s'en faut qu'en fe deftendant,ou retirant
du tyran, on acquière le nom de feditieux, qu'au .
contraire ceux-là font trefmauuais concitoyens,
compatriotes, & mauuais voiiins, qui nes'adioi-
gnent i eux.
Lepol. Cela efl hors de difficulté., que ceux qui
défirent la conferuation de la France^ fur tout de i
l'EglifedeDieu,fedoiuentioindre à eux. Et apeu-
ré toy, que ceux qui par couardie, ou autrement
laiflent les fecourir , orront vn iour & à bon droit
prononcer la fentence contre eux , que Debrra
donna contre la ville de Meros, pourtant qu'elle
ne vint point à laidedu Seigneur contre Jabinroy
deChanaan. Iug.5. 22. & 23.
Cependant le Seigneur ne lairra point de fai-
re fon ceuure , pfour paracheuer leur entière deli- K
urance, comme il a commence , ainfi que ie te di-
ray. Mûsiete prieparacheue ce que tuas à dire, jj.
& tedefpeche, afin queiayeaulîi qaelquepeudcj '
loifîr de t'entretenir de ce qui seil palîéenmon
voyage.
Lh*fl. le le veux bien : que pleuft à Dieu que les
Seigneurs des cantons, Papiltes t'euflTent ouy dî- ;
feourir en plein Confeil de la iuftice de la caufe de
nos frères, de lapuiflancedes magiftrats, & îuf-
ques où elle s'eftend. le m'afieure que cela ioint a-
uec ks autres Qccaûons qu'ils Qnt de tenir pom
fufpe<
DIALOGVE IL 5>f
fufpe&esles forces des tyrans, qui ne pardonnent
iamais aux loix, aux confédérations & ligues: ains
plantent toufiotirs leurs limites là où le bout de
leurs efpees s'eftend, les euft engardez dedefpeu-
pler leurs terres , & de defgarnir leurs maifons de
leu rs gens. Cela^dis-iejcuft eflé fuffifant,pour fai-
re que le Confeil euft arrefté tout court les plus
ambitieux & auares , & les euft engardé d'emme-
ner leurs combourgeois àlaboucherie.Cepemîant
cela eft fait : il n'y a plus d'ordre , & ie m'afleure
qu'ils ne feront pas grand mal aux noftres pour ce
coup cy.
LepoK le t'en refpons & te le iure : ils n'ont eu
garde d'approcher plus près que de l'artillerie les
0 murailles de la Rochelle , que fi aucuns ont paiïc
outre , ils ont efte'tresbien frottez. Maisvoilalc
mal qu'ils ont fait : ils fe font fait battre & tuer,
eux qui aiment leur hberte,pour nous vouloir ra-
uir la noftfe : & ont coufiours en ce faifant vefeu
deflus laques bon homme. Puis rapporteront au
retour l'argent & fueur du bon homme, après
qu'ils l'auront bien pille. S'ils appreneyent vne
ito I fois à cognoiftre la grande différence qui eft d'en-
tre vn tyran & la Couronne,qu'ils appellen ivoi-
re d'vn Roy à fon Royaume : ie m'afiïure qu'ils
n'auroyent garde d'outrager , d'offenfer & perdre
vn fi grand & puiflant torps > comme elt celuy de
France, à l'appétit d'vn feul tyran, & pour les paf-
fionsd'vne femme.
I Vhtïi. Certainement ie le croy.Mais,comme i'ay
3iS'*| dit , c'en eft fait pour ce coup cy : vne autrefois ils
rpotii I pourront eftre pofïîble quelque peu plus fages.
iiaoi
je*
/
$6 DIALOGVE II,
Quant aux Cantons de la Religion , ils n'ont
garde d'y auoirenuoyé de leurs gens:piultoft leur
ont-ils deffendu fur peine de la vie d y aller, &
commandé de fe tenir prefts & armez, tant ils ont
craint es premiers iours après le maifacreque
quelque orage tombaft de(Tuseux,& far leur cftat.
Et cela a efté caufe , aucc la crainte aulîi qu'ils a-
uoyent de faire naiftrevneguerreciuile d'entre eux
& les cantonsPapiftes,qui de(îa>comme ic t'ay dit,
cftoyent embarquez du code du tyran,qu'ils n'ont
baille aucun fecoursà nos frères rqjoy qu'ils con
feffaflent ingenuement dyeftretenus 6c obligeât
par la loy de Dieu & des hommes.
Bien eftvray qu'ils ont monftré & tous leurs
fuiets auflî d'auoir vn extrême defplaifir & corn-
palïiondenoftrefait: malfeurant en tcfmoigna-
ge de leur bonne volonté que tous les François
Huguenots forufeis feront les tresbien venus Se
feurement conferuez en leurs terres & qu'ils n'ou
blieront rien du deuoir de charité enuers euxrmais
qu'ils ne pouuoyent du tout rien plus que cela
pour maintenant : défia auoyeht-ils recueilly à
Bafle & bien fort honorablement les petits fei-
gneurs de Chaftillon,& de Laual .Mefdames d'An-
delot & de Telignyja damoifelle de Laual,&plu.
iîeurs autres gentilshommes & peuple François,!
& auflî bon nombre de Miniftres réfugiez > qu'ils r|
entretienent çà & là à leurs defpens deffus leur$r
terres.
Le fol. Dieu foit loué , de ce que leur charité au
moins fcmonftrcen cela qu'ils recueillent liben
ralement ses ieunes Seigneurs &: acxs autres fre«
DlALOGVE IL 97
res François : ils ne fçauroyent mieux condamner
routes les actions du tyran , fes profcriptions &
cruautez , qu'en vfant o'hofpitalité enuersles po*
ures opprefiez qu'ils iuftifient en les hébergeant-
L'bi/t. le t'aifeurd'amy, qu'ils le font fore volon-
tiers. Le femblable auil(ce que i'auois oublie à te
dire) font les Seigneurs Proteiians: & de mefmela
roy ne d'Angleterre par tout fon Royaume & pais,
recommandant les eltrangers autant qu'elle peut
àfcsfuiets.
Lepo'. Dieu leur vueille rendre , & à tous ceux
qui vfent de telle ch :rité , le guerdon qu'il leur a
promis au nom de fon nls lefus Chrift nofire Sei-
gneur,
Chift. Ainfi foit-il.Or ay-ie acheué de te dire tout
:epeu quei'ayexploiitéen mon voyage, excepté
tourne point mentir, quelques particulantez fe-
:retes , qu'on m'a change de faire entendre à ceux
a; juinous ont enuoy é.C'eft maintenant à toy 1 amy,
il im'entretenir à ton tour de ton voyage.
Lepo!. C'eftbienraifon. Sus donc, efeoute.
Ainfique rapprochais la France , par tout la
ni ie Jogeois foyois tant dire de nouuelles des
toileries & inhumankez quVnexerçoitordinai-
ement par les chemins, emmy leschan ps & par
es villes, Si ie tenois cela pour fi certain, qu'il me
emblbitbien que iallois à vne mort toute pie-
ente,ou bien à vn fécond enfer:tel!ement que peu
'en fallut , tant mon infirmité fut grande , que ie
ie rebroffaffe mon chemin auec vn vœu de ia-
nais ny rentrer. Et n'etift elle que noftre Dieu,
. jue ie me prins lors 2 prier 7 me fortifia & me fie
*
93 DIALOGVE II.
pafler outre fur toutes ces difficukez , i'euffefuy
auec vn lonas, pluftcft que de faire ma charge. A
la fin ie m y hazarday : mais ie ne fu pas fi toft en
France, que dés la première iournee ie m'apperccu
trop clerement quei'eftois au vray monde clés mi-
{ères & dans vn royaume de belles , ou bien plus
toft de traiftres & brigans. A la première hoilel-
lerieoù ielogeay, ientendy vn qui feplaignoit de
la grande cherté de viures: l'autre difoit: lesgrof-
{cs tailles qu'on va redoublant tous les iours , ces
grands impofts nous ruinent, hous mangent: &
puis les inuentions nouuelles que ces bougres
d'Italiens donnent au Roy pour arracher du peu-
ple tous les deniers de fa fueur, nous achenentà
bon efcient de peindre : au diable foyent les A-
theiftes : ils vienent la plus part en France pour
nous aider à efeorcher , pour nous gabeller &
»ous tondre , & pour fuccer iufques au fang les
poures gens. Les autres y vienent auec vne mai»
de papier , ou auec vn liure de raifons yDieu fçait
que! liure: ils dreflent après leur banque dans Pa-
ris, dedans Rouen,ou dedans Lyon: & lors qu'ils
ont bourfe garnie, ils font le faut , la Banque rou-
te. C'eftle vray moyen de gaigner , voire de paf
feren crédit les plus grands Princes delà France.
Et qu'il foit vray qu'on le demande au Peron, au
conte de Rets. Tu te trompes , repliquoit l'au-
tre, il eftparuenu autrement que tu nepenfesle
bon homme : ne fcay tu pas ce qu'on dit en pro
uerbe :
Pour bien feruir & loyal eftre,
De Maquereau on deuient traiftre:
Traiftrc
DIALOGVE IL 99
Traiftre, Maquereau & Ruffien
Ne peut faillir d'auoir du bien.
De par ie gibet , c'eft le moyen de parifcnir. Là
Roy ne mère ayant reccu ccftuy-là * dont tu par-
les , entre fes premiers eftallons , la recognu ertrc
Vn digne inftrument pour illuftrer la grandeur
de fa race , & la Maiefte de Ces enfans , pour re-
drefler les ruines de la France , & pour appuyer
& fouftenir ce poure Royaume > que ceux de
Guyfe auoyent tant esbranfle : qui , lequel don-
ques } ce Landry , ce fils de putain du Peron : la
maie perte qui lecreue auecfa dame Brunehaut,
repliquoitvn autre poure honimc: ils ont fait eux
deux plus de mal que ne firent iamais enfemble
tous les Lorrains & les Guifars : ce n'eftoit lors
que belles ro fes au prix des ronces ,dont ceux-cy
efgratinoyent le poure peuple. Et puis les Lor-
rains y les Guifars , ce font des Princes appar-
tenansen pluiîeurs fortes à la France : &poffî«
ble aulli que la France leur pourroit bien appar-
tenir.
Mais ces deux-cy ces Florentins , auec l'afne
qu'ils ont choifi, ce mefchant bougre de Chance-
lier : ces trois Italiens tant fameux , chacun fcah
d'où ils font venus:mais on n'entend pas leur* me-
nées.
le ne feay pas son les entend, difoit vn autre, fi
fcay-ie bien qu'on efl bien ladre s'on ne les fent.
Ce font ceux là qui nous ont remis auec le
Gonfage, &c Lanfac , ainfi auant dedans les mi-
fercs & calamitez , qui nous accableront tous en-
S U
ioo DIALOGVE II.
Adiouftcz y le Roy luy-mefmes, Se fon frerc le
beau Monfieur : ne vous fçauriez dire , lequel de
tous ceuxlà vaut mieux quei'autre. Quepleuftà
Dieu qu'ils fuiTent tous chaftrez comme ils le mé-
ritent. Lechaftiment du Parricide,c'eft de les iet-
ter à val l'eau dans vn fac de cuir , bien coufu auec
vn ferpent,ce me femble , vn coq & vn finge auffi.
O que cela conuiendroit bien à vn Charles le par-
ricide! à Catherine la couleuure, le coq feroit no-
ftre Mon fieur, & le Peron fei oit le linge : ce feroit
aflez de ces quatrc,Ies autres auroyent belle peur.
On purgerok toft le Royaume de gunemeçs : ie
rn afieure bien > dlfoit Thofte, que s'ils s'en vont à
la Rochelle, ils n'en reuiendront ia tous : ou il y
aura de la iuftice auffi peu au ciel qu'en la France.
Toutefois ceux cy n'ont garde d'aller anant dans
la meflee,ils craignent les coups,les tyrans. Mais il
y font aller les autres pour en auoir leur pafTe-
ternps. Hë quedebraues gentilshommes, que de
feigneurs,que defoldatsy vont mourinc'eft grand
pitiére eft grand dommage. Si l'eftranger nous ve-
noit fur les bras, A dieu la France elle tomberoit
aifément es mains du premier aflailiant , mainte-
nant qu'elle eft defpourueue, & qu'elle s'en va def
pouillantiournelîement de fes bras droits, de fes
parreins,fes deffenfeurs.
Voila la plus part des deuis que i'entendois te-
nir à table > auprès du feu dans les logis. Et Dieu
fçiit (î ces harengueurs en defpitant à tous propos
accompagnoyent leurs beaux difeours de iure-
mens & de blafphemes, ie n'eu onques tant de re-
gret 7 i eftois contraint leur latfler dire , ie n'ofois
point
D I A L O G V E IL 101
point me defcouurir ny faire femblantde mon-
(trer quel des partis ie maintcnois.O pendant i'al-
loîs pourfuyuant mon chemin)n,ayanr eu prefque
iamais faute d'vn entretien de mefme eftoflfe félon
les gens queierencontrois : Dieu voulut qu'vn
iour ie trouuay par les chemins deux gentilshom-
mes de la Religion, qui s'eftoyent depuis les maf-
facres reuoltezdcpeurde la mort,bien montez &
armez de mefmes qui s'en alloyent tout droit au
camp aflcmblé deuant la Rochelle: non pas, - e di-
foyent-ils^afin défaire malauxaffiegez: que plu-
ftoft ils mourroyent mille morts que le penfer:
ains feulement p^ur empefcher qu'on ne confi-
fcafttous leurs fiefs & qu'on les rendift roturiers,
fuyuantlebanqui en eftoitfait & publie par tou-
te la France contre ceux qui rcfuferoyent de fc
trouuer en celle armée: & auffi pour plus feure-
mentgarantir,eux & leurs familles ea monftranc
l'atteftation de leur feruicc.
Ces pouresgens à demy morts delà fafcherie
qu'iîs auoyent dauoir ofïenfe Dieu contre leur
confeience portoyent vn incredible regret des
cruautez exercées fur nos freres,des trahifonsadet
loyautez Se autres confufions qu'on voyoit em-
my le Royaume Ec en foufpirant maintefois mon
ftroyent de porter vne cnuie de recouurer leur li-
berre- corn me qu'il fuft , fiifl>ce au prix de leur vie,
fi l'occafio i s'y prefentoir.
Ceux là m'afleurcrent que Sancerre, où i'auois
enuie d'aller tout premièrement eftoit de bien
près affiegee & la Rochelle tout de mcfmes, qu'il
n'y auoit moyen d'y entrer ou de fe glifler dans le
s "i
ici D I A L O G V E II.
parc des ouailles qu'en fe méfiant auec les loups,
lors qu'il y a efcarmouche dreflt e:mais que le dan -
ger y eftoit grand de toutes parts.Oyant cela après
auoir prins langue d'eux farce qu'ils fcauoyent
de l'eftat de nos frères affiegez : entendant qu'ils
eftoyent aflez bien garnis pour quelques temps &
refolus d'eux tresbicn deffendre,ic prins mon che-
min tout droit vers nos frères du Dauphine,que
ietrouuayen plufîeurs endroits de leur poure pa-
trie efpars fous diuers Capitaines , qui par monta
gnes & couftaux , qui par les champs » qui pat les
villes,parles villages & chafteaux.
Montbrun , Mirebel , l'Edyguier, & auec eux
nombre de gentilshommes eftoyent ceux-là qui
conduifoyent nos poures frères ramafTez, armez
au moins mal qu'ils ont peu pour fe conferuer
tous enfemble contre l'effort des eimemis,!efquels
ils battoyent bien fouucnt & eftoyent battus à leur
tour.
Apres que i'eu fait entendre aux principauxdes
Chefs & du Confeil l'occafion de ma venue, 8c
qu'ils m'eurent ouy tour au long, ils remercièrent
beaucoup de fois Dieu & l'Eglifeqai m'auoiten-
uoyéjdelabone fouuenance & compaffion qu'el-
le auoitde leureftat, des bonsauis & fainctes or-
donnances, que Daniel leur auoit dreffees : les re-
cognurent fort neceflaires à leur conferuation.
Mais pour ce qu'il y pourroit auoir des difficul-
tés fur quelques articles:& principalement>quand
il feroit queftion de les mettre en pratique, pour
le peu decognoiflànceque les François ont d'vn
•cftat libre 3 & bien conduit ; ayans efte prefque
toujours
DIALOGVE IL 10g
toufîours nourris en feruage , & commandez à
baguette comme Ton dict, auplaifir de ceux que
les Rois leur efleuoycnt deflus la tcfte : Car tel
eftoit leur plaifir : Ils prioyent que ie ne trouuaf-
fe pas eftrange Ç\ eux, (qui auoycnt eliroi&econ-
federation , & intelligence auec nos frères de
Languedoc, Viuarez, & autres) merenuoyoient
aues quelqu'vn d'entre eux au Confeil qu'on
tiendra à Nifmes , pour ordonner de leur cftat Se
police.
Quant à eux , ils cognoifloyent facilement
qu'ils auoyent befoin parmi eux de ces deux nerfs
tant excellens pour tenir les vices en bride, &Ies
foldats en leur deuoir-.à feauoir de la dîfcipline Ec-
clefiaftique, & de la difeipiine militaire : ayans au
refte tout ce qui rendoit les hommes hardis, &
vaillans : A feauoir eft,la bonne caufe,qui rend la
confeience tout alfeuree , d'où le bon cœur a ac-
couftumë defortir , & laneceflîtede fedeffendre,
qui rend les couards courageux pour conferuer
leurs biens, leurs vies, leur honneur, leurfalut, &
ecluy de leurs familles, contre la rage de cestrai-
ftres, quilesafTailIent à crédit, d'vn cœur anime i
mal faire, altère du fang innocent , qu'ils eftoyent
tous bien refolus de iamais plus ne s'y fier : 6c de
ne plus pofer les armes , quelque paix qu'on leur
feeuft offrir, sonne leur bailloitde bons gages,
bons oftages,& refpondans.
Sur ces mots, de ne pofer les armes , pource
que le feigneur de Gordes,qui commande pour le
tyran en Dauphiné , auoit referit à quelqu'vn de*
chefs de nos frères , des lettres fort douces , iuy
io4 D I A L O G V E \ h
promettant de le conferuer , & bien traiter , s'il
vouloit mettre bas les armes, il y en eut en la com-
pagnie qui releuerent ces mots (de ne plus les po-
fer) leur femblant bien qu'ils nepourroyent moins
faire, quand cela feroit commande par le tyran,
(ne voyans pas les bonnes gens , que c'a efté touf-
iours la rufe des ennemis, de les defarmer premiè-
rement, pour les furprendre plus ài'aife fous le
beau manteau de la paix.) L'opinion de ceux-cy
fut caufe que la refolution fut reuoquee en doute,
& la queftion mife fur les rengs,à fçauoir mon qui
premier doit laiffer les armes , nos ennemis, ou
nous. La matière fut debatueàpîein fonds, pro,
& contra, iufques à ce qu'vn ieune homme , bra-
ue>& gaillard quiarentendementbienfait, nour-
ry aux lettres,& aux armes,&verfé en matière d'e-
ftat, là refolut en celle forte , & prefque fous ces
mefmes mots.
Si on difpute par le droit , il n'y a celuy qui ne
confefle qu'on ne peutiuftement requérir qucl-
cun qu'il cefle de parer , de mettre la main au dé-
liant, & de fe deftendre, que premier on n'ait ceffe
de tirer, de frapper, & doftenfer: car eftant toute
chofequiavie, naturellement apprinfe à la con-
feruer, ceft confequemmenr vn ordre du tout na-
turel que qui cerche de i'ofter> doit cefTer> premier
que celuy qui ne tafche qu'a la retenir : & ne fe
peut p refumer qu'il en laifle la volonté, tant qu'il
en retient les moyens tous de/ployez entre fe$
mains. Donc pour vuider cefte queftion , il faut
voir qui eft 1 agrefle » & qui fagrefleur , qui pour-
fuit j & qui fauue fa vie: qui tire les coups, Se qui
met
D I A L O G V E I I. ioj
met le bouclier au deuant>& cela fait, elle eft re-
fblue.
Chacun fçait,que quelques mois auât ces trou
blesderniers,les François de la religion monftre-
rent bien qu'ils fevoyent merueilleufement en la
parole de celuy qu'ils cuidoyent eftre bon Roy,
quand ils remirent volontiers entre fes mains*
longtemp>auantleterme,lesvilies qu'il leur a*
uoit baillées pour s'y couurir cotre les coups des
ennemis publiques de la paix.
Cefte iîance,ne pouuoit eftre fans grande a-
mour : ne cefte amour,fans fort prompte obeif-
fance. Us eftoyent tous paifibles,& auoyenttel-
ment efface de leur efprit toute fouuenance de
guerre,qu a peine fe fouuenoyenc-ils où eftoyent
leurs armes.
Le 24. d'Aouft par le malheureux Confeil des
perfides,proietté de plus longue main, fous l'ap-
paft de banquets & nopcesjes principaux d'en-
tre eux furent meurtris dans le palais Royal, &
danslacapitalle ville du Royaume: ce maflacre
fut fuyui prefque par toutes les autres principa-
les villes, contre la volonté du roy Charles neuv-
ième, Vil faut croire à fes premières letres de de-
clatation)nonobftantqueles officiers de fa Co^-
ronne,fes autres fatellites ,courtifans ,& archers,
& les gouuerneurs des prouinces( comme cha-
cun fçait)commençafltnt la tueric,& que les par-
lemens,& fïeges Royaux y tin lient la main:& que
les maifonsde ville fiflent , ou aidaffent l'exécu-
tion te'lcment qu'en l'efpace de quelques iours,
tous ceux de la Religion qui fc rettouucrent ci
ïo£ DIALOGVE II,
villes furent miferablement mis àmortrencores
tautesfois ne prifmes nous pas les armes: mais
partie de nous fe contenta de fuy r, partie de fer-
mer la porte, parvn mouuemét naturels la mort
qui nous pourfuyuoir.
Finalement quelques vns de nos frères, fon-
dez furlefdites lettres que le roy Charles auoit
efcrites/efquelles il declaroit, que ceux de Guy fe
auoyent commence ces tueries à Paris, pour pre-
uenir la vengeance que l'Amiral reguar y euftpeu
faire de faj bleiïeure,ou fes amis, pour l'indigna-
tion qu'ils en rceeuoyent, & fur quelques autres
déclarations qu'il faifoit, que ces MaflTacres auo-
yent eftë faits contre fa volonté, & qu'il en feroit
la punition, fe refolurent de deffendre leurs por-
tes,contre ceux qui auec grofles armées venoy et
pour leur coupperla gorge dans leurs mâifons:
& après infinies proteftations, voyans les glaiues
teints du fangdenos frères, apprêtiez contre le
leur, çercherent les moyens de s'en parer , & fe
couurirau moins mal qu'il leur fut poflîble.
Dont il appert que nous auons prins les armes
pour nous deffendre,&nonpouroffenfer au truy,
& que par confequent c'eft à ceux qui pourfuy-
tient noftre mort,de mettre les armes bas les pre-
miers.
Laloyciuile permet à l'efchue, pourfoyui par
fbnmaiftre courrouce, l'efpee au poingrprcft de
la luy mettre au trauersdu corps , de luy fermer
la porte de fa chambre mefme,pours'y fauucr, &
s'il la veut forcer>de la barrer le mieux qu'il peut:
& s'il l'efforcé plus outre, defe mettre cotre luy,
pouy
DIALOGVE IL 107
! Pour iuy empefcher l'entrée.
Que fi ce n'eft point letnaiftrc qui fait ceft*
violence:mais quelques gallands de maiftres fer-
uiteurs,qui fouslauthoritédumaiflrele veulent
tuer, il n'y a doute que la loy ne luy permette en-
j coresd'auantage.Et fionluy dit,qu'il ouurehar-
1 ciiment, qu'on ne luy fera point de mal, & qu'il
refufe de ce faire tât qu'on a des armes à la main,
il n'y aura aucun qui le condamne: d'autant qu'en
lefpouuantement où ileft réduit, ne pouuant»
s'ilouure, & qu'on levueille tromper, auoir re-
cours qu'àfe ietter parles feneftres, il ne peute-
ftre affeuré qu'on n'ait point de volonté de lujr
nuire, tant qu'il voit qu'on en retient les moyens,
en fa main.
Or les Rois,qnancl ils font bons, font appel-
iez Pères du peuple, & par confequentils doy-
uent traiter leurs fuicts comme enfans. Et la loy
quidonnoit aux Maiftres puiflance de vie & dç
mort fur les efclaues,(qui depuis fut fort modérée
par les Empereurs) n'eut oneques lieu furies en-
fans. Dont appert qu'é ce cas.il eft beaucoup plus
permis aux enfans, qu'aux efclaues : & plus requis
des Pere$ que des Maiftresreftant choie toute af-
feuree que les fuiets doyuent eftrc tenus en autre
rengqued'efclaues.
Quel fera donc l'office d'vn Père en ceft eti-
droic,dvn pere)dis-ie,s'ainfi le faut nommer) que
les enfans , de la bonté defquels il a fi fouuent a-
bufene redoutent pas fans grande occafion, vo-
yans leurs frères tout frefehement morts deuant:
kursyeux? Sera-ce feulement de leur monftrer
105 D I A L O G V E 1 1.
bon vifage'de leur parler doucemenr d'vne paix?
de leur monftrer la main ? Mais quand ils la vo-
yent armée d'vn glaiue tout fanglant : quand ils le
voyentenuironné de ceux qui les ont tuez, & de
leurs plusgrands eonemis:mais quand ils fçauent
que luy mefmea commande tout ce forfait : a a-
noaê tous les maffacres,& proiette les trahifons,
Eft-ii poffible qu'ils le piuifent reputer aucune-
ment Père? Et quand bien ils feroyent fi fols,
pourront-ils bien hau (Ter leurs yeux, pour luy co-
templerle vifage,ou prendre garde à ce qu'il dit;
Que fera donc'vn Pfeudo-perepour ofter ceux
de defefpoir qu'il deuft traiter ainfi qu'enfans, &
pour les garder s'ilpourfuit defe précipiter tout
outre? Il iettera pour le moins fon efpee,il laif-
fera toutes Ces armes bas. Il fera retirer ceux def-
quelsilsfe mesfient.llcaflerafesfateliites.il cha-
ftiera tous fes bourreaux , condamnera tous fes
forfaits. Lorss'approchant de Ces enfan s, lescon-
fblera de paroles: les defehargera de toute crain-
te, & leur tendra fa main plus douce: alors il ne
fautparauenture point douter, qu'ils ne s'atten-
driflent, qu'ils ne fondent en larmes, & nefe iet-
tent comme à Ces pieds s'ils font vne fois affeurez
que ces façons luy procèdent du cœur.
Que fi Ton dit qu'il y va de la réputation d'vn
Roy defairelefemblable, ie dy donc qu'il n'eft
pas honorable à ce Roy- là de porter titre de Père
de fon peuple, veu que les titres fe donnent pour
feffeâ:, & ceft effet conuient à ce nom- là.
Entre deux combatans en vn duel,il y a de l'ho
lieur à qui fait quitter les armes à fa partie. Entre
deux
D I A L O G V E II. ip^
deux Princcs,à qui contraindra fon ennemy vain-
cu,defnuê de fes armes, hors de tout efpoir, de re-
quérir la paix. Car on combat à qui fera le plus
fort & lepluspuiflant :mais quand entre le Pè-
re & lesenfans pour la mefchanceté du père on
en vient là, l'honneur du père eft acheuë de per-
dre, s'il s'eflaye de les vouloir forcer,de leur faire
rendre les armes le pied fur la gorge,de les mener
en triomphe liez au derrière de fon chariot. Ce
luy eft(dis-ie)vn trop lourd deshonneur de le fai-
re.-c'eft fe rëdre ignominieux foy-mefmeJ& pour-
chaflerfa honte à fes defpens.
Son honneur elt de fe monflrer bénin, & doux,
enclin à pitiê,recercher tous moyens de les rega-
gner^ les retirer du defefpoir où il les a mis. Et
le Prince qui ne fuit cefte voye,fous vnfaux pré-
texte de conferuer fa réputation, la perten ce
pcint5& acquiert celle d'vn tyra inhumain.Pour-
ce auffi qu'on penfe que ces fuiets vienent en cô-
petenceauec luy, & qu'il veut monftrer qu'il eft
plus fort qu'euxrcomme ainfi foit qu'il deut mon-
ftrer(s'il luy eftoit poflible)qu'il eft meilleur Prin-
cc,qu ils ne font fuiets: & plus benin,& clément,
, qu'ils ne font obeitians.
Les bons Princes, font eftimez eftre l'image
de Dieu en terre. Dieu auquel les hommes font
«j plus tenusqu aux Rois & Princes, veut auoir ceft
honneur denousaimerpremier que nousluy:&
r ne le pouuons aimer,que premier il ne nous aye
aimez ,11 ne fe courrouce iamais iniuftement,cô-
■ me les homes à tontes heures :& toutefois il cef-
fepluftoft de nous hay r,que nous luy:&defpouil
îio DIALOGVE IL
le pluftoft fesarmes,que nous,noftre rébellion.
L'amoureft vne vertu non petite,& naturelle-»
ment veut commencer du plus parfai£t,du vray
Prince,vers fes fuietsrdu vrai père, vers fes enfans,
defccndant,pluftoft que montant : 6c lors par vne
certaine reflexion les enfans commencent à aimer
le Pere:les fuiets,le Prince.
Et corne ceftaux pères de comencer, aullîcfl:-
ce à eux-mefmes de recômencer,s'il s'interrompt
& s'ils vienent à desfiance, de cercher les moyens
de les aflTeurer.
Brief, qu'on confidere le droit,oul'honneur, il
cfttoufiours requis à vn Roy, de quitter les ar-
mes premier , que &s fuiets : à plus forte raifoa
l'eftil requis,ô compagnons, à vn tyran, traiftre,
&perfide,duquel le mieux traité de fes fuiets re*
çoitee mal de luy eltre ferf,& efclaue, cotre tout
droit & deuoir.
Ce ieune homme fembla fi vieux, fi prudent
& fage en fon difeours, qu'il n'y eut homme en la
compagnie quinecouruft de pieds,& mains tout
foudain après fonauis:ainfi fut la première refo-
lution d'entre eux prifedene plus fe defarmer,
pendant que le tyran, & Ces fatellites feroyent ar-
mez, comme de nouueau confirmée par les voix
& fuffrages de tous les affiftans: aufquels fuyuanc
les raifons de ce vieux ieune homme fembla bon
d'ainfi le faire: tant pourconferuer la réputation
du roy Charles neufieme, auquel, comme à bon
père de famille ( car ainfî auflS s'appelle il foy-
mefme ) touche de fe defarmer le premier : Que
!(& plu$ véritablement ) pour garder auec leurs
vies
,
D I A L O G V E I î. iiï
vies,cequ'ilsdoyuent auoir.de plus cher en ce
monde. Surquoy ils fe ramentoyent IVn à l'au-
tre ce que Nancé capitaine des gardes du tyran,
fit par (on commandement en la iournee de la
trahifon,aux gentils hommes couchez en l'an-
tichambre du Roy de Nauarre: lefquels, com-
me tu feais, il fit tuer,le tyrâ les regardât d' vnefe-
neftre,àlaportedu Louure, après les auoir tous
defarmez de leurs efpees,&" dagues, & plufieurs
autres exemples dçs anciens,& modernes tyrans
qui en ont vfé tout de mefmes.
fct fur tout ils fe refouuenoyent , comme d'auer-
tiflemens trefnotables , de ce Bordereau de mé-
moires qui fut enuoyé,comme tu fcais,au defunâ:
Amiral ,vn peu auant les noces tragiques de la
foeur du tyran>lequelbordereau,tous eux difoy-
ent vouloir apprendre par cœur, pour ne l'ou-
blier à iamaisiayant comme ils difoyent le mef-
prisd'iceluy eftëcaufedela ruine & des miferes
que nous fouffronstous auiourd'huy.
Lhu Voila de bonnes gens, & bienrefolus. Dieu
les vueille fortifier, & maintenir en leur fainâ:
propos.il vaut mieux eftre fage tard , que de ne
lettre iamais:& ne le pouuant eftre aux defpens
d'autruy.il vaut mieux l'eftre à (ks defpens : voi-
re>aux defpens de fes freres:(quoy que le prix foit
par trop cher)que de ne lettre point du tout , ny
à quelque prix que ce foinfefouuenant qu'ils ont
affaire à des ennemis,qui fe /ont toufiours plus-
toftferuis de noftre (implicite, pourqous nuire,
que des moyens qu'ils euffenc.
Ii2 D I A L O G V E IL
L'Italien nous enfeigne vnecresbonne leçon
en fon mefehant petit prouerbe. Non viti fida-
re (dit-il) &c non faraiingannato. C'eft à dire ne
t'y fie point, & tu n y feras pas trompè.S il fut îa-
mais temps défaire fon profit de la rufe, & mali-
ce Italiene, il eft maintenant. Et s'i! y eut iamais
gens contre lefquels ilayt eftê de befoin dem-
ployer & le bec, & les ongles, de fe feruir de tou-
tes peaux,d'eflancer toute forte de chiens & de 1 e-
uriers, voire bien de dogues, Françoisj&r Anglois
il ne m'en chaut:e eft maintenant qu il le faut fai-
re contre ces furieufes, & enragées beftes Me Ji-
ci Valoyfes:maintenant, dis-ie,qu'il n'y a ny loy,
ny foy qui de ces gens retiene 1 j malice. Mais ie te
priepourfuy.
LepoL Apres celle refolution, deux de la troupe;
furent ordonnez pour venir auecmoy en Lan-
guedoc: afin de faireentendre aux noflres,la con-
clufion de ceux du Dauphiné, &d'en rapporter
du Confeil gênerai ce qu'il trouueroit bon défai-
re pour la conferuation d'eux tous. Eftansarri-<
uez àNifmes>(où le Confeil de plufieurs prouin-
ces,viljfs,villages &chafteaux faif>nsprofefïion
de la Religion,fut aflfemblé) luy ayant fait enten-
dre le contenu de ma charge & ceux du Dauphi-
né leur légation: après quils eurent monftrë cô-
bienils eftoyét ay Ces de noftre venue: qu'ils nous
eurent remercie du bon office que nousfaifions:
& de la peine que nous pren ons pou r le corps de
TEglife Françoife, ils merefpondirent , que défia
deuant ma venue le Confeil efeoit fuffifamment
auerty de farreft? auis & ordonnances que Da-
niel
■
DIALOGVE IL uj
nîel auoit donné en nos affaires par vn petit dia-
logue qui a couru imprimé , contenant vn deuis
paiîe d'être l'Eglife. Alithie,& nous autres : qu'ils
eftoyent bien aifes de l'auoir veu3&d'eil:re aduer-
tis par le menu des a&ions de nos ennemis : qu'ils
voudroyent bien que les tyrans enflent aum veu
ce Dialogue : afin que cognoiffans en telle pein-
ture muette leurs vilainies , ordures.trahiions,&;
çruautez, que la peinture viue du fang innocent
qui crie vengeance , va tous le^iours ramenteuât,
deuant le iugement de Dieu, & l'humanité des
hommes,ilsapprinflent comme Iudas^eftans con-
uaincusen eux-mefmes de l'auoir fort bien meri»
té,d'efpargner la peine au bourreau^s'eftranglans
tous à la bonne heure. Que puis que ces perfides
n'ont pas eu honte de commettre telles infâme-
tez,qu'ô ne doit point craindre de les publier par
tout Fvniuers : & corne ils ont noircy leurs âmes
de crimes fi exécrables , qu'on ne doit point faire
difficulté de noircir leurs renommées par la lé-
gende de leurs vies:ôc quât au refte3il y a certains
Catholiques, & autres François, qui ayans hor-
reur de la confufion que ces maftinsFlofentins,
leurs enfans &fuppofts ont introduit en France:
vont ramaflfant au vray en tous lieux &: places le
furplus de leurs faits &c gePces qu'ils mettront en
lumière au premier iour, auec la légende fecrette
des honneftetez de la cour,& feront aulîi toucher
au doigt à toute la Noblefle &: peuple François
endormy d'vn trop profond fomne les indigni-
té/ , extorfions &: pitleries insupportables que le
esfatellites 5 hors de la Religion (de Lv-
ii4 DIALOGVE IL
quelle ils n'ont cure ) feulement en ce qui touche
la police , eftat & gouuernement du Royaume,e-
xercent iournellement furies biens 5 vie & hon-
neur des poures François. S'atfeurans que ce fera
vn bon moyen pour faire qu'il s'en trouue quel-
ques vns d'entre vnfi grand&comme infini nom-
bre d'eiclaues &c forçats, qui feront contraints de
honte , ou de regret pluftoft au prix de leurs vies
de recouurer leur liberté auec celle de leur patrie.
iJhtft. Telles gens mériteront bien , fi Dieu veut
qu'aucuns il s'en trouue,qu'on leur dreife des Ûa-
tues,ainfi qu'à des libérateurs & pères de toute la
France.Et ne doute pas fi cela aduient ( comme il
eft trefiieceifaire ) que tout le Royaume ne repo-
fe,quiconque foit que l'on eflife pour s'aifeoir au
throne vacant. Iamais le fils de ce kige inique,
que Cambyfes fit efeorcher pour orner le fiege
iudicial de fa peau à caufe des torts & iniuftices
qu'il faifoit au peuple de Perfe , ne fut plus hom-
me de bien eftant aiîis fur la peau de fon pere>
que feroit celuy qui fuccederoit au tyran > quand
bien ieroitvn de Ces frères: conlîderantlamal-
heureufe fin où la tyrannie conduit ceux qui l'e-
xercent. Mais ie te prie comme s'eft fait cela, que
l'on ait imprimé nos deuis que nous euimes auec
Alithie? Et qui eft ce qui les peut auoir rédigez fî
toft par eferit?
hepol. le ne te le fçaurois dire , fi d'auenture ce
n'eft Eufebe Philadelphe qui fut presét à nos dit
cours. Mais tant y a qu'ils font imprimez, enco-
res m'a on fait entendre qu'vn Catholique en a
elle Imprimeur : & qu'il en a vendu luy mefmes à
beau™
î)l A LO G VE ir; 115
beaucoup de Tes côpagnons auec vn certain autre
liure qu'on nome des fureurs Frâçoiles,qu'vn AL-
lemâfiten Latin toft après lesiours dumaiïacre.
X'^/.Nous fommes tous tenus à ceux qui s'eifayét
de nous remettre le cœur au ventre , comme on
dit. Dieu vueille que tout cela ferueàrefueillet
lesfèpt dormans.
Lepol. On m'a dit qu'il a ia ferui & feruira enco-
re d'auantage , n'en doute pas. Les forts font bien
fort efchauffez. Mais, pour reuenir à mon dire,
le Confeil de Niimes me fit aufli entendre en ce
que touche les quarante articles dé la police de
Daniel(car autât y en a-il de marquez en ce Dia-
logue imprimé ) qu'ils les trouuoyent fort bons,
fain&s &c dignes .d'eftre obferuez & gardez en ce
principalemét,qui touche la difcipïineEcclefîafti-
que & la difcipline militaire qu'ils confelfoyent
eilre labride, î'efperon, l'efpee & le bouclier IV
ne d,e l'autre : & toutes deux enfernble la targe, la
garde & le iouftien de nous tous : ils trouuoyent
aulîi fort neceiïaire le dernier d'icenx articles,
iuyuant lequel nos frères du Dauphiné le font re-
iolus de ne ïamais plus le delarmer , qu'ils auoyét
airelle de faire aufli le femblable 3 îufques à ce
qu'ils voyent la tyrannie bas & court bridée par
nos anciennes loix de la France auec des bons &
bien atleurez gages 5 gardiens delà liberté ciuile
des François. Et cependant îlsauoy^nt enuie de
dreifer& entretenir après tant de malheur^qui
leur font auenus par leur foetc crédulité , vn er.at
aflfeuré , qui approchait tant que faire le pouiroU
jeluy quieltoii iadis en leurs prouinces.
h !j
ï\6 DIALOGVE IL
Pour ce faire ils auoyent donné charge à fept
des plus aduifez obferuateurs de l'antiquité de re-
cueillir de tous les bons liures qui traitent Thi-
ftoire & eftatancien des François ik Gaulois,l'or-
dre , police & forme de gouuernement qui eftoit
parmi eux,auant que la tyrannie fuft en règne : &c
particulièrement celuy de leur patrie du temps
que la religion en fuft chalïee , pour ramener le
tout à leurs principes.
Vh'u C'eft tresbien fait : pleuft à Dieu que i'y fut-
fe pour leur en dire ce que i'en fçay. Le docte
Pafquier en fon liure des recerches de la France,
releuera grandement de peine ces fept députez»
Et le grand Hotoman en là Francogaule, qu'il a
mis de nouueau en lumière lesenietterahors du
tout tant il cotte dextremeut les paflages qui peu-
uent feruir en ce fait.
Ce feroit vne belle chofe , Ci l'on pouuoit ( en
retenant Pâcienne religion) que les Albigeois du
temps du comte Raymond : les poures de Lyon,
ceux de la vallée de Pragela, ceux de Cabrieres &
Merindol ont tenu &* que nous tenons auiour-
d'huy plus dépurée (Dieu mercy) ramener ceft e- ■
ftat prefent tout confit & rouillé en vices au mo- f
délie de ce temps-là. Ceft vn auis que tu fçais bié
eftre le fouuerain remède à vn eftat du tout pour-
ry & preft à cheoir comme eft celuy de France.
Lepol*Cé\a eft certain : &" s'appelle radreflfer^non
pasrenuerierl'eftat5le ramener à Ion principe.Et
pour certain ces bonnes gens, pour la part qui les
toucheront fur le point d'en venir là.
Uhs. O le beau trait que ce feroit! pourueu qiut
fuft
D I A L O G V E IL u7
flift fuyui des autres pays de la France* Ceieroft
vne belle pierre philofophale, pour enrichir les
(coures gens qui iont rongez iuiques aux os par
es enfans de Catherine. Au moins feroyent-ils
defchargez desimpofts & tailles nouuelles.
LepoL Tu dis vray. Quant au furplus de la poli-
ce Se Tordre de Daniel 5 le Conieil a efté aufli
d'aduis de le pratiquer en fubftance,retenâttouf.
iours toutefois les noms des charges Ôc eftats ac-
couftumez en leurs prouinces. Vray eft qu'ils co-
gnoiflent , qu'il y aura grande difficulté aux Ele-
ctions es premières charges , pource , que le peu-
ple n'eft pas accouftumé d'aller , comme Tancieii
Romain, quérir leur Di&ateur , leur maieur ou
gouuerneur à la charrue après les bœufs. Et leurs
gouuerneurs n'ont iamais accouftumé, comme
vn QuintiusCincinnatus^ de retourner à la char-
rue après que la guerre eftpaiTée ou que leur char-
ge eft expirée.
Ains au contraire vn Caporal veut eftre quant
& quant fergeant , le Sergeât veut eftre enfeigne,
l'Enieigne Lieutenant , le Lieutenant Capitaine.
Etainiitouiiours en auant fans s'abbaiflbr nyfe
defmettre,en danger de monter trop haut.
Uhi. Voila qui va mal. Les Romains quoy qu'ils
fuirent au trement ambitieux &cupides d'hôneur
Se gloire auoient en telle recommandation le bié
& honneur de leur République, qu'ils quittoy-
ent volontiers du leur pour le falutde leur pa-
trie. En ceft endroit principalement ilsauoyent
cela de bon qu'ils ne refufoyent point d'aller co-
rne perfonnes pnuees en vne armée, à laquelle
h îij
iï8 DIALOGVE, IL
Tannée au parauant ils auoyent commandé en
chef.
Quintus Fabius ayant efté Côful marcha gay-
ement fous Ton frère Marcus Fabius, EtMan-
Hus Conful en vne armée contre les Thofcans,
nerefufadefe trouuer en la bataille commandé
de ceux qui liiy auoyént obei.C'eftoit vn ordinal
reà Rome que celuy ne de.rdaignoit pas d'acce-
pter la petite charge qui auoit exercé la plus
mde.
Et combien que cela ne femblaft pas honora-
ble pour le priuéj fi eftoit-il bien fort vtile pour
le public: car à ia vérité dire vne République fe
doit beaucoup plus alfeurer & efperer d'auantage
es deportemens d'vn citoyen qui dJvn grand de-
gré defcend volontiers au bas ou médiocre, que
non pas de celuy qui ne tache qu'à monter 3c à
deuenir grand. A vn tel on ne fe peut guère bien
raifonnablemét fier s'on ne Taccompagne tout
iours de gens detelreipect, de telle vertu & ré-
putation qui peuirent par vn graue & prudent Cô
ieil& par leur autorité modérer le deiîr de nou-
uelleté 3c de remuement qui fe pourroit facile-
ment loger dedans le cœur 3c cerueau d'vn tel
homme.
LtvoK II eft anfi. Et aufli nos frères elperent que
la Noble (Te fille naturelle & légitime de la vertu
&prudence,qui afavraye fource de la crainte de
Dieu, fe lairra tellement conduire au defir qu'el-
le a de voirlereçne de Dieu auancé, 3c TEgliie
conleruee, qu'elle fera fort aifément tout ce qui
pourra appartenir au bien d'vn fi précieux ferui-
ce 3c
D I A L O G V E IL u9
ce &c à la liberté de fon eftat & de fa patrie , pre-
pofant touiîours le public à Ion particulier pro-
fit.
Que le peuple auffi respectera de tant les No-
bles qui logeront cefte vertu > mere-nourrice de
Noblelfe, qu'il n'y arien qu'ils ne facët pour leur
obéir en ce qui fera de leur charge 5 & pour les
honorer en priué autant qu'ils peuuent defîrer
d'eux. Et qu'au refte tous ces deux Eftats le iou-
uiendront auec celuy de la Iufticede cequeVa-
lerius Coruinus qui fut fait Conful dedans Ro-
me le vingtroifieme an de ion aage 5 dit pour lors
à fes ibldats : que le Confulat eftoit le guerdon &
le prix de la vertu & non du fang. Et aufli tous en-
semble par vne bonne intelligence s'en iront cer-
cher la vertu & la fuffifance ? là où elle fera logée,
fans refpe£t de l'aage ou du fang,pour l'efleuer en
tel degré qu'ils cognoiftront eftre propice pour
leur commun bien & lalut.
L'ht. Si cela eft bien pratiqué ce fera vne belle
chofe. Auflî fi cela ne s'y trouue,i'efpere bien peu
de leur fait.
Lepol. Ne doute pas qu'il ne fe face , i'en ay bon
gage , Dieu mercy , il fcroit bon voir que ceux-là
qui profelïent vn Iefus Chrift .filfent conte de
leur honneur au détriment de fon Eglife , & à la
perte du troupeau : ou que l'ambition malhcu-
reufèregnaft,oiL l'efpritde Dieu doitauoir fou-
uerain Empire.
L'Aii?.Ian'aduienne, ce feroitaffez pour tout rui-
ner. Car cefte ambition a toufiours ruinç les Re-
publiques.
h iiij
j2o DIALOGVE IL
\.epoL Ne crain pas, tout ira bien , Dieu aidant,
Aufurplus touchant les autres principaux arti-
cles de la police de Daniel , comme i'ay dit , ils
font refblus de les pratiquer en fubftance , fingu-
lierement le 17. ou il eft parlé d'elîire au Maieur
general,ou gouuerneur cinq ou fix lieutenans, nô
pour commander tous à vn coup , ains vn après la
mort ou defmife de Taut.e, la mort dis-ie, qui en
peutaduenir ordinairemét ouextraordinahemét
par Taguet ou poifon de Pennemy,pource que
ce bon nombre de lieutenâts conferuera le Chef
& les membres -en plus grande feureté : le Chef,
pour autant que Tennemy dira , pourquoy le fe-
rons-nous tuer? Il y a des Lieutenans qui feront
fjofïlble mieux que luy.Les membres,pource que
e Chef mourant ils ne feront pourtant defprou-
ueus de chef,comme il nous eft aduenu en ce der-
nier maflacre du mois d'Aouft,à noftre trefgrand
regret & ruine.
Le Confeil trouua auflî fort bons les 22. 23. &
24. articles de Daniel. Le 2 z. leur fembla tre£ne-
celïaire pour deux raifons : Tvne pour empefcher
que aucun des chefs ou quelque autre citoyen,
n'attente ny entrepren ne rien fur & au preiudice
de leur commun eftat & liberté ciuile : l'autre,
pource que cela aduenât, ou eftant fauftemét cui-
dé & creu par le peuple & impofé à quelqu'vn
des grands , le peuple aura dequoy s'en refoudre
en propofantTaccufation, &pourfuyuant l'accu-
fé /i befoin eft , pour le rendre conuaincu, le faire
condamner & punir félon que le mérite le re-
querra.
LU
D I A L O G V E IL nt
Vbi, Cela va bien. Car autrement il pourroit a-
uenir tout plein d'inconueniens,s'il n'ertoit loifï-
ble d'accuferles plus grands. Et s'il n'y auoitor-
dre fuftifant eftably pour les chaftier. QoelquVa
f>ourroit complotter auec Pennemy : le peuple ia-
oux de fa libetté ne pourroit que mal volontiers
fouffrir fes defportemens , on luy drefîeroir des
parties. Celuy4à qui Te vpudroit preualoir de fes
amis,on viendroit de là aux factions & partialités
& moyens extraordinaires , qui font la ruine des
eftats libres. Ous'ileftoit loiiible de calomnier
& faire courre de faux bruits par cy par là contre
vn chacun: comme il eft auenu maintesfois qu'on
amis à fus aux plus gens de bien qu'ils auoyent
defrobé le threfor publique à d'autres,qu'ilspou-
uoyent bien prendre vne telle ville s'ils eunent
voulu : & à d'autres qu'ils ont vendu pluftoft que
rendu par force vn pel chafteau,&: plusieurs autres
telles calomnies.
Si, dis-ie, il efloit impunément permis de ca-
lomnierai n'y auroit homme de bien, qui ne fuft
defgouté de fa charge, l'ennemy fe pourroit pre-
ualoir de telles fautes , & en fomme tout iroit en
confaiîbn. Comme il cuida auenir à Rome, après
que Furius Camillus l'eut deliuree des mains des
François,
Iliembloit bien que tous les citoy es Romains
fans faire tort à leur réputation deuoyent céder
à la vertu de ce grand Camillus, comme de leur
libcratenr5& à la vérité aafïl chacun luy deferoit
volontiers le premier rang. Le feulManliusCa-
pitolinus ne pouuoit fupporter de le voir en tcL
iti DIALOGVE II.
le réputation & credit,efmeu d'vne mefchante e-
mutation &ialoufie,& d'vne bonne opinion de
ioy mefme: luy femblant bien d'auoir pour le
moins mérité enfauuant le Capitole des mains
des François, autant que meritoit Camillus en
les dechallant du tout.Cela fut caufe que tout ou-
tré dfenuie ne fèpouuant contenir pour la gloire
& renom de Camillus, il alla femât parmi le peu-
5>Iepluiîeurs feux bruits encontre luy , &c contre
es Sénateurs Romains, pour les mettre en mau-
uaife opinion enuers le peuple. Entre autres cho-
ies il difoit que le threfor qu'on auoitaffemblé
Jyour bailler aux François & racheter le Capito-
e, auoit efté vfurpé par quelques wns des grands:
que C\ on le pouuoit rauoir on le pourroit conucr-
tir au profit publique,foulageant d'autant le peu-
ple des tributs ordinaires, ou en acquittant quel-
que autre debte. Ces faux bruits , cefte calomnie
fembla de telle importance & de fi dangereufe
confequence au Senat,qui voyoit de/ia comme le
peuple commençoit àtumultuer, qu'il fut con-
traint, poqr remédier à la defunion Se defordre
qui s?en pouuoit enfuyure, de recourir au moyen
extraordinaire , qui eftoit accouftumé parmy eux
es extrêmes dangers, feauoir de créer vn Dida-
teur dedans Rome pour cognoiftre de ce fait.
Le Di&ateur créé , il fait appeller Manlius dé-
liant luy , & eftant le Dictateur conduit au milieu
des Sénateurs , & Manlius au milieu du peuple en
vne place publique. Là Manlius fut interrogué
de ce qu'il fçauoit du threfor publique , & luy fut
cômandé de dire entre mains de qui il le cuidoit
/ eftre,
D I ALO G VE II. m
eftre, que les Sénateurs auoyent aufïi bonne en-
uie de le fçauoir comme le peuple. Mais pour ce
que Manlius n'en reipondoit point pertinemmét*
ains en tergiuerfant difbit qu'il n'eftoit ia befoin
de leur dire ce qu'eux mefmes fcauoyent trop
mieux, il fut mis en prilbn par l'authorité du Di-
ctateur , qui de calomniateur fit deuenir par ce
moyen Manlius accufateur. Et eftcnt par après
fa faulîeté &r enuie connue fut chaftié , comme il
le mentoit.
Par là & par autres exemples auenus en beau-
coup de Republiques mal ordonnées Ton peut
voir aifément , combien de maux peuuent auenir
en vn eftat grand ou petit au détriment de la li-
berté ciuile:fi ceftordre & liberté de pouuoir ac-
cufer quiconque foit d'entre les gras, n'y eftefta-
bly.Noftre France depuis que Tordre des trois e-
ftats a efté fupprimé,que les officesde Iudicature,
de Confeillers & Prelidens, Se, pour le dire en \n
mot, depuis que la police & la iuftice a efté e-
ftouffee & corrompue , vendue en gros & en me-
nu en a produit d'exemples lamentables.
Il ne faut que fe remettre en mémoire les ca-
kmitez auenues pour le maflacre fait a Vafty par
le duc de Guy le: & celles qui ont enfuyui la con-<
iuration du Triumuirat , contre lequel nul n'o-
foit mot former , quoy que l'on feeuft ics entre
prîtes.
Aufquclles on nola s'oppefer qu auec vnebic
forte armée , laquelle ftiyuie de plufieurs guerre^
'cunles a fait tomber lapoure France de laficure
en vn chaut maheomme Ton dit.
U4 DIALOGVE IL
Le pol. Cela n'eft que trop véritable : Or ces rat-
ions &exéples auec quelques autres fembîables,
qui furent amenez , ont efté caufe que nos frères
de Nifmes fe font refolus , comme ie t'ay dit,cTe-
ftablirceft ordre parmi eux. Sçachans Tauantage
qui leur en peut reuenir3&: le bien que la création
des Tribuns du peuple ( qui eftoyent les gardiens
de la liberté ciuile &quipouuoyent à vnbefoin
former les procès aux plus grands) a apporté à
Tanciéne Rome du temps d'vn Martius Coriola-
nus & autres f emblables efprits qui eftoient rete-
nus en crainte par Tauthorité d'vn tel magiftrat.
Quant au 2j.article,ce qui le leur a fait approu-
uer a efté la fouuenâce qu'ils ont des desbauches
ôc licence à mal faire que la pratique contraire a
caufépar cy deuanten leurs armées ,& en leurs
villes & retraites. Sid'auenture iladuenoit qu'vn
gentilhomme,vn capitaine ou foldat qui eult fait
quelque force?larcin,meurtre,ou autre telle veil-
la querie fiift condamné à mourir , à eftre harque-
bouzé^ou à palfer par les piques. Si ceftuy-là met
mes auoit Fait quelque bon feruice auparauant,
il n'y auoit pas faute de quelques fauoris des gras
qui venoyét foudain aux requeftes intercéder en-
tiers le chef pour la vie du côdamné5qu'ils difoiét
eftre bon foldat,ou quelque braue gentilhomme,
qu'il eftoit bien à cheual, qu'il droit bien l'arque-
boufade , que c'eftoit grand dommage de le faire
mourir, & autres femblables remonftrances , voi-
lée bien fouuent remonftrances de ce qu'il n'auoit
iamais fait,par ceft artifice ils importunoyent tel-
lement le chef qu'ils fe faifoyent donner le crimi-
nel
D I A L O G V E II. 115
nel, & faifoyent aller en famée toutiugement Se
condemnation.Dontiladuenoit que le condam-
né au lieu de s'amender alloit multipliant Tes
fautes,cuidant que tout luy fuft permis fous coil*
leur qu'on le penfoit eftre braue , gaillard &c bien
adroit foldat.
Vbi. Cela eft bien fort dangereux : il n'y a celuy
qui ne condamne le fait des Romains en fembla-
ble cas, quand pour les mérites d'Horace, qui par
fa vaillance auoit vaincu les Curiaces,&: rendu
par ce moyen là Rome maiftrelfe des Albains,
ils luy remirent la fratricide quil auoit commis
enuers fa fœur > laquelle il meurtrit au retour de
fa vi£toire,pour le regret qu'elle portoit d'y^uoir
perdu fonmary. Au lieu qu Horace deuoit eftre
chaftié par fupplice de mort , comme il le meri-
toittresbien.
Il vaut beaucoup mieux pratiquer ce que les
Romains plus auifez firent par après enuers leurs
citoyens oc foldats en rémunérant les bienfkits&
bons leruices de quelque honneile petit guerdon
félon la portée de la republique ik dilpenfation
du temps : & en chaftiant rudement les vices &C
les lafchetez > corne ils firent enuers Manlius Ca-
pitolinus. Auquel pour auoir fàuué le Capitole,
comme iete diiois n'agueres, ils donnèrent vue
petite mefure de farine(preient aifez conuenable
pour ce temps-là) en recognoilfance de fa vertu,
&c ne lailferentpas pourtant de le condamner &i
îetcer après du haut en bas du mefmeCapitole
qu'il auoit peu deuant gardes à caufe de la ieditia
qu'il auoit caide faire naiftre dedans Rome pat
;
m DIALOGVE IL
fon enuie & mefchante nature.
Lcpol II vaut beaucoup mieux , vrayement aufîi
nos gens en font bien là logez.
Quant aux lî.&c iq.axtic1té8,nos frères cognoif.
fans de quelle importance ils font^n'ont garde de
faillir aies obferuer , ains en font du tout refolus.
Ils icauent qu'aux guerres palfees ceux des enne-
mis aufquels ils donnoyent la vie^ceux qu'ils pre-
noyent à mercy les lailfant aller bagues fauues,
comme ileft aduenu fouuent, le lendemain 014
l'ancre après , au lieu de leur içauoir bon gré de la
vie qu'on leur laiifoir.venoyentpour rauirlaleur
Jfèmonftransplus cruels ôc rudes qu'ils n'auoyent
efté parauant. Ainiî donc que les brigands s'af-
feurent de n'en auoiï pas bon marché, fi Dieu les^
baille entre les mains de quelcun de nos gallans
hommes3ils font refolus3ne te chaille.
Eth. Voire mais.Les ennemis en pourront faire
autant aux noftres.
Le poL Tu dis vray s'ils leur tombent entre les
mains. Mais aufliquepenferois-tu, que toft ou
tard ils veulent faire fi nous leur venons entre les
mains > quoy qu'ils nous promiifent la vk,fi ce
n'eit de tuer, empoifonner , faire mourir ou nous
forcer5que ie repute beaucoup pire?
Or ceite refolution de nos frères de ne prendre
à mercy aucun qqs ennemis feditieux & armez fe-
ra trembler nos ennemis5qui nous ahaillent & of-
fenfent cotre leur confeience & contre tout cH'oit
d'humanité pour complaire au deiir du tyran5 fe-
ra di-ie reboucher leur ter à la première goutte
de fang qu'ils fentiront couler de leurs corps eux
qui
DI A LO G V E IL Ï17
qui combattent degayetéou pluftoft de malice
de cœur fans y eftre contraints , & fera qu'à la fia
perfône ne voudra venir à la guerre, ou porter lés
armes contre nous quelque commandement que
le tyran leur en face , nous voyans ainfi relolus*
Défia y en a-il beaucoup qui fe tienent bien loin
des coups &c tirent leur efpingle arrière , aimans
mieux eftre reputez couards &recreus, que fols 8c
mefchans tout enfemble,en fe faifans battre à cré-
diteur quoy ie te veux dire vn trait, qui palfe en-
cores bien plus outre,du ieune-Candole ,que tu
cognoiiïbis beau-frere de ceux de Montmoren-
cy.Eftant en l'armée que le marefchal Danuille a-
uoit alfemblé deuant Sommieres que les noftres
tenoyent , & qu'ils ont rendu à la fin,fous honne-
fte composition j que Danuille a gardée aux no-
ftres,dont ie tyran ne luy fcait point de gré.Eftant
di-ie là au camp ce ieune feigneur de Candole,
& voyant tant de feigneurs,capitaines, gentilshô-
mes & foldats que les noftres faifbyent mourir
en fe defrendant vaillamment,il a dit & beaucouo
de fois à fon beau-frere Danuille en iurant &
blafphemaut : hé que nous fommes fols mon frè-
re de nous faire ainfi bleifer, battre, meurtrir &c
tuer à l'appétit de ces mefchans(parlant du tyran,
de la mère , de Ces frères & conleillers ) qui nous
ont meurtri nos parens , nos amis & nos alliez ! Et
-qui nous payeront aufïi quelque iourenmefme
monnoye.
Vht. Ce trait vaut bien qu on s'en fouuiene:Car-
dole auoit bon iugemenc.Mais qu'eftil deuenu le
poure homme?
1*3 DIALOGVE II.
Lé Pot. il eft mort en ce fiege là, &: auec luy durât
le fiege plus de cinq ou iîx mille perfonnes des en-
nemis y ont efté tuez:ie te conteroye bien tout
au long le commencement , le milieu & la fin dé
ce fiege: mais ieferois trop prolixe, i'interrom-
prois mon propos: &c auiïi tu le pourras voir tout
à loiftr auec le difcours du fiege de la Rochelle
& de Sancerre:tout cela eft imprimé,^ ie le porte
àuec moy,ie te le monftreray demain 11 tu as loiilr
de le voir.
Z'htff.lc t'en prie beau Sire mais retourne fur ton
difcours.
Le pol Comme ie te difois cefte dernière refolu-
tiondes noftres de pratiquer toute extrémité de
rigueur contre nos ennemis , auec ce qu'on les a
défia bien frottez Dieu mercy par tout où ils font
venus, refrénera vn peu leur rage,& refroidira
leur cholere. D'autrepart elle enflambera le cœur
des noftres, qui combattans pour la necelîité &
dejfiFenie d'vne bonne caufefembleront des demi
Celars eftans refolu de bien obéira leurs chefs,
de porter patiemment les trauaux de la guerre, &C
de vaincre ou de mourir,fi l'on vient aux mains,<Sc
aucombatjpluftoft que de iamaisfe rendre.
Lhifl. Il n'y a rien qui face mieux vaincre, qu'vne
faincte obftination en vn combat ou en bataille,
iuppofé que tout foit rengé , & que le fondement
foit bon : il me iemble que dix des noftres en de-
uroyent combatre cinq ctns de tels volîeurs, de
telsbrigands^comme font tous ces iatellkes.
Ltpol. Gela eft fans doute :aufiTipour dire la véri-
té ils les ont très-bien eftrillez. Or quant au ; z.
article
DIALÔGVE IL 129
article de Daniel touchant la douceur3de laquel-
le il veur3qu'on tfe enuers les Catholiques paisi-
bles: Cela eft bien tout arreftë qu'il ne leur fera
fait aucun outrage ne force en leur confeience,
honneur, vie & biens :ains feront conferuez en
paix & amitié commebons compatriotes Se frè-
res bien aimez.
Sçachans bien le regret que portent telles gens
des extorfîons& cruautez,dont onvfe en noftre
endroitj&l'enuie qu'ils ont de voir la tyrannie
bas>& les anciés ordres de la France remis au def
fus. A caufe de quoy tant s'en faut qu'on les vueîl
le furcharger,qu'au contraire on les efpargnera,
autant qu'il fera pofïibleaux contributions qu'ô
fera contraint de faire pour noftre conferuation,
chargeans plufteft les noftres que ceux-là.
Quant aux Euefques^preftres.moynes, & au-
tres gensdeTEglife papale,qui neporterôt point
les armes & qui feront comens de viure parmi
nous fans rien attenter>& fans efmouuoir ou fe~
duire le peuple qu'ils auoyent deceu, ie fçay auffi
qu'on leur donra moyen de viure honneftement,
& le mieux qu'il fera pcffible. Lefurplus de leur
reuenu fera pour defeharger le peuple.
Z/fe/.Cefcra vn ordre parfair, s'ils pratiquent tous
ces articles.
Lepol. Ne doute pas qu'ils ne le facent > fiDieil
leur prefte fa faueur. Mais pour te dire le furplu*
quefay apprins en mon voyagetapres la refolu-
tion prinfc en ce Confeik fur beaucoup d'autres
chofes necvfïaires pendant que i'eftois de feiour
à Nifmes^nal difpofc i voyager, nous receuious.
i
Hè D I A L O G V E 1 1.
tous les iours lettres de ce qui fe paffoit dedans &
dehors la Rochelle,nous entendifmes que aptes
que la Rochelle fut de toutes parts alîiegeepar
les Ianniffaires du tyran, fes deux frères y arriue-
rent le if.de Feurier 573.menans le roy de Na-
uarre,le prince de Ccndé,& le îeune comte de la
Rochefoucaut, comme en triomphe deuant e.ux,
auecbon nombre de Seigneurs Catholiques, de
courtizans5d' Atheiites>d£picuriens ,de biafphe-
mateurs, de Sodomires,& d'autres tels officiers,
que le tyran auoit ch -«.lie d auprès de luy & de fa
cour,non qu'il fuft marri de voir tclsgalans près
de fa perfonne:ce font fes mignons fauoris,ce
font fes appuis & fouftien & les délices de fa Me-
re:ains toutdefpitè,tout enragé,blafphemât tou-
jours de cholere,de cequ'vn chacun n'alloit pas,
comme il demandoit,en l'année.
Depuis Tarriuee du duc d'AniouJes Rochel-
lois furent alïiegez de plus pres>battus de beau-
coup plus de pièces d'artillerie & en plus d'en-
droits furent minez,efcallez,aflaillis & trauaillez
en toutes fortes dont l'ennemy fe pouuoic auifer.
Eux de leur part faifoyent le plus fouuent forties
braues & gaillardes,alfaillans courageufemét les
ennemis iufques dans leurs tranchées & leseftril
lans tellement le dos,(ousleiVentre & par tout,
que plusieurs de nos ennemis contraints d'aban-
donner la vie,quittoyent les charges les plus bel-
les"à leurs compagnons furuiuans, qui bien fou-
uent ne gardoyçnt guère ce qu'on leur auoit de-*
laifle,eftans les plus marris du monde de ce que
a©$ bons Rochellois les vifitoyent par trop fou
uent:
oc
DÎALOGVEIL 13Ï
ucnti& de ce qu'ils les repoufïbyét trop rudement
de leurs murailles, fouilenâs mieux qu'ils ne vou-
loyent& plus longuement leurs aiïânts. Nous
fceufmes quç le feigneur de la Noue qui par grad
mcrueille & admirable prouidéce de Dieuauoit
efchappe les filets des traiftres , fe trouuant lors
du maflacre de Paris dans Mons en Haynaut qu'il
auoitaidé à furprendrepar commandement du
tyran, duquel ils attencioyét fecours fuyuât fa pro
mefle donnée: nous fceufmes, di-ie,1 qu'il eftoit
reuenu en France & à la cour , après la reddition
de Mons, fous l'afleuranee du duc de Longue- vil-
le & le faufeonduit du tyran:nous fceufmes qu'il
eftoit entre des le commencemét des approches
dans la Rochelle accompagne de l'abbé de Gada-
gne aucc charge expreffe, que letyranluy auoit
donnédediuertirsil eftoit poflible les Rochel-
lois de leur confiance 5: opiniaftretc, qu'ils appel
lent de fe deffcndre,&dt leur promettre bon trai-
tement, s'ils fevouloyent laifier tuer auec liberté
deconfeience. A ceftenouutllc pluficurs d'entre
nous furent extrêmement marris de ce que ce gen-
tilhomme auoit accepté telle commiflion. Les au-
tres cltoyent fafchez finalement, de ce que au
fortirde Môs iln eftoit allé en Angleterre.cn Al
lemagneou en Suide, pour feruir à ce qu'il euft
peu pluftoft que rcuenir en Frace. D'autres excu-
foyétfon retour, à roccaiiô defes enfans qu'ôluy
detenoit deflbus garde, qu'il deuoit lafeher de les
rauoir:& qu'il n'auoit de moins peu faire que d'ac
cepter contre fon gré vne charge tant deshonefte:
3uclques autres eftoyent bien aifçs, qn'6 luy euft
onné telle commiflion. i ij
132 DIALOGVE IL
Croyant bien que ceft homme la ne pourroit
que beaucoup feruirpour faire fagement refou-
die du chemin le plus^ expédient, les citoyens de
ia Rochelle. En fomme les vns en parloyent dV-
île I ; r:e,les autres d'vne autre. Qu.ant à moy ert
ieile diu^fion & partialité d'opinions, ayant feeu
q re>e feigneur de la Noue, pour coût cela ne s'e-
ftv)itpo?nt fouillé en Idolâtrie, recueillant de là
vn tefm Jgnage de fa bonne confcience3ie fufpen-
dt,CGmme ietiens encores fufpendu, mon iuge-
snentde fon affaire: ne voulant rien téméraire-
ment prononcer d'vn gentilhomme fi bien qua-
lifié que ceftuy-là, que i'ay aimé &honoré>com-
me ie defire de faire tout le refte de ma vie. Tant
y a que nous fce,jfmes,commeiet'ay dit,fon arri-
vée dans la Rochelle, ce qu'il propofa aux Ro-
chellois,le peu qu'il y exploita pour letyran,cô-
meil s'en retourna à baft vuideà la cour.
Nous fceufmes qu'il fut enuoyé pour la fécon-
de fois auec le mefme Abbé & vne charge vn peu
plus ample à la Rochelle: & qu'à cefte féconde
fois y eftant rentré, n'ayant rien peu negotier de
fachargeauplaifirdutyrâileftoit demourépour
gage dans la Rochelle, ayant renuoy é fon Abbé
pour annoncet les nouuelles à fon maiftredela
grande obftinat ion des bons Rochellois.
Or fil'arreft & feiour'quele feigneur de la
Noue fit dans la Rochelle feruit ou non aux bon-
nes gens,ïe ne t'en puis dire autre chofe pour n'y
auoir point efté durant ce temps- là. Tant y a que
i'ay depuis ouy dire aux Rochellois mefmes, &
au feigneur de i'Anguillier, qui eftoit de fa tenue:
que
h
tt
to
u
10
DIALOGVE II, ijj
que les Rochellois après Dieu doyuent au fei-
gneur delà Noue , tout ce qu'ils ont du premier
cœur & de l'afleurance qu'ils eurent fur ces pre-
miers commencemens , qu'il leur mit le cœur au
vctre, qu'il les ordonna mieux qu'on ne fçauroit
dire ,' qu'il les aguerrit leur faifant faire plufieurs
bonnes & belles forties auec leur auantage qui
leur feruoit de bonne curée, luy eftant t^uiiours
le premier à la meflee,& le dernier à la retraite.
Aufurplus pource que le iîege continuok lon-
guement deuant la Rochelle>que les bleds &pou
dres approchoyept de leur période, & l'efperan-
ced'eftre auituaillez alloit toufiours amoindrif-
fant. Les Rochellois ayans pour leur conferua-
tion fait tenter toutes fortes d'honneftes fecours
& remèdes, furent contraints à la fin de regarder
comme de nouueau à leurs titres fc liberté, pour
fçauôir au vray quelle efloit l'obligation que pre-
tendoit la mailon de Valois fur eux, s'elle s'eften-
doit iufques là de leurpouuoir rauir leurs vies,
leurs biensjeurs honneurs &celuy de leurs fem-
mes^ leurs familles :& iufques à les faire per-
dre & damner auec tous les diables pour faire (er-
uice aux Valois, comme ilsdemandoyent en fub-
ftance. Surquoy ayans trouuëpar eferiten bon-
nes &anciencs pancartes, que l'obligation eftoit
fort petite &bien aifee, fous des conditions tou-
tefois qu'on leur auoit fouuent rompu, eux ayans
toufiours de leur part plus fatisfait, qu'à leur de-
uoir. Et lors que c'eftoit à tout rompre: après a *
uoirfait clerement voir leurs droits au Confcil,
qui pour ce fut afïcmblé d'entre eux & qu'ils eu-
i ii)
Î34 D'IALOGVE II.
rét à vne autre fois recueiily i'auis fur ce poît trou
uant lefeienear de la Noue differét bien fort d'o-
pinion d auec leur aius tout courant,pourcies rai-
fons qu'il alleguoit,dontlepeuplenefepouuoic
fatisfaire : ils commencèrent des l'heure à mal e-
ftimer 8c parler de ceft homme tarit renomme,
iufques là qu'il fut contraint , craignant que mal
neluyaumtfauter,comme ondit,del poile&fe
ietter dedans les braifes,accompagnëde Chara-
pignyjÔr de quelques autres amis^auec lefqutls il
s'alla rendre,ainli que nous fufmes auertis le me-
credy onziefme iour de Mars eu l'armée du duc
d'Aniou.duquel félon l'apparence il fut recueiily
volontiers & afleurê de fa perfonne. Il ne fut pas
fitoften l'armée de l'ennemyaquelesfoldats par
deflus les rempars luy reprochèrent qu'il auoit
delaifsë Syon,pour aller en Egypte: maisi'en ef-
père prou de bien.
Durant le fîege,à ce qu'on nous rapporta , nos
frères de la Rochelle ont fouuent parlemente a-
uee leduc d Ani^u touchant quelques moyens
de paix, de laquelle l'ennemyoyoitfort volôtiers
parler fe voyant fruftrë de l'efperance de pouuoir
forcer la Rochelle, pource qu'il auoit perdu vn
bien fort grand nombre<ie fa noblefie,& trefgrad
nombre de Capitaines Se foldats, & que les fur-
uiuans auoyenr le cœur failly,quoy que les Suiffes
en nombre de 6.milfuffaitarriuez àleurfecours.
En fin le duc d'Auioiï ayant receu certaines
nouuelles qu'il eftoit efleu roy de Poloigne, par
les menées de MonJucEuefquede Valence & de
fes autres agents, Ele&ion autant à f auantage &
lou~
D I A L O G V E IL 135
foulagement de l'Eglife Françoife qu'à la ruine &
fubuerfion de la liberté des Polonois, fi Dieu n'a
bié grand pitié d'eux:ayant,dis-ie,receu ces nou-
ue!les,fon ambition luy commandant de fe hafter
à porter la couronné : il ouy t lors plus volontiers
parler de paix qu'au parauant. Et ayant fait for-
tir les députez de la Rochelle pour parlementer,
Urcceut, lors de leurs mains le 15.de Iuin leurs ar
rides & leurs demandes qu'il enuoya incontinent
par deners Charles le tyran.
Toft après l'armée de lénemy, qui ne cerchoit
que le repos toute harafiee d'auoirefté fi fouuét
battue & moquée , commença à fe desbander çà
& là. Etaufïïles noftres à auoir derelafcheplus
qu'ils n'eufient osé penfer.
le ne te dis pas le nombre de ceux qui ont efte
tuez du cofté de l'ennemy : il pafie plus de huift
mille.Iene te nome pas auiïi les principaux d'en-
tre eux qui y ont efté tuez ou ble(Tçz,pourceque le
difeours qui é eft imprimé en nome la plus part.
Seulemét ie te diray en paflant3qu'vn feul boa
leuard appelle de l'Euangile, contre lequel l'en-
nemy s'aheurta le cuydant emporter de volée, à
fait perdre à vneinfinité des ennemisleur mef-
chante paillarde vie fans qu'ils ayent rien exploit
té. Ceftdelàd'oùfuttirévn coup de coulcuri-
ne qui tua le duc d'Aumale derrière vn gabion,
c'eft de là où l'efpee vierge du Pcrô fe retirant des
trechees le iour qu'ô bâtit ce bouleuard de 40 ca-
nons fut blcfic au dos qu'il luy auoit tourné: c'eft
ce bouleuard que les Princes accompagnez de la
Nobleffe allèrent aflaillir lefeptiemedAouftou
i iiij
ï$£ DIALOGVE H.
le Gonzâgueducde Neuers,le Marquis du Mai-
ne, Clermont, leGas, & Yn grand nombre d'an-
tres aflfaillans furent bleflez & plusderrois cens
tqez. C'eft ce bouleuardque l'ennemy fit fappcr
& miner, duquel vn grand quartier fe renuerf?
par deuers les Rochellois qui rendit Tendroict
pjus fort que deuant:les autres quartiers de pier»
re> les pièces de bois & ruine de la terre >renuer-
ferenttous dans les trenchees deTennemy , chofe
quifitperdrelavie àplusdedeuxcës d'entr'eux,
chofe^qui eftoit fort horrible devoir emporter
en l'air les bras,iâbes,& autres membres de Mef-
fîeurs nos ennemis,& d'en voir tirer vn grand no-
Jbre defïbus les ruines de la mine. C'eft ce boule-
uard duquel (eftant batu de nouueau & eftant de
nouueau miné & aflailli en grande diligence par
les Capitaines & foldats de l'enncmy>ainfi qu'ils
eftoyenr prefques au defïus ) ils furent repouflfez
par trois fois & contraints par les noftres de fe re
tirer à leur courte honte,& grade perte de nos en
nemis. C'eft auffi ce bouleuard fur lequel quelr
ques troupes des ennemis eftans montées, & ayât
trouuè vn Corps de garde des noftres endormy,
le tuèrent & mirent en pieces,ronzieme du moi$
de May.Cenôobftant ce bouleuard eft toufiours
demouré aux noftres.
Tout cecy que ie te viens dedirç,tu le verras au
«lifcours mefmes que nos ennemis en ontfait.
"lIoù C eft vn bouleuard remarquable , & croy
moy,çen'eft fansemphafe& fansvn myftere ca-
ché que ce nom- là de TEuâgile lu y a ainfi efté im-
posé. A y regarder de bien près il produit mef-
mes
DIALOGVE IL 137
mes effets que FEuangiie aflailly a accouftuméde
produire. Il a repoufle les efforts de l'ennemy , &
renforce ceux qui le deffendoy ent , pendant qu'ils
ont eftè au guet & fur leurs gardes. Mais quand ils
fe font endormis leur a laifie co upper la gorge :8c
en fin il eft demouré entre les mains des gens de
bien fans leur pouuoir élire arraché. Le Seigneur
a fait tout cecy fe monftrant grand & admirable
en la conferuation des fiens.
LepoL Cela eft fans doute : or efeoute , afin que
i'acheue de te dire , ce qui s'eft pafle durant ce fie-
ge de la Rochelle. Apres que les députez de l'en-
nemy &Ies noftres eurent parlementé des moyens
de paix , voyant que nos frères de la Rochelle de-
maadoyent par leurs articles plufieurs chofes con-
cernans toute l'Eglife Françoife, & ne vouloyent
entendre à aucun accord, quo y qu'ils fuffentmer-
ueilleufement preflez,affligez & harafles,fans que
de mefme le refte de nos frères receuft vn bon fou-
Jagement*en Ces opprefies, remonftrans qu'il n'e-
ftoitpashonnefte qu'vn de leurs membres fouf-
frift peine ou plaifinfans faire part & du mal &du
bien aux autres membres de leur corps. Voyant*
dis. ic , qu'ils infiftoyent à cela, l'ennemy leur ac-
corda qu'ils peufTent librement communiquer a-
ucc ceux de Montauban , &: ceux de Montauban
auec eux pour le bénéfice de paix.
Et de fait ceux de Montauban vindrent , com-
me ier'ay voulu dire, durant le ficge à la Rochel-
le auec mémoires de nos autres frères, fous fauf-
conduit de l'ennemy : & mciïcrent leurs deman-
des & celles qu'ils eftimerent cftre bondefaire3
.
158 D I A L O G V E 1 1.
pourlerefte du corps deTEglife Françoifc auec
celles de la Rochelle.Lefquelles,commeiet,ay dit,
furent enuoyees au tyran fur la fin du mois de luiri
dernier pafle.Le tyran & tout fon Confeileftônez
comme fondeurs de cloches,quand la fonte n'a pas
bien pris,ne fçachâs plus de quel bois faire flèches,
n'ayant ny gens,ny argentaiy viures pour pouuoir
plus long temps camper:& ne pouuant à force ou-
uerte emporter ceux de la Rocheile/c contentant
d'y auoir receu & d'auoir fait receuoir demefmes
à fon frère le duc d'Anjou vn ef cor ne & perte la
plus grande, que iamais tyrans reccurent en ce
monde:& ne voulant pas que les ambafladeurs de'
Pologne,qui venoyét fa hier leur beau roy le trou-
uaflentembefoigné en vn fi cruel ouurage & en
affaire fi honteux-.le tyran (dis-ie)fut contraint re-
courir au dernier remède, duqae! il a toufiours vfé
pour nous ruiner & piper. Il fit fur nos demandes
& articles vn edid au mois de Iuillet , par lequel,
après auoir déclaré des l'entrée que fon intention
a toufiours efte de régir & gouuerner fon roy au-
mepluftoft par douceur & voye amiable que par
force , il accorde à ceux de la Rochelle , gentils-
hommes, & autres retirez en icelleles points &
articles qui y font fpecifiez,tantpour eux que pour
les habitans des villes dcMontauban Se Nifmes,
gentilshommes & autres retirez en icelles & au-
cuns autres fesfuiets pour lefquels ils ont fupplie.
Premièrement que la mémoire de toutes chofes
paflfees depuis le 24 d'Aouft dernier paffé àl'occa-
fion des troubles & émotions auenues en la Fran-
ce demourera efteinfte & aflbpîe comme de cho~ ■
fe
D I A L O G V E 1 1. 139
fe non aucnue,deffendant à tous fesfuiets de quel-
que qualité qu'ils foy ent qu'ils n'ayent à en parlée
ny en renouueller la mémoire.
Lîhîft. Mon Dieu le vilain edici: ie te prie ne m'ë
recite pas d'auantage: eft-ilpoffible qu'il y ait tant
d'impudence en tout le refte des mefehans qu'é ce
perfide tyran?qu i après auoir tout rauagé &enfan-
glâté toute la Frâce aux quatre coins & au milieu,
veut faire à croire maintenant,qu'ilacu toufiours
intention de conduire le tout doucement & par la
voyc amiable.? Ha malheureux ! Eteft-ilpofl;ble
encores qu'il ofe maintenant deffendre de iamais
ne parler de fi horribles cruautez? ou penfe-il pai:
fon edi<5t pouuoir effacer la inemoire de fes trahi-
fons comme de chofe nô auenue? que n entrepréd
il quand & quand de deffendre fur grofles peines
au fang innocent rcfpandu de ne demander point
vengeance deuantle tribunal de Dieu? ha fchel-
me / Et les pierres n'en parleront elles pas, quand
leshommesferoyét fi lafehes que de t obéir en ce-
la? Ole grand coup que ce tyran a fait pour nous
cnceftendroit,c'eftvn bel article de paix.Ceft au-
tanteomme s'ildifoitril eft vray poures belles que
le 24. d'Aouft, & depuis en ça i'ay tué & fait tuer,
& maflacrer traiftreufemét, fans différence d'ange
de fexe ny de qualité tous ceux que i'ay peu d'être
Vous? Etnetient pas à moy3queie neface moiuir
tout ce qui eft demouré de refte. Car telle eft mon
intentiô: mais ie veux &* enrens qu'on croyc qu'il
eu va bien toutautrement,& qu'il n en eft rien a-
uenu,quoy que le ciel & la terre le fçachc:ha befte
furieufe & enragée fi iamais il en fut au monde/
%4o DIALOGVE IL
Si efpere-ie qu'il tauiendra quelque iour pour
beaucoup qu'il tarde à tout le moins cequiauint
àTryfus ce tyran infigne, mais fans comparaifon
meilleur que tu ne fus iour de ta vie. Ce vilain a-
yantdeffendu par fon ediâ* zCcs fuiets de ne parler
point l'vn à l'autre ny en public ny en priué, (crai-
gnant qu'entre eux ils n'auifaffent de fe remettre
en liberté) fespoures fuiets furent contraints pour
exprimer leurs conceptions les vns aux autres
â Vfer de geftes>de contenances & fignesdes yeux,
de la tefte & des mains tels qu'ils pouuoyent pour
s'expliquer. Mais ces façons & moyens de fe faire
entendre, leurs eftans auffi deffendus : vn poure
bon homme outré du creuecœur & dcfplaiiir qu'il
fentoit d'vn ioug fi pefant, s'en alla au milieu de la
place,commença à fe plaindre en foy mefme,à la-
menter^ gémir & à pîourer,tellement qu'il attira
vne grande multitude de fes concitoyens à lar-
moyer auecques luy pour leur dure & miferable
condition. Cela eftant entendu du tyran,ne pou-
uant fbuffrir feulement qu'on fe plaignift de Ces
cruautez, s'en vint droit à la place, où cefte poure
multitude defarmee & plouranteeftoitafTemblee:
pour leur empefeher encores celle naturelle fa-
culté de gémir & larmoyer.Mais Dieu voulut que
le peuple ne fe pouuant plus contenir, s'eftant rué
defTus les gardes & fatellites du tyran, leur arracha
des poings les armes & mit le tyran infâme en
mille pièces & lopins*
Lepol. Voila bonnes gens , compagnon , ie croy
bien qu'après ce beau trait Tryfus le tyran n'euft
ofé les empefeher ny leur deffendre de fe corn-
plaindre
D I A L O G V E IL 141
plaindre & lamenter.
Maisreuenant à parler du noftre: Parcelle-
diâ mefmes il ordonne qu'il ne fera loifible ne
permis à fes procureurs généraux , ny autres per-
sonnes publiques ou priuees en quelque temps*
ny pour quelqut occafion que ce foit faire me«î->
tion, procès ou pourfaitc deschofes auenues de-
puis le mois d'Aouft en ça en aucune cour ou iu-
rifdi&ion.
iJhtïi. Cecy efl encores pire que les mots précé-
dents n'eftoyent. Car en deffendant à fes procu-
reurs généraux de n'en faire aucune pourfuitexefl:
tout autant que s'il difoit; la conjuration que ie
mis à fus à l'Amiral & aux autres Huguenots pour
auoir quelque couleur en mes cruautez , quoy
quelle foit fauflement excogitee par moy &mes
fpeciaux Confeiliers, & quelle n'ait apparence
quelconque de vérité ny mefme aucune verifimL
litude , ^ft toutefois tellement vraye, que ie veux
qu'on le penfe ainfi.Et partât mes procureurs vous
en pourroyentvn iour tirer en caufe deuant mes
parlement & autres iuges& officiers. Mais iene
veux pas qu'ils le facent , pourueu que vous auflS
ne vous plaigniez nullement de ce qui vous a efte
fait ny en faciez aucune pourfuite en aucune cour
ou iurifdi&ion. Le tyran fera toufiours en liber-
té de nous en ietter le chat aux iambes quamiil
voudra & quand il nous tiendra en puif^anec. Mais
quant à nous il ne veut pas queduiaut fa mef< hâ-
te vie, ny après fa vilaine mort, fi Dieu nous en
donne quelqu'autre qui nous vueillcfa re raifon,
que nous eu facions la pourfuitte deuant la iurif-
14* DIALOGVÈ IL
di&iondeshommes,nydeuâ celle de Dieu. Ilfaut
bien dire que ce tyran a excède du tout les bornes
de toute impieté &c iniuftice. Pour l'honneur de
Dieu^fay moy ce pla;fir que nous ne parlions plus
des edits de ce bourreau, de ce fauuage: fi non que
de bon heuril s'auifaft d'en faire vn qui comman-
dait de l'efhanglerauec la truye & les cochos,tous
fesfuppods & confeillers. En cecasieferois aa*
uis qu'on vfaft vers eux de douceur,ne permettant
pas qu'ils tombaient en la mifere de Néron , qui
ne trouua lors qu'il fe vir réduit en extrême de-
ftre{Te,vn feulaminy ennemy>quiluy vouluft faire
ce plaifir de le defpecher & tuer. le ferois, dis- ie,
bien d'au is qu'on ne les fit gueres languir,depeur
qu'ils ncferetra&affent, quand ils verroyentf en-
fer ouuert & tout preft à les receuoir.
Lepol. le ferois bien de mefme auis.Et croy qu'auf
fi tous les bons Catholiques en defireroyent tout
autant pourfe voir par là defpeftrez du ioug de ce
mange-fuiet. Mais cependant tu me femble trop
difficile à ne vouloir point que ie parle de ceft e-
diéfctant fignaléâedis fignalé notamment,caufant
la paix ou le relafche que ncs frères en ont fenti
lors: alors que pas vn de nous ne s'y ofoit ny s y
pouuoit attendre:tu es bien vn merueilleux hom-
me à ne confiderer p£s cela.
L'hift. le le confiderebien,& ren grâces à Dieu de
bocœurpourladeliurâce miraculeufedespoures
alIiegez.Mais ie fuis tant faoul d auoir parler de ces
edits, i'en ay les oreilles tant battues, quauflî toft
que i'en entends vn inot,peu s'é faut que ienerëde ' :
ma gorge > & fur tout s'il y a quelque chofe bonne
pour
DIALOGVE IL 143
pour nous en fon edid, &c qu'il l'appelle irreuoca-
ble.Car en ce cas roufiours il nous faut croire qu'il
en fera comme de ceftuy-là de l'an 1570 au mois
d' Aouft,qui n'a ferui à autre chofe qu'à nous attra-
per & nous perdre , quelque irreuocable qu'il fut.
Etfefauttoufioursfouuenirdecedôtonauertitle
defifunâ Amir^LQue le tyran ne permettra iamais
que (es fuiets > qui fe feront -vrie fois eleuez enar-
mes pour quelque occafion iufte ou iniufte que ce
foit, iouyffentdela faueur & bénéfice des ioix: A
plus forte raifon me dois~ie fafcher de ce vilain c-
di& dés foin entrée fi effronté & inique.
Le po • Toutefois fi en diray-ie encores deux ou
trois traits fous ton congé.
Uhtfi. Tu le peux fairermais ie rna fleure que s'il
falloit efplucher le fens caché & les myfteres con-
tenus dedans les articles de tels edits irreuocables,
que ce ne feroit iamâis fait. Et l'heure me femblc
fort tarde,il eft temps de penfer ailleurs.
Le po!. l'auray fait en deux mots.C'eft qu'il ordô-
ne que la Rochelle, Nifmes, & Montauban,& les
gentilshômes & autres qui iufqu'à lors fe font eo-
feruez en laReligion pourront iouyr de l'exercice
d'icelle. Et ceux qui pour crainte de mort ou autre
infirmité' ont elle contraints de faire promefles &
obligatioSî&bailler cautiôs pour châger de religio
font deliurez de telles promefles & cautions.
L'bt. Les premiers,quoy qu'il leur promette n'au
rôt pas feulemët la vie, s'ils s'arreftent à ceft ediâ.
Les derniers côfeflans leurs fautes font abfous du
fouuerain roy de relies promefles. Mais il vaut
inieux mourir vue autre fois que d en plus faire.
144 D I A L O G V E IL
Z* psU Au refte la Rochelle, Nifmes & Montai?-
ban iouiront,ce dit ceft edict,de leurs priuiîegcs an
ciens,& modernes droits de lurifdi<ftion& autres
cfquels ils feront maintenus & conferuezfansa-
uoir aucune garnifon, en baillant durant deux ans
quatre des principaux bourgeois de chacune def-
dictts villes , qui feront choifis par le tyran entre
ceux qu'ils nommeront, & changez de trois en
trois mois pour demonftratiou& feuretê de leur
obeîffance.
iJhfl. Ce terme de deux ans m'eft fort fufped,
quand ie me fouuieas des deux ans de l'autre e-
did irreuocable. Et ces bourgeois qu'on baillera
ne feront pas à leur retour fi afleurez qu'au para-
uant. Et afTeure toy qu'il n a voulu qu'on lift ce
changement de trois en trois mois, que pour a-
uoir meilleur moyen de corrompre tant plus dé
gens: afin de furprendre ces villes. Au demeu-
rant ietaccorde quelles iouyront de leurs priui-
leges, fi elles pratiquent les articles de Daniel , la
refolution de ceux duDauphiné, & celle que tu
m'as diète de nos frères de Nifmes , autrement ie
n'y voy point d'ordre , quelque ediû que le tyran
face.
Lepol. Auffi ne s'y fient-ils pas , & fçauent fort
bien dés cefte heureàquoy ils fedoyuent tenir.
Mais tant y a que la Rochelle en fent quelque fou-
lagement,non par la vertu del'edi6t,ains par la ver
tu de la force, ou pluftoft par grâce de Dieu , qui a
fait retirer l'armée & le camp de nos ennemis.
Quant à ceux de Montauban & Nifmes & tou-
tes les Eglifes de la Guienne 9 Languedoc, Viùa-
rez*
DIALOGVE IL i4j
rcz,Gctîoudam,Sa:crchaii(rcedcThoulouze,Au-
uergnc, Rouergjeikaute & baffe iMarche, Qu.er«
cy5l 'crigorti Lnno(ïii>Agenoisj Armaignac,Com-
rncnges,Conferans,Bigorrc, Albret,Foix5Laura-
gcois > Albigeois , pays Caftrez, cie Viilelaugues,
Mirepoix, Carcaflez, & autres pays & prouinces
adiacentes,efqaelies par grâce de Dieu y a gran-
de quantité d'Eglifes , pas vne d'elles n'a fait con-
tc,nv n'a daigne' s'amu fer aux paroles de ccftEdiâ",
naufli pareillement nos frères que ie t'ay dit du
Dauphmé.
Chttt. O qu'ils font fages / pourueu qu'ils fça
chent fe tenir toufiourslur leurs gardes , & ne
plus s'attendre au Tyran. C'eft le feul moyen
pourr'auoir leurs libertez& priuileges, & pour
garder auec leurs vies , leurs biens , cheuances,
& honneurs > que perfonne ne leur rauifïe la li-
berté de leur confeience , Se l'exercice de la re*
ligion.
Mais ie te prie de me dire , comme il va de ceux
de Sancerre, C'eft Edi& dernier n'en parle-il
point?
Le pot. Rien du tout. Quoy que nos frères de le
Rochelle en ayent fait bien grande inftance , fça*
chant le calainiteux eftat où ils eftoyent re-*
duits. Mais ie te diray fommairement ce que
l'en fcay.
Quant à nos poures frères de Sancerre , le
Sieur de la Chaire Gouucrneur pour le Tyran
en Berry , les alliegea dés le mois de Ianuier der-
nier pafTé > fit batterie auec dixhuift ou vingt
pièces d'artillerie , en diuers endroits de leur
k
x4<5 D I A L O G V E IL
ville, firbrefche de cinq cents pas> &le ieudy dé-
liant Pafques, leur liura vn aflaut fort & rude,
duquel fe voyant viuement & bien réponde a^
uec fa courte honte , & perte de bon nombre
des fiens , comme l'hiftoire , que ic te monHre-
ray , en fait mention : il s'eft contente de les tenir
afliegez > par le moyen de quelques forts & tren-
chees , qu'il fit faire peur empefeher les noftrcs
defortir , & les viures d'aller à eux : s'aiîearant
parce moyen, de les faire à la longue mourir ae
faim.
Et en celle façon, les a tenus de tous coftez en-
fermez,fans les aflaillirde plus pres,qne de la por-
tée dVn mofquet , depuis le mois de Mars iu'ques
au mois d'Aouft dernier.
Durant lequel temps , ces bonnes gens ont
eu vne infinité de mal aife , de faûn , de poureté
& difette. Laquelle, plus ils alloyent auant,
plussalloit augmentant , iufques là, qu'ils ont
efté contrains de manger cuyrs , fouliers, par-
chemins bouillis, & autres telles eftrarges vian-
des.
Cependant > la parole de Dieu qui leur eftoit
journellement prefehee, nourri flbit leurs âmes en
toute abondance.
Eux fe voyans réduits en telle perplexité,
qu'ils nattendoyent plus que la mort , prioyent
{ans cefle le Seigneur pour leur deliurance.
Que fi fon bon plaifir eftoic , de les expofer es
mains cruelles & barbares de leurs ennemis,
qu'il les fortifiaft & raffermift de cœur, de corps
Se d'ame en vne confiante foy & efperance de
la vit
DIALOGVE IL 147
la vie éternelle, iufques au dernier foufpir de ce-
fte-cy.
Lesfoldas, le Peuple, les femmes & iufques
aux petits enfans de la ville, qui furuiuoyentàla
faim,languiflans es trenchees, emmy les rues&
dans les maifons, neceflfoyent de tendre les mains
au ciel,dy efleuer leurs y eux,attendans fecours du
tref-haut.
Leurs miniftresfaifoyent vn fîngulierdeuoiri
les confoler , à les exhorter & encourager à bien
faire, & à mieux efperer. Leur remonitrans: que
combien que la confpiration des ennemis s'eften*.
dit iufques à vouloir racler la mémoire des bons
de deflus la terre , afin qu'il n'y euft que le feul rè-
gne des mefchans en vogue ; que toutefois il en i-
roir tout autrement.
Que les Roys de la terre auoyent beau fe mu-
tiner, beau comploter, & s'efleuer contre le Sei-
gneur pour rompre & fecouer fon ioug , 6c pour
ruiner fon Eglife : que celuy qui habite es deux
s'en rira: que le Seigneur fe moquera d'eux, leur
parlera en fon courroux, & les eftonneraparfa
fureu^qu'illescafTera par fon feeptre de fer,& les
brifera comme vn vaiffeau de potier. Qu'ils s'af-
feurent que la pierre , que Nabuchadonozor vit
en fonge couppee fansmains,caflerale fer,later-
re,l'airain,rargcnt& l'or de l'image,& feront com
me la paille que le vent cmporte,& que cefte pier-
re deuiendra vne grande montagne, & remplira
toute la terre, brifant tout antre Royaume, Prin-
cipauté & haute(Te,quî s'oppofe au Royaume éter-
nel de lefusChrift,
148 D I A L O G V E IL
Partant mes frères ( leur difoyent-ils) ne vous
fafchez point, pour raifon des mal-faifans , que
vous voyez ce femble profpercr. Car ils feront
coupez foudiin somme le foin, & viendront àfa-
ner comme l'herbe verde.
Attendez en patience le Seigneur, ayez fer rre
fiance enluy , & ne portez point denuie, n'ayez
mefmes aucun regret deceluy , qui efpcrc en (es
lafehetez. Car les malins feront exterminez, mais
ceux qui ont leur attente au Seigneur , feront bé-
nis deluy, ils ne feront point confus au mauuais
temps.
Le Seigneur cft puifTant pour donner la man-
ne du ciel,pour faire fortir de l'eau de la pierre du-
re. Mieux vaut peu de chofe au iufte, q, e foifon
de biens aux mefchans,ils ont (dit Dauid)defgainë
leur glaiue , & ont bandé leur arc pour abbatre le
poure & indigent , & pour meurtrir ceux qui che-
minent droit.
Mais leur glaiue entrera dans leur propre
cœur, & leur arcs feront rompus. Il cft vray, mes
frères di(oyent-ils) que c'eft vn argument futfi-
fant félon la chair pour chopper & faire comme
banque route à Dieu, devoir comment les enne-
mis deTEglife profperent, qu'ils fe glorifient en
cruauté & violence enuironnez d'orgueil , com-
me dVn carcan , que la graifle leur pouffe leurs
yeux hors de leur chef malicieux , & que bien
fouuent, ils ont dauantage que n a defiré leur cou-
rage.
Au contraire voir vn Dauid, voire toute vne
Eglifcen deftrefle, fes iours défaillir comme fu-
mée
DIALOGVE IL i49
mee, fesoshauis, comme vn tifon, fon cœurfrap--
pé & feché femblable au Pélican du defert, ou
comme le hibou qui fe tient es lieux fauuages,
fe nbkble au paHereau priué de fa compagnie,
qui fe tient fur la cime du toi& , le voir manger
la cendre comme le pain , & méfier fon boire de
pleurs.
Mais certes fi nous fommes enfeignez comme
il appartient par la parole de Dieu, noustrouue-
rons que le Seigneur a loge les mefehans en lieux
gliflans pour les précipiter en ruyne , pour les de-
ft cuire en vn inftant,&lesconfumer dvne maniè-
re efpouuantable.
Et d'autre part , nous voyons que Dieu en-
cline fon oreille au befoin , à la clameur de ceux
qui patiemment l'attendent , les tire hors du
bourbier , les deliure des dangers , affermit leurs
pieds , adrefle leurs pas , & les loge fur vn roc fort
& afleure. Nous verrons vn Elie , au temps de la
plus grande famine nourry par les corbeaux } Se
quelques fois par les Anges. Nous le verrons
enuoyé à la vefue, qui n'a point de pain, ains feu-
lement pleine main de farine 3&vn peu d'huy-
le , n'attendant que la mort. Nous le verrons
nourry, la vefue fuftentee , la farine , & l'huylc
continuer à les nourrir , & ne défaillir nulle-
ment.
La main du Seigneur n'eft point abbregee,
fon bras n'eft point accourcy , le Seigneur eft le
Roy qui feul peut tout ce qu'il veut , il ne per-
mettra point , qu'vn cheueu de noftre tefte tom-
be en terre fans fa volonté , partant ne nous e£-
k ii)
150 DIALOGVE II.
froyons aucunement pour le deflein des hommes
qui ont iniuftement délibère de nous mettre tous
à mort auec nos femmes & enfans , foyons plu-
ftoft affeurez,que (î le Seigneur a ordonné de nous
deliurer tous , ou aucuns de nous que nul neluy
pourra refiler , s'il luy plaift que nous mourions
tous, ne craignons point.
Car il a pieu à noftre Père, nous donner vne
autre habitation , qui eft le Royaume celeftc , au-
quel il n'y a point de mutation , poureté > mifere,
larmes, pleurs, dueil, ou triftefle,ains félicité, &
béatitude éternelle.
Il vaut beaucoup mieux eftre logez auec le po-
ure Lazare au (ein d'Abraham, ou auec le mauuais
riche, auec Cain, auec Saul, auec Herode, ou auec
ludas en enfer.
Cependant il nous faut boire du breuuagc
que le Seigneur nous a préparé vn chacun félon
fa portion.
il ne faut pas que nous ayons honte de la croix
de Chrift, ny regret de boire du fiel duquel il a efté
le premier abbreuué : fçachans que noftre triftef-
fe fera tournée en ioye, & que nous rirons à noftre
tour , quand les mefchans pleureront , &c grince -
ronr les dents.
Par telles & femblables paroles , les pafteurs
follicicans iournellement le peuple , de fe prépa-
rer à receuoir tout ce qu'il plairoit à Dieu leur
enuoyer , les enfeignoyent Se entretenoyent de
plus en plus en tout deuoir & bon office de pieté
& crainte de Dieu. Lors que contre toute efpe-
ranee, Dieu eftant par manière dédire, comme
defeen-
DIALOGVE II. 151
defcendu pour voir leur affli£Hon , le vingt & fi-
xieme du mois d'Aouft dernier pafie: lorsqu'ils
ne pouuoyent , félon l'apparence humaine , autre
chofe faire (s'ils ne vouloyent renier Dieu) tout à
plat, que fe laifler mourir de faim , ils furent re-
çeus à compoikion par le feigoeur de laChaftre
(non fans le fçeu du Tyran, quov qu'au parauantf
il euftdit, qu'illes feroit manger l'vn l'autre Dieu
luy ayant pour ce regard flechy & amolly le cœur)
qui leur promit de leur laifTer la vie & biens fau-
iu s , & l'exercice de la Religion à la forme de l'e-
dift,moyennant qu'ils donnaflent quarante mille
francs au Tyran : ce que les poures gens ont fait &
accomply,
Quoy que les ennemis par après contre toute
foy donnée félon leur couftume , ayent pille &
defrobe ce que bon leur a femblé de leurs meu-
bles, démantelé leur ville, enleué iufquesàleur
horologe, & maflacré quelques vus d'entre eux,
& notamment le Bailly & Gouuerneur deSan-
cerre. Et contraint les autres , qui ne iouiflent
dvn feul brin de liberté, d'eftre vagabons & er-
rans àfamercy âcs volleurs 6c brigans. Au fur-
plus, ie ne veux pas oublier à te faire entendre,
que l'vn des moyens, defquels Dieu s'eft princi-
palement feruypourla deliurance de ces bonnes
gens de Sancerre, a e! \ é la venue des ambafladeurs
dePol gne, qui arriuerentenk Cour du Tyran,
quelques iours au parauant la composition de
Sancerre.
Hhiflor. le te prie déclare moy vn peu par
Je menu ton dire , ie ne puis pas bonnement
k ni)
r$i D I A L O G V E IL
entendre comment ce peut eftre que les Pp-
lonois ayent feruy à faire deliurer les Sancer-
rois.
lApot.lt tediray comment Les Polonois après
la mort de leur Roy Sigifmond dernier decedé
folhcitez par l'Euefque de Valence , & le ieunc
Lanfac, lefquels com lie tufeais, leurfjrent en-
uoyez en ambaflade, d'élire à leur Royaume va-
quant, le Duc d'Anjou après quelques remifes, ne
firent que bien peu,ou point de difficulté d'en fai-
re élection pour des confédérations particulières,
reuenans, comme il leur fembloit, au bien de leur
cftat.
Mais ayans tort après entendu les nouuelles
des.trahilbns de ceux de Valoys& des maffacres
qu'ils auoyent fait faire en ia France fur les fidè-
les, indignez extrêmement contre cefte maifon,
ils furent bien fort marris , d'auoir fait vn fi mef-
chant choix , & n'euflent pour rien voulu auoir e-
leu dvne fi trayftrefle race, homme qui leur deuft
commander, craignant qu'il ne leur mift vn ibur
leur Patrie en pareille combuftion que la France,
Tellement que volontiers fe fuflent départis de
cefte eledtion, pour procéder à Ele&ion non uelle,
n'euft efté que défia, ils auoyent irrité tous les au-
tres compétiteurs , qui pretendoyent de paruenir
au Royaume de Pologne , en ce principalement
qu'ils les auoyent poftp fez au Duc d'Anjou,
Contrains donques & forcez de s'y tenir, d'autant
mefme que le Turc allié de la maifon de Valoys
les enfollicitoitauecdes conditions auantageufes
pour la Pologne,
Ceux
D I A L O G V E I I. 153
Ceux delanoble(Te& des autres eftats de Po-
logne faifans profefïïon de mefme religion aiie
nous(lefquels ace que ientens font en bien fort
grand nombre & des principaux du pays)eftimâs
que le faift de France attouchoit de près à leur e-
ftac & affaires > tant pour la pieté & crainte de
Dieu , que pour la charité & compaffion de nos
frères affligez & le mefme danger auquel ils pour
royent tomber : voulans efprouuer le traitement
qu'ils pourroyent attendre d'vn eftranger par
céluy qui feroit fait aux naturelsfubietsen pareil
cas,deuant que bienaffeurer & raffermir l'ele-
£fcion du Duc d'Aniou,entrerent en conférence &
negotiationnouuelleauec l'Euefque & Lanfac,
desquels entre autres chofes le 4.de May 1573. ils
obtindrentparpromefTefolennelleiuree&fignee
de leurs mains au nom de leur maiftre le tyran,
Que pour remettre la paix en France, le tyran a-
boliroit tout ce qui a efté fait durant les guerres
ciuiles,que les fidèles François pourroyent habiT
ter par toute la France fans eftre recerchez en
leur confeience, ni contraints d'aflifteraux ferm-
ées de la Papautë.Que ceux qui fe voudroyenc re-
tirer hors delà France pourroyent vendre leurs
biens, ouiouyrde leurs reuenus en terres qui ne
font ennemies de la France. Que les héritiers des
meurtris feroyent remis en leur bon nom & hon-
neur nonobftant tous edi-fts ik arrefts. Que les
eftats des defunfts qui auroyent efté vendus,fero-
yent rembourfez en deniers à leurs héritiers.
Que les forufeis oour la religion pourroyent
rentier en leurs biens ôc honneurs, & habiter
î$4 DIALOGVE II.
feurement où bon leur fembleroit delà Fran-
ce. Que les villes qui tenoyent lors la religion
auroyent l'exercice libre ficelle fans aucun con-
tredit negarnifon. Que Ton enquerroitdiligcm-
met des meurtriers & ma(ïacreurs,& que punitiô
cxéplaire en feroit faite.Ec que FEuefque & Lan-
fac à leur retour en Frace feroyét de forte que le
Ducd'Aniou s'employeroit enuers letyran pour
obtenirde luy vn lieu en chafeune prouince de la
France, auquel l'exercice de la religion feroit li-
brement faift.
Ces articles ainfi promis & iurez aux Poto-
nois,les ambaflTadeurs François s'en reuindrent
à la Cour du tyran pour donner les certaines nou
«elles de Feleftion du Duc d' Aniou. Toft après
les eftats de Pologne envoyèrent en France
pour faluer leur Roy efleu & prendre de luy le
ferment en tel cas requis en ambeflade fort ho-
norable. Laquelle ils chargèrent' auffi de pour-
fuyure raccompliffcment de ces articles, dequoy
principalement la noblefle de la religion, ôc fîx
oufept des Palatins de Pologne leur firent tref-
grande inftance : eftimans que delà pratique de
ces articles dependoit entièrement la paix de la
France & vn efTay de ce qu'ils doyuent efperer en
Pologne.
Ces ambaflTadeurs Polonois ne furent pas fî
toft arriuez à laCour du tyrat^qu'apres Tauoir fa-
luë&fon frère leur Roy cfleu, deuant que parler
de leurs affaires de Pologne, ils leur parlèrent de
remettre la paix en France & de l'y conferuer&
entretenir mieux qu'ils n auoyêt fait par le pafsé
Autre
D I A L O G V E I I. 155
Autrement ils nevoyoyent point que rall!ancc
auec le Frâçois peuft feruir aux Polonois pendant
que la France (eroit en vn tel galbuge & en vn fi
mauuais mefnage. Surquoy letyrâleur ayant ref-
pondu qu'il auoit défia tout [pacifié par fon edit,
leur en fit monftrer vne copie,laquelle ayât veuc
& bié côfideré les mots de l'edi<5t le trounât court
& captieux & tout & par tout, ny voyâtrié auflî
qui fauorifaft ceux de Sâcerre.quelesambaflf.Po-
lonoisauoyét entédu eflre extrememét preflfez*
efmeus de la côpaffiô de leur fait,ils firét inftante
requefteà la mère du tyran pour leurdeliurance.
Ettrouuans là rEuefquede Valence, ils le fom-
merent de fa foy donnée en Pologne touchant les
articles de paix. Mais la mère du tyrâ qui fçauoit
bié l'eftatdes poures Sâcerrois,s'afTeurant qu'au-
iourd'huy ou demain ils fe rendroyent la hart au
col à toute mercy, refpondit que Sâcerre eftoit à
vn Seigneur priué, qui auoit efte offensé par fes
fuiets. Et que le Roy luy auoit prefté les forces
pour les chafticr, & ne luy vouloit faire tort anti-
cipant defïiisfes droits. L'i uefque ayant auouc
ce qu'il auoit promis & iuré, fairoit femblantde
prier pour ceux de Sancerre, affermant que ia-
mais il ne fuft venu à bout de fa charge enuers les
cftats de Pologne fans les voix,fuffrnges& faueur
des Seigneurs & gentilshommes de la Religion.
Cependant il prioit les ambaffadeurs Polonois
de luy donner relafche de deux ou trois iotirs,
pour fepouuoiracquitcrde fapromefTe, & qu'ils
ne doutafTent nullement que les chofes iroyent
mieux qu'ils ne penfoyent.
i$6 DIALOGVE II.
Or vfoyent ils & la mère & f euefque de ccft ar
tifice & renuoy pour auoir cependant leur plaifir
del'cnriereeuerflon des Sancerrois, qu'ils fçauo-
yent comme fay dit eftre prefts à fe rendre, pour
•uiter à mourir de maie- faim.
LesPo!onois fe voyasainfiréuoyezayas appris
par le bruit courant l'extrémité des Sancerrois re-
tournent le lendemain trouuerla mère Catheri-
ne > la prient & l'adiurent d'auoir compalïion des
Sancerrois , qu'ils ne foy ent pas pirement traitez
que les autres, qu'ô donne bien le pain aux chiés,
qu'à plus forte raifon le doit on fournir aux
Chrcftiens,& que la cruauté elt par :rop grande,
de vouloir faire mourir de faim ceux qui (comme
ils eftoyent informez) n'auoyenc en rien failly : il
d'auëture on ne veut appeller faute, feruir à Dieu
purement,& défendre fapropre vie. Partant la
fùpplient d'y auoir efgard.
A cela la bonne dame leur refpondit , que Ion
traitoit leur compofition, & que de bref ils en au-
royentquelque bon contentcmenr.
En ces entrefaites la compofition quei'ay dit
deSancerrefut faite, & portée à figner au tyran,
qui en blafphemant refpondit, comme il auoit
defiadit quelques iours auparauant,que par la
mort Dieu il ne voulait point de compofition
& qu'il n'en figneroit point. Que par le ventre
Dieu il les vouloit voir manger les vns les au-
tres Etdefai&il ne Teuft point fignee, fans ce
quefa mere&fes plus rufez confeillers luy re-
monftrerent que s'il ne fignoit cefte compofition
il gaftoit tout ce qu'on pouuoit attendre de la
nego-
DIALOGVE U* 157
négociation de Pohgne : que les Polonoy s auec
lcfqiiels ils n'auoyent encores rien conclu eftans
informez d' vue telle rigueur, s'en offenfereyeiit
grandement & leroyent bien gens pour rebrof-
fer leur chemin fans vouloir pafler outre à leur
charge.
Cela,di-îc»fuc caufe que le tyran la (îgna,Diea
luy ayantparfaprouidence flefehyle cœur pour
ce regard.Voila le moyen duquel Dieu importu-
né d'autre part par les prières des fiens , & ayant
fon honneur par manière dédire engagé à leur
conferuation , s'eft feruy pour la deliurance de
cesponres Sancerrois. Et ne doutepoint auffi
quelesnouuelles de la venue des Polonois, dés
lots quelles furent entendues à la Cour du ty-
ran,^ au camp deuant la Rochelle, comme ie
t'ay dit, n'ayenteftë aucunement caufe défaire
leuer le fiege & d'accommoder les affaires de nos
frères de la Rochelle.
L&i.Ce font chofes merueilleufes que les œu-
ures de noftre Dieu. Et à y bien penfer, à vray
dire, on nefe peut remettre à la mémoire l'iflue
du fiege de la Rochelle , de Sancerre , & du
fiege de Sommieres , dont tu me parlois n'ague-
res , qu'on ne voye clairement & à l'œil qufc
Dieu y a monftrë & fait paroiftre d'vne part l'in-
nocence & iuflice des fiens : Se d'autre parc par
confequent Tiniuftice & infâme defloyauté de
fes ennemis.- Car lcftonnement des trahifons âc
maflacres fi cruels & inopinez cftoit plus que fuf-
fifantpour faire perdre le coeur aux plus vaillant
ôc aguerris.
158 DIALOGVE IL
Les longs Se obftinez fieges,tantde rude & fu-
rieux afïauts & autres exploits Scrufesde guer-
re eftoyent baftans pour emporter des places
beaucoup plus fortes. Ettoutesfois Dieu atei-
lemétpourueuaux fiensparvne admirable bon-
té & prouidence, & a tellementencouragé le peu
quireftoit qu'ils ont fait tefte à toute la force de
leurs fiers & fanglans ennemis fans fecours cl au-
cun de leurs voiftns,quoy que les ennemis en
ayent emprunté de toutes pars félon leurcouftu-
me,ayans perdu de leurs gens en ces trois fîeges
plus qu'ils n'auoyent perdu en toutes les trois
guerres paflees.
Cela me fait,quand ie le confidere, efperer en ?
cores plusauant. Qae comme Dieu par vne fa-
ueurfpecialet & fecours extraordinaire a befon-
gné iufqu'à prefent, qu'auffi vn iour en nos pre-
lences & deuant nos yeux ou des noftres, il fera
l'entière vengeance du fang innocent refpandu,
& nous dôneravn tel relafche que nousn'oferiôs
demander pour luy feruir fans nulle crainte en
toute paix & feureté. Ce qui mêle fait ainfï croi-
re outre les promeffes qnenous en auons en l'Ef-
criture,&l'efTay queDieuen afait frefehement
en telle deliurâce eftcequei'ay particulièrement
marqué en l'eleéfcion du Roy de Pologne , la-
quelle neftant faite (ce fembloit) que pour af-
fouuir l'ambition du Duc d' niou , a neant-
moins feruy à faire venir d'vn pays bien fort loin
tain des hommes Chreftiens & généreux pour
porter parole vertueufement pour le foulage-
ment des bons: lors que nos affaires eftoyent en
fi mi(e-
j
DIALOGVE IL 15*
fi miferable eftat que nos Patriotes & tous nos
voiiins nous rnefcognoiffoyent en plain iour:&
que nul deux ne s'ofoit entremettre d'en dire
vnfeul petit mot,ous'illefaifoit à laduenîure,
c eftoit par manière d'acquit.Mais ie te prie :coi>*
te moy vn peu ce qui s'eft après enfuyui de la
pourfuite des Polonois.
Le po/.Iete diray cequefenfcay. Apres que
la composition de nos frères de Sancerre fut li-
gnée par le tyran, fa mere fit entendre aux Polo-
nois que les Sancerrois eftoyent contens& qu'ils
auoyemce qu'ils auoyentdemâdê. Et au refleque
quâd les Polonois en feroyent d'aduiselle feroit
bien aife de voir leur charge ^touchant les affai-
res de Pologne parfaite & accomplie.
Les Polonois bien aifes penfans que nos frè-
res de Sancerre euflent eftê bien traitez , mon-
ftrerent d'auoir enuie de defpecher le furplus
de leurs affaires : Mais deuaut qued'entrer plus
auant ayant examine & confère fedit du tytaa
auec les articles que l'Euefque& Lanfac leur
auoycnt iuré & promis , & trouuant que le-
dit eftoit bien fort efloigné defdits articles:ea
ce principalement qu'ils promettent vne dili-
gente inquifition & feuere punition des mafli-
creurs, defqucls ce bel edit défend de paler feu-
lement,& d'en renouueller la memoire.ils fc re-
folurent d'en ouunr propos au tyran. Et de faiô*
l'eftans aile trouuer, ils luy firent vnc roide Se
ferme înftance fur l'exécution defdits articles
quefesambafladeurs leur auoy et promis en foo
nom.
îtfo DIALOGVE IL
Maisletyranleurrefpondanten vn mot leur
dit qu'il n auoit rien promis de cela, ni aulli don*
ne charge à perfonne de leur en rien promettre :
lesPolonoysoyansvntel langage & voyans la
l'huefqueprefent,le fommerentdefa promelïe,
luy firent recognoinre fon ieing appofe au bas
des articles , & luy ayans demandé, qu'il difi au
Vray,comme il en alloitill confefla d'auoir ligné
les articlcs,mais que ç'auoit efté fans charge ny
manJement,confiderant que s'il ne les lignoit , il
nepouuoit venir à bourde fa charge à fon hon-
neur.
L'ki. O quel honneur, traiftre pariure Ihc
comme il meriteroit bien des eftiiaicresen cui-
fine.
Le poh Tout cela luy fut reproche en la pre-
fence du tyran par les Polonoys,lcfquels irri*
tezd'vn fîdefloyalpatelinagcfe partirent de la
prefence du tyran fans luy rien dire dauuntagc
de ce iour- là.
ZTw.Adire la vérité, humainement parlant,
le tyran euft efté vn grand fot d'auouer en ceft
endroit-là mofieur l'Euefqueauec fa mitre. Car
de là s'éfuyuroit fi les articles s'obferuoyét, corne
ileft traffraifonnablc & expédient pour le bien
de paix que monfieur le tyran, fa mère, fon frère,
fon beaupere,le Peron,fcs aurres confeillers &
fuppofts feroyent traitez, comme méritent les
pluslafches & villains mcurtriers,que le diable
ait jamais mis en belongne depuis Cayn iuf-
qu à prefent.
Ltpo/*Ccl& eft certain* Voila pourquoy ayant
pense
DIALOGVE IL i6j
penfé à fes affaires, il fe garda bien d'y consentir.
Mais à parler à bon efcient qui voudroit exami-
ner de près la pratique du tyran , de fa mère & de
lEuefque & fauuer l'honneur de fà mitre, il trou-
ueroit que ce Cornu ( quoy que le tyran Tait de£
auoué ) n'aiamais rien promis aux Polonois tou-
chant ces articles, que par commâdement du ty-
ran , pour leur perfuader en Pologne ( engageant
en cela fa conicience auffi bien que Puybrac a vé*
du la iîéne par fon Epiitre, Ornatïffimi)que le ty-
ran eftoit bien fort homme de bien , Trefchreftié
&pai/ible,&que tant s'en faut qu'il euftiamais
fait faire ou conienty à ces mailàcres , qu'au con-
traire il feroit toufîours bien aile d'en faire faire
vne diligente enquefte Se punition trefrigou-
reufe.
Mais maintenant que les Polonois âbufez par
ces piperies en font arriuez fi auant , qu'il leur eft
malaifé de fe retrader : & que d'autre part le fait
des maffacres eft cognu de tous eftre procédé du
commandemét du tyran & de Ces principaux fup-
pofts: craignant qu'on ne le prinft au mot,il le nie
comme vn meurtrier.
Au refte quant aux autres articles iurezaufïï
aux Polonois, il eft bel à voir pour la plus part,
s'on les confère auec l'edidfc du tyran , que l'EueC
que n'en a aufli rien promis que par exprès com-
mandement, comme chofe que le conféil du tyrâ
eftoit de/ia refolu d'accorder de parole feulemét
parefcritànosamis, peniant par là lesappaiier,
tomme les enfans d'vncpôme : mais ne voulant
<j^e Ton pcfaft que les Polonois nous eullcnt ap-
iGz DIALOGVE IL
porté ce mefchant petit relafche, le tyran par foft
edicfcfehafta de nous l'accorder auparauant leur
arriuee.
Or pour reuenir aux Polonois,eux eftans quel-
que iour après ce beau tour qui leur fut ioué,en-
trez à traitter des affaires de leur Royaume;apres
auoirreceule ferment du duc d'Aniou,qu'iln'at-
tenteroit rien de parole ny de fait contre les loïx
de Pologne 5 ains les regiroit & gouuerneroit fé-
lon icelles , ils voulurent aufli qu'il leur promift
d'entretenir & lailfer paifibles les Polonois en
leur religion reformée Papiftique &c autre > telle
qu'elle y eft.
Et comme fur ceft article il fe print à faire
quelque difficulté^lesambaifadeurs luy répliquè-
rent qvul fallôit donc qu'il fift fon conte, qu'il ne
leur feroit iamais Roy , qu'ils ne veulent point vn
tyran > lequel leur force la confeience , ny vn qui
ious vn faux prétexte de zèle de Religion leur
diflïpe la paix publique> qu'ils ont enuie de nour-
rir.
Ex infifterent tellement fur cela3qu'il fallut que
le duc d'Aniou leur en paflaft le ferment & pro-
fnefle,
X/&i/?.Hapoure gentilhommelll eft à craindre ie
t'aifeure qu'il en ait blelfé fa confeience > tant il
fait du religieux. Quel zélateur/
Mais i'oie dire que fi l'on euft requis de luy vn
ferment en propres termes defèruir à iamais au
diable., qu'il en euft donné la parole d aufli bon
cœur 5 éc. aufli bien qu'il luy fert de fait en fa vie,
pluftoft que d'eftre repouifé dJvn Royaume fî
OVlU
DIALOGVE IL té$
opulent.
Au refte on voit bien par là quelle eftla Re-
ligion de cefte maifon de Valois. Vnepartie'de
Pologne eft pleine , comme- chacun fçait^ cTAna^
baptiftes Se cT Arriens , qui font vrais ennemis de
Dieu 6c de fon Chrift noftre Seigneur ; & néant-
moins il leur va promettre de les conferuer 6c
garder.
Il y aauffia par la grâce Je Dieu,vn grand nom-
bre de Polonois, qui font profefîion de mefme
Religion que nous:il promet de les y îailfer &: de
les y entretenir. Il fait bien quoy qultl foit con-
traint'.i'en fuis tres-aife,Dieu foit loué.
Cependant il ne peut lailfêr viure ceux de fa
nation > qui croyant vne mefme chofe > ont tous
les iours prié pour luy. Ils ne fçauroyent mieux
faire paroiftre qu'ils n'ont aucun fbucy de Dieu,
que par cefte diuerfité de traittement : en laquel-
le ils monftrent au doigt , comme en tout le refte
de leur vie , qu'ils ne font aucun conte que de
leurs délices & de ce qu'ils penfentferuir à leur
grandeur^ n'employans la Religion, par maniè-
re de dire ,!que comme vne maquerelle d'eftat,&
couuerture de leurs cruautezr.
Le po/.Ileftainfi : mais pour pourfuyure, ces am^
bafladeurs Polonois ayans receu cefte promeife,
& s'aifeurans de la luy faire bien garder Ôc de le
tenir en bride fous les loix de leur patrie , nefe'
pouuoyent pas bien contenter devoir la poure
France li mal traittee par ceux-là qu'elle a elle-
uez^
1 li
%64 DIALÔGVE IL
Partant dreHerent vne requefte bien ampïe*
pleine de toutes fortes de raifons diuines & hu-
maines , & de moyés encore plus amples,propres
à eftablir la paix : & ainfi faite & fîgnee ils la bail-
lèrent à leur Roy pour la prefenter au tyran.Mais
à ce qu'on m'a fait entendre , on les renuoya tous
à Mets : où le tyran auec fa cour alloit accompa-
gner fon frère qui s'en alloit en fon exil , où Dieu
Fa voulu reléguer, pour le bié de chacun de nous*
Que Dieu doint à ces bonnes gens autant de bierî
& de bon heur , que nous auons fouffert de mal,
de malheur & de malencontre fous celle race de
tyrans.
L'/?i. Ame, par Ùl grâce. le ferois trefînarry qu'ils
eulTent le moindre mal de tous lés noftres. Mais
ie te prie dy moj vn peu , eft-ce tout ce que tu as
apprins durant le temps de ton voyage?
hepol. C'eneftbiçn la plus grande partie. Mats
encor y a-il quelque trait , que i'ay apprins, Dieu
fbit loué , qui te fèruira à l'hiftoire: Ôc à monftref
déplus en plusl'honnefteté de nos Valois.
Uht.Ie te prie,amy,dy-le donques, 8c ne crain pas
que ie le cache. Leurs a6tes ont bien mérité
qu'on n'attende après leur mort à dire leur vilai-
ne vie.
LepoI.Tn dis vray: &c c'eft vne hôte,au lieu qu'va
chacun deuft crier a l'eau,au feu, à l'arme,à l'aide
contre ces traiftres malheureux, qu'il s'en trouue
encore de iî iafches qui n'oient leur tenir propos
qu'en leur difant voftre clémence, voftre bontés
voftre douceur , voftre Maiefté trefchreftiéne:o-
res qu'ils fçachét qu'il n'y a fchelmesplus vilains
que
DIALOGVE IL t$5
que ceux-cy.
Lhtfl. le ne croy pas qu'vn homme rond parle ia*
mais de leur clémence , ny de leur bonté & dou-
ceur,fçachât combien ces miferables font cruels-,
félons, inhumains. Quant au tiltre de Trefchre-
ftien on le deut, pour ne point flatter, changer en
Archiantichreftien, pour appliquer des noms es
chofes qui fuifent iignificatiis.
Le fol. On le deut faire vrayement. Mais ie gage
qu'outre ce que leurs flatteurs,& quelques autres
qui s'en approchent ayans affaire à eux propha-
nent ordinairement ces beaux & facrezmots, les
attribuants à ces perfides : qu'il y aura encore*
quelques vns des Trçf-illuftres princes d'Alle-
magne,qui au voyage que le frère du tyran y fera
s'en allant en Pologne,n'aurontpas honte de l'en
appeller & de luy faire au ftl bel accueil, que l'on
feroità vn honnefte homme.
Siquelcun pour légère faute fe trouuant mis
aubâ de l'Empire,eft recueilly par quelque Prin-
ce, foudain l'Empire luy courra fus. Mais à ceux-
cy qui font attaints , font conuaincus & condam-
nez deuant Dieu & deuant les hommes, d'eftrc
des fchelmes exécrables & ennemis du genre hu-
main,fous couleur qu'ils font des gros fchelmes,
vn chacun les honorera , iufques à Ce confédérée
&: fe liguer auec eux. Quelle mifere/
Vbift.Ne fçais tu pas que le prouerbe en a donné
fon iugement.La cenmre tourmente les pigeons,
laiifant aller les corbeaux libres. Mais n'entrons
pasie te prie plusauant en celle matière : tel luy
baifera la main qui la luy voudroit voir brullee:
i ni
*66 DïALOGVE IL
Bc tels ira-il viiïter qu'il voudroit deiia voir pat
terre : leur dam,s'ils ne fçauent choifir Toccafion
que Dieu leur apprefte.
Or dis maintenant ie te prie ce que tu m'as en-
cores à dire.
LepoL l'en fuis content. Apres que i'eu feiourné
-àcaufe 'de mon indifpofîtion quelque temps à
Niimes , où nous receuions ( comme ie t'ay dict)
tous les iours à force nouuelles, entendant qu'on
traitoit la paix : & que les ambatfadeurs Polo-
nois de la Religion eftoyent en chemin pour ve*
nk en France , ie m'acheminay par l'aduis de nos
frères à Pans,où la cour du tyran eftoit,pour voir
vn peu fa contenance ■& celle de les courtifans à
leur retour de la Rochelle.
le trouuay à mon arriuee , qui fut fur la fin de
Iuillet^quereditdontie t'ay parlé eftoit deiîaiet-
té au moule : tellement toutesfois que de honte,
quelque mefchant & trupellu qu'il loit,on ne l'o-
ioit point publier au Parlement ne dans Pariss
craignant de fafcher les Sires Pierres, &c d'appre-
fter à d'autres à rire pour leur argent tout deipen-
du mefchantement.
Cependant nos beaux alîiegeurs eftoyent de
retour à la Cour , non pas tous, non, comme ii
faut croire , ains feulement les refchappez: ie par-
le de nos courtifans. l'y vy les trois Roys qu'on
appelle :1e tyran , le Roy de Pologne, & le tiers,le
Roy de Nauarre : qui pour rendre grâces à Dieu
f>our la paix ou leur deliurance , ne celïbyent de
e de/piter Se de le prouoquer à ire parleur lafci-
ue puanteur,& autres tels Sardanapalifmes.
le
D I A LO G V E II. ié7
le fçeu que ces trois beaux Sires s'eftoyent fait
feruir à la table en vn leur banquet folennel à des
femmes toutes nues,aufquelles après le banquet
ils bruslerent auec des torches allumées le poil
de leurs parties honteufes.
Apres cela comme ils eftoyent en peine de fça-
uoir en quoy ils employeroiét le refte de la nuict^
ie fceu qu'ils auoyent mandé à Nantouillet Pre-
uoft de Paris de leur apprefter la collation , qu'ils
la vouloyent aller prendre chez luy. Et que de
fait ils y allèrent, quelque excufe que Nantouil-
let fceuft alléguer pour les deffenfes.
le fceu qivapres la collation , la yaiflelle dJar-
gent de Nantouillet &fes coffres furent fouillez
& pillez par les Rois & leurs fateliites : & difoit-
on dedans Paris , qu'on luy auoit pris & volé plus
de cinquante mille francs.Et qu'il euft mieux fait
le bon homme de prendre à femme Chafteau-
neuf,fille deioye du Roy de Pologne, que de l'a
uoir refufee : qu'il euft mieux fait auiïi d'auoirvé-
du fa terre de Nantouillet au duc de Guy le, que
de fe faire ainfî piller àiî grands &puiflans vol-
leurs.
En fomme ie fceu que le lendemain le pre-
mier Prefident de Paris Fut trouuer le tyrâ, & luy
dire que tout Paris eftoitefmeu pour le vol de la
nuid paiïee : Scque quelques vns vouloyeru dire
qu'il l'auoit fait pour rire , Se qu'il s y eitoit trou-
ué luy mefmcs.
A quoy le tyran refpôdit, que par le fang Dicc*
il n'en eftoit r\é,&: que ceux qui le difoyét auoy et
méty.dôt le Prefident trefcôtefir.i'en infoimeray
i in}
î58 D I A L O G V E I L
dôcques,fire(repliqua-il) Scenferay faire iuftice.
Non, non, refpondic le Tyran: ne vous en mettez
pas en peine, & faites entédre à Nantouillet qu il
aura trop forte partie : s'il en veut demander rai-
fon. Voila que ie fceu au vray quant à ce fait.
Apres ie fceu qif vn autre iour les Rois firent
drefler partie à douze 4e leurs courtifans, contre
douze nlles de ioye des plus honneftes de Paris:
& que pour la mieux voir iouer , ils firent tendre
en vne falle douze liéts de cap fans rideaux:où cha
cun auec fa chacune en laprefence de ces Rois
ivauoit pas honte de deffier les compagnôs àpail-
iarder.
Uhi. O mon Dieu, qu*eft-ce que i'oy dire! hé que
voila d'infâmes aftes/ le ne croirayiamaisque
Néron, Caligule, Heliogabale, &c le vilain Sarda-
napale ayent approché que de loin à l'infameté
de ceux-cy.
Le poL Or efcoute -.Tapprins à Paris d'auantage:
que le tyran auoit mandé &: efcjrit deux fois à Ion
frère le roy de Pologne durant le fiege de la Ro-
chelle, qu il deuft faire eftrangler la Mole vn gen-
tilhomme Prouençal,fauory du duc d'Alençon,
Lhi. le le cognoy bien : & quelle raifon en auoit-
il? la Mole eft-il pas Papifte 8c le baliadin de la
cour?
Le po/J\ eft vray. Mais tant y a que le tyrâ le com-
manda,quoi que fon frère ne fiic rien quemôftrer
feulement les lettres a la Mole , afin qu'il aduifaft
vn peu de plis près à fon fait que par le palfé.
L7;?/. Et ne dit-on pas Toccaiion qui eimeut le ty-
ran à cela?
Le pot.
DIALOGVE IL t69
Ltpol. On dit qu'il n'en auoit point d'autre que
loccafion de ialoufie , de tant que la Mole eftoit
fkuorizé d'vne ieune princelfe que ie ne nomme
point pour le refpe£fc de fon mary , plus que le ty-
ran n euft voulu. Apres ie fceti que pour cefte oc~
cafion mefme , le tyran voyant que fon frère n*a-
noit voulu faire delpecher le Mole , fit vne nuiâ:
deffein luy-mefmes de Teftrangler dedans la cour,
où la Mole eftoit retourné après le camp de la
Rochelle.
Et pour ce faire fçachant que la Mole eftoit en
la chambre de la duchelfe de Neuers dâs le Lou-
ure, il print auec luy le duc de Guyfe , & certains
gentilshômes que ie te nommeray iufques àfix,
aufquels il commanda fur la *vie d'eftrangler ce-
luy qu'il diroit auec des cordes qu'il leur diftrf-
bua.
En ceft equippage le tyran portant vne bugie
aliurpee , il difpofa à la fortie de la chambre de la
duchelfe de Neuers (es compagnons bourreaux
fur les brifees que la Moledeuoit prendre pour
aller à la chambre de fonmaiftre le duc d'Alen-
çon. Mais bien feruicau poure ieune homme de
ce qu'au lieu d'alict 4 fon màiftre,il defcédit trou-
uer (a maiftrelfe:fans rien fçiuoir de la partie , la-
quelle il nepouuoit autrement efchapper qu'en
defcendant en bas > comme il fit au lieu de mon-
ter à fon maiftre, corne les autres le pen(oyent.
iJhu Voila vn ieune homme perdues 'il ne prend
garde de bonne heure aux embufches de ce tyrâ.
l.epol. Ilabeaufe donner de garde :s'iineprent
l'expédient de Bodille : & s'il ne fait, comme Ton
#o DIALOG VE IL
dit , d'vne pierre deux galands coups , delîurant
foy & fa patrie de ce monftre pernicieux^ met-
tant le duc en fa place : maintenant que l'autre eft
bien loin. Autrement c'eft fait de la Mole : le ty-
ran iamais ne pardonne à pas vn de ceux qui le
fafchent, quelque mignon de cour qu'il foit. Et
ie t'en dira/ vne preuue que poflible tune fcais
pas-
Vhu le t'en fupplie. le fuis tout preft de t'efcoti-
ter,fi c'eft quelque preuue nouuelle quipuilfe fer-
uir à rhiftoire.
Le fol. Qe que ie te veux dire , n'eft pas nouueau
à quelques vns qui me Tôt dit pour chofefeure.
La plufpart ignore le fonds de la trahiibn du tyrâ:
Stcecymefemble tout propre pour aider à bien
Fefclaircir.
Tu fçais que Lignerolles fut tué à Bloys la cour
y eftant , & que le bruit courut entre aucuns, que
le roy de Pologne, qu'on appelloit lors Monsieur,
Pauoit fait tuer pour auoir defcouuert au tyran
vn paquet dïfpagne qui venoit à Monfteur, trai-
tant de quelques intelligences fecrettes à l'Efpa-
gnoL
Autres penfoyent que c3eftoit Amplement
Villequier , qui pour deimeller fa querelle s'eftâç
accompagné de Ces amis,auoit anticipé fur Li-
gnerolles luy en preftant vne dans le fein.
Mais voicy la vraye occafion de la mort de Li-
gnerolles que i'ay apprins eftant en Cour, de la
bouche d'aucuns des grands, qui cuidoyentque
le fuiïje encores Papifte.
Le tyran & fa mère qui defîro/ent iur toute?
caofes
DIALOGVE IL ï7î
trhofes faire mourir l'Amiral &r d'exterminer tout
le refte des Huguenots de la France. Apres auoir
cerché clés la paix de Tan î570.parmi tous fès fiip-
pofts & courtifans vn quifuftaffez habile à leur
tracer quelques moyens pour exécuter fubtile-
ment leur proiect , puis que la force n'y auoit de
rien peu feruir. S'alfeurans qu'il n'y auoit aucun
à leur gré mieux auenant à forger vne lafcheté5
quelque belle qu'il foit,au refte , pour l'infîoiie
mefchanceté qu'il nourrît dans fbn courage, que
l'Italien Birague , Gardefeaux: ne voyans pas au£
fî qu'il y en euft vn qui fceuft mieux garder leur
fecret.
L'ayans fait venir à eux , luy communiquèrent
leurdelfein Se volonté :.& luy donnèrent charge
exprefle d'auifer de tout fon pouuoir à leur tra^
cerc«e qu'il croiroit pour feruir à l'exécution de
leurs de&s.
Birague fe voyant de tant honoré, tout aife de
ce qu'on l'auoit prepofé en affaire fî important
aux autres de fa nation > leur promit de faire en
forte qu'ils auroyent contentement.
Ils ne faut pas douter ( ie diray cecy en partant)
qu'il ne fe promift dés lors d'auoir l'eftat de Châ-
celier qu'on luy a du depuis baillée en recompen-
fe de ce feruice.
Quelques iours le palîerent durant lefquels,
(comme tu peux penfer )le vilain eut beau difeou-
rir tout à loifir & à part foy de ce qu'il iugeoit ne-
celfairc.
A la fin il fe refolut qu'il cftoit du tout expé-
dient de mettre en amant de trai&er & reloudre à
ijz DIALOGVE IL
quelque marché que fe fuft le mariage de la fœur
du tyran auec le prince de Nauarre:afin de pou-
voir attirer par ce cordeau les Hugenots, l'A-
mirai auec la Noblelfe à la difcretiondelacour.
Qu£ pour faciliter ceft affaire , il ne felloit nulle-
ment pardonner à beaux femblants, prefens, pro-
melfes,& autres telles attrapoires &c eau benitede
cour iufques qu'on les vift dans Paris , où la cour
ppurcefteoccafîon fe remueroitaubefoin :euxy
eftjs venus,recueillis & carellez qu'il falloit pour
le temps des nopees leur drelfer vn fort à plaifîr
bien trouffé & bien equippé , comme à mode de
guerre , au Pré aux clercs , ou près des Tuyleries,
fous couleur de faire exercer les courtifâs , les vns
à afïaillir : les autres à défendre le fort pour l'es-
bat Se palfe temps des dames* Qu'il eftoit de be-
foin de faire que FAmiral fuft le chef desalfail-
lans:& qu'il jfuftfuyuides gentilshommes de la
Religion, qui lors fe trouueroyent en cour , def
quels il ne ralloit pas douter qu'il ne s en trouuaft
vn bon nombre:& que ceux qui deffendroyent le
fcîrt fuifent des plus féaux & alleurez courtifans*
Capitaines Scloldats du tyran : defquels les chefs
auroyent le mot de guet de tout ce qu'il leur fùu-
droit faire. Quiferoit, félon fon auis, de charger
à plomb leurs harquebouzes , les encarrer & tirer
droit à l'Amiral & à ceux de fa trouppejeur cour-
re fus à bon efcient,& les tuer, comme qu'il en
fuft , après auoir fait quelque femblant au com-
mencement de combatre &de fe deffendre feule-
ment pour le plaifîr.
Qvç cela fait on viendroit facilement à bout
des
D I A L O G V E IL î75
<ies autres Huguenots quelque part qu'ils fe re-
tiraient. Quant à la couuerture du fait , lors qu'il
fèroit exécuté , qu'on trouueroit alfez de prétexte
qu'il n'y auoit pas faute de quelque grolfe confpi
îatiô,dont on les prouueroit autheurs , pour leur
ietter le chat auxiambes*
Après que Birague fe fut refolu de la forte , lujr
femblailt qu'on ne pouuoit mieux, il fît entendre
au tyrarf & à fa mère tout ce qu'il en auoit tracé-
Eux cortfïderans que l'affaire ferait aiTez bien cô-
duit,s'on le demenoit de la forte , après auoir fait
à Birague quelques diftïcultez fur la forme, & fur
la matiere:& le moyen de l'exploi&er , le refolu^
rent à la fin de fuyure ce chemin-là &c ces brifees
par l'auis melme du comte de Rets,à qui ils k cô-;
tnuniquerent,qui s'y accorda de tout point.Si mi-
rent le mariage fur les rangs , &c firent tout ce que
tu fçais,pour tirer les noftres en cpur.
Quelques iours après cefte reiblution le tyran
ïa voulant faire entendre àfbn frère le duc d'An-
iou,le fit coucher auec luy , comme il a de couftu-
me,quand il le veut entretenir de quelque chofe
d'importance.Et luy ayant communiqué tout , le
lit iurer & promettre de ncn iamais rien reueler,
d'auoir feulement bon courage, qu'il s'affeuroit
d'en voir le bout.
Le duc d'Amou voyant cefte entrcprinfe bien
difficile à digerer,fe dif penia de la communiquer
à Lignerolles fous vn grand &profond liléce,que
Lignerolles luy iura.
Afin que Lignerolles qui eftoit fon plus graiid
rnignô,lelon le iugeméc ce dilcours qu'il en pour-
*74 DIALOGVE IL
roit faire^luy dit librement fon auiç, après y auoir
bien penfé pour mieux faciliter l'affaire.
Mais comme Lignerolles , ne trouuant rien à
redire à vne trahifon ii bien proiectee, luy fift la
chofe bié aifee : fans en rien parler d'auâtage leur
deffein demoura couuert. Iufqu'à ce qu'vn iour
le vieux Briquemaut, qui folicitoitauec Teligny
&c les autres les affaires de la Religion à la Cour;
eftant allé parler au tyran pour auoir quelque iu-
ftice des meurtres commis à Rouen fur les fidè-
les après la paix 3 & le trouuant froid &c reftif d'en
commander le chaftiement : s'auança de dire au
tyran qu'il feroit à craindre , s'il n'en faifoit faire
vengeance, que les Papiftes deuiniïent fi infolens
qu'ils le permiffent encores d'auantage , & que
les Hugenots ne les pouuans fupporter fuflent-
contraints de recourir aux armes , s'ils n'y voy-
oyent autre moyen d'en auoir iuftice : dont s'en-
fiiyuroit qu'on retournèrent en guerre auffi forte
qa'auparauant,
Ce langage efmeut le tyran à commander au
marefchaldeMontmorencyxIe s'en aller iufqu'à
Rouen,pour voir de remédier à tout.
Cependant Briquemauc s'en eftant allé de la
prefence du tyran : le tyran fit vuider fa chambre
pour pouuoir blafphemer à l'aile & fe defpker
toutieuî.
Lors que Lignerolles eftant admis dans la
chambre du tyran pour luy parler de quelque af-
faire , le trouuant efmeu de cholere, s'auança de
luy demander tour doucement l'occalion de
fou
DIALOGVE IL t%
ion mal talenf.qu il eûoit aifë à iuger que fa Ma-
iefté eftoit efîneue.
Ventre-Dieu 3 ce dit le tyran , 8c qui ne feroit
en cholere d'ouyr ce bougre de Briquemaut>
(ainiï appelle-il le plus fouuent les gens de
bien ) me brauer & me menacer que ie fuis pour
rentrer en guerre , fî ie ne punis ceux de la ville
de Rouen?
Hé Sire , refpond Lignerolles > & ne pourriez
vous attendre fans tant vous fafcher de ces cho-
fes^l'alfaut &c deffenfe du fort.
Or cela difoit Lignerolles penfant rappaifer
le tyran * & luy voulant faire fentir qu'il auoit eu
part au Confeil : fe môftuant par là aulîi fot , qu il
le cuidoiteftre habile.
Le tyran l'entendant ainfïparler,fe doutât d'e-
ftre defcouuerr.Quel for^repliqua-il* mort-Dieu
ie ne lçay que vous voulez dire* Le fort Sire , dit
Lignerolles,du iour des nopces que fçauez.
Le tyran en ayant ouy plus qu il n'euft voulu*
changeant de propos , renuoya Lignerolles, qui-
s'auilapoflible bien tard qu'il auoit vn peu trop
parlé.
Soudain après le tyran ayant mandé fa mère.,
luy demanda s'elle auoit defcouuert leur pot aux
rofes,quepar le fang quelqu'vn en auoit ia parlé.
Mais trouuant que fa mère n'en auoit rien dece-
lé,il ht venir le comte de Rets? auquel d'abordée
il va dire : Petit vilain , par le fang Dieu, ie t'ay
fait trop grand , petit beliftre : mais ie te fc-
ray bien li peut, qu'on ne te verra pas fur terre;*
t7è ÙIALOGVÈ H.
tu defcouures mes fecrets , Bougre , ie me dort-
îie,&c.
Cepoure vilain du Peronle voyant ainfi ru-
doyé,plus mort que vif & tout tremblant, corn-
tnença à reipondre au Sire , que iamais il n 'auoit
penfé feulement d'en ouurir la bouche: le fup-
pliant de le faire pendre , s'il trouuoit qu'il ne fuft
•ainfî.
Le tyrâne fçachât que dire,sen allalors trou-
ver fon frère , luy demandant s'il n'auoit point
parlé à quelcun de ceft affaire. Et comme fon fre-
re,en leluppliant de luy pardonner, luy euftcon-
fefsé qu'il s'en eitoit defcouuertà Lignerolles, &
non à autre , le cognoiilant homme fecret &c de
difcours , afin d'en auoir fon auis pour mieux exé-
cuter le cas.l'ay bien cognu,ditle tyran,que quel-
cun luy auoit parlé: vous m'auez fait vn defplaifir
qui me gardera de vous rien plus dire : quan t à Li~
gnerolles,c'eft vn fot5il faut qu'il meure. Car ef-
coûtez, ie ne veux pas qu'il en ouure iamais la
bouche*
Le duc d'Anjou,coghoiirarit fa faute, celle de
Lignerolles &c la cholere du tyran,ne iceut autre
chofe que dire,finon qu'ilnes'y oppofoitpas.
". Dés cefte heure-là le tyran ayant hit venir à foy
fon frère baftard le Cheualier, luy cômanda d'al-
ler trouuer le ieune Villequiert, de luy fournil* fîx
oufept bons hommes pour elcorte, &luy dire de
fa part que par le fang il eftoit lafche, couard 8c
recreu de couraee^s'il n'eflayoit à auoir ration de
JLi°nerolles,qui luy auoit fait tort. ;
Le
DIALOGVE IL i77
Le Cheualier ne faillit pas à s'aquitter bien de
facharge,laiffant Villequier refolu,armë 6c accô
pagne de mefmes. Mais Villequier en troauant
Lignerolles ,feigna du nez fans i'ofer attaquer
comme letyran defuoit.
Qui fut caufe que le tyran l'ayant feeu manda
quérir Villequier, & après luy auoir dit des peuit
les,iuy défendit de fe trouuer iamais deuant luy,
s'il ne tuoit à ce coup Lignerolles : ïuy donna
vne efpee & bien bonne tranchâte & l'arma luy-
mefmes de fon iacque de maille,commandant au
cheualier de l'accompagner mieux que la premie
re fois de gens, qui ne filfent point faute de tuer
bien mort Lignerolles, & qu'il le leur dift de fa
part.Ce commandement faits la partie fut dref-
fee denouueau en/ laquelle le Côte de Mansfeld
papifte qui pour lors eftoit à la Cour & S. lean
de Montgomery & quelques autres gentils- hem
mes accompagnèrent Villequier,qui cftant ailé
tout refoin trouuer le pourc Lignerolles, l'atta-
qua de cul & de tefte,le blc{ïa>& comme il s'en-
fuyoitlabonneaidcJe fa quadrille l'ataignit &
p rta par terre dVn coup d'efpee à trauers le
corps.Àinfi mourut le braufils Lignerolles ïva
desfauorisdela Cour.
Quant au dedein, q cie t'ay dit bafty par le
garde-feaux Birague,côbicn que Ton drefTa fuy-
uant fa trace, le fort pour le temps des nopees:
toutes-ois, pource que l'on fentit que L'Aûiiral
nevouloit point eftrc de la partie, & que bien
peu de noblefle de la Religion y voudroit rflj-
fter: le tyran fut contraint,pour affouuyr fon laf-
m
i78 DIALOGVE II.
chedefir,de prendre vn autre expédient par l'ad-
uis de ces premiers confeilliers Ôc du Duc d'Au-
male & de Ne a ers, aufquels il communica le
fait vn peu aiiant les nopces.
En ces entrefaites le Dac de Guifc,qui doucoit
que l'Amiral auquel il portoir particulière inimu
tié,luy efchappaft& qu'il Ce retirait de la Cour,
comme il en auoit enuie,luy fit tirer le coup
d'arqueboufade que tufeais le vendredy deuant
le maffacre. Qui fur caufe qu'ils changèrent en-
cores leur proiect,faifans à l'œil & félon l'oc-
currence(au defeeu de ceux, à qui ils auoyent cil-
lé les yeux auec leurs carefles deCourjleurs trai-
flreffe&defloy aile guerre fur les gens de bien,
malauifez. Voila ce que i en ay peu apprendre
de plus véritable en la Cour.
L.'hi/lorioo. Ce fait eft autant remarquable
que nul autre de ceux que tu m'as recité, afin que
vn ehafeun cognoiiTe la defloyauté des tyrans:
Se que les Courtifans apprennent ce qu'ils en
doyuentefperer.
LepoLCcft. merueiîle qu'en voyant tant d'e-
xemples apparens , voyant le danger >prefent,
perfonnne ne fe veut faire fageau moins aux def-
pensd'autruy :& que de tant de gens qui s'ap-
prochent lî volontiers des tyrans', il n'y a pas
vn qui aitl'auifemenr&lahardîefle de leur di-
re,cequedit le regnard au lion ( qu'on dit eftre
le Roy des beftes,qui faifoit, comme dit le
conte, le malade dans fa tafhiere) ie t'irois voir
luy dit il(Sire)& bien fouuent de bon cœur:
maisie voy tant d^ traces de beftes qui vont en
auant
DIALOGVEIL 179
auant vers toy,&en arrière qui reuiennent ie n'en
voy pas feulement vne.
L'bt/hSi feu monfieur l'Amiral euft fceu ce con-
te & qu'il euft parlé en regnard, il nous en euft à
tous mieux pris. Mais la brebis comme tu fçais,
nefçaitrien faire que beeler, &nefçachant auec
les loups hurler pour defguiferfavoix.elle n'a gar-
de d'eichapper. Mais quant à c^s autres Courti-
fans:quel remède?
Quand ces miferables voyans reluire le thre-
fordu tyran qu'il tire de iafueur du peuple, & de
ladcfpouilic des bons, regardent touseftonnez
les rayons de fa brauerie : & allégez de cePe clarté
s'approchent de ]uy,fans regarcer qu'ils femet-
tentdansla flamme quine peut faillir à les con-
fumçr.
Ain(i leSatyreindifcretvoyant,commedifent
les fables anciennes, efclairer le feu trouué par
Promethee,letrouuafibeau qu'il l'alla baifer Se
s'y brufler.
Ainfi le papillon qui cfpere iouyr de quelque
grand plaifir fc met au feu de la chandelle, qu'il
voit élire clair & luyfant, eiprouuant en iceluy
fon antre vertu qui \k bru île.
C'eft vne chofe bien certaine que ces co-
quins mendie -faucurs fouffient vne peine in-
ible , à qui y regarde de près : cfïans con-
traints d'eftrenuid:^ iour après àfonger pour
plaire au tyran , Se fe rompre, fe tuer , Se tra-
uailler pour înucntei ncuucauxn oyens de tra-»
hir,de tuer, de paiilarder, de pillcr,dc defro-
ber > Se qu'ils laiflenc leur gouft pour le lien,
m i]
iSo D I A L O G V E IL
& neantmoins fe craindre de luy plus que de
tout homme du mondetauoir toufiours l'œil au
guet , l'oreille aux efeoutes pour efpicr d'où
Viendra le coup , pour dcfcouurir les embuf-
ches, pour fentir la mine de fes compagnons,
pour aduifer qui le trahift , rire à chafeun , fe
craindre de tous, nauoir aucun, ny ennemyou-
uert,ny amy affeuré,ayant toufiours le vifage riât
& le coeur tranfy,ne pouuant eftre ioyeux, & n'o-
fer eitretrifte.
L&pot.Tu as deferit en deux mots la vie de ces
mjferabks. Mais pour en parler à bon efeient &
ne plus flatter le de, comme Ton dit, tout ainfï
que la Repub. de laquelle les Rois philofophent,
ou en laquelle les Philofophes fontgouuerneurs
(felô le due de Platon)eft heureufe fur toutes au-
tres : Er que c'eft vn trefgrand heur d'eftre fuiet à
vn bon Prince qui foit fuictà la loy, laquelle ait
pour feure garde de peur qu'elle nefoit violée,
quelques eflats ouparlemës. Ainfique iadisno-
ftrt Fi ance,& côme encore quelques vns de nos
voifms l'ont pour leiourd'huy par m y eux. Aullî
eft-ce vne grade mifere de demeurer fous la ferui-
ni de d'vn tyran, chafleur defloyal & dvn confeil
de mefme eftofFe, qui ne garde ni foy, niloy,au-
eu ce équité ou droiture, non pas mefme l'huma-
nité,ni les loix que nature imprime dans le cœur
des plus rnaliotrus. Ceft(di-ie)vn extrême mal-
heur non feulemet pour les Courtifans:ainsauflî
pour tous les François de quelque religiô & con-
dition qu'ils foyêt d'eftre fuicts à vn maiftre, lu-
quel on ne peut iamais safleurer qu'il foit bon,
puis
DIALOGVE I T. ï8i
puis qu'il cft toufiours en fa puifsâce a eftre mau-
uais quâd il voudra,& d'auoir plufieurs tels mai-
ûres:c'eft autant qu'on en a eftre autant de fois
extrrmemét mal - heureux.Mais ic fçaurois volô-
tiers , comme il fe peut faire que tant d'hommes
tant de bourgs tât de villes, & tant de prouinces,
endurent fi long tëps vn tyran feul, qui n'a moyë
que celuy qu'on luy donne, qui Va puiflance de
leur nuire, finon tant qu'ils ont vouloir de l'endu-
rer,qui nefçauroit leur faire ïnal aucû,fmô alors
qu'ils ayment mieux le foufftïr que luy contredi-
re? Tant plus i'y penfe,plusi'enfuisesbahy.
L'hi.Et moy de mefmes,ie t'aflTture. Mais ie te
prie,mon grand amy,que i'aye ce bien maintenât
de t'ouyr lurcefte matiere,faire vn peu le preftre
Martin. Cefuieteft propre à cetemps,&iefçay
bien que tu Tentens auffi bien qu'homme de no-
ftre aage.Comméce,ie t'efcoutcray ji'ayme mieux
veiller toute nui&.
Lepoi l'en fuis content :auffi bien y a-il long
temps que.i'en fuis fi gros, que ie crtued'enuie
quei'ay d'enfanter cequeiefens de c'eft affaire:
Mais ie protefte bien que ie n'en parleray point
comme les Huguenots en parlent, ils font trep
doux & trop feruiles : i'en parleray tout ample-
ment en vray & naturel François , & comme vu
homme peut parler des chofes fuicttesàfon iu-
gement, voire au fenscommun de tous hommes?
afin que tous nos Catholiques , nos patrio-
tes & bons voifins & tout le refte des François
qu'on traite pire que lesbeftes ,foyent efueillez
àcefte fois pour recognoiftre leurs mifercs, ÔC
iU D I A L O G V E I I.
auifer treflous enfcmblc de remédier à leurs mal-
heurs. A la v^ité dire?mon compagnon,c'efl: vne
chofe bien eftrange de voir vn milion de miliôs
d'hommes feruir miferabîement ayansle col fous
leioug,non pas cotrains par vne plus grâd force :
mais aucunemët(ce me femb!c)enchâtez & char-
mez par le nom feul dvn, duquel ils ne doyuét ne
craindre la puiffancc^puis qu'il eft (euhne aimer
les qinlicezjpuis qu'il eft en leur endroit inhu-
main & fa image.
La noblelïe d entre nous homeseft telle, qu'el-
le fait fouuent que nous obeiflos à la force : il eft
befoin de temporifer,noLisnepouuons pas touf-
iours eftre les plus forts.Si dôques vne natiô eft
contrainte varia force de la guerre de feruir à vn
(comme la cire d Athènes aux jo.tyransjil ne fe
faut esbahir qu elle ferueimais fe plaindre de l'ac-
cident,oupluftoft nes'esbahir ny ne s'en plaint
dre»ains porter le mil patiemment & fc refera cr
à Tau enir à meilleure fortune.
Noftre nature eft ainfi ,que les communs de-
uoirs de l'amitié emportée bone partie du cours
de noftre vie.I] eft bien raifônable d'aimer la ver
tu-)deftimer les beaux faits-, de recognoiftre le
biê d'où l'on la receu>& diminuer fouuent neftre
aikpour augmeter rhôa-ur & auttage de ecluy
qu'on aime & qui !e mérite. Ainfi donc il les ha-
biransd'vnpays cnttrouuéquelque grâd perfô-
nagequi leur ayemonftré par efpreuntvne gran-
de prouidence pour les garder , vne grande har-
die(fr pour les défendre ,vn grand foin pour les
gouuernenfïdelàen auant Us s'appriuoifent de
iuy
DIALOGVE IL iSj
luy obéir & fe fier tant de luy,que de luy donner
quelque auâtage (ie ne fçay fi ce fera fage(Te de l'o
fter de là où il faifoit bien pour l'auancer en vn
lieu où il pourra mal faire ) mais il ne peut
faillir d'y auoir delà bonté du'coftë de ceux qui
re(leuent,de ne craindre point maldeceluy de
qui on n'a receu que bien.
Mais bon Dieu! Que peut eftrecela ? Com-
ment pourrons-nous dire que cela s'app:lle?
Quel mal-heur eft celuy-la ? Quel vice? ou pluf-
toft, quel mal-heureux vice, voir vn nombre in-
fini de perfonnes, non pas obéir, mais feruir>non
paseftre gouuernees , mais tyrannifees : n'ayans
ni biens, niparens, nifemme , ni enfans,ni leur
vie mefmes qui foit à eux Souffrir les paillardi-
fes, les pilleries , les cruautez , non pas d'vne ar-
mee,non pas a vn camp Barbare , contre lequel il
faudroitdefpendre fon fang & fa vie,mais d'vn
feul,non pas d'vn Hercule, ne d'vn Samfon,mais
dvnfeul hommcau le plus lafche &femclin de
toute la nation. Non pas accouPaimê à la pou-
dre des batailles, mais encores à grand peine au
fable des tournois. Non pas qui puiffe par force
commander auxhommes, mais tout empefehéde
feruir vilement à la moindrefemellette. Appelle-
rons-nous cela lafchetë? Dirons nous que ceux la
quiferuentà vn fi lafche tyran foyent couars &
recreuz?
Si deux, fi trois, fi quatre ne fe défendent d'vn,
cela efl eftrangc,& poffiblc pourra-Ton biedire
lors à bon droit que c'eft faute de cœur. Mais fi
m iiij
184 D I A L O G V E IL |
cent,(i rniHe endurent d'vn feul, ne dira l'on point
qu'ils ne veulent,non pas qu'ils n'ofentjfe prédre
àluy : Etqueceft non couardife, mais piuftoft
mefpris ou defdain. Si Ton voit. non pas cent, non
pas mille hommes : mais cent pays, mille vill^,
vn million d'hommes n'affaillir pas vn feul , du-
quel le mieux traité de tous en reçoit cernai d'e-
ftre ferf & efclaue: Comment pcurrons-nous
nommer cela? bft-.elafcheté? Or y a-il en tous
vices naturellement quelque bornc,outre laquel-
le ils ne peuuencpafler. Deux peuuent craindre
vn:&poffib!edix le craindront: Mais mille, mais
vn million, mais mille villes fi elles ne fe defendét
d'vn?Ce n'eil pas couardife, elle ne va pas iufques
iatnon plus que 1 i vaillance ne s'eftend pas qu vn
feul efchelle vneforterefle , qu'il atfaillevnc ar-
mée, qu'il conquière vn Royaume. Donc quel
monftre de vice eft cecy ,qui ne mérite encore pas
le nom de couardife, qui ne trouuepasde nom
affez vilain, que la nature defauoueauoir fait,& ia
longueur refufe de le nommer.
Qu^'on merredVn codé cinquante mille hom-
mes en armes : d'vn autre autant, qu'on lesrange
en bataille , qu'ils viennent à fe ioindre , les vus
combatans pour leur franchife,îes autres pour la
leurofter : aufq-jels promettra-on par conie&ure
la victoire' Lefquels proféra i'oil qui plus gaillar-
dement iront au combat^ou ceux qui efperët pour
leguerdonde leur peine l'entreteuemcnt de leur
liberté? Ou ceux qui ne peuuent attendre autre
iover âcs coups qu'ils donnent>ou qu ils reçoiuct,
quelaferu tude d'autruy?
Les
DIALOGVE IL 185
Les vns,onttoufiours deuant les yeux le boa
heur de la vie palfee^'attentede pareil aife àl'aue-
nir, il ne leur (ouuient pas tant de ce qu'ils endu-
rent ce peu de temps que dure vue bataille, com-
me de ce qu'il conuiendra à iamais endurer à eux,
à leurs enfans,& à toute leur pofteritè.
Les autres n'ont rien qui les enhardifle , qu'vne
petite pointe de leur conuoicife , qui fe rebouche
foudain contre le danger , &qui ne peut eftre fi
ardente > quelle ne fe doiue (ce femble) efteindre
par la moindre goutte de fang , qui forte de leurs
playes.
Aux batailles tant renommées de Milciades>&
de Themiftocles, qui ont efté données deux mille
ans y a,& viuenr encore auiourdhuy, aufli frefehes
en la mémoire des Hures , & des hommes, comme
fi ceuftefte' l'autr'hier,quifurentdonneesen Gre-
ce>pour le bien de Grece,& pour l'exemple de tout
le monde, Se qu'eft-ce qu'on penfe qui donna à fi
petit nombre de gens, comme eftoyent les Grecs,
non le pouuoir, mais le cœur de fouftenir la force
de tant de nauires , que la mermefmes en eftoit
chargée , de deffaire tanr de nations, qui eftoyent
en fi grand nombre, que Tefcadron des Grecs,
n'euft pas fourny feulement de Capitaines aux
armées d. s ennemis : fînon qu'il femble que ces
glorieux iours-là, ce n'eftoit pas tant la bataille des
Grecs contre lcsPcrfcs,commcla vidoire de lali-
berte,fur la dominacion,de la franchife,fur la con-
uoitife.
C'cft chofe effrange , d'ouyr parler de la vailV
lance que la liberté met dans le cœur de coix qui
lié D I A L O G V E II.
la défendent.
Mais ce qui fe fait tous les iours deuant nos
yeux> en noftre France. Qu'vn homme maftine
cent mille villes , & les priue de leur liberté , qui
lecroiroit^s'ilne faifoit que l'ouyr dire , & non le
voir ? Et s'il ne fe voyolt qu'en pays eftrange, Se
lointaines terres , & qu'on le dift, qui ne penferoit
que cela nefuft pluftoft feint ou trouué,que non
pas véritable ? Encores ce feul Tyran, il n'eft pas
befoin de le combatre , il n'eft pas befoin de le
deffaire, il eft de foy-mefme desfait : mais que le
pays ne confente pas à fa fernitude : il ne faut pas
luy ofter rien, mais ne luy donner rien : il n'eft pas
befoin, que le pays fe mette en peine de faire rien
pour foy , mais qu'il s'eftudie à ne rien faire con-
tre foy.
C'eft donques le peuple mefme, qui (e laiiTe,ou
pluftoft fe fait gourmander , puis qu'en ceflant de
feruir, il en feroit quitte.
C'eftle peuple qui s'aflernît, qui fe couppe la
gorge : qui ayant le choix, ou d'eiireferf, ou d'e-
ftre libre , quitte fa franchife, & prent le ioug , Se
pouuant viure fous des bonnes loix , & fous la
prote&ion des Eftats , veut vîure fous l'iniquité*
fous l'oppreflion & iniuftice au feul plailirde ce
Tyran. C'eft le peuple qui confent à ion mal, ou
pluftoftle pourchaffe: s'il luy couftoit quelque
chofe à recouurer fa liberté , ie ne l'en preflerois
point : combien qu eft ce que l'homme doit aucir
plus cher , que de le remettre en fon droit na-
turel , Se par manière de dire , de befte reuenir
fliomme ?
Mais
DIALOGVE II. 187
Mais encore ie ne defire pas en luy vne fi grande
hardieiïc , ie luy permets , qu'il aime mieux vne ie
ne fcay quelle feureté de viure miferablement,
quvne douteufe efperance de viure ai(e,
Quoy fi pour auoir la liberté, il ne luy faut que
la dcfirer ? S'il n'eft: befoin , que d Vn fimple vou-
loir , fe trouucra-il nation au monde, qui l'efti-
me trop chère, la pouuant gaigner d'vn feul fou-
hait î & qui pleigne fa volonté à recouurer le
bien , lequel on deuoit racheter au prix de fon
fang , ôc lequel perdu tous les gens d'honneur,
doiuent eftimer la vie defplaifante , & la mort fa-
lutaire,
Certes tout ainfi, que le feu d'vne petite eftin-
celle , deuient grand, &toufioursfe renforce :&
plus il trouue de bois , plus il eft preft d'en brû-
ler. Et fans qu'on y mette de l'eau pour Teftein-
dre , feulement n'y mettant plus de bois, n'ayant
plus que confumer, il fe confume foy-mefmes, &
vient fans force aucune, & n'eft plus feu. Pareil-
lement les Tyrans plus ils pillent & exigent, plus
ils ruyncnt & deftruifent, plus on leur baille, plus
on les fert , de tant plus ils fe fortifient , & deuie-
nent toufiours plus forts , & plus frais , pour a-
neantir& deftruire tour, & fi on ne leur baille
rien, fi on neleurobeyt point,fanscombatre?funs
frapper, ilsdemeurent nuds & desfaits, & ne font
plus rien , finon comme la racine cftant fans hu-
meur, ou aliment, la branche deuient feche, &
morte.
Les hardis, pour acquérir le bien qu'ils deman-
dent, ne craignent point le danger, les auifezne
i» DIALOGVE IL
refufent point lapeine.Leslafches &eftourdis ne
fcauent ny endurer le mal,ny recouurer le bien, 6c
sarreftent en cela de le fouhaker.La vertu d'y pré-
tendre leur eftoftee par celle lafchere: le defîr de
Vaioirjleur demeure par la nature. Ce de(îr,cefte
voionté>eft commune aux fages & auxindiferets,
auxcourageux,&auxcouards,pour fouhaiter tou-
tes chofes, lefquelleseftansacquifes, les rendront
heureux & contens. Vne feuie chofe en eft à di-
re, en laquelle > ie ne fcay comme nature défaut
aux hommes pour la defirer , c'eft la liberté , qui
eft toutefois vn bien û grand & fi plaifant, quelle
perdue, tous les maux vienent à la file,& les biens
mefmes qui demeurent après elle, perdent en-
tièrement leur gouft, & faueur, corrompus par la
fèruitude.
Lafeule Iiberté,les hommes ne la défirent point,
non pas pour autre raifon (cefemble) finon que
slls la defiroyent, ils l'auroyent: comme s'ils refu-
foyent faire ce bel acquêt , feulement par ce qu'il
eft trop ai fé.
Poures & miferables François, peuple infenfé/
nation opiniaftre en ton mal , & aueuglee en ton
bien/ vous vous laiffez emporter deuantvouslc
plus beau , & le plus clair de voftre reuenu > piller
vos champs, voiler vos maifons, & les defpouiller
de meubles anciens & paternels , vous viuez de
forte, que vous ne vous pouuez vanter que riep
foità vous. Etfembleroit que meshuy , ce vous
feroit grand heur , de tenir à meftayrie vos biens,
yos familles , & vos vies. Et tout ce defgaft , ce
jnai heur , cefte ruine, vous vient non pas des en-
nemis»
D I A L O G V £ IL it9
ncmis, mais certes bien de l'ennemy , &de celuy
que vous faites fi grand, qu'il eft,pour lequel vous
allez fi courageufementàlaguerre, pour la gran-
deur duquel nerefufez point de mettre àlamort
vos perfonnes. Celuy qui vous maiftrife tant,na
que deux yeux , n'a que deux mains , n'a quVn
corps , & n'a autre chofe , que ce qu a le moindre
homme du grand & infiny nombre de vos villes*
Sinon qu'il a plus que vous tous , vn cœur deflo-r
yal,felon, & l'auantage, que vous luy donnez pour
vousdeftruire, d'où a-il pris tant d'yeux > dont il
vousefptc? fi vous ne les luy baillez. Comment
a-il tant de mains pour vous frapper? s'ilneles
prent de vous? les pieds, dont il foule vos citez,
d'où les a-il, s'ils ne font des voftres ? Comment
a il aucun pouuoir fur vous,quepar vous ? com-
mentvous oferoit-il courir fus, s'il n'auoit intel-
ligence auec vous l que vous pourroit il faire , fi
vousn'eftiezrecelateurs du larron qui vous pille,
complices du meurtrier qui vous tue, & traiftres a
vous-mefmes.
Vous femez vos fruicls , afin qu'il en face def-
gaft , vous meublez & remplirez vos imifons
pour fournir àfes pilleries& volleries,vous ncur-
riiTez vos filles , afin qu'il ait dequoy raflafier fa
luxure: vous nourrirez vos enfans, afin que pour
le mieux qu'il leur feauroit faire, qu'il les mené
en fes guerres , qu'il les conduife à la boucherie,
qu'il les face les miniftres de fes conuoitifes , les
exécuteurs de fes vengeances, & bouireaux des
confeiences de vos concitoyens : vous rompez à
la peine vos perfonnes , afin qu'il fepuifle mig-
ipo DIALOGVE.II.
narder en délices , & fe vcautrer dans les fales &C
vilains plaifirs : vous vous affoibliiîcz afin de le
rendre plus fore , &c roide à vous tenir plus courre
la bride.
De tant d'indignitez, quelesbeftes mefmes ne
les foufFriroyent point , vous pouuez vous en dé-
livrer fi vous e(Tayez,non pas de vous en deliurer:
mais feulement de le vouloir faire. Soyez refolus
de ne feiuir plus, &c vous voy !a libres, ie ne veux
pas que vous le pouffiez , ou esbranliez: mais feu-
lement ne le fouftenez plus,& vous le verrez com-
me vn grand Colofle , a qui on a defrobé la bafe,
de fon poix, defoy-mefme fondre en bas Se fe
rompre.
Uhiïi. Il n'y a rien déplus véritable entre les
chofes humaines, que ce que tu viens d'enfeigner:
que pleut à Dieu, que ces beaux mots euflent pie-
çàefté femez au beau milieu d'vne grande zCù m-
bleede nos Catholiques François, ie m'atfeure»
qu'ils y auroyent efté fort bien recueillis , Se qu'il
n'y auroit celuy d'entre eux , qui n'en fift bien
fon profit: nul auquel ils necreafTent par maniè-
re de dire, vn nouuel efprit dans le ventre. Et
quoy que le peuple François femble auoir perdu
long temps y a toute cognoifTance , & que par là,
on puifle iuger, que fa maladie foie comme mor-
telle, puis qu'il ne fent rien plus fon mal : fi eft-
ce, que ibferois promettre , que ce difeours vn
peu dilaté, & accompagne de raifonss & d'exem-
ples & de quelque belle forme dadminiftration
de l'eftat, de la iuftice, & de la police, approchan-
te à celle que no$ anciens Pères auoyent parmy
çux,
D I A L O G V E IL 151
eux » du temps que les Edats eftoyent en règne,
dont M. Hoctoman nous a faitvn fort gentil &
riche recueil en fon œuure Gaulefrançoife , i'o-
feroy (dis-ie) affeurer que cela recueilleroit les
coqs , leur feroit haufîer les creftes , battre les aif-
les, & courir fus de bec & d'ongles, contre ceux-là
qui îestienent captifs: & feroit fuffifant moyen
pour faire quVn chacun penfaftà recouurer fa li-
berté, à crier après les Eftats,àles redrefifer, & re-
mettre. On verroit bien toft Paage d'or , que les
Tyrans ont effacé de France, pour y planter celuy
de fer , d'oppreflion , & d'infameté , reluire com-
me au parauant , la paix, l'amitié & concorde fur-
gir & croiftre à veu'é d'oeil , & faire à iamais fa de-
meure parmy nos naturels François: he quec eft
vne grand pitié / quvne fi belle nation , fi grande
& fi opulente , foit par fi long temps mal menée*
à l'appétit de fixoufept: defquels le meilleur ne
vaut pas qu'on prenne peine de le pendre. Mais
ic fçaurois fort volontiers, s'il te plaifoitdeme
le dire , comment c eft y que tous nos François
fe font ainfi laiffé defehoir , & comme cefte opi-
niaftre volonté de feruir s 'eft fi auant enracinée
dans leurs mouëlles , qu'il femble maintenant,
que la mémoire de la liberté ne foit pas fi natu-
relle.
Lepol. Si ie n'eftois accablé de fommeil, iete
difeourrois bien au long , d'où procède la mala-
die & la matière peccanted'icellc. Mais ie t'afleu-
rel'amy , que i'ay les yeux pieça cillez, & les le-
ttres comme coufucs. Nous au roas demain bon
i9i D1ALOGVE II.
loifir : ie fuis d auis fi tu le veux , que nous feiour-
nions nos cheuaux, en attendant qu'vn Courrier
viene, que nos frères du Languedoc me doyuent
cnuoyer bien toft.
Llhtiï. Quel courrier eft-ce? le cognoiftroye-ie
point.?
Lepof. Ceft Spoudaee. le croy bien que tu le
cognoy.
L'htfl' Mon Dieu ! he ie ne cognoy autre. Il n'a
garde défaillir à nous apporter des nouuelles.
Lepol. Ceft pour cela qu'on me l'enuoye,& îe
Fay charge à mon defpart , de pafler par cy hardi-
men , & de s'enquérir de mes nouuelles>en ce lo-
gis cy où nous fommes.
Lïhtft. Cela va bien,que i'en fuis aife/attendons
le pluftoft trois iours.
Lepol. le le veux bien. Le Seigneur nous face
la grâce derepofer enfeurete, & nous doint à no-
ftre refueiUde le feruir en toute crainte,au nom de
fon Fils noftre Seigneur Iefus Chrift.
llhtSt. Ainfi foit-il.
F I N.
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Ox
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